CHAPITRE XV
ÉVÉNEMENTS EN ÉGYPTE
Nomin.ition <!e Mniou comme ('i^nérel en chcF. — nis|M>siiions pour renforccp rnnn<5e d’Éffypte. — ExpeVIition «le l’amiral Gantheaiime. — Expédition de Rocheforl. — Expétliiion de Cadix. — AfFairc d’Alf^éairas. — Destruction de deux vaisseaux espa('nols, Pun par l'autre. — Débarquement d’une armée anglaise en Égypte. — Bataille de Canope. — Disproportion des forces des Français et des Anglais. — Division imprudente des forces françaises. — Vains e8Forts du général Belliard pour amener les Turcs à livrer une bataille. — Mort de Mourad-liey. — Convention pour l’évacuatiou du Caire. — Capitulation d'Alexandrie. — Belle conduite de la commission des sciences et des arts.
Tandis qu’en Europe l’évacuation del’Égyplc est une des premières conditions mises par rAngIcterre à la conclusion de la paix, c'est pour nous le moment de revoir celte colonie où la puissance française, ébranlée par la mort du général Kléber, va s’éteindre daîts des divisions qui nuiront à ses succès sans altérer sa gloire. Après l'attentat qui avait privé l’armée de son chef magnanime, le plus ancien des généraux, appelé, suivant les lois militaires, au commandement provisoire, était le général Menou. Ce fui un funeste accident. Quelques mois i après, le premier consul coniirma le pouvoir dans les mains de ce général. Ce fut une faute. On a dit j U que la passion avait dicté ce choix; que le secret 1) orgueil, la vaine satisfaction de faire prédominer » ce qu’il appelait son parti, l’avait emporté dans » son esprit sur le salut de l’armée. » L'accusation a été répétée par une foule d'écrivains. L’erreur incontestable du choix eut-elle en eiïct le motif qu’on lui suppose? On peut en douter. Bonaparte, {premier consul, pouvait-il craindre qu'il y eût en Egypte un parti différent du sien? Non, mais il pouvait craindre l’influence d'une opinion différente. L’homme le plus en évidence pour le commandement, le général Reynier, était connu comme ' contraire au projet d'un établissement stable en | Égypte. Ce que Kléber avait fait dans des jours de mauvaise inspiration , en négociant le retour de l’armée en Europe, Reynier ne pouvait- il pas le
' Le général Reynier, p«iiir engager Menou à prenflre le commandement .iii moment de la mort de Kléber, av.iit été le premier à lui dire que son changement méiiic
faire encore après lui? Menou avait au contraire désapprouvé la convention d’El-Ariscli. Cette manière de voir était raisonnable, puisque Kléber lui-tnéme l’avait justifiée par les faits. Aux yeux du premier consul , elle devait être un titre naturel de préférence. D’ailleurs Menou avait, comme on sait, fait l’insigne folie d'embrasser l'islamisme. Un outrage à la morale n’est pas toujours uti désavantage en politique. Si une telle abjuration est sans excuse pour l’homme, ce tort tout personnel ne pouvait- il pas, dans la circonstance, «rtre un moyen d’ascendant ^ pour rendre plus supportable à la population du pays un pouvoir dont le principal dépositaire était musulman comme elle? On devait croire en outre que les talents de Reyirier, toujours assurés à la patrie , et l'union des généraux entre eux , si naturelle dans un péril commun, formeraient autour de Menou un faisceau de forces suffisantes pour garder un pays dont le premier eonsul devait, d'après les rapports de ce général, croire la situation plus avantageuse qu'elle ne l'était d’ailleurs en réalité. Jamais personne n’eùt pu, avant, soupçonner tout ce que le général Menou montra d’impéritie etde démence. .Au reste, il est douteux que même sous le commandement de Reynier, l'Égypte fût restée à la France. Homme estimable et plein d’honneur, Reynier était un militaire de beaucoup de distinction; mais c’était, on ne peut le nier, une de ces capacités raison-
df- religion , a le rendait plus agréable aux habiianis du » pays. »
Aff moire* de Reynier, p. 1)1.
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ÉVÉNKMENTS EN ÉGYPTE.
neuses qui, ne sortant pas du second ordre, se vengent de la limite qui les arrête, en exerçant leur censure et leur blâme sur les hommes qu'un essor plus hardi fait planer au-dessus d’elles. Cette école de frondeurs était une production des armées de Samhre et-Meuse et du Rhin. En Italie, rien de semblable. Sous Bonaparte, on obéissait, on ne dissertait pas. Parmi les considérations qui orttpu empêcher le premier consul de porter son choix sur le général Reynier, il en est une qui peut-être n’a pas été la moins puissante. Reynier était reconnu habile, mais il n’était pas heureux ; au reste, indépendamment de cette prévention, ce général, qui ne voyait point dans la possession de l’Égypte, un«Mitérël majeur et dominant, n’aurait fait probablement qu’illustrer davantage la retraite de l’armée. Après Bonaparte, pour se maintenir dans cette contrée avec le peu de forces qui s’y trouvaient alors, il eût fallu Kléber ou Desaix ; et personne plus que Menou n’était loin de ressembler à ces grands capitaines. Cependant imputer tous les torts à ce général, pour disculper entièrement ses adversaires, serait aussi injuste que d'excuser en tout le chef par le peu de zèle et l’indiscipline de ses subordonnés. L’opinion qui nous semble approcher le plus de la vérité est que Reynier et les autres mécontents, s’ils avaient trop de droiture pour laisser volontairement se ternir la gloire de nos armes, ne mirent dans leur concours que le degré d’intérôt nécessaire pour assurer le retour de l’armée en France en sauvant son honneur. La patrie avait droit de leur demander plus.
Aussitôt après sa rentrée en France, le général Bonaparte s’était occupé de l’armée d’Égypte ; mais les obstacles étaient grands, et ses soins ne furent pas heureux. Dans le cours de 1800, quelques faibles bâtiments expédiés pour Alexandrie, n’y portèrent que des secours insensibles. Les préparatifs plus considérables qu’il avait ordonnés à Brest, à Rochefort et à Cadix , ne furent terminés qu’au commencement de 1801. Nous allons voir successivement SC dérouler ses projets et échouer ses espérances.
Le 3 février 1801, deux frégates, la Justice et V Égyptienne, chargées chacune de trois cents hom- 'mes, avec de l’artillerie et des munitions, annoncèrent à l’armée d’Orient deux nouvelles d’une nature toute différente, dont l’une fit naître des inquiétudes trop promptes à se réaliser, dont l’autre inspira une conflancc qui sera déçue. La nou-
' Tous CCS objets, artillerie et antres armes, charrues et harnais, outils pour toutes les professions, étuis de mathématiques, trousses de chirurgie, instruments de chimie, médicaments et vingt autres articles étaient ré-
velle fâcheuse était le rassemblement, déjà opéré, d’une armée anglaise à Rhodes, où se faisaient les dispositions pour une descente en Égypte. Cette armée était celle qui, tour à tour séparée cl réunie, tour à tour promenée sur les flottes dos amiraux Saint-Vincent, Warren, Bickerton et Keith, s’était montrée sur les eûtes de Hollande et de Bretagne, avait dù coopérer au siège de Gênes, au siège projeté de Toulon et à l’invasion du midi de la France; qui ensuite, de Minorque où elle s’était ralliée, avait essayé d’enlever le Ferrol par surprise cl Cadix par des sommations; qui, après ces essais inutiles, était venue, mais trop tard, vers Livourne, pour soutenir l’insurrection de Toscane; et qui enfin, dans l’espoir de laver par un coup d’éclat la honte de ces malencontreuses tentatives, avait été destinée à une dernière expédition sur l’Égypte.
La nouvelle de meilleur augure, apportée h Alexandrie par les deux frégates françaises, mais que l’événement ne confirmera pas, était la promesse de l’arrivée prochaine d’un corps de cinq mille hommes, que devait amener une forte escadre sous les ordres de l’amiral Gantheaume. L’importance d’un pareil renfort eût été telle, que nous devons indiquer par quelles chances ce secours si précieux ne parvint pas à sa destination.
L’escadre de l’amiral Gantheaume, composée de sept vaisseaux de ligne, de plusieurs frégates et d’un certain nombre de bâtiments de transport, ayant réussi, dans le mois de janvier à sortir de Brest, avait franchi sans accident le détroit de Gibraltar; et, déjà sauvée, par plus d’un miracle, de la rencontre de l’ennemi, elle aurait, par un miracle de plus, gagné Alexandrie, lorsque le cutter anglais le Sprighly et la frégate le Succès, que l’amiral Gantheaume eut le malheur de prendre, l’ayant informé qu’il trouverait sur les eûtes d’Égypte la grande flotte de débarquement, cet amiral, infidèle à la fortune qui le secondait, crut devoir se réfugier à Toulon, Une de ses frégates, la Régénérée, s’étant détachée de sa ligne, entra, le 1®' mars, dans Alexandrie. Avec plus d’audace, toute l’escadre serait arrivée comme elle : tant il est vrai que pour être vraiment habile elobtenir de grands succès, il faut toujours tenter les faveurs du hasard par un peu de témérité.
Presque dans le même temps où Gantheaume avait passé le détroit de Gibraltar, une division de frégates, portant aussi des troupes de débarquement, chargées en outre de munitions >, d’effets
parti» par portion» égales sur le» divers hitiments, de manière qu’en cas de dispersion des escadres , une partie .au moins de res approvisionnement» pût parvenir J •a destination.
CHAPITIIF. XV.