‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 66 sur 298 · CHAPITRE XVir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVir

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qae les questions se posaient avec plus de clarté un paraissait plus éloigné de s'entendre.

Pour rétablir, dans la Méditerranée, l’état existant avant la guerre, il aurait fallu, scion le ministère anglais * , que la France rendit au roi de Sardaigne le comté de Nice cl la totalité de scs États, le grand-duché de Toscane à son ancien souverain, et une entière indépendance à l'Italie. Autrement l'Angleterre ne pouvait se dispenser de garder Malle pour la protection du commerce de scs sujets. A l’égard de Vélat existant arant la guerre, en Amérique, elle ne consentait à l'accorder qu'à l'Espagne, en échange de la même condition |H)ur le Portugal. D'après cette déclaration, le cabinet anglais persistait a vouloir conserver Malte, Ceylan, la Martinique, Tabago, Dcmérary, Ilerbice et Ésequibo. Comme prix du salut du Portugal, il n'abandonnait que la Trinilé, seule conquête qu'il eût faite sur l'Espagne. De si fortes prétentions ne pouvaient convenir à la France, cl les discussions prirent pendant quelque temps un ton d'aigreur ^ qui ne promettait pas un heureux résultat.

Ce fut dans cette circonstance que le premier consul, cherchant partout des armes contre l'obstination de l'Angleterre, insista auprès de la Prusse sur la proposition dont j'ai parlé ailleurs, d'abord d’accepter le Hanovre pour indemnité de ses pertes, et ensuite de remettre cet électorat à la France, en échange de Bamberg cl Wurtzbourg, que S. M. prussienne pourrait faire occuper sur-le-champ. Toutefois, pour arrêter le progrès de l’animosité qui était entrée dans la négociation à Londres, le premier consul crut devoir consentir à un grand sacrifice, la cession de Ceylan, mais en se montrant inflexible sur tout le reste. Il articula franchement les conditions qu’il était prêt à signer.

Dans la Médilerranée,

Restitution de l’Égypte à la Porte ;

Reconnaissance de la république des Sept-Iles;

Évacuation des ports de l'Adriatique et de la Mediterranée, qui seraient rendus au pape et au roi de Naples;

Restitution de Mahon à l'Espagne;

Restitution de Malle à l'Ordre , avec offre d’en raser les fortifications;

Aux Indes,

fiession de Ceylan par la Hollande à l’Angleterre;

' Note de lord ilawkeshiiry du 2S juin.

’ Note» de M. Otto du 14 juillet, et réponse de lord li.'iwkesbiiry.

Restitution par l'Angleterre de tous les autres établissements conquis par elle;

En Amérique,

Restitution de toutes les conquêtes aux anciens possesseurs;

Portugal,

Maintien dans son intégrité.

« Une Ile éloignée de plus ou de moins, disait ■ i> JI. Otto 3, ne peut être une raison suflisanlc pour Il prolonger les malheurs du monde, n Quoiqu'on SC disputât vivement le terrain, le désir de la paix était sincère de part et d'autre. L'Angleterre voyait bien que Malte formait le point le plus épineux de la question. Elle admit, à l’égard de cette lie, la possibilité d’un arrangement qui la rendit également « indépendante de la Grande-Bretagne et de » la France *, » Par celle concession , la question de la Méditerranée était résolue. Celle des Indes orientales l’avait été par la cession de Ceylan. Restait celle de l’Amérique.

Dans cette partie du monde, le premier consul réclamait une restitution absolue de tous les établissements enlevés soit à la France, soit à scs deux alliés, la Hollande et l'Espagne.'TI objectait au gounement anglais que, prétendre garder les acquisitions qu'il y avait faites , c'était vouloir s'assurer U dans les Indes occidentales la même domination ^

» absolue qu'il exerçait déjà dans les Indes oricn- » talcs. » On ne pouvait guère attendre du gouvernement britannique la renonciation entière qu’on lui demandait, mais on voulait l’amener à une transaction , et il ne s’y refusa pas tout à fait. Ce gouvernement proposa ou de conserver les Iles de la Trinilé cl de Tabago, dans lequel cas Démérary, Éséquibo et Berbicc seraient des ports francs , ou de rendre Tabago cl la Trinité en conservant Démérary, Éséquibo cl Berbicc. La conciliation sur ce point était difTicilc. Dans rinlcrvallc, comme indépendamment des textes essentiels de la négociation, il était d'autres points litigieux qui ne pouvaient s’ajuster que par des discussions verbales, une longue conférence, dont il fut tenu protocole, eut lieu, le 7 septembre, entre M. Otto et lord Hawiicsbury. On y débattit presque tous les articles du projet proposé par le gouvernement français ; et quoiqu’on ne pùl pas s'entendre sur toutes les questions, on aplanit toutefois plusieurs des difficultés qui divisaient les deux parties. La princi-

’ Noie du 33 juillet.

* Noie de lord Han'kcsbiiry du 5 .loût.

* Note de M. Ollo du 8 aoi’il.

P0L1T1(^)ÜE EXTÉRIEURE.

pale (le CCS (liflicullcs, celle qui retardait un cniier rapprochcnicnt, était raltcrnativc sur laquelle l'Angleterre avait laisse l’opliuii à la France. Oblige de se décider entre ces deux propositions, le premier consul ne voulait admettre ni l'un ni l'autre dans toute l'extension que leur avait donnée le cabinet britannique. Le choix était délicat et embarrassant, puisqu'il fallait opter entre des conditions, dont les unes étaient à la charge de la Hollande, les autres à la charge de l'Espagne. Par la cession de Ceylan, la Hollande payait déjà un large tribut à la conclusion de la paix. U eût été rigoureux de la condamner encore à l'abandon de Berbicc, de Démérary et d'ÉséquilK). Quoique le premier consul eût arrêté, au début de la négociation, de ne rien céder des anciennes possessions de la France, pour éviter à l'Espagne une perte aussi considérable qpc celle de la Trinité, il offrit en échange l'ilc de Tabago, à laquelle on joindrait encore Curaçao. Cette offre, jugée beaucoup trop insuffisante , ayant été rejetée par l'Angleterre, il se résolut à laisser tomber sur l'Espagne une part du fardeau dont plus de la moitié pesait déjà sur la Hollande. Il se détermina donc à la cession de la Trinité , mais la déclaration en fut réservée comme moyen de solution définitive. Selon l'usage, à l'approche d'un désistement prochain, on se montra, de part et d'autre, très- ferme dans les derniers retranchements, mais après deux notes échangées entre M. Otto ' et lord Hawkesbury 2, d'après lesquelles chacune des deux parties entendait ne rien relâcher de scs déclarations précédentes, les préliminaires de la paix furent signés le 1°' octobre.

Par l'exposé qui précède, on en connaît les conditions fondamentales. Oc toutes les possessions et colonies occupées ou conquises par l'Angleterre, cette puissance ne gardait que Ceylan dans les Indes orientales, et l'ile de la Trinité en Amérique. Dans la Méditerranée, elle évacuait Porto -Ferrajo et Malte ; cette dernière place devait être rendue à l'Ordre, sous la protection de tierces puissances.

Du côté de la France, nulle restitution sur toutes scs conquêtes en Europe. On n'avait prononcé les mots de Belgique, de rive gauche du Rhin, de Savoie, de comté de Nice, qu'afin de fonder, sur ces acquisitions que l'on ne prétendait plus contester, un titre pour l’Angleterre à des compensations plus étendues ailleurs. On ne parla pas même de Parme et du Piémont. On était bien plus éloigné encore de songer au premier motif, ou du moins au premier prétexte de la guerre, le rétablissement des Bourbons. La république, le gouvernement consulaire étaient des faits, qui alors semblaient

indestructibles, et les faits sont une puissance dont tons les cabinets sont forcés de rccoiinaiire l'empire. Le gouvernement français évacuait les ports du royaume de Naples et des États romains. Le mérite de la concession était nul. 11 n’avait dû les occuper que jusqu’à la paix. La seule restitution que fit la France était celle de l'Égypte, stipulation oiseuse et illusoire à Londres, le 1"^ octobre, lorsqu'elle était déjà consommée par la convention conclue, le 30 août, à Alexandrie. La nouvelle de cette convention parvint en Angleterre le lendemain de la signature des préliminaires, ce qui fit accuser le ministère d'imprévoyance ou de précipitation. Ce reproche était presque heureux pour le cabinet. On supposait ainsi qu'il avait attaché un grand prix à un avantage qui s'était évanoui accidentellement, tandis qu'il n’aurait pas eu cette excuse dans le cas contraire. Arrivée plus tôt, la nouvelle n'eût pas changé les conditions du rapprochement. Elle n’eût fait qu'apporter quelques retards de plus à sa conclusion.

Les deux gouvernements étaient si effrayés des entraves inévitables qui devaient embarrasser leur réconciliation, que, par une sorte d'instinct pacifique, ils avaient l’un et l'autre passé sous silence les questions qui auraient pu multiplier les obstacles. Parmi ces questions, on doit remarquer le grand procès des principes de neutralité maritime, qui avait amené la confédération armée des puissances du Nord. Cohimc nul des deux cabinets ne jugeait un accord possible, chacun se contenta de garder tacitement l’intégralité de ses prétentions. Au reste, ce n'est pas dans la relation directe de la France à l’Angleterre et de l'Angleterre à la France, que la solution de cette difficulté les touche le plus. Depuis plusieurs siècles, la distribution des États européens est telle, qu’il n’y a presque pas de guerre maritime possible, dans laquelle ces deux puissances ne soient dès le commencement ou ne deviennent bientôt les parties principales. La question des neutres n'est donc pour elles d'un vif intérêt, ({uc dans le rapport des États maritimes de second ordre arec chacune d’elles pendant la guerre.

Une remarque , qui n’est pas indigne d’allenlion, se présente sur la forme de la convention, et sur la nature des engagements qu'elle renferme. Dans le cours de la négociation, le premier consul, par un respect du moins apparent pour l'indépendance de la Hollande et de l’Espagne, avait désiré ne stipuler que dans des articles secrets, les conditions qui concernaient ces deux puissances ; et elles seraient venues ensuite les admettre, comme d'cllcs-mémes, dans la négociation du traité défi-

’ Note du 1 1 septembre.

’ Note dit 25 septembre.

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