‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 60 sur 298 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

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possession de l’Égypie. Le ^1 mars, Menou attaqua reiinemi ; mais, soit vice du plan, soit défaut d'ensemble dans l'exécution , soit tiédeur de quelques généraux à seconder un chef qu'ils n'aimaient pas, la journée fut malheureuse, par cela seul qu'elle n'était pas décisive. Elle ne fut glorieuse que pour les loyaux guerriers qui soutenaient l'honneur du drapeau national, sans prendre part aux dissensions de leurs chefs. La cavalerie, coiiimandcc parle général Roise, pénétra jusque dans le camp de l'eniicmi, où clic porta et souiïrîl une horrible destruction. O brave général y périt avec une partie du ses vaillants cavaliers, mais on vendant chère* ment leur vie. Le général en chef de l'année anglaise y fut blessé lui-inénic grièveinenl et mourut peu de jours après. Quoique la perle de reiuiemi fût au moins ég.ile à celle des Français , une bataille qui n'était p.vs complètement gagnée était pour les Français une bataille perdue. Menou ordonna la retraite, qui se lit en bon ordre, et il prit position devant Alexandrie.

L'armée anglaise qui , dans les premiers jours, ii'ctait que de dix-sept mille hommes, avait été, par les renforts qu'elle avait reçus, portée à vingt-trois mille. Un débarquement de six mille Turcs, commandés par le capilan-paclia, était venu encore augmenter les forces dont disposait le général llulcbiiisun, qui avait remplacé, dans le commandement en chef, sir Ralph Abercrombic. Indépendamment de CCS troupes rassemblées auprès de lui, ce général était secondé par la coopération de rarniéc du grand vizir, qui, parti d'El-Arisch à la tète de vingt-cinq mille Turcs et de douze cents Anglais, s'avançaU contre le Caire, cl par celle d'un cnr{»s de six mille hommes, Anglais et Cijtayes, qui arrivaient par la mer Rouge. A la vérité, ce ilernier corps fut de peu d'utilité, le général i^ird, qui le commandait, s'étant d'abord immtré à Suez, et ayant clé ensuite débarquer à C<is<;cir, perle de temps qui le rendit presque étranger aux npéraüuns de la campagne ; mais, ce corps iiH-tiÉi- non compris, les forces anglaises et uUoniant's que les l'r.N)çais avaient devant eux, i^evaicut ensemble à plus de cinquante mille tioimo4 >. Celait un I^l hoinniagc rendu à l'année d'Orient que la réunion contre elle de forces si nombreuses et l'excessive circons|)CCtiün du général anglais.

L'une des fautes les plus graves du générai Ucnou est d'avuir, après la bataille de Canopc, divisé sa faible armée en trois corps. Réunie en une seule masse, clic cUl pu, avec Bonaparte, Kléber ou Desaix , triompher encore des nombreux rasseinblcmeiits qui menaçaient de l’eiivelopper. Dispersée, eût- devait nécesMireinenl sut coiiiber sous le num-

bre, malgré tous les efforts de la plus noble résistance. A ses autres travers, Menou joignit celui d’une confiance folle dans l'arrivée prochaine, et, scion lui, infaillible de l'escadre française qui avait été annoncée. Attendant son salut de la mer, il ne fit rien pour l'assurer par ses seules ressources. Tranquille dans la ligne qu'il avait fait fortifier devant Alexandrie, il resta sur la défensive avec sept à huit mille hommes, se proposant de tomber sur les Anglais lorsqu'ils voudraient faire quelque mouvement; mais le général Hutchitison , ayant fait couper la digue qui séparait le lac Mahadicit du b.issin, depuis longtemps à sec, du lac Maréolis, l'inondation, quoique lentement opérée, forma autour d'Alexandrie un blocus naturel, rompit les communicalions de cette place avec le reste de l'Égypte, et en rendit rapprovisîonnemcnl trésdtllicilc. Le général la Grange occupait Ramanicli avec quatre mille hommes, cl Belliard en avait ù peu près cinq mille au Caire. Telle était la distribution dos forces françaises. Il faut y joindre quelques cctilaines d'hommes épars en petites fractions qui. renfermées dans les forts de Salahieb, de Belbeis, de Lesbeh , de Suez et de Boitrios, ou surent échapper à l’ennemi, ou ne se rendirent qu'apres une honorable défense. Ainsi, les Français ayant évacue Rosette, plusieurs milliers d'Anglo-Turcs y furent arrêtés pendant dix jours, devant le fort Jullien; et lorsque le fort capitula, ceux-ci demandaient où était la garnison, ne voulant pas croire qu'elle se composait tout entière de la poignée de braves qui était devant eux. Plus d’un mois s’écoula sans que les Anglais osassent faire aucun mouvement agressif. Enfin ils se portèrent, avec le corps du capilan-pacha, contre le général la Grange, qui, après de légers engagements, voyant qu’il ne pourrait SC maintenir à Ramanich, sans s'exposer à des perles graves, fit sa retraite sur le Caire. Menou, enfermé dans Alexandrie et comme indilîércnt à ce qui sc passait ailleurs, au lieu de Iciiler quelque entreprise hardie, soit pour prévenir ces événements, soit pour les réparer, occupé à SC procurer <lcs vivres, cl rendant inutiles les talents de ses braves compagnons, satisfaisait scs ressentiments personnels par le renvoi eu France du général Reynier cl des principaux partisans de ce général.

t^uoique lent à sc former, l’orage qui menaçait le Caire devenait chaque jour plus inquiétant. Belliard voyait à la fois s'avancer contre lui l'amiéc anglaise et celle du grand vizir. Plein des belles traditions de Desaix, de Kléber cl de Bonaparte, il sentit rimporlancc de porter un coup vigoureux à l'armée uUoiiianc, afin de n’avoir à combattre ensuite que les Anglais. Le 16 mai. il sortit du Caire

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ÉVÉNEMENTS EN ÉGYPTE

avec quatre mille six cents hommes d'infanterie , neuf centschevaux et vingt-quatre pièces de canon. Animé d'une juste confiance dans ces forces, quoique proportionnellement si peu considérables , il ! va offrir la bataille à vingt-six mille hommes. Les Turcs, trop éclairés par l'expérience, ne l’acceptèrent pas. Il joint leur avant-garde, la disperse, mais il cherche en vain une armée. Dociles aux conseils des Anglais, les Ottomans se gardent de lui présenter des masses. Ils ne lui montrent qu'un grand nombre de groupes, détachés les uns des autres, et dont quelques-uns semblent vouloir se jeter entre le Caire et lui. Pour vaincre, il faut combattre. C'est le combat qu’on lui refuse. Quelle ressource reste-t-il contre un ennemi que l’on ne peut atteindre? Le général Belliard fut obligé de renlrcr au Caire.

Un allié royal restait à l'armée française, Mourad-Bcy. A la nouvelle du danger qui menaçait la capitale, il descendait le Nil pour venir au secours des Français. La peste, comme d'intelligence avec l'Angietcrrc, arrêta ce vaillant guerrier à Bénisouef et l’enleva en peu de jours. Les Grecs se disputèrent les armes d'Achille. Les armes de Mourad furent brisées sur sa tombe. Nul Bcy, nul mameluk ne se crut digne de les porter. Ces mameluks, dont la France avait détruit la domination sur l’Égypte, avaient été moralement conquis par leurs vainqueurs. Osman-Bcy, que .Mourad avait désigné pour son successeur, fit cuiinaftrc au général Belliard que, pour l'intérêt de scs compagnons, il se rendait avec eux auprès du capitan-pacha, mais qu'il ne commettrait aucune hostilité contre les Français. Il ne promit pas en vain. Ce trait, honorable pour les mameluks, n'est pas non plus sans gloire pour l’armée qui avait su inspirer de semblables sentiments.

Cependant le général Hutchinson poursuivait ses mouvements, quoique avec une incroyable lenteur.

Il lui avait fal^u deux mois pour arriver du point de débarquement jusqu'à Bamanieb. Quatre marches pouvaient le conduire aux portes du Caire. Il mit quarante jours à parcourir cet espace. Enfin , le 20 juin, il arriva au village d'Embabch, et, réuni à l'armée du grand vizir, il s'approcha du Caire, dont il commença rinveslisscmenl. La position des Français devint bicntùt des plus pénibles : pénurie d'argent, pénurie de vivres, et , pour comble de malheur, ravages effroyables de la peste, qui envoyait plus de cent hommes par jour aux hôpitaux. Occuper quatorze forts, sans compter la citadelle; garder la ligne immense qui renferme le Caire, Boulacq, le vieux Caire, et la place de Giseh; résister aux attaques extérieures; contenir au dedans l'esprit de fanatisme cl de sédition ; cette tâ-

che difficile pourra -t-ellc être remplie longtemps avec succès? La retraite sur Alexandrie on sur Damiette était-elle encore praticable, ou bien s’eiifonccrait-on dans la haute Égypte? La sagesse devait poser CCS questions. Elle sut les résoudre. L’arrêt contre la possessioti de l’Égypte est évidemment prononcé par le sort. 11 faut s’y soumettre, mais on ne quittera l’Égypte qu'avec honneur, qu'aux conditions moyennant lesquelles, dans une situation beaucoup plus favorable, Kléber lui -même avait été disposé à en sortir. Le général anglais aura beau se montrer plus exigeant, Belliard n’en acceptera pas d'autres. Le 27 juin, la convention fut signée sur les mêmes bases que celle d'El-Arisch, du 24 janvier 1800. Que d’efforts , que de sacrifices d'argent et d'hommes l’Angleterre a dù faire pour revenir aux mêmes stipulations qu'elle avait dédaignées , et pour racheter sa perfidie. Il est un Irésor que l'armée n’oubliera pas. Si elle ne peut emporter avec elle les ossements de tous les braves qu’elle a perdus, du moins elle ramène en France les restes sacrés du vainqueur d’Iléliopolis. L'artillerie de la citadelle et des forts salue le départ des cendres de Kléber. Les Anglais y répondent. Entre deux nations généreuses et éclairées, un tel hommage est un devoir. Kléber obtient davantage: les Turcs eux -mêmes s'associent aux honneurs rendus à sa mémoire.

Tout n’est pas fini encore pour les Anglais. Menou , qui n’a pas su défendre l’Égypte, défendra vaillamment Alexandrie. Son ennemi le plus redoutable n'est pas l'armée anglaise , c’est la famine. Assuré de cet auxiliaire, le générai Hutchinson ne presse pas le siège. Ce ne fut que vers le milieu du mois d'aoùt que l'attaque devint plus vive. Le fort de Marabou , presque réduit en cendres , capitula le 22 du même mois. Un combat sanglant fut livré le 28, mais il n’était pas décisif encore. Cependant le manque de vivres ayant produit dans la garnison des maladies très -meurtrières, et toute espérance de recevoir des secours étant évanouie, le général Menou céda aux représentations des généraux plus sages cl plus éclairés que lui sur les vrais intérêts de la France. Le 2 septembre, il signa une convention par laquelle il fut stipulé que les Anglais fourniraient des hàtiments pour conduire dans les ports français la garnison d'Alexandrie; mais, par une maladresse égale à son opini.4trcté ayant obligé l'ennemi à lui dicter des conditions qui auraient pu être réciproquement discutées, il admit soit par une indifférence coupable, soit par une inadvertance sans excuse, une clause qui imposait l'obligation de remettre aux généraux anglais les caries, dessins, mémoires et collections do la commission des sciences et des arts.

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