CHAPITRE XV
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La commission , si indignement sacrifiée , ne se manquera pas à elle- même. La faute appartient au général , au négociateur. Aux savants , aux artistes appartiendra la gloire de la réparer. Les productions intellectuelles , les richesses des arts ne sont pas des objets qui puissent entrer dans une convention militaire, tant qu'elles ne sont pas devenues une propriété publique, et qu'il est du pouvoir de l'homme privé qui les possède de les soustraire , en les détruisant , à la rapacité de la force ennemie. La courageuse menace , faite par les possesseurs, d'anéantir à l’instant tous ces trésors scientifiques et littéraires, désarma seule l'exigence du général Hutchinson, qui craignit d’acquérir dans CCS mêmes lieux la célébrité d'un autre Amrou. Un noble tribut de reconnaissance est dû, sous d'autres rapports, aux doctes explorateurs des an- | tiquités égyptiennes. Eux aussi, ils ont été braves; eux aussi ils ont connu les privations et les fatigues. Les lauriers qui ailleurs eussent été pour eux ; les doux fruits de la paix, ils ne les ont cueillis en Égypte qu'au milieu des dangers de la guerre. Plus d’une fois IcsifHcmcnt des balles ennemies a froissé leurs oreilles, tandis qu’ils étaient occupés à conquérir des débris sur les Sésostris, les Pharaoti et | les Ptoléméc , ou à dérober le secret des âges. La j
guerre , qui partout entasse les ruines sous ses pas, a eu, en Égypte, l’inouT privilège de respecter les ruines , de les ranimer et de les faire revivre. Au lieu des résultats politiques et sociaux que l'Europe avait puattendre de rafTcrmisscmcnt d'une colonie européenne sur les bords du Nil, rien n'est resté, qu'un ouvrage sur cette contrée. Hais que restet-il de Pompée, de Trajan, de Napoléon? une colonne. L'ouvrage sur l'Egypte est le monument de Bonaparte général. Alexandrie avait vainement désiré qu'Aristotc, l’accompagnant dans ses courses guerrières, joignit aux triomphes de ses armes les triomphes de la science. Bonaparte a été plus heureux. L'Égypte n’appartient plus à la France; mais en même temps que les batailles des Pyramides et d’Aboukir, du Mont-Tliabor et d'Uéliopolis sont des souvenirs français que chériront nos derniers neveux, la gloire en Égypte n'a point été stérile, comme elle l'est trop souvent ailleurs. Combien , dans tous les pays et dans tous les siècles, de longues et sanglantes guerres , après avoir dévasté le monde , ont fini par laisser dans son état antérieur le territoire soumis à leur ravage, sans avoir déposé ou recueilli dans leur cours aucun germe d’utilité pour le bonheur des peuples, ni d’instruction pour l’esprit humain!
[ÎMt] FLOTTILLE DE BOULOGNE. 13U