‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 65 sur 298 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

POLITIQUE EXTERIEURE

Ordre du gouTernement anglaU qui auioriar la courte ronirr let baicaux p<Vbeura. — • Menace faite par le cominiaaaire franrait Otto de qitiiier rAngleterre. — RcnnuveUeairnt du minitièrc aoglait. — Révocaiioo de Tordre relatif aux bateaux pècheiirt. — Nrgociationt. — Signature des pr^Uminaires de paix et couditiuut priucipales. — Silence tur la question de neuiralilé inarilime. — • Forme de la convention et nature des engagement». — . Sorties violentes des anciens minisiret^ M. Pitt seul excepté. — I>éc)araiion de M. Piit sur le sileorc dt‘s préliminaires k Tcgard du Piëtuoni. — Remarques Fondées de Tancienne opposition. — Langage de M. Pitt sur le premier consul. — Traité de paix arec la Rtissie le 8 octobre. — Convention secrète du 11 octobre. — Déclaration aeci'ètef signée le même jour, 1 1 octobre. — La mission du colonel Diiroc à Pétersbourg occasionne le renvoi do M. de Panin. — Restitution du Hanovre, par la Prusse, A TAngteierre. — Traité de paix avec Alger et Tunis.

La négociation pour le rclablisscment de la paix entre la Grande-Brclagiie el la Franco avait commencé presque immédiatement après le ebangeinent survenu dans le ministère anglais. Dans les derniers mois de Tadniinistration de M. Pitt, sans doute avant que ce niinislrc eût embrassé tout à fait l'idée de la paix, l’esprit de celte administration avait été poussé à un tel degré d'exaspération qu'elle était revenue à l'odieux système d'autoriser la course même contre les bateaux pécheurs. L'ordre en fut adressé à l'amirauté par le ministère, le il janvier 1801 , et, le 39 du même ntois seulement, l'amirauté le notifia au commissaire français, Otto, chargé de l’échange des prisonniers de guerre, et principal intermediaire des commitnications entre les deux gouvernements. Par une {KTfidie dont l’Angleterre renouvelle trop souvent les exemples, Tinlcrvalle laissé entre l'ordre du gouvernement britannique cl sa notification à la France avait eu pour objet de favoriser la capture de malheureux pécheurs qui ne pourraient pas connaître à temps le cbangciiienl de disposition du cabinet de l.ondrcs.

Le retour de ce cabinet à une pratique barbare, qui donnait k la guerre un caractère d'atrocité contraire aux lois et aux usages reçus, indigna loliemcnl le premier consul, qu'il fit enjoindre au commissaire français de quitter TAnglelcrrc, après avoir préalablement déclaK'quc, fidèle à des principes plus humains, ta France coiilinucrail à lais-

ser la pèche libre et s'absliendrait de toutes repre- ; saillcs.

I Pendant ces discussions, la retraite de M. Pitt, de lord Grenvillc et de H. Dandas, avait porté à la I tète des afiaircs un ministère nouveau dont le chef ; était M. Addington, oratourde la chambre des com- I muncs. I4i composition de ce ministère, recoin- ' niandable par la pureté des vues, n'oflrail, sous le rapport du talent, que d'estimables médiocrités,

[ telles qu’il fallait A M. Pitt pour conserver son iiiQucncc dans le conseil et pouvoir plus lard, selon le cours des événements, y reprendre le poste dont il entendait ne faire qu’un abandon niomentanc. I<e changement des hommes iTeiUralnait donc pas le changement de principes, niais seulement une modification de système à l'égard de la France, modification pour laquelle M. Pitt avait jugé avec raison qu'un miiiislère nouveau serait dans une position meilleure que celui qui se retirait. En conséquence de la nouvelle direction de la politique anglaise, on répondit à la déclaration du commissaire français par la révocation de Tordre du 21 janvier. M. Otto, d'après celle salisracüoii donnée à ses plaintes, ayant cru devoir rester k Londres, on entra dans quelques explications sur la ]K)Ssibililé d'un rapprochement, et lord HawLcsbury fil coiniallre * au commissaire français que le roi était disposé à envoyer à Paris, ou ailleurs, un

' Note «In il mars.

POLITIQUE EXTÉniEURE.

picnipolentiairc autorisé à négocier et à conclure un traité entre ^'Angleterre et la France. I.a démarche était formelle. I.es circonstances permettaient do croire à sa sincérité. Cétail le moment où la grande lutte du Nord était engagée sans que l'on pùt encore en prévoir le déiioùmcnt.

Sur cette ouverture, le gouvernement français proposa ou de convenir d'al>ord d'une suspension d'hostilités, ou si, comme on l'avait déjà éprouvé, un accord sur ce point était trop difficile, de commencer par s'entendre sur les bases principales de la paii. Des pouvoirs forent donnés i U. Otto pour l'un et pour l'autre mode do négociation. Le dernier fut celui qu’adopta ' le ministère britannique. Des conférences s'ouvrirent Dans la seconde de ces conférences, lord Uawkesbury remit à H. Otto un mémorandum ou aperçu, non signé, des conditions qu'il proposait comme préliminaires de la pacification. Au peu de modération des prétentions formées par le gouvernement anglais, on reconnaissait sans peine l’influence des événements qui venaient de se passer dans le Nord, la mort de ' Paul I*" et lajronvenlioii d'armistice conclue avec . le Danemarck. Ce n'est pas que les restitutions auxquelles l'Angleterre consentait ne fussent con- ' sidérables. Elle rendait aux anciens possesseurs les territoires et lies qui suivent : Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Négapalan, Malaca, Amboine, Banda, Cochin, le cap de Bonne-Espérance sous la condition qu'on en ferait un port franc, Corée, Surinam, Curaçao, Sainle-LuCie, les Saintes, Saint- Pierre et Miquelon, Saint-Marcou, Minorque; mais la part de conquêtes que le gouvernement anglais voulait garder, sans former une aussi longue énumération d’articles, compensait rinfériorilé du nombre par leur supériorité d'importance et de valeur. Ces possessions étaient Malle, la Trinité, Ceylan et la Martinique, avecquelques autres pointa de lecond ordre. Abstraction faite de l’Ilc de Malle, sur laquelle on devait prévoir de grandes difficultés, il y avait de l'adresse i partager le dommage, pour le rendre moins sensible, en retenant la Martinique sur la France, Ceylan sur la Hollande, et la Trinité sur l'Espagne. Le premier consul voulait la paix, mais une paix digne de la position à laquelle il avait élevé la république. Pour la France même, la résolution en était bien prise, elle ne devait rien céder de ses anciens domaines ni de ses nouvelles acquisitions. Quanti ses alliés, on ferait tout également pour diminuer le poids des perles qu'ils seraient

' Noie de lord Hawkesbury du 3 avril.

• Le avril.

* Noie de M . Otto du 1«* juin.

♦ Noie de tord Hawkesbury du 6 juin.

condamnés à subir. Vaper^u du cabinet britannique fut laissé sans réponse spéciale. On aflecU de le considérer comme ne pouvant pas former un point de départ pour une discussion sérieuse; on se dispensa d'entrer dans aucun détail sur les conditions énoncées, et U. Otto fut seulement chargé d'exprimerau gouvernement anglais le désir a que N la négociation ^ prit un caractère plus officiel. » Lord Uawkesbury, en se référant à son aperçu, que naturellement il ne pouvait pas abandonner, demanda, en échange, que la France à son tour exposât les propositions qu'elle jugerait propres « à faciliter * l'oblenlion de la paix. » Ici, le premier consul n'hésita point à faire un pas important. Malgré la fermeté avec laquelle il repoussa la prétention exprimée par l’Angleterre « de conser- » ver * les principales conquêtes faites par elle sur » les alliés de la république, n il reconnut « que » les grandsévénemenlB survenus en Europe, et les » changements arrives dans les limites des grands » Étals du continent, pouvaient autoriser une par- » tie (les demandes du gouvernement brilanni- ■ que; » aveu dont on juge bien que l'Angleterre ne manquera pas de se prévaloir dans le reste de la négociation. Pour sortir du vague où on s'élail tenu jusqu'alors, M. Otto demandait « si, dans le » cas où le gouvernement français accéderait aux n arrangements proposés pour les grandes Indes » par l'Angleterre, et adopterait Vante bellum pour K le Portugal, S. M. britannique consentirait ellc- * même à ce que le status ante bellum fût rétabli n dans la Méditerranée et en Amérique. » Sans attendre la réponse du gouverncmentanglais, M.Ollo fit le lendemain à ce gouvernement une autre communication qui n'était que le développement de la première. Un traité venait alors d’être conclu à Badajox^, avec le Portugal, traité par lequel la cour de Lisbonne consentait à fermer ses ports aux Anglais, et cédait la province d'ûlivcnza à l'Espagne. Le premier consul, ne dissimulant point que, dans la guerre contre la cour de Lisbonne, alitée du cabinet anglais, il ne cherchait que le moyen d'offrir à ce cabinet des compensa lions pour les restitutions qui seraient faites aux alliés de la république, déclarait qu'il n'avait point encore donné sa ratification au traité de Badajoi, et il rendait l'Angleterre maîtresse du sort de son allié, en lui proposant de nouveau •* d'admettre ^ le status ante bellum pour I» le Portugal, comme servant d'équivalent au ston ÿiM ante bellum pour l'Amérique. » A mesure

* Noie de M. Oitodn 15 juin.

' Traité du 6 juin.

? Note de U. Otto du IA juin. ^

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