CHAPITRE XIV
POLITIODE EXTÉRIEURE.
Enroi du colonel Duroc à Péiersboiir(;. — Décloralion qui transforme le Piémont en une division militaire. — Observations sur l’agrandissement du territoire français. — Conduite inquiétante de l’Autriche. — Concert avec l’Espagne pour une expédition en Portugal. — Abaissement de la royauté en ^pagne. — T raité de Dadajoz avec le Portugal, non ratifié par le premier consul. — Traité de M.adrid avec le Portugal. — Proposition faite A la Prusse de recevoir le Hanovre en indemnité. — Position pénible de la Prusse. — Traité avec l’électeur de Bavière. — Convention avec la république batave. — Conseils donnés aux Suisses. — Déplacement de la guerre et changement de son objet.
Déçu dans ses espérances sur le résultat des armements du Nord , le premier consul ne dut que poursuivre avec plus d'activité l’exécution de ses autres projets, pour atteindre l’Angleterre là où elle lui offrait quelque point vulnérable. S’il voulait prendre de l'avantage sur elle, il lui convenait d'autant plus de bâter ses opérations agressives, que cette puissance, épuisée par scs succès maritimes comme par les défaites continentales de ses alliés, venait d'exprimer à son tour le désir d'entamer une négociation pour le rétablissement de la paix. Jamais des soins plus importants n'occupèrent à la fois le chef d'un grand État. Des négociations, conduites avec autant de discrétion que d’habileté, préparent :
La conclusion de traités de paix avec l’Angleterre, la Russie et la Porte Ottomane;
La restauration du culte catholique en France, de concert avec le saint-siège;
Un traité de protection avec la Bavière;
De nouveaux arrangements avec la république batave, tendant à diminuer les charges qui pèsent sur cette république.
De toutes CCS négociations, la plus dillicilc est celle qui vient de se rouvrir avec la cour de Londres. Pour arriver, avec cette cour, à des conditions satisfaisantes, il faut, en échange de tout ce i que nous avons à lui redemander, avoir aussi des { restitutions à lui faire. De là une expédition con- ; tre le Portugal; de là encore une proposition faite I à la Prusse d'évacuer le Hanovre, et de le remettre ^ aux troupes françaises. A l'égard de certains pays I
encore disponibles, mais que la France se propose de conserver, pour que l’état de possession existant puisse être établi dans le traité à conclure avec l’Angleterre , il faut régler cet état de possession d’une manière au moins provisoire. De la l'organisation du Piémont en division militaire de la France et en arrondissements administratifs. Chacun de ces objets méritant un examen à part, nous allons les reprendre, en suivant, autant qu'il sera possible, l'ordre de leur date et de leur développement.
L'ambassadeur accrédité en France par Paul !«' pour négocier la conclusion de la paix, M. de Kalitchef, ayant notifié au gouvernement de la république l’avénement de l'emiiereur Alexandre au trdne, le premier consul envoya en Russie son aide de camp, le colonel Duroc, pour porter ses félicitations au jeune empereur, et en même temps travailler à lever les obstacles qui retardaient un rapprochement délinitif. Sans doute, le premier consul eût désiré trouver, dans l’empereur Alexandre, un continuateur de Paul D', relativement aux principes de la neutralité maritime ; mais ayant bientôt reconnu qu'une telle espérance serait une chimère, il borna ses vues à nouer des relations amicales avec le nouveau czar. Nul démêlé direct n'existait entre les deux États : ils n’étaient divisés que par les réclamations de l’un d’eux, en faveur des rois de Sardaigne et de Naples, et par les difficultés que l'autre opposait à ces réclamations. La Russie SC désistera d’une partie de scs demandes : toutefois, par suite des ménagements de cette puis-