‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 64 sur 298 · FLOTTILLE DE BOULOGNE · texte numérisé non relu

FLOTTILLE DE BOULOGNE

qui furent le plus vivement pressées, causa aussi le plus de dommage à l'ennemi. Quatre péniches furent coulées bas; plusieurs furent prises. La division d'obusiers, dans l'espoir de renouveler avec le meme succès la manœuvre favorite à laquelle Nelson devait une partie de sa gloire , avait voulu se placer entre la terre et la ligne d’embossage des Français; mais, foudroyée par les batteries de terre, elle n'avait échappé à une ruine complète qu'en se hâtant de prendre le large. Le jour, lorsqu’il vint à paraître, ne montra aux Anglais que leurs désastres, leur confusion, et l’impossibilité du succès. Ils s’éloignèrent, furieux autant que surpris de l'impuissance de leurs cITorts. Le gouvernement avoua une perte de deux cents hommes lues ou blessés : celle des Français n'était que de trente-cinq hommes. Dans scs rapports à l'amirauté, l’amiral Nelson, comme s’il n’avait pu être arrêté par des moyens naturels, imagina de supposer que les bâtiments français étaient liés les uns aux autres par des chaînes de fer. Les chaînes de fer, contre lesquelles s’élait brisée son imprudente audace, n’étaient que le courage, le sang-froid des marins comme des soldats français, et rbabilclé de l’amiral la Touche- Tréville. L’opinion publique, impartiale cette fois même en Angleterre, rendit justice â la belle conduite des Français, en même temps qu'elle ne vil dans la tentative de Nelson « qu’un acte > d’une dé- >1 plorable témérité et un grand mépris pour la i> vie des hommes. »

Dans l'état de la question qui s’agitait en Angleterre et en France, l’échec de l’amiral anglais, malgré un si grand déploiement de forces, était un résultat d’une grande importance, et les Anglais s’étonnèrent du ton ^ modeste avec lequel le gouvernement français en avait rendu compte. Toutefois le premier consul ne laissa pas sans récompense les services des braves qui s'étaient le plus distingués dans cette brillante affaire. Appelés â Paris, ils lui furent présentés à la parade des Tuileries; et des fusils d'honneur, des grenades, des haches d’abordage, distribues par lui soit aux soldats, soit aux marins, prouvèrent à tous qu’avec lui la bravoure avait son prix assuré pour tous les genres de combat et sur tous les éléments. Les hostilités approchaient de leur terme. De part et d'autre on ne lit plus que se menacer sans s’atteindre. Le dernier coup de canon de cette sanglante guerre de dix ans venait d'étre tiré à Boulogne. Il n’avait pas été sans gloire pour la France.

Annii.'il Rcgisler.

’ Quelques-uns d’eux vivent encore. Ils disent , pour s'excuser, que la proposition de Fulton ét.iit aceompn-

A l’époque de la formation de la première flottille de Boulogne, un orateur du tribunat, RiouITc, invoquait contre l’Angleterre » un bon vent et trente- » six heures. » C’était la plus hardie des menaces, dont l’elTet ne parut pas impossible. Cependaht un homme se présentait au gouvernement français, et lui disait : « La mer qui vous sépare de votre en- II nemi lui donne sur vous un immense avantage, n Servi tour à tour par les vents ou par les tenipé- II tes, il vous brave dans son lie inaccessible pour Il vous. Cet obstacle, qui le protège, je puis le faire Il disparaître. Je puis, malgré toutes ses flottes, en Il tout temps, en peu d’heures, transporter vos arn mées sur son territoire, sans craindre les tem- II pètes, sans avoir besoin du secours des vents, n Voilà mes moyens, n Le premier consul reçoit la proposition; il en confie l'examen à une commission d’hommes que l'Europe savante tout, entière eût choisis pour juges en de telles questions. Une grande vérité, une vérité physique, sensible, est devant leurs yeux ; ils ne la voient pas, ils ne la saisissent pas. Est-ce à leurs préventions, à leur négligence qu’elle échappe? Us l'ignorent ^ aujourd’hui, mais Fulton est repoussé par eux comme un visionnaire. Supposons à cette examen un autre résultat. Supposons un seul bateau à vapeur naviguant en 1801. Voyez aussitôt toutes les forges, tous les ateliers, tous les chantiers dont la France dispose, de Marseille au nord de la Hollande, occupés à multiplier de semblables constructions. Voyez, en peu d’années, cent, deux cents bateaux à vapeur, prêts à traîner à leur suite ces milliers de barques, chargées de soldats, faits, comme leur chef, pour les plus audacieuses entreprises. Le temps, les hommes voulaient également du nouveau, de l’extraordinaire. La découverte semblait faite pour eux. Un demi-siècle, un siècle peut-être sera maintenant nécessaire pour compléter la révolution maritime , à laquelle eussent suffi cinq années , dix années de Bonaparte , consul ou empereur. Comment douter qu'à la vue d’une puissance si redoutable dans ses mains, à l’approche d'un danger si réel, l'Angleterre, qui si souvent a tremblé devant un danger imaginaire, n’eùl été forcée de subir la paix cl de tolérer raffermissement de la puissance française? Ainsi, le sort des États dépend d'une idée nouvelle; ainsi, la nature recèle dans son sein des forces inconnues dont une seule peut changer les destinées du monde.

gnéc d’idccs folles qui les onl empêchés de saisir le bil vrai, caché sons im tas d'erreurs. Puis fiez-vous aux savants.

Page 1