‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 48 sur 298 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

précédée par celle du grand-doc de Toscane pour sa portion de la même lie, il est malaisé que l'esprit, à ce seul nom, ne franchisse l’espace de qua> torzc années pour voir dans cette tic, qu'il a fallu obtenir par une double cession, le contraste de Napoléon jeté sur ses bords par un grand naufrage , et de Napoléon en sortant pour une expédition prodigieuse que suivra bientôt après un naufrage plus terrible encore.

Quant à la troisième des exigences du gouvernement français, le rappel des bannis, la mise en liberté des détenuspouropinions politiques, comme les événements qui avaient donné lieu à ces rigueurs, se rapportaient à rinvasioii de Naples par les armées de la république, cette , dernière demande était légitime de la part du premier consul ; mais eût -elle été un empiétement sur Pautorilé souveraine de S. M. sicilienne, elle aurait eu la sanction de l'humanité, comme rcmpiélemeiit identique d'un des anciens rois de cette même Sicile, de Gélon qui, par un article de traité, commanda aux Carthaginois la cessation des sacrifices humains. En traitant à Lunéville avec le cabinet autrichien, le premier consul avait de même réclamé la mise en liberté de plusieurs citoyens illustres de la république cisalpine, Moscati , Caprara et quelques autres, que ce cabinet s'ctail obstiné ê retenir, même après la convention d'Alexandrie; mais il s'ctail contenté d'un consentement vcrl>al exprimé par le comte de Cobenlxl. Pendant qu'on s'occupait à Lunéville de ces honorables captifs, leur élargissement avait eu lieu, sur la demande du général Brune. Outre que la circonstance n'était pas exactement la même, la conduite antérieure du gouvernement napolitain avait mérité qu'en fait d'amnistie on ne s'en rapportât avec lui qu'à des stipulations impérieuses et précises.

Dans ce même mois de mars 1801, et avant la conclusion de la paix entre la France et le roi de Naples, l’exécution de l'aclicle 5 du traité de Lunéville avait amené entre l'Espagne et la France la signature d'une convention , pour l'établissement en Toscane de l'infant de Parme, en échange du duché dont il était prince héréditaire , et dont la possession était transportée à la république française. Le nouveau souverain de la Toscane devait prendre le titre de roi, et la France se chargeait de le faire reconnaître par l'Europe en cette qualité. On lui donnait la principauté de Piombino , en compensation de la partie de l'ile d'Elbe qui avait appartenu à la Toscane et qui en avait été détachée en faveur de la république. Non-seulement le gouvernement français rétrocédait, le il mars, la principauté de Piombino, qui ne lui fut cédée, en elTci, que le 38 du même mois par S. M. sicilienne,

mais le traité du 31 mars lui-même, ainsi que le porte son article 8, avait son origine dans un traité antérieur, celui dont il a été précédemment fait mention, comme ayant été conclu à Saint-Ildefonse le 1*' octobre 1800. Telle avait été la confiance du premier consul dans l'issue favorable de la guerre, qu'il avait disposé d'avance des fruits qu'elle pourrait produire. Ce n'est pas, au reste, la France qui doit se plaindre de cette confiance peut-être présomptueuse, puisque, dans l'esprit de son premier magistrat, elle se liait à un objet intéressant pour elle, le recouvrement d'une de ses anciennes colonies, la Louisiane.

11 est à remarquer, comme question de morale et de droit, que relativement à l'échange de Parme contre la Toscane, l'Espagne agit au nom du duc sans le consulter, et que, par les articles arréléi entre la France et la cour de Madrid, la ligne de souveraineté se trouve înlerrompue. L'hérédité devance le temps. On dépossède le titulaire, et c’est son fils que l'on indemnise, que l'on couronne. On convient seulement de donner au duc régnant une indemnité convenable en possessions et en revenus. Après cette observation que réclamait la justice, nous devons ajouter que le duc régnant ayant refusé les offres qui lui furent faites, la France n'insista point sur l'exécution de cet article, et que le duc resta paisible possesseur de ses États jusqu'à sa mort, qui arriva en 1803.

La conclusion de la paix avec le roi de Naples, les conventions de la France avec la cour de Madrid, ne laissaient plus en Italie que le Piémont dont le sort ne fût pas fixé. Par le fait seul de sa possession provisoire, la France était autorisée à prendre envers ce pays les précautions conformes à ses intérêts. Comme, sur le Rhin, le gouvernement de la république n’avait rendu aux anciens possesseurs les places et les forts qui bordent la rive droite qu'après les avoir démantelés, il faisait, en Piémont, démolir les fortifications destinées à former une barrière contre la France, en même temps qu'il réparait et augmentait les forlificalioas de celles qui pouvaient servir de boulevard contre l'Autriche. Ainsi le résultat de la paix de Lunéville et des deux autres traités dont il vient d'élre question, avait élé de fermer l’Italie aux Anglais dans toute son étendue ; de placer au sein même de la Péninsule la souveraineté matérielle de la république par la possession du duché de Parme, et d'établir les armes françaises au fond du golfe de Tarentc, du cousentement même de S. M. sicilienne. D'après ces derniers changements, il ne restait plus aux Anglais, dans le Midi, d'antre allié que la cour de Lisbonne. Aussitôt après la paix de Lunéville, le premier consul, convaincu qu'il n'y

POLITIQUE EXTÉRIEÜHE.

avait point pour lui de paix possible avec l’Angleterre à moins d’un danger imminent pour elle, n’avait pas perdu un moment pour menacer cette puUsance sur tous les points où elle pouvait être vulnérable, et l’un de ces points était naturellement le Portugal. Un corps de trente mille hommes s’était mis en marche de l'Italie vers les Pyrénées; et bientôt, poursuivie partout, l’Angleterre sera repoussée même de cette embouchure du Tage qui est pour elle comme une rade an-

glaise; mais ces événements du Midi, dont nous aurons à nous occuper plus tard, n’appartiennent qu’à un ordre d’intéréts secondaires. Les intérêts majeurs de l’Europe sont maintenant concentrés dans la mer Baltique. C’est dans cette mer intérieure que va être jugé le grand procès de la liberté générale des mers. Le Nord nous appelle à contempler ses discussions, ses armements, scs combats et ses sanglantes catastrophes.

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