‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 59 sur 298 · MI · texte numérisé non relu

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niiliUiircs el (l'inslrumcnU aratoires, avait appareillé de nocheforl |>our le même but ; niais dès le lendemain du départ, la frégate VÀfticaiiu, que montait le capitaine Saulnicr, commandant de la division, ayant été , par un coup de vent, séparée du reste du convoi, et ayant rencontré la frcgalc anglaise la Phébé, éprouva un de ces désastres que ramène trop souvent, dans notre histoire, l'ardeur indisciplinée qui forme l’un des traits de notre caractère. Sur la frégate française se trouvaient six à sept cents hommes de troupes. Ces braves gens, obstinés à croire, malgré tous les ordres contraires, que le poste du plus grand danger était le poste du devoir, désobéirent à leurs chefs qui voulaient leur faire quitter le lillac, et, dans leur fougueuse imprudence, entravant les manœuvres de U frégate, ils rendirent le combat inégal (Kiur elle. Le bâtiment ennemi n’avail d’autre soin que d’éviter l’abordage, tandis que le feu de son artillerie répandait une horrible destruction sur la masse pressée des Français. Le capitaine Saulnicr «ivailété tué, son capitaine en second mis hors de combat. Le colonel des troupes de terre avait péri, le général Desfourneaui clail grièvement blessé. Toujours ospi'>rant pouvoir s’élancer sur la frégate angtaiso. et toujours lroin|>és dans leurs efforts. les oificiers et les soldats refusèrent de se rendre, jusqu'à ce qu’enfiii, voyant le bâtiment près de couler bas, le lieutenant, devenu commandant de la frégate, amena son pavillon. On apprit en même temps, à Faris, cl la prise de VJfrieaine, et l'entrée de ramiral Canlheaumc à Toulon.

L’excès de prudence de ccl amiral contraria vivement le premier consul, qui lui donna sur-lechamp ordre de remettre à la voile. I.a sortie de ce port parut un moment difficile, parce que l’amiral Warren y avait suivi l’escadro française ; mais, chargé par ses instructions d'aller au secours du royaume de Naples, l’amiral anglais laissa bientôt la mer libre à l'escadre française. I.a paix qui venait d’élre conclue entre la France et S. JM. sicilienne ayant rendu inutile, pour ce prince, la présence de l’cscadrc anglaise, celte escadre se dirigea vers les côtes d'Égypte. Ganlheaume, sorti de Toulon sans obstacle, arrivait dans les mêmes parages; mais, au lieu de tenter le débarquement des troupes, il fut réduit à manœuvrer, pour rentrer à Toulon une seconde fois. Une autre entreprise occupait alors les Français, le siège de Forto-Fcrrajo. Ganlheaume fut chargé d’aller, en passant, concourir à celle opération, mais avec ordre de saisir un moment opportun pour sc porter une troisième fois sur la côte d’Égyplc. L’encombrement des troupes sur son escadre y avait amené (les maladies. Il fut obligé de renvoyer à Toulon

plusieurs de ses vaisseaux. Pour compenser cette diminution, il alla prendre, à Brindiêi, trois frégates que devait mettre à sa disposition le général Soult, qui, comme nous l'avons dit précédemment, avait, en vertu du traite du 28 mars, occupé l’extrémité méridionale du royaume de Naples. L’ordre du premier consul fut exécuté ; la côte ü’Égyple revit, pour la troisième fois, l’escadre * de Gantbeauine; mais cet amiral, ne pouvant pas. sans courir de grands risques, se présenter devant Alexandrie, rangea la côte pour trouver un point favorable au débarquement. A peine avait-il fait ses premières dispositions pour l'exécuter, que l’apparition de la lloltc de l'amiral Keith le força de renoncer à l'espoir d’y réussir. Dans sa douleur d'étre condamné à fuir devant l’ennemi, ce fut pour lui une bien faible compensation que d’enlever quelques bâtiments anglais, une corvette qui portail des dépêches à l’amiral Keith, et un vaisseau de soixante-quatorze canons, le Swiftburx- I<a corvette française PHèliopotiêy détachée en éclaireur, donna un(? nouvelle preuve de la possibilité d'arriver à Alexandrie. Elle y entra le 9 juin. Ainsi, (leux fois Ganlheaume avait manqué l’occasion d’aborder dans ce |>ort, et d'y déposer un corps de cinq mille hommes, à une époque oi2 cinq mille hommes de plus en Égypte pouvaient changer les destinées du monde. Le succès de celle expédition eût du moins modifié certainement les conditions de la paix; et si le premier consul s’élait, malgré celle circonstance, décidé à faire évacuer l’Égypte, il eût, dans ce cas, fait régler autrement le sort de Malle, qui redeviendra plus lard la cause d’une nouvelle guerre. On a fait un mérite à l’amiral Ganlheaume d'avoir parcouru en divers sens la 3fédi terra née, en échappant toujours aux escadres anglaises; déplorable consolation, pour un amiral et pour son pays, qu’échapper au combat soit réputé une victoire!

La troisième des tentatives faites dans la même intention, par le premier consul, n’obtint pas plus de succk'^s. Kn lançant l'escadre de Ganlheaume au milieu décolles dos amiraux Warren, Bickcrtoncl Keith, il avait songé à la faire soutenir par une Outlc combinée de bâtiments français et espagnols. Six vaisseaux de la marine espagnole avaient été mis sous les ordres du contre-amiral français Du manoir, et six autres vaisseaux, sortis du Ferrai, sous les ordres de l’amiral Moreno, étaient mouillés devant Cadix où la flotte devait so réunir. Le contre-amiral Linois, avec trois vaisseaux de guerre cl une frégate, partit de Toulon, le 13 juin, pour 5ercndrcàCadix;majfayanlapprisque les Anglais

' Lr H Juin.

ÉVÉNEMENTS EN ÉGYPTE

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croisaient devant ce port, il se jeta dans U baie de Gibraltar et alla raouiller k Algésiras.

L'amiral anglais, sir James Saumarea, qui commandait cette croisière et dont l’escadre se composait de six vaisseaux de guerre, une frégate et un lougre, se bâta de sc mettre i la poursuite de l'escadre française. Plein de confiance dans la supé* riorité de scs forces, il attaqua, le 6 juillet, le contre-amiral Linois; inais après un combat meurtrier qui dura six heures et causa des deux côtés des pertes considérables, le vaisseau anglais V/IH' nibai ayant été obligé d'amener son pavillon, et /e J'ompée étant exposé au même péril, l'amiral Sauiiiarex ordonna la retraite, et alla réparer ses avaries à Gibraltar. 11 eût été indispensable qu'à l'instant même la flotte espagnole vint remorquer les vaisseaux français pour les faire entrer à Cadix, opération qui ne pouvait qu’être très-dangereuse en présence de reiinciiu. Par la lenteur des Espagnols, on ne put quitter Algésiras que le lâ juillet au malin, mais déjà l’amiral Saumarex était revenu au poste de l'honneur. Malgré tous scs eflbrts, cet amiral ne put atteindre l'arrière-garde française cl espagnole qu'au milieu de la nuit, et alors le vaisseau anglais le Smperbe, passant entre deux vaisseaux espagnols, lâcha sa bordée tout à la fois sur l'un et sur l'autre. Celle audacieuse manœuvre produisit une de ces sanglantes méprises qni ne sont pas tout à fait inouïes dans les guerres continentales, mais dont jamais l'Océan n'avait vu d'exemple. Les deux vaisseaux espagnols, le Real CarloM et Vüermeneffild, se prenant, dans l'obscurité, pour ennemis, et se combattant avec une opiniâtreté aussi honorable que funeste, se heurtèrent au moment où le feu venait de prendre à bord du lieal Carloe. Les flammes de l'inccndic s'élanl communiquées à VHermenegild, une effroyable explosion, qui ébranla Cadix jusqn'en ses fondcracnls, lança dans les airs et engloutit dans les flots, avec les débris des deux plus beaux vaisseaux de la marine espagnole , les cadavres de dix-sept cents hommes, sur deux mille qui en formaient les équipages. Un autre vaisseau espagnol, U Sainl-ylH‘ toine, entièrement dèroàté, tomba entre les mains des Anglais. Ceux-ci se flattèrent un moment d'y joindre encore un autre trophée ; mais l'union de trois vaisseaux et d’une frégate contre un seul vaisseau français, le Formidable, ne put triompher de l'babileté et du sang-froid du vaillant capitaine Troode. Ce brave officier, imitant dans un combat naval les stratagèmes du dernier des Horaces, laissa en arrière deux des vaisseaux qui le poursuivaient, châtia la frégate la Tamiee qui s'clait imprudemment approchée de lui, attendit le vaisseau anglais le rétiérable jusqu'à la portée de la

mousquelerie, et alors, faisant sur ce vaisseau un feu si bien dirigé qu'il abattit tous ses mâts, entra triomphant dans le port de Cadix, au milieu des témoignages de l’adniiratioii universelle. Tout glorieux qirélaient pour notre marine ces événements partiels, ils restaient sans résultat pour raniiéc d'Orienl, et les renforts que la flotte de Cadix devait porter à cette armée étaient perdus pour elle comme celui qui , sur l'escadre de l'amiral Gantheauroe, avait vu les côtes d’Égypte sans pouvoir y descendre.

Depuis l'arrivée des frégates ta Juelice et gFptienne à Alexandrie, dans les premiers jours de février, l'atlenle des Français sc partageait entre l'espérance de découvrir au loin sur la mer le pavillon de la république, cl la crainte d'y apercevoir trop tôt le pavillon de l'cnneuit. Celui-ci fut le premier qu’ils virent paraître. La nouvelle de l'apparition de la flotte anglaise parvint, le 4 mars, au Caire. Plus prompt dans ses mouvements, Menou pouvait, comme en une circonstance pareille le général Bonaparte, être arrive à temps dans Alexandrie, et reimcini repousse sur ses vaisseaux eût été forcé d'abandonner l'eulrcprise. Un essai malheureux de débarquement, tenté le 5 mars, avertit les Anglais qu'ils ne pourraient l'opérer qu'avec un grand développement de moyens. Le 8, six mille hommes furent mis dans une ligne de chaloupes, qui remplissait un espace de près de deux lieues. Il éUil difficile au général Friant, gouverneur d'Alexandrie, qui disposaità peine de deux mille hommes, de faire tête sur tous les points à une ligne aussi étendue. Cependant il opposa aux Anglais une énergique résistance; mais, pressé par le feu des bâtiments de guerre qui protégeaient le débarquement, il fut oblige de sc replier sur Alexandrie, et il prit position en avant de la ville, appuyant sa droite au lac Mnhadich et sa gauche à la mer. (Quatre cents hommes mis hors de combat étaient pour lui un dommage sensible, quoique l'ennemi en eût éprouvé un beaucoup plus grand. De leur propre aveu, les Anglais perdirent mille à douxe cents hommes.

J.C commandant en chef de l'armée anglaise, sir Ralph Abcrcrombie, ayant reconnu qu'il n'avait devant lui que des forces peu considérables , se hâta de proGler de cet avantage. Il tenta, le 13 mars, d’enlever Alexandrie. L'entreprise échoua. Il fut plus heureux contre le fort d'Aboukir, qui, le 18, fut obligé de se rendre.

Après de fausses dispositions qu'il avait fallu changer, trop peu avare d'un temps si précieux, Menou était criGn arrivé à Alexandrie le 19. Un grand succès, obtenu à l'ouverture même de la campagne, pouvait seul conserver aux Français la

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