‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 43 sur 298 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

INTÉRIECR.

Complot* dp* aniirchitte* contre les jours du premier runsul. — Complots de ta chouanaeric. — Explosion de la machine iufemale. — Méprise sur les auteurs du complot. — Participation du ministère an^^Iais aux complots contre la rie du premier consul. — Adoption de tiicsui'cs extra-constitutionnelles. — Procédé nouveau pour couvrir des actes illé^ux des Formes de la lé^üté. — Rem.irqiies sur la déportation sans jujjement. — Établis* sement de tribunaux criminels spéciaux. — Résultats principaux de l'année 1800.

Tandis que les succès de la politique et de la guerre comblaient au dehors les vœux du premier consul, sa situation dans l'inlcrieur ti'étaii exempte ni de difficultés, ni meme de périls. Il avait pu, dans l'espace d'une année, désarmer les grandes puissances du continent. Il lui en fallait plusieurs pour désarmer les factions. Le poignard du conspirateur ne rentre pas dans le fourreau comme le glaive du guerrier. En peu de temps, deux tentatives furent faites contre les jours du premier consul, et clics parlaient des deux factions opposées, le Jacobinisme et la chouannerie. Celle des jacobins n’était pas la plus redoutable. La grande masse des républicains, injustement compris dans le sens odieux de ccUc dénomination, tout en regrettant de voir s'évanouir l'image d'une république (elle qu’ils l’avatcnl espérée, étaient sensibles au bien réel opéré par le premier consul, et lui pardonnaient scs envahissements sur le domaine de la liberté, en faveur de son triomphe sur les rois. i»es ennemis, parmi eux, ne sc composaient que d’un certain nombre d'esprits incurables, qui s'obstinaient à rêver pour une grande nation l’impossible tlémocralie de Laeedémone. Pour ces républicains de place ou de club, toute concentration de pouvoir était tyrannie. Ils avaient tant parlé de Brutus, que le moment de l'imiter était venu. César était là. Trois des plus audacieux sc chargèrent de porter les coups, Ccraclii, Aréna et Dcmerville. Le sculpteur Céracbi, enthousiaste de la liberté comme de son art, avait été i'un des plus ardents admirateurs (le Bonaparte, capitaine républicain; mais du ' moment que le guerrier, devenu magistrat, écra- i sait de la même massue l'Iiydrc de l'anarchie et ^

l'hydre de la contre-révolution, le fougueux artiste ne voyait plus en lui qu'un Tarquin nu au moins un Pisistrale. mort du premier consul fut résolue, le plan arrête, le jour pris, le lieu déterminé. li'allental dev.-iil se consommer le 10 octobre, au sortir de l'Opéra ;on sc saisit des coupables, et ils furent traduits au tribunal criminel de la Seine.

La gloire des Brutus, trop célébrée peut-être autrefois, a beaucoup perdu de sou lustre dans nos temps modernes, surtout lorsque ces actes d'un patriotisme meurtrier ne sont pas jusliüés par les résultats. On se souvient Irop que César mort fut remplacé par Auguste, et qu'Angusle même fut acheté au prix des proscriptions du triumvirat. I,)ae le premier consul eût péri alors ; qui sait quelle carrière de troubles la France aurait eu de nouveau à parcourir, avant d'arriver à un .système d'onirc, dans rétablissement duquel Bonaparte aurait lui-méme échoué? Au reste, tout condamnables que fussent les démocrates armés par le fanatisme républicain contre le premier coti.suI, ces insensés obéissaient du moins à des inspirations dont la source n'était point méprisable. Ils s’appartenaient à eux-mèmes. Ils croyaient sc dévouer à leur patrie. Les chouans, ou du moins celle lie des chouans, qui flgurc dans les projets d'assassinat contre le premier consul, étaient les satellites de l'étranger, recevaient la solde de l'étranger, servaient rintérél étranger contre rintérêl national. J/or .mglais encourageait, payait leurs entreprises. ^ Ils étaient ce qu'j) y a de plus vil et de plus exé- I crable sur la terre , des assassins à gages. Pour de i pareils assassins, le premier consul n'était guère

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INTÉKIECJR.

facile à aborder; non qu’il s’entonrât de paissantes barrières, mais il n'avait point de ces habitudes fixes qui permettent d’établir des calculs pour tel jour, telle heure, tel instant. Sa vie, variable comme les événements qui la remplissaient, ne connaissait point la symétrie de la routine. C’étaient les affaires de l’état, les i>esoins publics qui réglaient la dis* tribution de scs moments. Il fallait donc le prendre au passage, le saisir au vol. Il fallait imaginer des moyens nouveaux, fabriquer de nouvelles armes, inventer une machine qui eût la rapidité de l’éclair, la paissance de la foudre, dont l'explosion renversât un quartier d’une ville pour écraser un seul homme. La machine fut inventée, confectionnée, disposée à propos pour le jour et le lieu. Un cheval, une petite charrette en travers d'une rue, pour en barrer le passage; sur la charrette un tonneau rempli de poudre, de mitraille et d'artifice, telle fut la composition de l'horrible instrument. Le premier consul devait aller à une représentation de l’Oratorio d'IIayden. On l’a su ou on le suppose, tout est réglé en conséquence. Le Jour choisi est le 34 décembre; le lieu, la rue Saint-Nicaise. La voiture du premier consul parait, la machine éclate, on doit croire le crime consommé; la détonation a été épouvantable; l’écroulement des maisons, rapide et meurtrier; le nombre des victimes, considérable ; mais le but est manqué , l’éruption du volcan a été trop lente; la victime, la seule victime contre laquelle se dirigent ces attentats, a échappé à leur rage. Le premier consul semble inviolable; la destruction, la mort passent près de lui sans le toucher, on dirait qu'il est couvert d’une égide divine; et , dans la renaissance d'une prospérité dont on avait perdu l’espérance, la nation française put, sans flatterie comme sans superstition , voir , dans le hasard qui le sauvait , une faveur du ciel , un miracle de la Providence. Parmi les réponses du premier consul aux félicitations qui lui furent adressées, on se plut alors à remarquer ces mots : « Que si jamais il était dans sa » destinée de perdre la confiance de la nation, il » ne mettrait plus de prix à une vie qui n'inspire- » rait plus d’intérêt aux Français. » Cette pensée pouvait être vraie. Selon la morale , il a pris une fausse route; mais trop souvent c’est plutôt par la grandeur, par la gloire, qu’on éblouit, qu’on intéresse les peuples , que par le bienfait d’un obscur repos. Quoiqu’il ait plus fait pour rendre la France puissante que pour la rendre heureuse , il a pu se dire, mèmeaprès Waterloo, même à Sainte-Hélène, que sa vie si prodigieuse, entourée de tant d’éclat, tombée dans un si profond abîme, n'était pas sans intérêt pour les populations européennes, et même pour scs ennemis.

Au moment de l’affreuse tentative du 3 nivôse, un cri de parti en accusa les jacobins. Le cri populaire en accusa l’Angleterre, et celui-ci ne se trompait pas; mais, dans les salons de la haute société , aux Tuileries même et dans l’esprit du premier consul, il passait pour certain que c’était au ressentiment de la démagogie, que devait être attribuée cette criminelle entreprise. Fouché , presque seul , soutenait que le coup venait d’ailleurs. Le premier consul se refusait à le croire , et le crédit de ce ministre fut momentanément fort ébranlé. Dans une séance du conseil d’État où le général Bonaparte avait déclaré que, suivant son opinion, ce nouvel attentat était l’ouvrage « d’une bande de » scélérats, de septembriseurs, que l’un retrouvait Il dans tous les crimes de la révolution, n un membre du conseil ayant représenté que le gouvernement avait encore d’autres ennemis, que les prêtres égaraient le peuple, que les émigrés menaçaient les acquéreurs de biens nationaux , le premier consul avait repoussé ces observations comme tendant à sauver les vrais coupables, u On ne me Il fera pas prendre le change, avait-il dit, par ces » déclamations; » et il insistait pour démontrer que les jacobins étaient seuls capables de forfaits pareils. « Un parle de prêtres et de nobles, ajoun tait-il. Veut-on que je proscrive pour une quau iité? Veut-on que je déporte dix mille prêtres, » des vieillards? Veut-on que je persécute les min nistres d’une religion professée par la plus grande Il partie des Français et par les deux tiers de l’Ëu- » rope?ii Ces mouvements du premier consul étaient généreux et dignes d’éloge; mais l’observation qu'il combattait n’en était pas moins fondée , et la vérité se trouvait dans l’opinion contraire à la sienne. L’erreur fut reconnue peu de temps après. On saisit la trace du complot, cl on parvint à en découvrir les auteurs. C’étaient des chouans. Quelquesuns furent arrêtés et punis. Le temps de l’exaltation républicaine était passé. Le projet de Cérachi en avait été le dernier effort. Ce genre de péril avait cessé, en partie du moins, pour le premier consul , parce qu'il avait sa source dans des passions ardentes, et que les passions s'éteignent.

Le danger, venant du parti soudoyé par l'Angleterre, loin de cesser, renaîtra sans cesse, parce qu'il a son principe dans un calcul. Si des passions s'y mêlent encore, si des passions conçoivent le crime et enflamment l'audace pour l’exécution, la politique anglaise est là qui fournit les moyens et les armes. Mais en quel sens ces attentats peuvent -ils être attribués au gouvernement anglais? M. Pilt, lord Grenville, M. Dundas lui-même, étaient-ils des assassins? Il faut s'entendre. Jamais, du moins j’aime à le penser, M. Pitt ni lord Grenville n’ont dit à

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