CHAPITRE XI
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paix fat sigru^e, le 0 février, h cinq heures du soir.
Outre la ratification du gouvernement français et de l’empereur, il fallait, sur cet acte, celle de l’empire germanique. Pour donner aux délibérations de la diète les formes d'une pleine indépendance, In ville de Ratisbonne fut mise en état de neutralité. La diète s'y réunit sans délai. Le 21 février, un décret de l’empereur lui fit connaître la paix que S. M. venait de conclure, alléguant, pour excuse de celte conclusion â laquelle l’empereur n’avait pu prendre part, les impérieuses instances du gouvernement français, et rappelant, en outre, pour sa justification, les exemptes d’une marche pareille, suivie dans les temps antérieurs. Les princes ecclésiastiques ne pouvaient guère s'aveugler sur les suites que ce traité devait avoir pour eux. L’opposition de leur part eût été toute naturelle; mais peut-être une résistance inopportune , d'ailleurs sans probabilité d'un heureux résultat, eût pu précipiter le coup qui les menaçait et que désormais la politique autrichienne va tendre à éloigner. Ils gardèrent le silence. Pour sauver au moins l’apparence de la dignité du corps germanique, la Prusse voulait qu’en donnant la ratification demandée, l’empire se réservât ses droits, surtout à cause de la brièveté du délai qui lui avait été laissé pour exprimer son opinion. Ce vole eut peu de succès, lia diète donna son suffrage, le 7 mars, pour l'approbation pure cl simple du traité, et ce suffrage reçut, le 9 du même mois, la sanction de S. M. 1. Les princes et États de l'empire qui, à l'exception de ceux qu’avait protégés la neutralité du nord de rAUemagoe , étaient en proie k toutes les dévastations, compagnes d'une longue guerre, loin de se plaindre de n’avoir pas été appelés à une négociation plus prolongée qui n'cùl fait qu'aggraver leurs maux, se fclicitèrenl d'avoir été compris par l'Autriche dans le traité conclu pour elle -même; d'autant plus que toutes les cessions faites en leur nom avaient déjà , deux ans auparavant, été consenties par eux au congrès de Rasladt, et que quelques articles du traité de paix leur oITraicni l’espoir d'en obtenir une satisfaisante compensation.
En ce qui concerne le corps germanique, les négociations de Rasladt avaient été. en quelque sorte, l'introduciioii du traité de Lunéville. Sous ce même rapport, ce dernier traité ne recevra son complément que par le rccèi de la députation de l'empire, qui réglera les indemnités échues à chacun des princes et États dépossédés sur la rive gauche. Le rtekê ne sera signé que le 29 février 1803.
Depuis que le reproche banal d'ambition démesurée a été appliqué sans distinction à tous les actes du gouvernement français jusqu'à 1814, le traité de Lunéville n'a pas lui -même échappé i
l'accusation commune. Par un court examen de scs dispositions prioctpales, on jugera jusqu'à quel point l'accasalton est fondée. Le vœu , que de tout temps avaient formé les anciens gouvernements de la France, est enfin rempli, le rétablissement des limites de la Gaule. Le Rhin est devenu la frontière de la France, depuis le point où il quitte, auprès de Bâle, le territoire helvétique, jusqu'à celui où il entre dans la république balavc; premier avantage du traité de Lunéville sur celui do Catnpo-Formio, qui ne donnait à la république qu'une démarcation incomplète. Par le neuvième des articles secrets de 1797, Ü avait été stipulé « que la république française ne faisant point dif- » Acuité de restituer an roi de Prusse les provinces « prussiennes de la rive gauche du Rhin, il ne scn rait question pour la Prusse d'aucune acquisition » nouvelle. • Aujourd'hui, dégagée de cette stipulation, confirmée d’ailleurs une seconde fois dans la possession de la Belgique, la France va rester maîtresse de toute la rive gauche, en y comprenant les provinces prussiennes, moyennant une indemnité qu'elle procurera en Allemagne à la cour de Berlin.
La limite de l'Adige, depuis le Tyrol jusqu’à son embouchure, et surtout la cession de Mantoue, étaient indispensables à la sûreté de ritalic contre l'Autriche.
L'Europe ne pouvait pas douter que l'envahissement de la Péninsule n'eût été pour cette puissance le principal mobile de la guerre. Pour l'avenir, il fallait opposer une barrière formidable à cet envahissement. Ijt clef de celte barrière était Mantoue.
On n'a pas manqué de voir une odieuse spoliation, dans la renonciation exigée du grand-duc de Toscane à la souveraineté de ce pays. Ce n’était qu’un déplacement dont le grand-duc devait recevoir ailleurs la compensation; et le premier consul, qui d'abord avait offert de former un État pour ce prince mémo en Italie, ayant, par suite des circonstances qui avaient suivi le rejet de ses propositions, exigé la translation du grand-duc en Allemagne, n’avait point, comme on l’a dit, « livré aux M intrigues et jalousies de la diète le soin de fixer » son dédommagement. * Il y avait été pourvu par un article secret. Cette mutation de souveraineté était commandée par deux considérations graves. Sous le point de vue continental, nn rompait, par ce changement, la liaison de Naples avec l'Autriche, niais l'avantage était beaucoup plus grand encore sous l^point de vue maritime. Dans toutes ses guerres, l'enneini principal pour la France est I l’.Anglclcrrc. C'est à l'Angleterre plus qu'à l'Au- ! (riche qu’on enlève la Toscane. C'est à l’Angleterre
POLITIQUE EXTÉllIEURE.
qoe la France doit lâcher de fermer les ports de ritalie, les ports de Plie d’Elbe. L’tic d’Elbe et la Toscane sont nécessaires à la France, pour reprendre quelque prépondérance dans la Méditerranée. Il faut en Toscane, non pas un frère de l’empereur, mais un prince qui, par ses intérêts cl sa politique, soit sous la dépendance du gouvernement français; et, par une de ces singularités dont notre époque est remplie, la même république qui a détrOné les Bourbons à Paris, assurée de son influence sur les Bourbons de Madrid, élève à Florence on nouveau trône pour un prince de la branche espagnole. De ce que, sept ans plus tard, les événements dont la France n’aura pas eu l’initiative , amèneront la réunion du royaume de Toscane ou d'Étruric à l’empire français, faut-il en conclure, comme on l’a fait, que la création de ce nouveau royaume n’était m qu’une mesure provisoire? » Les torts mêmes de l’ambition sont souvent accidentels et fortuits. La plupart du temps, c’est leur faire trop d’honneur que d’y apercevoir les calculs d'une longue préméditation.
L’un des moyens de diminuer le nombre des causes de guerre est, sans contredit, de détruire le contact des grandes puissances par l’interposition d’États secondaires. Quoique le siècle où nous vivons ait beaucoup décrédité ces maximes, en prouvant rinsufGsance d’une telle précaution, on y attachait encore, en 1800, une très-grande importance, et on croyait avoir fait disparaître toute semence de troubles nouveaux, parce qu’on avait éloigné du Rhin la frontière autrichienne. C’était dans cette pensée que, par l'art. 4 du traité de Lunéville, on avait assigné le Brisgaw comme indemnité au duc de Hodène. Tout nouveau conflit paraissait presque impossible entre deux puissances que séparaient Bade , le Wurtemberg et la Bavière. Si les faits n’ont pas répondu à cette espérance, l’intention qui en avait mieux auguré n’en était pas moins digne d’éloges.
Remarquable par ses clauses, le traité de Lunéville ne l’est peut-être pas moins par scs omissions. La cour de Vienne qui, en repoussant le principe des sécularisations , aurait enlevé tout gage d’indemnité â scs alliés d'Âllcmagnc, si la France ne l’avait, dans un intérêt contraire, forcée d’admettre ce principe, ne s'était pas beaucoup plus occupée de scs alliés d’Italie. On ne voit Ggurer dans les stipulations de Lunéville, ni le pape, ni le roi de Naples, ni le roi de Sardaigne.
A peine, dans les négociations, le pape fut-il nommé, et l’Autriche ne s’était point fait scrupule de demander les trois légations d’abord pour elle, ensuite pour le grand-duc de Toscane. L’admission d’un plénipotentiaire napolitain , dans la né-
gociation, n’avait été, un moment, mise en avant par le comte de CobentzI, que pour faire naître des délais. A l’égard du roi de Sardaigne, le zèle de la cour de Vienne avait été moins vif encore. A la vérité, celte cour aurait eu assez mauvaise grâce à faire parade d’une tendre alTection pour un prince que non-seulement elle avait tenu pendant deux ans loin de ses États, lorsqu’il dépendait d’elle de l’y rétablir, mais auquel, lorsque déjà il était arrivé à Verccil sur l’invitation deSuwarofqui l’appelait à Turin, elle avait eu la cruauté de fermer les portes de sa capitale. D’un autre côté, la question n’était pas pour l’Autriche d’un intérêt bien sensible. Un roi de Sardaigne, enveloppé par la république cisalpine et la république ligurienne, ne pouvait guère être qu'un vassal de la France. Dès lors il était assez indifférent au cabinet autrichien qu’il y eût à Turin un préfet ou un roi, puisque le Voi lui-même n’eût été qu’un préfet. Les vues du premier consul , sur le Piémont, étaient encore indécises et subordonnées aux événements. On a donné > pour certain qu’après la bataille de Marengo, le premier consul avait proposé au roi de Sardaigne de rentrer dans ses États, et que ce prince s’y était refusé, ne voulant pas traiter sans la participation de la Russie et de l’Angleterre. L’invraisemblance du refus rend la proposition trèsproblématique. Une si fausse générosité eût été une faute que n’a pas probablement à se reprocher la maison de Savoie.
Quoique la réintégration du roi de Sardaigne à Turin fût une des demandes adressées à la France par Paul I*', il ne s’était point établi , entre les deux cabinets, de négociation spéciale sur ce point, le premier consul s’étant borné à reconnaître qu’il n’y avait dans les désirs de l’empereur, rien qui fût incompatible avec ses propres vues, mais ayant témoigné l’intention de conclure un traité direct entre les deux puissances, avant de statuer sur les affaires d’ordre général. Si l’union de Paris et de Pétersbourg s’était prolongée, il est à croire que la maison de Savoie serait dès lors remontée sur le trône. Lecoup qui frappera Paul, reléguera en Sardaigne le souverain du Piémont.
L’intervention du monarque russe fut plus pressante relativement au royaume de Naples. I.a reine Caroline, que nous avons vue, en 1800, arriver à Vienne; que nous avons soupçonnée, non sans motifs, d’avoir, en passant, excité le cabinet autrichien à tenter encore une fois le sort des armes; qui, à son départ d’Italie, avait donné un grand mouvement aux armements napolitains et à l’insurrection de Toscane; celte princesse prévoyante
■ Histoire d'Italie, par H. Botta. T. IV, p. ZiS.
CHAPITnE XI.
autant qu'audacieuse, prompte à remarquer les sympathies naissantes de Paris et de Pëtcrsbourg, était allée, pour l’hypothèse des revers, invoquer la protection de Paul auprès de son nouvel ami. L’éclat d’une telle démarche ne pouvait qu’émouvoir la générosité de ce prince et flatter son orgueil. Il fit partir sur-le-champ pour Paris son grand veneur, M. de Lcvaschef, uniquement afin de ménager au royaume de Naples une paix dont les conditions ne fussent pas trop rigoureuses. Cet envoyé n’ayant point un caractère diplomatiquement oflicicl, on put, sans manquer aux usages reçus, lui donner des témoignages de distinction que, pour des ambassadeurs en titre, l’ctiqueUe ne comporte pas. Chacune de ces démonstrations d'une prévenance délicate était un nœud de plus qui enchaînait Paul 1'' au premier consul. Pour mettre dans le plus grand jour l’intimité du premier consul et de Paul, M. de I.evaschef, invité à se rendre sur le théâtre môme de la guerre , y figura comme un médiateur auquel S. M. sicilienne dut la signature des préliminaires de paix.
Trop souvent les grandes masses absorbent une attention dont des corps très-peu nombreux ne seraient pas moins dignes. Au milieu du choc des armées de Brune et de Bcllegarde, il m’était diflicile de trouver place pour parler de la poignée de Français et de Cisalpins qui, sous les ordres du générai Miollis, avait tenu tète aux troupes napolitaines, commandées par le comte Roger de Damas, et au corps autrichien de Sommariva, renforcé par un grand nombre d’insurges toscans. Avant d’arriver à un armistice avec Naples, je dois au moins indiquer le genre de guerre qui l’avait précédé. Des six mille hommes dont disposait le général français, et qui presque en totalité se composaient de troupes cisalpines, près de la moitié était répartie en garnison à Livourne , <à Lucques et à Florence. C’est avec quatre mille hommes , tout au plus, qu'il devait repousser le marquis de Sommariva et le comte Roger de Damas. Le premier s’était porté sur Arezzo, foyer perpétuel d’insurrection , et le second avait dirigé un détachement sur Sienne. Miollis marcha contre le marquis de Sommariva, qui, presque sans combattre, fit sa retraite sur Ancitnc. Les Napolitains opposèrent une plus vive résistance. Le général cisalpin, l’ino, les battit sous les murs de Sienne , brisa les portes de cette ville à coups de canon, en chassa l'ennemi et le força de se retirer sur le territoire romain.
Le premier consul n’avait point perdu de vue ce point faible où la défense était à peine assurée, et sa prévoyance avait préparé les moyens d’y prendre bientôt i’oflensive. Due troisième armée de
réserve, sous le commandement du général Murat, armée peu nombreuse, mais bien organisée, renfort vainement désire par Brune et par Macdonald, avait, au commencement du mois de janvier, passé les Alpes par les trois routes du Petit-Saint-Bernard, du Mont-Cenis et du Mont-Genèvre. La convention de Trévisc, conclue le 10 de ce même mois, ayant permis au général Brune de donner à Murat un fort détachement de scs troupes, celui-ci s’etait avancé sur la Toscane avec près de trente mille hommes. Quoiqu’il pùt, à la tète d’un tel corps, porter des coups décisifs, son rôle, dans la nouvelle position des choses, devint plutôt diplomatique que militaire.
La mission de Murat semblait être moins de chercher des combats, dans l’intérêt de la France, que de rétablir l'indépendance des États de l’Église, en les alTranchissanl de l’occupation des troupes napolitaines, qui tenaient garnison dans le château Saint-Ange, et dévastaient le territoire de Rome. Il lui était prescrit de respecter ce territoire, et il ne devait y mettre le pied qu’autant qu’il y serait appelé par le pape lui-même. Son premier devoir, à son arrivée à Florence, avait été de faire connaître au ministère romain cette intention du premier consul. Ses instructions lui rcconimamiaicnt le plus grand respect pour le souverain pontife, pour la religion et pour scs ministres; il devait môme saisir l'occasion de quelques grandes cérémonies ecclesiastiques pour y assister et faire voir aux Italiens qu'ils étaient dans l'erreur, en considérant les Français comme des ennemis de la religion. Outre que le pa|>c Pie VII, touché des témoignages d’une si respectueuse bienveillance, avait trop de lumière pour ne pas apercevoir combien le premier consul pouvait être utile aux plus précieux intérêts de l’Église, le principal dépositaire du pouvoir à Rome était alors le cardinal Gonzaivi, dont le nom seul rappelle des vertus douces, des qualités aimables, et surtout l’union d’un zèle tempéré par la connaissance des hommes et du temps à un esprit juste et conciliateur.
Ce ministre s’empressa de transmettre au général Mural les actions de grâce du saint-père pour les dispositions favorables du gouvernement franç.ais, dont Sa Sainteté sentait tout le prix, annonçant que « le saint-père s’empresserait d’y répon- » dre avec tout l’intérêt que lui inspirait le plus n vif sentiment dont il était pénétré pour le pre- » micr consul, auquel étaient attachés la tranquil- » lité de la religion et le bonheur de l’Europe. »
Dans celte conduite du premier consul à l'égard du saint-siège, et dans ce langage du saint-siége envers le premier consul, quel œil n'apcrcoit déjà l’empreinte de l’avenir? Depuis dix ans, hors les
respects de ce môme général Bonaparte pour Pic VI, même en le combattant, tout avait été hostilité entre la cour de Rome et la France. Une bonne foi réciproque et une sincère conconlance de vues se manifestent entre le chef de l'Église et le chef d'un État de trente millions d'hommes qui ont presque oublié qu'ils sont chrétiens. Pour l'Église romaine ce rapprochement est une révolution.
La cour de Rome , étant elle- même impatiente de voir les troupes napolitaines quitter les États ecclésiastiques, eut soin de faire connaître au commandant en chef de ces troupes, le comte Roger de Damas, les communications du général français. M. de Damas prétendait que, ses mouvements ayant toujours été subordonnés à ceux de l'armée autrichienne, il devait être considéré comme compris dans la suspension d’armes de Trévisc, et, par conséquent, autorisé a garder scs positions. La prétention n'était pas fondée ; les troupes napolitaines n’avaient pas même été nommées dans l’armistice, la France voyant en elles moins les alliés de l'Autriche que les alliés de l'Angleterre. Au reste , telle était la situation des choses, que la négociation offrait seule une voie de salut à la cour de Naples, et le premier consul ne s'y refusait pas : elle SC hâta d’y recourir.
Alors arrivait en Italie l’envoyé extraordinaire : de Paul I*', M. de Levaschef. Comme il entrait dans les vues de la France de donner à la média- i tion de la Russie, en faveur de Sa Majesté sicilienne, i beaucoup de solennité et d’éclat, M. de Levaschef fut traité avec magnificence sur toute sa route, reçu en grande pompe par Murat à Bologne; et, ayant suivi à Florence ce général, qui l’y devança seulement de quelques heures, il trouva, en y entrant, cette capitale illuminée, comme si la seule présence d’un représentant de l'empereur Paul eût été une fête pour elle. Empressé de répondre aux démonstrations françaises, on vit, au théâtre de cette ville, M. de Levaschef, dans une meme loge avec le général Murat, prendre un drapeau russe et le joindre au drapeau de la république , en disant que deux si grandes nations devaient être unies pour le bonheur du monde. Naguère encore cette belle Italie avait été l'arène du choc sanglant des deux drapeaux. Est -ce le même monarque qui en si peu de temps fait ainsi succéder M. de Levaschef à Suwarof?
De Florence, cet envoyé se rendit à Naples, où il fut salué comme un libérateur, et reçut les mêmes hommages que, deux ans auparavant, on avait, sous de plus funestes auspices, prodigués à l'amiral Nelson. Cependant le chevalier de Micheroux, muni des pouvoirs de M. de Damas , était arrivé à F'oli-
gno et avait, le 18 février, signé avec le général Murat de véritables préliminaires de paix sous le nom d’armistice. Le général français ne négligea point de faire consigner dans le préambule, comme l’un des principaux motifs de l’acte , les preuves d’intérêt données au roi des Deux-Siciles par Sa Majesté l’empereur de toutes les Russies. Le traité définitif fut conclu le 28 mars suivant.
Trois conditions principales formaient la substance de ce traité : 1° la ciêturc de tous les ports des Deux-Siciles aux vaisseaux anglais et turcs, jusqu’à la paix définitive avec ces deux puissances; 2° la renonciation de Sa Alajesté sicilienne à Porto- Longone cl à tout ce qui pouvait lui appartenir dans Plie d’Elbe, comme aussi aux présides de Toscane et à la principauté de Piombino; ô" le rappel et la mise en liberté des Napolitains bannis ou détenus pour opinions politiques.
Chacune de ces conditions exige quelques remarques :
Sur la première, la clôture des ports des Deux- Siciles aux Anglais, il faut observer qu’à cet égard les vues de Paul 1*% alors au comble de l'irritation contre l’Angleterre, allaient en quelque sorte au-devant de celles du premier consul. A l’article 3 du traité dans lequel cette interdiction était exprimée , il se joignait des stipulations secrètes qui donnaient, à une clause peu remarquable de l’article patent, une interprétation d’une grande importance. Par celte clause, qui portait qu’un corps fratiçais pourrait , sur la demande du roi de Naples, être mis à sa disposition pour le préserver des attaques des Anglais et des Turcs, on avait entendu l’introduction immédiate de douze mille Français dans les États de Sa Majesté sicilienne. En réalité, celle introduction de troupes françaises sur le territoire napolitain , représentée par plusieurs écrivains comme un attentat gratuit aux droits d’une nation indépendante, n’était qu’une mesure dictée par un grand intérêt de la France, et qui n’avait rien d’hostile pour le roi de Naples; l’intérêt de faire avancer des troupes françaises jusque sur les points de la Péninsule d'où il pùl être, avec le moins de danger, envoyé un renfort à l’armée d'Égvptc. Brindes, Tarenle, Otranle et toute l’extrémité de la presqu’île furent occupées dans le courant d'avril par le général Soull. X peu près dans le même temps, le saint-père avait cousenti à fermer aux Anglais les ports des États romains, en sorte que la marine et le commerce britanniques SC trouvaient exclus de tout le littoral de ritalic.
Relativement à la seconde des conditions que j'ai signalées, la renonciation du roi de Naples à ce qu'il possédait dans l'Ilc d'Elbe, renonciation