‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 67 sur 298 · CHAPITRE XVH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVH

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• nitif. Le ministère britannique, par suite de sa responsabilité envers la nation et le parlement, ne pouvant signer une convention dont la publicité nécessaire aurait seulement fait connaître les restitutions faites par l'Angleterre, et non les cessions obtenues par elle, c’était lui qui avait exigé que le gouvernement français s’engageât pour ses alliés, reconnaissant ainsi implicitement l'Espagne et la Hollande pour des annexes de la république, et légalisant en quelque sorte leur état de dépendance. De son côté, le gouvernement anglais figurait à peu près seul. Il n’avait accordé de garantie qu’à un seul de scs alliés, le Portugal; et encore cette garantie était incomplète, comme on le reprochera an ministère dans le parlement. Eu effet, l’intégrité du Portugal n’était maintenue que dans les termes, puisque les cessions consenties à Badajoz par cette puissance continuaient d’avoir leur effet. A vrai dire, c’était le démembrement opéré qui se trouvait garanti par les préliminaires de Londres. On cherche en vain dans quelque paragraphe de ces articles préliminaires, les noms du stalhouder, du roi de Sardaigne, et surtout des émigrés français, qui, dans le genre de guerre le plus conforme à rintérél britannique, n’avaient pas été ses moins utiles auxiliaires.

En dernier résultat , l’acquisition de deux lies, Ceylan et la Trinité, était pour le cabinet britannique tout le fruit d’une guerre de dix ans qui avait détrôné ou affaibli plusieurs de scs alliés; qui, en compensation des batailles perdues sur le continent, n’avait été signalée pour ce cabinet par un grand nombre de victoires navales, que pour le condamner à de plus nombreuses restitutions; qui avait coûté un sang précieux à l’Angleterre, avait * forcé l’administration de recourir à des impôts exorbitants, et ajouté près de quatre milliards au poids de la dette publique. Un tel dénoùment ne pouvait subir l’épreuve de la discussion parlementaire, sans ouvrir un vaste champ aux plaintes contre les fautes ou la faiblesse des ministres. Ce qu’il y eut d’étrange, c’est que la contradiction la plus vive partit, non de M. Pitt, qui, en cette circonstance, fut doublement habile et comme homme privé et comme homme d’Élat, mais des collègues de M. l’itt, retirés en même temps que lui, et membres du ministère qui avait rendu indispensable l'énormité de sacrifices contre lesquels maintenant ils élevaient de si bruyantes accusations. L’un d'eux, M. Windbam, reprochait aux ministres actuels U d'avoir signé l'arrêt de mort de la patrie. »

' As 10 Sardinia, il was évident that , un less we had the power to dissolve the cisalpine and ligiirian republii’k* nnd lintio nll lhai the war in liaty handdone,we

I Un second, lord Grenville, regardant le peuple anglais » comme la garnison d’une forteresse qui ' » a perdu ses ouvrages extérieurs, » laissait entrevoir, dans la peinture des dangers plus ou moins ' réels, la menace d’une guerre nouvelle au moment même où commençait à retentir le nom consolant ! de la paix. Quoique d’accord peut-être avec lord Grenville pour le fond des pensées, mais plus ré- : servé et plus maitre de lui, H. Pitl, n’envisageant i que les possibilités présentes, fidèle à défendre une transaction dirigée par ses conseils, opposait aux reproches de ses anciens compagnons le plus irré- ' sistiblc des arguments, celui de la nécessité. C’était ' justifier les ministres actuels, et non leurs prédécesseurs.

Parmi les reproches faits au ministère, l’un des I plus sérieux était le silence des préliminaires sur I le sort futur du Piémont. On comprenait trop bien ' toutes les conséquences d’une omission de cette nature. Sur ce point délicat, M. Pitt ne craignit pas de s’expliquer avec une entière franchise : « A l’é- » gard > du roi de Sardaigne (du souverain du Pié- » mont), dit- il , il est évident qu’à moins d’avoir » la puissance de dissoudre les républiques cisal- » pine et ligurienne et d’anéantir tout ce que la » guerre avait fait en Italie, il n’était pas en notre n pouvoir de rétablir le roi de Sardaigne dans son » ancienne position. » Rien de plus précis, et rien de plus important que cet aveu : il mérite de n’étre pas perdu de vue, lorsque plus tard le gouvernement anglais, voulant recommencer la guerre, cherchera, dans la réunion du Piémont à la France, l’un des griefs par lesquels il justifiera cette rupture.

Autant était faible et mal fondée l’argumentation de lord Grenville et des autres membres du précédent ministère, dont M. Pitt s’était séparé en cette circonstance, autant étaient solides les objections de la véritable opposition, celle des Fox, des Grey et des Shéridan. La paix leur semblait peu glorieuse, et cependant ils l’adoptaient, parce que la continuation de la guerre leur paraissait être encore une plus grande calamité; mais ils représentaient avec raison que cette paix, si défavorable aujourd’hui , aurait pu , en diverses conjonctures, être signée à des conditions beaucoup plus avantageuses; que l’immensité de la puissance à laquelle on cédait maintenant , c’était le précédent ministère qui en avait formé, élevé le colosse de ses propres mains , par le but unique de la guerre qui n’avait été qu’une coalition de princes contre les sujets, par la mauvaise foi dans les négociations anté-

iipver conId ro*ior«> Ihc King of Sardinia to hi» fbrmrr aitnalinn.

ÀrtHual Regi»ffr.

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POLITKÏUE EXTËIUEIRE.

Heures, dont le ministère avait fait trophée, enfin par une confiance et une obstination aveugles i poursuivre des chimères. La mauvaise foi reprochée au ministère précédent ne pouvait être dés> avouée. M.Pitt lui-méme,el on ne manque pas de le lui rappeler, avait dit formellement qu'à l'époque des négociations de Lille, il avait tremblé que ses propositions ne fussent acceptées par le gouvernement français, attendu qu'il n'avait simulé alors une négociation que pour appuyer ses plans de finance. On lui rappelait de même qu’au moment des ouvertures du général Bonaparte, au lieu de les accueillir, il avait exprimé la volonté de faire une pauêi, pause onéreuse, qui, outre le sang répandu, avait coûté à l'Angleterre soixante • treixe millions de livres sterling, c'est-à-dire, une somme aussi forte que l'était le total de la dette nationale depuis la révolution jusqu'à par conséquent, plus que n'avaient coûté ensemble les victoires do duc de Marlborough et du roi Guillaume.

Des écrivains français, qui dans les ennemis de leur nation aiment jusqu'à leur insolence, ont fait honneur à H. PiU de n'avoir rendu d'autre hommage au premier consul, que d'avoir dit « qu'il K s'abstiendrait de parler de lui avtc mépri$9tirri- » lationt parce que tous les témoignages du resn pcct extérieur sont dus à un ennemi avec lequel » on est en paix, n Si la citation était exacte, il faudrait, cette fois du moins, plaindre le génie oratoire de M. Pilt de n'avoir su trouver qu'une expression injurieuse, pour témoigner qu'il renonce aux tristes ressources de l'injure; mais nous sommes fondes à croire que, pour donner à M. Pitt un si malheureux éloge, il a fallu le calomnier. En effet, si nous, consultons les recueils anglais 1^ plus accrédités, nous voyons M. Pilt déclarer « qu'à • l'égard du gouvernement français et du premier » consul ^ il s'abstiendra de tout langage iVraapeo- » iu«ux et irritant f » expressions qui n'ont rien d'offensant pour le premier consul, ni de contraire à la dignité de M. PiU lui-même, dont un style moins conforme aux convenances eût dégradé le caractère.

Avant mémo que le premier consul eût perdu tout espoir de conserver l'Égypte , des relations indirectes avaient été renouées par la France et la Porte Ottomane. Aussilût qu'on eut reçu l'avis de la convention d’Alexandrie, rien ne retarda plus le rapprochement complet des deux puissances. Un ambassadeur turc, Esseyd*Aly, resté en France pendant la guerre, signa, le 9 octobre, des préli-

* As lo tbe presem governnient oF France and ibe I firsi consul, beshould abstain from any disretprctful or | trntoHng laoguage. >

minaircs de paix, par lesquels la France rentrait en possession de tous ses anciens droits dans le Levant, et de tous ceux dont jouiraient les nations les plus privilégiées. Les Anglais, mécontents de cette stipulation , ont accusé le premier consul d'avoir, en celte circonstance , mis en œuvre les artifices peu honorables d’une politique italienne, supposant qu’oR avait laissé ignorer à l'ambassadeur turc la convention ^ d'Alexandrie, comme en signant les préliminaires de paix avec rAngIclerre , on avait affecté de croire qu'Alexandrie pouvait encore se défendre longtemps. f^$ faits, tels qu'on les présente, fussent-ils vrais, le procédé serait encore de bonne guerre; mais, à l'égard do la Porte Ottomane, la situation de la France était loin d'étre telle qu'un lesupposait à Londres. Depuis quelque temps, des communications avaient eu lieu entre Paris et le cabinet ottoman, par l'inlcrniédiaire de deux légations accréditées a Constantinople, l'ambassadeur d'Espagne, cbevalier de Coral, et le ministre de Prusse, comte de Knobelsdorf. La France avait déjà cessé d'étre la puissance que les Turcs redoutaient le plus; et, tandis que l'Angleterre combattait encore pour eux, la Sublime Porte, pleine d'une défiance qui n'élail peut-être pas sans motifs, voyait déjà , dans le gouvernement français, encore son ennemi, une garantie future contre un allié actuel dont le désintéressement lui était suspect.

A tous ces traités, il en manquait un dès longtemps consenti, et qui n'avait à recevoir que les signatures des parties intéressées, c'éLail celui qui devait rétablir la paix entre la France et la Russie. Trop souvent la guerre dure encore après la signature de la paix. Entre la Russie et la France, la paix avait existé de fait depuis deux ans, malgré la continuation nominale de l'état de guerre.

On a vu précédemment de quelle manière s'était opéré le rapprochement des deux puissances. C'était au général Beurnonville, ministre de France à Berlin, qu'avaient été faites les premières ouvertures de la Russie, et la négociation avait commencé entre ce ministre cl le baron de Krudener; mais le général Sprcngtporten, envoyé par Paul 1*' pour recevoir les prisonniers russes, s’étant rendu à Paris, le gouvernement français profita de cette circonstance pour attirer la négociation dans cette capitale. Elle n'eut cependant quelque activité qu’après l'arrivée de U. de Kalilscbeff, chargé spéciaiemenl de cette mission. Avec ce dernier, la négociation semblait devoir être facile. Elle ne le fut pas. Muni de rédactions toutes faites, il ne croyait pas pouvoir admettre la moindre modification,

* Annuel Rfgitter.

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