CHAPITRE XII
POLITIQUE EXTÉRIEURE
Perfectionnement du système de neutralité maritime de 17fM). — Demande d'explication faite au Danemark par l'Angleterre. — Réponse du Danemark. — Embargo mis par l’Angleterre sur les bâtiments danois, suédois et russes. — Motifs des ménagements de l’Angleterre pour la Prusse. — Envoi d’un commissaire anglais en Russie.
— Réponse de la Prusse à une note de l'envoyé d'Angleterre. — Satisfaction de Paul W sur la conduite de la Prusse. — Observations sur les aveux du goiivcrneinent anglais. — Discussion du parlement d’Angleterre. — But de la guerre manqué pour l’Angleterre. — Retraite de M. Pitt. — Faux motifs allégués pour expliquer la retraite de .M. Pitt. — Mesures défensives dans le Kord. — Arrivée de la flotte anglaise dans le Catégat. — Propositions de l’Angleterre au Danemark. — Instances de la Russie et de la Suède pour l’occupation du Hanovre.
— Mécompte de la Prusse prévenue â Péiersbourg p.ir le premier consul. — Projets de Paul contre l’Angleterre. — Capture de bâtiments prussiens par les Anglais. — Occupation du llanovrcr par la Prusse, et de Hambourg par le Danemark. — Xégligencc de la Suède h défendre le Sund. — Flotte anglaise devant Copenhague.
— Dispositions défensives des Danois. — Attaque par Nelson. — .âdmirabic conduite des Danois. — Envoi d’un parlemcutaire anglais. — Rejet des propositions anglaises. — Nelson se rend auprès du prince royal. — Nouvelle de l'assassinat de Paul Dr. — Trêve signée le i) avril.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement anglais voyait se préparer entre les puissances neutres une nouvelle union relativement aux droits et aux devoirs de la neutralité, union fotidéc sur les principes d'équité naturelle les plus saints et les plus purs, mais que, d’après son code de violence et de barbarie, ce gouvernement s'attachait à considérer comme un attentat à sa dignité, comme une conspiration contre sa suprématie maritime. La convention, destinée à consacrer ce salutaire concert, avait, comme nous l’avons vu, été signée à Pétersbourg, le 16 et le 18 décembre, par la Russie, le Danemark, la Suède et la Prusse. C'était les maximes de 1780 que l'on faisait revivre, mais elles avaient reçu dans leurs détails un perfectionnement dont l'expérience avait fait sentir la nécessité.
Dans la convention de 1780, on avait reconnu, comme contrebande, les objets compris sous cette dénomination par les traités existants ; mais les énonciations de ces divers traités offraient des diflérences entre elles. A ces qualiOcalions vagues cl sans uiiiforinilé, on avait substitué, en 1800, une délinilion exacte, rigoureuse, cl même une spécilicalion nominative des objets auxquels ce nom devait s'étendre.
I On avait de même, en 1800, complété la convention de 1780 par deux additions importantes : l'une, réglant les conditions d'après lesquelles un bâtiment neutre, naviguant vers un port bloqué, pouvait être regardé comme ayant contrevenu aux principes des neutres et s’étant exposé à une juste capture; l'autre, relative à l’exercice du droit de visite, cl qui, établissant comme garantie suIRsante la déclaration de l’ofiicier commandant les vaisseaux chargés d’accompagner un convoi de navires marchands, anéantissait, en réalité, le droit de visite à l’égard des bâtiments sous convoi.
En formant celte confédération sous les auspices de deux grands Etats comme la France cl la Russie, les puissances neutres avaient droit de penser qu’elles ne travaillaient pas seulement pour la circonstance actuelle, mais pour la sûreté de l'avenir. Aussi, par l’article 10, clics déclaraient les diverses stipulations, dont elles venaient de convenir, pcrinanenlcs cl applicables à toutes les guerres maritimes. Vains projets de la sagesse humaine! Plus on avait mis de soin à faire, de cet acte nouveau, un monument de raison, de prévoyance et de justice, plus il était urgent pour la politique anglaise, avec les opinions qui la gouvernaient alors, de ne pas lui laisser prendre de consistance.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
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d’en dissoudre le ciment à peine forme, et de détruire l’édiOce jusqu'en ses fondements.
Aussitôt que le cabinet de Saint-James jugea que l’accord dont il épiait les progrès pouvait être conclu ou touchait à sa conclusion, l’agent britannique auprès de la cour de Copenhague, M. Drummond, demanda, le 27 décembre, à cette cour, des explications pleines, ouvertes et satisfaisantes sur la nature, l’objet et l’étendue des obligations que S. M. danoise aurait pu contracter déjà ou serait sur le point de contracter. Une dénégation n’eùt été conforme ni à la dignité d'un gouvernement loyal comme celui de Danemark , ni aux vues de la confédération qui, plus tard, eût elle-même fait connaître à l’Angleterre le but dans lequel elle s’était formée. En réponse à la demande de l’envoyé britannique, le comte de Rernstorf, sans toutefois convenir de l’existence d’un acte déjà signé , déclara, le 31 du même mois, que la négociation qui se suivait à Pélcrsbourg, entre la Suède, le Danemark, la Prusse et la Russie, n’avait pour objet que le renouvellement des engagements qui avaient été pris en 1780 et 1781 pour la sûreté de leur navigation; ajoutant que sa cour ne portait, dans cette négociation avec ses alliés, que » des » vues absolument défensives, pacifiques et incai> pables d’offenser ou de provoquer personne. » La déclaration seule d’un retour aux principes de neutralité de 1780 fut regardée à Londres comme une véritable déclaration de guerre, d’autant plus que déjà l’état de paix avait cessé entre l’Angleterre et Paul par l’embargo mis en Russie sur les bâtiments anglais , le séquestre des propriétés anglaises, et la relégation des marins anglais dans les provinces intérieures de l’empire russe, he gouvernement anglais, de son côté, se hâta de mettre un embargo sur les bâtiments russes, danois et suédois, embargo qui ne fut pas général, quoique qualifié ainsi par la proclamation du 14 janvier, car il ne s’étendait pas aux bâtiments prussiens. La notiQcation de cette mesure, renfermée dans une note de lord Grenville, en date du lendemain 18 janvier, ne fut de même adressée qu’aux ministres de Danemark et de Suède.
L’exception faite en faveur de la Prusse , dont on n’ignorait pas la participation au système de neutralité convenue à Pétersbourg, est encore une de ces circonstances qui prouvent combien l’Angleterre subordonne les questions de droit aux considérations d’intérêt particulier. On ménageait la Prusse parce que d’elle dépendait la clôture de l’Ems, du Weser et de l’Elbe, et, plus encore, l’occupation du Hanovre. On se garda bien aussi de poser à llerlin, comme on l’avait fait à Copenhague, des interrogations pressantes auxquelles
le cabinet prussien dût faire une réponse catégorique. Le 27 janvier, l’envoyé de la Grande-Bretagne en Prusse, lord Rarisfort, remit an ministre des affaires étrangères, comte d’IIaugwiz , une longue note, véritable manifeste contre la Russie, le Danemark et la Suède, dans lequel cet envoyé, cherchant à établir qu’il n’y avait pas d’analogie entre la situation de la Prusse à l'égard de l'Angleterre, et celle des autres puissances du Nord, affectait de douter du concours du gouvernement prussien aux vues de ces puissances. Cette forme dubitative convenait beaucoup à ce gouvernement très -peu pressé de prendre couleur. La note anglaise resta sans réponse.
Le cabinet britannique n’avait pas encore renoncé à tout espoir de renouer quelques rapports avec la Russie, de manière à dissiper l’orage qui le menaçait. En faisant partir pour Pétersbourg un commissaire chargé de pourvoir aux besoins des matelots anglais et autres individus de la même nation, relégués dans les provinces russes de l'intérieur comme prisonniers de guerre, lord Grenville avait, à la faveur de cette occasion assez naturelle, adressé au comte Rostopsin des observations très-mesurées sur les objets qui divisaient les deux gouvernements , et exprimé le vœu de S. M. britannique pour le rétablissement des anciennes liaisons entre les deux couronnes; mais cette tentative avait été sans succès auprès de Paul I”''. Ce prince avait fait répondre qu’il se chargeait de prendre soin des prisonniers anglais, et le commissaire britannique avait été renvoyé comme un hôte inutile pour la Russie.
Lorsque la légation anglaise à Berlin fut informée de ces faits, lord Rarisfort, en les portant, le l”' février, par une seconde note, à la connaissance du ministère prussien , déclara l’existence « d’un » état de guerre actuelle et ouverte entre la Russie n et la Grande-Bretagne. » Nulle question directe n'était encore adressée à la Prusse. On restait avec elledansdes termes équivoquesqui ne provoquaient point d’explication. S. M. britannique s’abstenait, en raison des circonstances où se trouvait l’Europe, de demander à son allié les secours stipulés par les anciens traités d’alliance ; mais elle ne doutait pas qu’elle ne reçût de lui toutes les preuves d’amitié que pourrait exiger cette nouvelle guerre.
Quels que fussent les tempéraments employés par l’Angleterre, et la disposition de la cour de Berlin à l'immobilité, la situation de cette cour, changée de droit par son accession à la neutralité armée, ne pouvait pas non plus rester longtemps, par le fait, indécise et inactive. Après s’étre flattée de gouverner les cabinets de Paris et de Pétersbourg,divers indices commenrantà l’avcrtirqu’elle