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sance pour l'Aiiglelerre, elle désignera son (raité avec la France qu'après la déclaralion des préliminaires de paix entre les cabinets de Paris et de Londres.
ÂQlant la faiblesse de la Russie, à ravènemcnl d'Alexandre, était préjudiciable aux intérêts maritimes de la république, en secondant la domination exclusive des Anglais sur l'Océan, autant elle était favorable à l'extension de la puissance conliiientalc de la France. Pour ne pas blesser l'irritabilité de Paul, dont le concours était si précieux contre l'Angleterre, le premier consul avait laissé en suspens toutes les questions relatives au roi de Sardaigne. Si Paul eût vécu, la restauration de la maison de Savoie à Turin aurait pu être le prix de nobles combats livrés dans la Baltique pour la lil>crté des mers. Sous le règne du nouveau czar, la France n'ayant plus rien à craindre de la Russie parce qu'elle n'avait plus rien à en attendre, le premier consul, relativement aux affaires dans lesquelles le cabinet russe intervenait comme protecteur, s’affranchit envers Alexandre d’une partie des égards qn'il avait pour Paul I''. Une déclaration du 10 avril 1801 , publiée à Turin par le général Jourdan, annonça aux Piémonlais que leur pays formait une division miliUiredela France, et que le gouvernement était confié à un administrateur général, sous la direction duquel le pouvoir serait exercé par une préfecture, des sous-préfcctures et des municipalités. I>a parité du mode d'organisation, adopté pour ce pays, avec celui qui avait régi les départements de la rive gauche du Rhin avant leur réunion définiiivc à la France, était un acheminement manifeste au mémo résultat.
Ces arrangements relatifs au Piémont ont été cun- " damnés, surtout par des écrivains français, comme un acte d'une ambition exagérée. Quoique à cette sévérité de jugement envers la France on pût opposer leur indulgence pour l'ambition étrangère, c'est sur le fond même de la question que nous croyons devoir nous arrêter. De tout temps il a été reçu que le plus fort, quand sa volonté peut faire lui, ne rend, à la paix, que ce qu'il n'a pas un grand intérêt à garder. Suivant la singulière justice d'hommes d'une partialité toute patriotique pour les ennemis de leur pays, la France, république ou empire, toujours attaquée, eût dû toujours, après avoir vaincu, restituer aux ennemis le fruit de ses victoires, le prix du sang de scs guerriers : mais, si la France eût sans cesse combattu sans acquérir, n'esl-il pas évident qu'elle eût succombé à la seconde ou à la troisième campagne? On en voulait
' Le 50 août. * Le 0 septembre.
non-seulement à son existence comme république, mais à son territoire; et, quelque rédaction qu'elle eût admise, on l'eût toujours trouvée trop puissante et trop redoutable. Ne la jugeait-on pas ainsi quand on prenait possession de plusieurs places, même de l'ancienne France, au nom de l'empereur d'Allemagne? Quoique la possession de Ia rive gauche du Rhin, après douze ans de combats et la sanction des traités les plus solennels, eût tous les caractères de la légitimité, on aurait, abstraction faite du Piémont, déclaré la guerre à la France pour reprendre les possessions allemandes de la rive gauche, pour reprendre la Belgique , l'Alsace même, si la république n’cAt opposé à l'avidité étrangère qu'un absurde et impardonnable oubli de ses propres intérêts.
En faisant la paix à Lunéville, l'Autriche n'a signé qu'une trêve. La Russie, la Prusse, l'Angleterre ne s'y trompent pas. I.a Prusse et la Russie ont félicité le premier consul de ce que, en exigeant Mantoiie, Ü a opposé de ce côté une forte barrière à la cour de Vienne. Cependant on sait trop bien que cet obstacle même n’cmpêchera pas cette cour de revenir sur le champ de bataille. Ne comptez pas trop sur la duree de la paix , disait-on de toutes parts , et surtout de Berlin , au cabinet des Tuileries, il ne faut a l'Autriche que trois ou quatre ans pour réparer scs pertes. Passé ce terme, et peut-être plus tût, vous serez obligé de redescendre dans l'arène avec elle. Jamais vous ne la ferez renoncera l'Ilaiie. L'événement n'a que trop justifié ces prophéties. À peine, en effet, le cabinet autrichien a-t-il conclu le traité de Lunéville, qu’il songe à en éluder l'exécution. La Prusse, ia Bavière, le Wurtemberg, la Hesse et tous les autres Étals d'.Allemagnc, dépossédés sur la rive gauche, sont impalienU de recevoir, en biens ecclésiastiques sécularisés , l'indemnité des domaines dont ils ont fait la cession. L'Autriche se place à la tête des prince.s ecclésiastiques, rédige leurs nolesct seconde leurs intrigues. L’évêchc de Munster est vacant : cette principauté devant inévitablement entrer dans le partage d'un prince séculier, la prudence défendait de nommer un nouvel évéque. Le ministre de Prusse à Ralisbonne, appuyé par le chargé d'affaires de France *, demande la suspension de toute nomination nouvelle. Sans égard pour cette demande, l'Autriche autorise l'élection. Klleenvoic à Munster un commissaire im|)érial pour présider à celte opération, cl le priiice-évéque désigné > est un membre de la famille iropcrialc, l'archiduc Antoine. Ün va plus loin : on favorise l'élection même d'un électeur de Cologne, et le choix le porte ^ ega-
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POLITI(}UE EXTÉRIEURE
leimnt »ur le même arehiduc. En retardant, si elle ne peat tout k fait Pempécher, Tapplication do sys> lème des sêcolarisalions, en Ucbant de le reslrein* dre et de faire participer aux dépouillés de la rive droite les électeors ecclésiastiques dépossédés à la rive gauche, quel est le but de la cour de Vienne? D'exciter le mécontentement des princes séculiers, dont le dédommagement sera ainsi incomplet, afin de les porter à faire revivre leurs prétentions sur leurs domaines perdus, et de les ramener ultérieurement à courir encore une fois, sous les drapeaux autrichiens, les chances d'une nouvelle guerre. Pour cette coor, la crise de la Russie a été une cir- | constance qui lui a rendu de l'espoir. Déjà les agents autrichiens parlent très-légèrement du traité de Lunéville. Le prince SchwarUenberg , passant par Berlin pour se rendre à Pétersbourg, s'adresse aux passions des ministres et des généraux prussiens, connus comme peu favorables au système français. Le ministre autrichien accrédité en cette cour, le comte de Stadion, n'est pas lui-mémeplns réservé dans son langage. Ces indiscrétions de l'Autriche auprès de quelques cabinets, des insinuations hasardées auprès de quelques antres, des exigences déplacées ailleurs, qui trahissent les secrètes pensées de cette paissance, reviennent de toutes parts au premier consul. D'un bout de l'Europe à l'autre, on lui cric : Soyez fort, et nous serons vos amis. Il entend ce langage, il devait l'entendre. Ainsi l'ont pratiqué depuis, etavec de moins justes motifs , les puissances qui ont pris sa place. Pourquoi eu lui seul était-ce un crime? Parce qu'il a fini par succomber? C'cit dépbeer la question , et en élever d'autres qui seraient ici prématurées. Çuoi qu’il en soit, cet état de choses qui se déroulait par degrés étant pressenti, deviné, apprécié par le premier consul, ou jugera Jusqu'à quel point la conaervation du Piémont, si nécessaire pour garantir PltaHe contra PAotriebe, a dépassé les bornes d'nne légîtioae prévoyaDca.
Tandis qne la {Mrcmi«r conral procédai, dans le Piémont, à une prise de posaesstoB qu’il devait plus ' tard rendre définitive , il préparait contre le Portugal une invasion qui ne devait être que momentanée. Jamais guerre ne fut plus exempte do passion et de haine que celle de 1801 contre la cour de Lisbonne. On ne voulait entrer dans ce royaume que pour en sortir, et pour faire de cette sortie un échange contre une autre concession du gouvemeroenl anglais. La position de l'Espagne ne lot permettait pas de s'opposer aux intenlionsde la France. Elle avait pris le parti de s'y associer. Le but de la guerre, tel qu'il fut arrêté entre les deux cabiiiets, était de forcer la cour de Lisbonne « à se dé- » tacher de ralliance de l'Angleterre, et à céder.
» jusqu'à la paix définitive, aux troupes française.'; » et espagnoles, un quart de son territoire. » Avant de recourir à la voie des armes, la France avait sommé celle cour de fermer ses ports aux vaisseaux et au commerce britanniques. On n'obéît à de telles sommations qu'au moment où toute résistance est devenue impossible. Le prince-régent de Portugal devait compter sur les secours de l'Angleterre : il les réclama. On eut de la peine à s’entendre, le ministère britannique élevant l'injiirieuse prétention que les troupes portugaises fu.ssent sous le cominaiidemenl du général anglais. Cesdifficultés toutefois parurentaplanies. Un corps de troupes fut embarqué comme pour se rendre à Lisbonne : c'était une feinte. Un intérêt plus direct appelait ailleurs tes forces anglaises, et l'expédition fil voile pour l'Égypte. Abandonné à luiménie, le gouvernement portugais n’en persis(.i pas moins dans le refus qu’il avait fait aux propositions françaises. Il fallut se résoudre à le forcer de s'y soumettre. On convint que l'arniée espagnole descendrait la Guadiana et envahirait les provinces méridionales, tandis que l'armée française suivrait la rive droite du Tage pour marcher sur Lisbonne et Oporlo. Les cours de Lisbonne et de Madrid, unies d'ailleurs par de récents mariages, n'avaient point entre elles de véritablea sujets de contestation. Elles allaient se combattre uniquement parce que l'une était liée au système politique de la France, l'autre au système de l'Angleterre. C'élait de l’bostilité par ricochet. Il était naturel qne la cour de Madrid désirât commencer et finir la guerre sans le concours de la France. En prévenant l'intervention d'une tierce paissance, cette cour ( et l'intention était digne d'éloge) resterait maîtresse de restreindre des conditions que la France eût rendues plus onéreuses peut-être. D'ailleurs, des grandeurs évanouies de l'Espagne, tout ccqui restait, l'orgueil national, réfugié dans ses misères, meitait du prix à prouver qtM les forces e^tagnoles seules suffisaient à cette expédition. L'oceûrioo flattait, en oittre, le généralissime de cette ptûSMDee, le prince de la Paix. Ce favori se félicitait de pouvoir se montrer, aux yeux de ses maîtres asservis, sous l'aspect d'un génie militaire auquel il n'avait manqué qu'un théâtre pour se déployer. Il voulait avoir aussi sa campagne et ses bulletins. La déclaration de guerre de l’Espagne avait para le 97 février. Le prince-régent de Portugal y avait répondu par une proclamation du 96 avril. Le 90 mai, l'armée espagnole, forte à peu près de quarante mille hommes qu'on avait eu beaucoup de peine à rassembler, pénétra par divers points dans prit plusieurs places,
notamment celle de Campa - Mqyore , battit les
Diûiî:;
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Portugais à Arronche$ cl à Flor-de-Ro$a , et les obligea de se jeter sur la rive droite du Tagc. Ces \ escarmouches étaient les batailles de Marengo et | d’Austerlitz du prince de la Paix. Le roi et la reine étaient venus à l'armée pour jouir de sa gloire, se prêtant à d'injurieux hommages, faits pour avilir la dignité royale. L'Espagne indignée vit le favori à la tète des troupes, conduisant la reine en triomphe, et cette princesse, Rcllonc quinquagénaire, portée par des soldats sur un palanquin que suivait le roi son époux. Dans cette ovation scandaleuse, Godoy triomphait bien moins du Portugal que de l'Espagne et de scs maîtres. La guerre finit, à peine commencée. Par un traité signé le 6 juin à fiadajoz, il fut stipulé que les ports et rades du Portugal seraient fermés à l'Angleterre, cl le district d’OIivcnza cédé à l'Espagne.
Il fallait à ce traité la raliticalion de la France. Celte ratification fut refusée, non que le premier consul nourrit aucune animosité contre le Portugal; mais, pour la France, l’objet de la guerre n'était pas rempli. Les conditions de l'accord fait entre le gouvernement français et l'Espagne étaient éludées. Ce que voulait le gouvernement français, ce qui avait pour lui de l'importance, était l'occupation d'une partie des provinces du Portugal, afin de tirer parti de cette occupation dans la négociation alors en pleine activité avec l'Angleterre. Le corps de troupes françaises, qui était déjà rassemblé sous Alinéida, reçut donc ordre d'entrer sur le territoire portugais. La cour de Lisbonne faisait bonne contenance; clic attendait du Brésil un riche convoi, qui eût pu être compromis, si elle eût fourni aux Anglais des prétextes de mécontentement. Les deux parties étaient au moment de mesurer entre elles des armes trop inégales, lorsque l’état de guerre fut terminé par un traité conclu à Madrid le 39 septembre. Suivant quelques écrivains, ce fut l'arrivée à Lisbonne du convoi > du Brésil, qui, pour cette fois, sauva le Portugal. L’article des conlribulions de guerre a, je n'en disconviens ps, joué un assez grand rôle dans les traités modernes; et, dans le traité du S9 septembre, un article secret avait stipulé le payement, parle Portugal, d'une somme de vingt millions de livres tournois; mais, si c'était là un important accessoire, ce n’était pas toutefois le motif déterminant dans la circonstance dont il s’agit. I.e premier consul voulait, dans scs négociations avec l'Angleterre, dont l'heureux dénoûment semblait assuré, tirer parti de la position de l’armée française en Portugal. En fai-
' « I.C gouvernement portugais tenant la bourse, la t< jota comme une rançon aux pieds des voleurs , et se n saura pour cette fois. ■>
sant précéder d’un traité avec la cour de Lisbonne les prélitnitiaires dont la conclusion se préparait avec le gouvernement anglais, il trouvait, dans les stipulations de ce traité, un moyen de vaincre les dernières difficultés que le gouvernement britannique opposait encore à leur signature. Outre l’établissement des relations commerciales qui plaçaient la Fraticc sur le pied d’égalité en Portugal avec l'Angleterre; outre la clôture des ports aux Anglais, premier objet la guerre, mais dont la probabilité de la paix diminuait l'importance, il avait été déterminé une nouvelle démarcation entre les deux Guyancs. Cette démarcation nouvelle qui, en partageant le territoire de la Guyane française jusqu'à la rivière d’Arawary, l’étendait à peu près d’une trentaine de lieues aux dépens de la Guyane portugaise, n’était en elle -même que d’un trèsmédiocre intérêt; mais, aux yeux du cabinet britannique, la plus légère acquisition des Français hors de l'Europe ayant toujours une très-grande importance, cette disposition permit au premier consul de présenter le Statua ante betium pour le Portugal, comme équivalent au Statua ante betium pour l'Amérique. Tel avait été le véritable but et de la guerre contre ce royaume , et de la prompte conclusion du traité de paix qui l'avait terminée- Avare de secours pour défendre le territoire portugais sur le continent , l'Angleterre avait plus à cœur les intérêts de ce pays en ce qui concernait ses possessions d’outre -mer. Au lieu d’envoyer des troupes pour couvrir Lisbonne, elle aimait mieux opérer un débarquement dàns Plie de Madère, dont elle s’empara le S3 juillet ; étrange manière de secourir un allié qui se sacriGait pour elle !
Ce n’était pas seulement en Portugal que le premier consul cherchait des moyens de se procurer une paix avantageuse avec l'Angleterre; il eût voulu aussi faire servir à ce but les possessions allemandes du roi Georges, le Hanovre. Dans l’impatience d'obtenir l’indemnité qui devait lui échoir ! pour les cessions faites à la France, sur la rive ' gauche du Rhin, et pour imprimer le mouvement ' aux sécularisations que l’Autriche tendait à entraver, la Prusse avait désiré le consentement de In France, comme celui de la Russie, pour occuper militairement les principautés ecclésiastiques de Bamberg et de Wurtzbourg. Si, dans sa réponse, le premier consul n’avait pas été aussi impérieux que Paul 1", il avait cependant, comme ce prince, fait proposer à la cour de Berlin de recevoir pour indemnité l'électorat de Hanovre, aGn de balancer.
' par celte acquisition, le poids qu’allait ajouter à j la puissance autrichienne l’introduction en Allei magne du grand-duc de Toscane. La proposition
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souriait beaucoup à cette cour. Elle aurait voulu pouvoir l’accepter; elle ne l’osait pas.
Comme , jusqu’au jour d’un grand revers produit par un excès d’audace inopportune, la politique de la Prusse offrira plus d’une fois les symptômes d'une ambition tout à la fois effrénée et I timide, aspirant à tout, sans agir pour rien méri- | ter, nous ne devons pas oublier que cette politique : équivoque et louche n’était entièrement ni le tort du roi , ni celui même de ses ministres, mais le résultat presque obligé de la position fausse dans laquelle Frédéric II avait légué cette monarchie â scs successeurs. Placée au premier rang des puissances par la gloire de ce prince et par la force numérique de ses armées, elle n’était que le premier des Étals de second ordre par sa population et par ses finances. Pour prolonger l’apparence d’une grandeur qui ne reposait pas sur une base proportionnellement étendue et solide, elle devait craindre de laisser rompre le charme qui la servait si bien, et déjà l’illusion n'avait été que trop affaiblie par l’épreuve de 1793. Le principe de conduite du comte d’Haugwiz , principe non avoué, mais évident, était de conserver intacte à la Prusse sa puissance d’opinion, de ne point la livrer à des essais hasardeux, et de ne chercher même à la fortifier que par des démonstrations sans péril , qui n’entraînassent nulle nécessité d’agir. La Prusse sera compromise le jour où elle sortira de celte voie. Ce sont là les données d’où 11 faut partir pour n’ètrc point injuste dans les jugements que l’on portera du cabinet prussien.
Quoique , de la part de ce cabinet , l’occupation du Hanovre n’eùt pas été volontaire, il lui aurait ! fort convenu , une fois ce pas fait , de pouvoir s’y maintenir. Il regrettait presque de n’avoir plus derrière lui la redoutable arrière-garde de Paul I"; mais le projet eût exigé une énergie que décidément il n’avait pas. Pour déguiser son vrai motif, il imagina de se parer, devant la France, d’un beau zèle pour les principes de la neutralité mari- time. A l’en croire, le Hanovre était dans ses mains ' un gage précieux qui assurerait le triomphe de I ces principes, ce qui servirait la France elle-même, I comme toutes les puissances neutres. !
L’offre du premier consul ne manquait pas assu- ' rément d'habileté. En cédant à la tentation , la ! Prusse se serait jetée dans ses bras et mise dans sa i dépendance. Elle n’aurait eu que la France pour appui , taqt contre la jalousie de l’Autriche que contre le ressentiment de l’Angleterre, soit que * définitivement elle eût été affermie dans la possession du Hanovre, soit que, dans le cas de la restitution à l'ancien souverain , elle eût obtenu , par les bons offices du gouvernement français, aux dépens
des États ecclésiastiques sécularisés, un large équivalent de cette rétrocession. La crainte de cette dernière hypothèse, la possibilité d’une restitution finale, était la principale considération qui arrêtait cette puissance; d'ailleurs sa position mitoyenne et indélerininéc avait aussi ses avantages. Tandis qu’elle montrait au premier consul , dans celte persévérance à ne pas se dessaisir du Hanovre, un puissant moyen et le seul qui restât de forcer le gouvernementanglaisà reconnaître les droits des neutres, elle demeurait en état de se faire, auprès de ce dernier gouvernement, un mérite de son courage à retenir cet électorat, qu’elle aurait seulement gardé en dépôt, pour lui en garantir le retour. L’activité très-sincère qu’elle mettait d’ailleurs dans l’affaire des indemnités, conformément aux vues du premier consul, lui répondait que, satisfait d’elle sur ce point, il ne s'irriterait pas du refus de scs autres propositions.
Comme les démarches de la F'rance auprès de la cour de Berlin, relativement au Hanovre, ainsi que la guerre faite au Portugal, n’avaient été que des opérations dirigées contre l’Angleterre, le traité conclu à Paris, le 24 août, entre la France et l’électeur de Bavière, fut un acte dirigé contre l'Autriche. Les cessions de territoire sur la rive gauche du Rhin, faites à Lunéville par l'empereur au nom de l'empire, ayant été confirmées par la diète de Ratisbonne, rendaient superflue une renonciation nouvelle de la maison bavaro-palaline à celles des possessions qui lui avaient appartenu. Si la France jugea convenable de faire consigner cette renonciation dans un traité spécial , ce ne fut pas pour se créer à elle -même une garantie dont elle n’avait pas besoin , mais pour avoir occasion de consacrer, d’une manière solennelle, la protection particulière qu’elle accordait à la maison bavaropalatinc, et en général la ferme résolution de faire obtenir une indemnité complète à tous les princes séculiers dépossédés sur la rive gauche du Rhin. La leçon était doublement nécessaire à la cour de Vienne, qui non-seulement cherchait à faire naître des délais pour la question collective des indemnités, mais qui, fidèle à scs anciens projets d’envahissement sur la Bavière, avait, par des voies détournées, fait parvenir à l'électeur des propositions tellement effrayantes, que celui-ci avait invoque aussitôt l’appui de Paris , de Berlin et de Pétersbourg. Dans cet indirect, mais énergique avertissement donné à l'Autriche, le premier consul était assuré d’avance de l’adhésion des cabinets de Pétersbourg cl de Berlin.
Deux alliés de la France, la Hollande et la Suisse, avaient trop longtemps senti le contre-coup de nos révolutions les plus violentes. Il était juste du
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mi>ift8 qoe cdle de ee» révélations qui, pour nous, tvail fait sortir Tordre du sein de Tanarchie, exerçât aussi sur eux une salutaire influence. Le â9 août, une convention conclue avec la république hatave, en réduiunt à dix mille hommes le nombre de troupes françaises qui devaient rester provisoirement sur le territoire de celte république, allégea pour elle le fardeau de notre protection. Au milieu des agitations qui tourmentaient cette contrée, les vœux des citoyens les plus raisonnables SC portaient vers une organisation plus assortie à leurs mœurs et plus rapprochée de leurs anciennes habitudes. Le moment était opportun pour introduire ces améliorations. Grâce aux succès de la France, Tindépendance de la nation balavc ne pouvait plus tarder à être reconnue par toutes les puissancesde TEurope, et le peu d’Intérét que les gouvernements étrangers avaient montré pour la maison d'Orange avait fait disparaître toute crainte du rétablissement de cette famille. Ces désirs des vieux llollandais s’accordaient parfaitement avec les vues du premier consul. L'un de scs secrets pour établir son ascendant chex les nations étrangères fut toujours de s'assurer la conviction des hommes que ces nations respectaient à plus juste titre. II est, en effet, dans tous les Étals, des supériorités morales auxquelles les populations aiment à rendre hommage. Tel était pour la H<diaode TambaMâdenr alors accrédité â Paris, Schimmelpeniiinck, esprit éclairé et vaste, en même temps que sage appréciateur des vrais besoins de son pays. Ce fut avec cet ambassadeur que le premier consul concerta le plan de la nouvelle constitution. Dans ce nouveau plan, le pouvoir exécutif était confié â une régence d’État, composée de doute membres, dont le président n’était élu que pour trois mois. Trente-cinq députés formaienPie corps législatif. A cette simplification du gouverDemenl, on joignait la suppression ou radoucissement des mesures de rigueur précédemment adoptées au milieu de rcxallalion des partis. Abolir la confiscation, lever les séquestres , soumettre les listes d'émigration à un nouvel examen, ctaieDl des actes qui devaient plaire â des esprits modérés; et la modération est, en général, un des traits caractéristiques de la nation bstave. Cependant une majorité de deux voix dans les autorités existantes ayant repoussé Tintroduction du nouveau mode de gouvernement, il fallut recourir â des expédients irréguliers pour la dissotulion du corps législatif et l’acceptation de la constitution nouvelle. L'utilité du but réclame seule Tiodulgence pour Tillègalité des moyens.
A Tégard de Tanlre allié de la France , la république helvétique, le premier consul sc bornait en-
core à des conseils, mais ses conseils étaient ceux de la sagesse. Il rappelait aux cantons suisses la différence de leurs religions, de leurs langues, de leur territoire, en leur faisant sentir la nécessité de porter, dans leur organisation nouvelle, Tempreinte de tout ce qu'avait offert de juste et de bon le système de leur ancienne existence. Ce n'est qu'â la fin de IfiOfi qu’il prendra une part active â la conciliation des partis dont les querelles agitaient depuis si longtemps cette malheureuse et intéressante contrée.
Parmi les grands objets qui, sans se nuire et se confondre, occupaient ensemble la pensée du premier consul, les deux plus importants pour la France et pour TEurope étaient la négociation avec le saint-siège pour la restauration du culte catholique, la négociation avec l’Angleterre pour le rétablissement de la paix.
L’une des particularités des guerres qui prennent un développement gigantesque comme celle de la révolution française, c'est que iion-seulemenl le premier intérêt qui en a été le mobile disparaît sous des intérêts plus grands , non-seulement la cause originelle du débat, réduite à une importance secondaire, est remplacée par des litiges plus graves , mais même le motif de la guerre change ainsi que le lieu du combat; et, de part et d'autre, on se trouve jeté sur une scène nouvelle , où, par la complication d'incidents inattendus, le déuoùment devient- beaucoup plus diOictle. Ainsi, lorsqu'en 179S l'Angleterre commença la guerre, le but de la guerre pour elle était de ruiner Brest, Toulon, resserrer le territoire de la France et y rétablir l'ancienne dynastie. Lorsqu'on 1796 elle envoya on plénipotentiaire â Paris et ensuite â Lille, la question était déjà simplifiée. Cette puissance était prête à abandonner Tancieone dynastie, si le directoire français eût voulu renoncer â la Belgique. La Belgique elle-même à son tour ne pouvait plus être un point de contestation sérieux après le traité de Campo-Forraio; alors surviennent des événements qui vont faire naître de nouveaux sujets de conflit et créer un nouveau théâtre pour les parties belligérantes. A mesure que la guerre s'éloigne , son objet s'agrandit. Malte et TÉgyple, conquises par la France, réclament toutes les sollicitudes de Paris et de I^ondres. Pour l'Angleterre, du moins elle le croit ainsi, le mal est déjà grand et le danger immense. La domination de la Méditerranée lui est ravie et Tlndc est compromise. Cette terrible situation est modifiée en 1799 par la prise de Halte, qui tombe au pouvoir des Anglais; mais la lutte n'est pas à son terme. Ce n'est plus sur le Rhin , sur TAdige et sur le Danube , que s'agitent les querelles des deux puissan-
l'OLITIQüE EXTÉRIEURE.
ces. Combien rÂnglclcrrc est loin du premier motif (le la guerre en 1793! La dynastie des Bourbons, la Belgique, la Savoie, la rive gauche du Rhin, ne forment presque plus matière de discussion pour le premier traite qu’il s'agira de conclure, soit qu'on y porte l’intention de le rendre durable, soit qu’on n^c considère que comme un intervalle de repos
destiné à laisser respirer les combattants. Ce n’est plus pour l’Europe, c’est pour l’Inde que les deux puissances sont aux prises. Leur champ de bataille, c’est l’Afrique; le prix du combat, l’Asie. Dans la négociation pour leur rapprochement, les deux questions de premier ordre rouleront sur l’Égypte et sur Malte.
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