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CHAPITRE XVI

FLOTTILLE DE fiOCLOGISE.

Formâtion de la première flottille de Boulogne. — Inquiétude» de» Anglais. — Mesure» défensives du gonvernement anglais. — Tentative de Nelson contre la flottille de Boulogne. Seconde tentative de Nelson. — BrDlante résistance de la flottille. — Récompenses distribuées aux soldats et aux marins par le premier consul. — Propo'siüoDs de Fultou rejetées par le gouvernement français.

La question de l'Orient était résolue, mais la nouvelle n'en était pas encore arrivée en Europe, lie premier consul, d’après le mauvais succès de scs expéditions pour faire parvenir des renforts à Alexandrie, prévoyait trop bien la nature des résultats auxquels il fallait s'attendre. Un trait d'habi* leté de sa part sera de signer les préliminaires de Londres assez tôt pour que l’évacuation de l’Égypte, encore ignorée des Anglais, soit regardée par eux comme une concession dont la France doive recevoir le prix.

Avant de s’éteindre, la guerre commence par resserrer son tbéitre. Naguère ce théâtre s'étendait du fond de la mer Baltique jusqu'à la mer Rouge. Maintenant les deux parties belligérantes n’ont plus pour champ de bataille que l'étroit canal de la Manche. Si, indépendamment des flottes anglaises devenues inactives dans la Méditerranée, quelques escadres sont encore en observation , l'une devant Brest, sous les ordres de l'amiral Cornwallis, l’autre sous les ordres de l’amiral Dickson, devant le Texel, c'est surtout entre Calais et l’emlK>uchnre de la Somme que sont concentrées les hostilités des deux partis. Tous les chantiers , tous les arsenaux de la France sont en mouvement pour la construction et l’armement de bateaux de dilTérentes formes ; mais c’est à Boulogne que ces diver* ses embarcations doivent être rassemblées. Les faire parvenir à ce point de réunion est la principale difficulté. De là une lutte journalière d’audace cl d'adresse, d’une part , pour faire sortir ces légers bâtiments des ports où ils ont clé construits, cl les soustraire à l'ennemi en les dirigeant le long des côtes de France, sous la protection des batteries de (erre, à une distance qui tes pré.<erve de

tout danger; d'autre part, une attention, une surveillance non interrompue, une sorte de chasse continuelle où la rencontre est rare et l'occasion du combat presque impossible à saisir. Aussi, en ce genre de guerre, le plus faible succès semble un triomphe, et la prise d'une corvette française est célébrée à Londres comme le gain d’une bataille navale; mais, si désormais la guerre n’occupe plus qu’on terrain peu considérable , sa compression dans un moindre espace est devenue plus effrayante pour l’Angleterre que le débordement de (rois cent mille Français dans les plaines de l’IUlie et de l'AIIemagno.

Un camp peu nombreux formé auprès de Boulogne, une flottille de bateaux plats insignifiante par elle-même dans l’état de la marine moderne, ces préparatifs si peu proportionnés à la grandeur de l'entreprise, fantômegrossi parrimagtnaliondes Anglais, leur apparaît comme l’année cl la flotte de Guillaume le Conquérant. A la vérité, les journaux du gouvernement n’éuietit avares ni d’expressions de dédain ni de railleries sur les mesures adoptées en France, mais le penplc anglais était devenu défiant. Les ingénieuses caricatures inr l’armée de réserve, qui l’avaient si longtemps amusé, en lui montrant celte armée comme se composant de quelques enfants et d’un invalide à jambe de bois, ces caricatures prophétiques, qu’avait si gaiement vérifiées le coup de tonnerre de Marengo, avaient inspiré à ce même peuple quelque doute sur la véracité des dessinateurs et des écrivains ministériels: après tout, l'elTroi était naturel. Ces soldats que, du haut de leurs falaises, les Anglais aperçoivent sur les rôles de France, sont ces hommes que n'ont arrêtés ni les hauteurs

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