‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 50 sur 298 · CHAPITRE Xlf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlf

pourrait bien n'élre plus qu’un instrument là où elle avait cru saisir la direction principale , il ne lui restait qu’à ennoblir son rôle nouveau , en le faisant regarder comme le résultat d’une volonté libre et d’une forte conviction sur la sainteté des droits qu’il s’agissait de défendre. En conséquence, le ministre des affaires étrangères, comte d'ilaugwiz, pour racheter scs délais par l'énergie de son langage, remit, le 1â février, à lord Karisfort, une réponse fort bien raisonnée , l’une des pièces les plus remarquables qu’ait fait naître cette discussion. Malgré le soin que je mets à m’abstenir de citations un peu étendues, je placerai ici deux paragraphes essentiels de cette note, dont l’un établit clairement le fond de la question, et l’autre exprime la détermination de la Prusse.

Il Le gouvernement britannique s’est arrogé ,

» dans la guerre présente plus que dans toutes les » précédentes , la suprématie des mers ; et en sc » formant à son gré un code naval qui serait dif- » ûcile à concilier avec les vrais principes du droit » des gens, il exerce sur les autres nations amies » ou neutres une Juridiction usurpée dont il sou- » tient la légitimité, et qu’il veut faire passer pour » un droit imprescriptible, sanctionné par tous » les tribunaux de l’Europe. Jamais les souverains » n’ont accorde ou adjugé à l’Angleterre la faculté » d’évoquer et de soumettre leurs sujets à ses lois;

» et dans les cas nialbeurensemcnt trop fréquents » où l’abus de la force l’a emporté sur l’équité, les » puissances neutres ont toujours eu soin de lui » adresser les réclamations et les protestations les » plus énergiques. L’expérience a prouvé que leurs » remontrances ont été la plupart du temps infrucw tueuses, et il n’est pas surprenant qu’après tant Il de vexations multipliées et réitérées , elles aient n conçu le dessein d’y chercher remède etd’établir,

H à|cet effet, un concert bien ordonné qui Gxàt » leurs droits, et qui les mit en règle avec les puis- » sances belligérantes memes. »

U L’association maritime, telle qu’elle vient » d’étre consolidée, devait acheminer vers ce but >1 salutaire, et le roi ne fait aucune difRculté de M déclarer à S. M. britannique qu’il y a retrouve » ses propres principes,etqu’intimement persuadé » de sa nécessité et de son utilité, il a formellement n accédé à la convention conclue à Vétersbourg n entre les cours de Russie, de Danemark et de » Suède, le 16 décembre de l'année dernière. Sa » Majesté se trouve ainsi placée au nombre des n parties contractantes, et en cette qualité elle est » obligée non -seulement de prendre une part di- » recte à tous les événements qui intéressent la n cause des neutres , mais aussi de la soutenir, en n vertu de ses engagements, par telles mesures i

» efficaces que l’urgence des cas pourra exiger. »

Par CCS deux paragraphes on Juge l’ensemble de la note du cabinet prussien et la situation où ce cabinet venait de se placer envers l’Angleterre. Paul I*', qui Jusqu’à ce moment avait accusé la lenteur de la cour de Berlin, lui témoigna une vive satisfaction de l’énergie de ses paroles qui promettaient la même énergie dans ses actes. A cette occasion il conféra au comte d'Haugwix le grand cordon de Saint-André. Le roi de Prusse, en échange de cette gracieuseté , chargea son ministre auprès de l’empereur Paul de remettre au comte Rostopsin le grand cordon de l'Aigle noir; mais, par un grand changement de circonstances personnelles , et c’est pour cette raison que J’admets ici de semblables détails , ce grand cordon ne fut point remis. Lorsque la dépêche du comte d’Haugwix, qui portail l’expression de la volonté du roi, parvint à Pétersbourg, le comte Rostopsin venant d’étre renvoyé dans ses terres, le ministre prussien comprit à merveille que sa cour n’avait pas destiné cette marque d’estime à un favori disgracié.

Quoique , dans les derniers Jours de février et dans tout le cours du mois de mars, la Suède et le Danemark eussent continué à échanger des notes * avec le gouvernement anglais, et que le Danemark surtout eût présente plusieurs fois de vives réclamations au nouveau ministre des affaires étrangères, lord Hawkesbury, i l'égard des violences et atrocités commises contre des bâtiments et des marins danois, la discussion de principe sur les questions contestées avait véritablement été close par la réponse du cabinet prussien, dont J’ai rapporté quelques traits. Là s’était terminée la guerre de cabinet , guerre qui n'était que le prélude d'un sanglant combat, mais qui n’est pas indigne de remarque par le caractère particulier des expressions du gouvernement anglais. De ces aveux et de ces expressions il résulte que ce gouvernement regardait comme le fondement nécessaire de sa puissance, comme la base principale de sa grandeur, le droit de tout oser, de tout entreprendre sur mer, sans reconnaître ni principe, ni règle, ni loi. Jamais moins de dissimulation n'avait couvert scs projets et ses vues. Que le ministère britannique fût Jaloux de rendre sa marine supérieure à la marine réunie de toutes les autres puissances, qu’il aspirât à une prépondérance marquée sur les mers, rien de plus Juste, de plus national ; mais, pour être la première nation maritime, fautil pouvoir opprimer impunément? La royauté sur les mers en est- elle la tyrannie? En un mot, la

' Les 4, 18, âO et 34 mars.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

prospcritc do rÂngletcrrc était- elle inconciliable avec les droits des neutres, avec la justice? Nous croyons que , sur ce point , le gouvernement anglais était dans l'erreur; qu’il appréciait mal tout ce que comportent d'avantages les saintes limites de l’équité, et qu’un jour il abjurera ce préjugé anti-social. De ses opinions passionnées, M. Pitt avait fait des axiomes; et des axiomes de M. Pitt, le ministère anglais a fait la règle invariable de sa conduite jusqu’à la restauration de 1814 et meme jusqu’au suicide de lord Casllereagh. La conviction de l’incumpatibilité des principes proclamés par les puissances neutres, avec la conservation de la puissance anglaise, était si profondément enracinée dans l’esprit de M. Pitt et de ses collègues, qu’ils ne craignaient pas d’en consigner l’aveu dans leurs notes et leurs proclamations. Ils sentaient qu’à la faiblesse de leurs raisonnements sur la question de droit, ils avaient besoin de joindre une de ces considérations politiques qui font taire le droit devant la gravité de l’intérêt. Ainsi, dès le 30 juillet 1800, dans les contestations avec le ministre de Danemark à Londres, lord Grenville caractérise les prétentions de l'Angleterre comme <> des droits indisputables dont ne peut se dé- » partir S. M. britannique, et dont l’exercice mo- N déré est absolument indispensable pour le maOt- » tien des iniérêlt les plus chers de son empire. >i C’est aussi comme » nécessaire à l’existence des » intérêts les plus chers de l’empire britannin que, * que lord Wilhworth en réclame le maintien dans la note remise par lui, le 12 août de la même année, au comte de Bernstorf. Lorsque, le 27 décembre, l'agent anglais, Drummond, demande an même ministre, comte de Bernstorf, des explications sur l'acte qui a dù être conclu entre les puissances du Nord, il parle de cet acte comme d’une innovation destructive « des principes de » droit maritime sur lesquels repose en grande » partie la puissance navale de l’Angleterre. » Par la proclamation du 1 4 janvier 1801 , relative à l’embargo, le gouvernement anglais représente l’alliance qui vient d’être conclue comme hostile contre les justes droits et les intérêts de S. M. Dans la notification de l’embargo, faite, le lendemain 13 janvier, aux ministres de Danemark et de Suède, lord Grenville , repoussant les principes professés par les puissances neutres, prétend que leur administration, U si elle devait jamais avoir lieu , tari- M rait infailliblement une des principales sources » de la fbree et de la sûreté de l’empire britanni- » que. P Enfin , dans ses communications avec la cour de Prusse, le 27 janvier 1801, l’envoyé anglais, lord Karisfort, déclare que S. H. britannique ne se soumettra jamais à des prétentions » at-

» tentatoires aux bases de la grandeur et de la sé- )i curité maritimes de son empire. » On remarque sans peine que, dans toutes ces pièces, le droit n’csl articulé que pour la forme , que c’est de son intérêt seul, et non pas seulement d’un intérêt défensif, mais d’un intérêt de domination exclusive et absolue , que l’Angleterre est occupée. Seule contre les autres nations maritimes, lorsque toutes s’accordent dans les mêmes théories, dans les mêmes pratiques, comme moyen de sécurité commune, elle rejette ces pratiques et ces théories, comme devant mettre des bornes à l’abus de la force, par lequel elle entend les assujettir toutes au caprice de ses volontés et à l’arbitraire de ses intérêts.

La discussion qui eut lieu dans le parlement sur les démêlés de l’Angleterre avec les puissances neutres, servit encore à jeter plus de jour sur les absurdes prétentions du ministère anglais. Vainement un objectait à M. Pitt que ce prétendu droit de visite , auquel il attachait maintenant le salut de l’Angleterre, avait été abandonné autrefois, d'abord en faveur de la Hollande >, plus lard, en faveur de l’Espagne , et récemment à l’égard de la France, en 1786. Vainement on demandait à ce ministre si, ce droit de visite qu’il voulait exercer sur les bâtiments neutres sous convoi, il souffrirait que des puissances étrangères l’appliquassent à la marine britannique. <■ Supposons, lui disaient ses » adversaires, que dans la guerre de la cour de » Madrid avec Alger, lorsque cette cour interdisait H l'entrée de ce port aux bâtiments neutres, un vais- » seau espagnol, qui eût rencontré une frégate ani> glaise convoyant des navires de commerce, eût » osé l’arrêter pour faire la visite du convoi, qu’au- » rait fait le commandant anglais? Il aurait jeté » à l’eau l’imprudent visiteur. » L’objection était sans réplique; d’où il soit que, sur cette première question, l’Angleterre réclamait pour elle seule un droit exclusif et sans réciprocité. Quant à la libre circulation des marchandises appartenant à une des parties belligérantes, sous la sauvegarde du pavillon neutre, quel en était l’inconvénient pour l’Angleterre? Cette liberté de circulation était un principe de commerce qui, dans tous les cas, devait être plus favorable à l’Angleterre qu’à toute autre puissance, puisque son commerce était plus étendu. Ces raisonnements sensibles et vrais des Fox et des Shéridan ne trouvaient point accès dans un esprit encombré des vieilles maximes du moyen âge sur les dangers de la justice dans la politique. U Si nous avions, répondait M. Pitt, abandonné » notre droit de visite, la France aurait réussi à

• En 1074.

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