‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 68 sur 298 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Irislc pffel de l.i peur qa’inspirail Paul !«■% même | à ceux de ses agents dans lesquels il mettait le plus : de confiance. Cette impuissance, à laquelle était condamné le pténi(>olciitiaire russe, arrêtait tout arrangement final, et surtout n l'égard des conventions secrètes qui devaient accompagner le traité patent. Dans cet intervalle, une correspondance directe s’étant établie entre Paul K et le premier consul, rinlimité devint absolue et sans réserve entre ces deux caractères énergiques, unis dans un même senlimcnl d'animosité contre l'Angleterre. Leurs lellrcs rcnfcrntaienl les explications les plus franches et les plus étendues; la plupart des dilTiCuUés étaient aplanies ; et les dispositions sur lesquelles ils étaient d’accord allaient devenir le texte de traités formels , lorsque la mort de Paul 1*^' était venue anéantir la confédération du Nord, et changer d'une manière notable les rapports existants entre la France et la Russie. Il n'était plus question de faire prévaloir, tant sur mer que sur terre , des idées communes aux deux États : l'empereur Alexandre avait, comme nous l'avons ru, été conduit, par sa faiblesse et son inexpérience, à sacrifier les principes de neutralité maritime proclamés par Catherine 11, et à livrer de nouveau aux Anglais tous les droits des nations commerçantes. Malgré cet abandon d'une cause à laquelle la France devait porter tant d’inlérét, le premier consul avait été jaloux de cultiver au moins des rapports de bonne intelligence avec la Russie. Les négociations pour la paix, un moment suspendues, avaient clé reprises par un nouveau négociateur.

comte de Markof, qui avait remplacé M. de Kalilschcff, signa, le 8 octobre, avec M. de Talleyrand , un traité qui rétablissait les relations des deux pays sur le pied où elles avaient été avant la guerre. Ce traité renfermait en outre un article relatif aux sujets des deux États, article dont nous aurons à nous occuper plus tard.

A la suite du traite patent, il fut conclu une convention secrète dont nous devons indiquer ici les dispositions principales parce qu'elles deviendront un sujet de discussions fréquentes entre les cabinets de Paris et de Pélcrsbourg.

L’article premier concerne la répartition des indemnités, qui doit avoir lieu, en vertu du traité de Lunéville, au profit des princes dépossétiés sur la rive gauche du Rhin. Les deux cabinets s'engagent H à former un concert parfait pour amener les par- > tics inlcrcssécB à l'adoption de leurs plans, qui >• auront pour principe invariable le maintien d'un

' Jusqu'à présent on n'n connu que la substance de reti\ «le* .'irliclcs «le cette convention , qui out été invoqué* itan* de* noie* respective* de la France et de la

H juste équilibre entre les maisons d’Autriche et de J* Prusse. »

D'après l'article 2, les puissances contractantes doivent s'entendre •• pour terminer à l'amiable les

* affaires de l'Italie et celles du saint-siège, sous le » rapport politique. •

L'objet de l’article 3 est de préparer le rétablissement de la paix entre la France et la Porte Ottomanc, par la médiation de la Russie. Deux jours auparavant, des préliminaires de paix ont, comme nous l’avons vu, été signes entre le ministère français et l'ambassadeur turc resté à Paris pendant la guerre; mais la France ignore comment va être accueilli à Constantinople un traité conclu par un agent dont la guerre a suspendu les fonctions, qui, parconséqucnt.n'aplusde caractère officiel, et qui a pris sur lui d'agir sans pouvoir préalable de son gouvernement. Il est donc naturel qu'à tout événement le premier consul accepte la médiation du cabinet de Pélcrsbourg.

Les articles 4 et 5 ont pour objet d’établir l’intégralité des Étals de Sa Majesté sicilienne , la neutralité du royaume de Naples el l'évacualion des provinces de ce royaume, encore occupées par les troupes françaises. Il était convenu cependant que cette évacuation ne s'cITcctuerail qu'apres que le sort de l'Égypte aurait clé décidé.

Nous cileruns textuellement l'article 6, parce qu'il est un de ceux qui ont été le plus souvent invoqués. K Le premier consul et S. M. l’empereur

* de toutes les Russics s'occuperont à l'amiable el ■ de gré à gré des Intérêts de S. M. le roi de Sarn daigne, et y auront tous les égards compatibles » avec l'éut actuel des choses. » Gomment déterminer cette compatibilité dont doit dépendre le sort du roi de Sardaigne? On dirait que les termes de cet article ont été choisis plutùi pour soulever une question que pour la résoudre.

Des dispositions de bienveillance pour favoriser, dans le partage des indemnités gerpianiqucs, le due de Wurtemberg el l’électeur de Bavière, sont la matière des articles 7 cl 8. (l-c même jour, une déclaration séparée étendit le même engagemenlau margrave de Bade.)

, L'indépendance el la constitution de la républii que des Scpl-lles sont garanties par l’article 9, et » il est convenu qu'il n'y aura plus dans ces Iles de » troupes étrangères. »

L’empereur de Russie promet, article 10, de faire rendre à la France les prisonniers français détenus à Constantinople.

Ruuie, notes devemie* publiques par leurcommuoicaliou au parlemeot d'Aoglctcrrc.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

Enfin l’arliclc 11, le plus grave de Ions, est conçu ainsi qu’il suit : Aussitôt après la signature » du traite et des présents articles secrets, les deux 1* parties contractantes s’occuperont des moyens » de consolider la paix générale sur les bases sus- » mentionnées, de rélablir un jutle équilibre dont » les différentes parties du monde, et d’assurer la i> liberté des mers, se promettant d’agir de concert » dans toutes les mesures de conciliation ou de I» vigueur, convenues entre elles, pour le bien de n l'humanité, le repos général et l'indépendance » des gouvernements ! » Par ces importantes stipulations, la Russie et la France formaient une véritable dictature pour régler les affaires du continent, et même du monde. C'est un échange de concessions réciproques, chacune des deux puissances obtenant, sur certains objets, un ascendant particulier en compensation de ce qu’elle accorde à l’autre. Il est manifeste, par exemple, que toutes les promesses du premier consul, relatives aux rois de Naples et de Sardaigne, sont le prix des efforts que fera la Russie pour contribuer A rétablir l’équilibre dans les différentes parties du monde, et à assurer la liberté des mers. Ces obligations mutuelles, qui d’aucun des deux côtés ne seront exactement remplies, renferment le germe de tous les différends qui, dans les années suivantes, s’élèveront entre le premier consul et l’empereur Alexandre, et qui, fortifiés par divers autres incidents, amèneront la Russie, en 180Ü, sur le champ de bataille d’Austerlitz. Il parait > que le gouvernement anglais eut alors, par une indiscrétion russe ou française, connaissance de la nature des stipulations dont SC composait la convention secrète du 11 octobre.

Le jour où elle avait été conclue, il fut signé, en outre, par les deux mêmes plénipotentiaires, une déclaration portant qu'il ne pourrait, en conséquence de ces stipulations, être dérogé en rien aux traités qui avaient réglé le sort des États d'Italie, et notamment aux traités de Tolentino, de Lunéville et de Florence. C'était une précaution naturelle de la part du gouvernement français, pour qu'on ne pùtpas, en étendantquelqucs expressions peu précises, le faire revenir sur des faits consommés.

Quoique la convention secrète du 11 octobre soit destinée à devenir une cause de querelles entre la

' Si Ton en croit des mémoires où le vrai et le fiiiix sont souvent confondus, le ministère anglais aurait acheté, moyennant une somme de 00,000 liv. sterl., la communication de ces articles secrets. Le ministre Fouché aurait lui -même appelé l'attention du premier consul sur deux personnes, dont l'une jouissait de qnel-

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France et la Russie, l'existence de cette convention fut pendant quelques années un grand avantage pour le premier consul. Les relations des deux cabinets étaient effectivement bienveillantes et amicales. Le colonel Duroc, que le premier consul avait envoyé en Russie, à l'avénement de l'empereur Alexandre au trône, avait trouvé dans ce jeune prince des idées conformes, sur beaucoup de points, à celles du gouvernement français; mais il n’eut pas également à s’applaudir des dispositions du comte de Vanin, redevenu ministre des affaires étrangères. La destinée de H. de Panin, qui le portait à contrarier les intérêts de la France, voulut que la France fût deux fois la cause de sa sortie du ministère. Paul I"' l'avait congédié lorsqu'il avait voulu se rapprocher du gouvernement français; le même motif fit donner un congé semblable à ce ministre par l'empereur Alexandre. Ce prince désirait que le colonel Duroc se rendit à Moscou pour assister à son couronnement, et telle était aussi l’intention du premier consul; mais M. de Panin, au mépris de la volonté de son maître, avait engagé le colonel Duroc à presser son retour pour la France, en lui représentant que, comme il n'avait pas de caractère diplomatique , il ne pourrait pas prendre un rang convenable dans les cérémonies du couronnement. D'après ces insinuations, dans lesquelles le colonel Duroc dut voir l’expression de la pensée du monarque russe, cet officier quitta Pétersbourg, le 14 septembre, veille du jour où l’empereur partait pour Moscou. Quelque temps après, ce prince eut connaissance de la conduite qu'avait, à son insu, tenue son ministre; il en éprouva beaucoup d'humeur, et, peu de jours après, un léger débat s'étant élevé entre M. de Panin et le prince Kurakin, chancelier de l'empire, l'empereur saisit cette occasion pour donner au ministre insubordonné l'ordre de voyager pendant trois ans. Ce renvoi de M. de Panin a été définitif. On ne l'a plus vu depuis reparaître dans les affaires de son gouvernement. Il eût le comte Kotschubey pour successeur.

Pour compléter l’état de paix générale, dont les préliminaires signés à Londres étaient l’infaillible gage, il restait encore à terminer quelques différends d’ordre secondaire, comme la restitution du Hanovre à l’Angleterre par la Prusse, et la restitution au Danemark de ses Iles en Amérique, occu-

qiic confiance auprès de M. de Talleyrand. Le premier consul aurait voulu les fiiire mettre en jugement; on l’en détourna. Les deux personnes soupçonnées subirent un exil temporaire. C’était un abus de pouvoir; il fallait ou les livrer à un tribunal, ou les laisser paisibles dans leurs foyers.

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CUAMTRE XVII.

pécs par TAnglcterrc. Le gouverncmcnl anglais proQla, sans ménagement, de sa supériorité envers la cour de Copenhague. Il ne consentit à la restitution de ces Iles que pour prix de l'accession * de cette puissance à la convention de Pétersbourg, du 17 juin ; c'est-à-dire, à l'entier abandon des principes de neutralité maritime que, depuis 1780, le Danemark avait toujours courageusement défendus, quoiqu'il fût trop faible pour les faire respecter. La cour de Stockholm fut réduite à une accession semblable. Quant à celle de Berlin, dont la position était dilTcrentc, dans le rapprochement de cette cour avec l'Angleterre, la question de neutralité maritime fut entièrement passée sous silence. A l'égard de l'occupation du Hanovre, la difliculté n'était point sérieuse, le maintien de cette mesure ayant toujours été évidemment subordonné à la nature des relations de la France et de l’Angleterre. Dans le cas de la continuation des hostilités, la Prusse aurait prolongé de même l'occupation de l'électorat pour un double intérêt, l'un de Gnance, l'autre de politique. Sous le rapport Gnancier, il ne lui était point indifférent de faire subsister un corps de scs troupes aux dépens d'uiie tierce puissance. Sous le rapport politique, la longue durée d'une occupation provisoire peut devenir une introduction à une possession dcGriilivc, suivant que le cours des événements ultérieurs vient plus ou moins en favoriser le succès. Cette dernière chance s'étant évanouie par la réconciliation de l’Angleterre et de la France, la Prusse, en restituant le Hanovre, avait encore la ressource d'en représenter l'occupation par les troupes prussiennes comme un bienfait. Le service était réel. Remis au premier consul, qui en avait fait la demande à la cour de Berlin, l'électoral eût été pour lui un objet important de compensation. En refu-

' L'acte ambemique d'accmion n'aura lieu, pour le Danemark, que le 97 marc, et pour la Suède, que le 81 mars 1809.

sant de s'en dessaisir, celte cour avait épargné au gouvernement anglais la nécessité d’acheter cette restitution par quelques sacriOces de plus.

Un reste de guerre subsistait encore dans la Méditerranée, guerre de piraterie cl non de politique, celle des Étals barbaresques contre le commerce des Français. Cette dernière étincelle fut aussi éteinte par des traités de paix avec les régences d'Alger ^ et de Tunis Les concessions d'Afrique furent rendues. La France, non-seulement rentra en possession de tous scs anciens avantages, mais elle pourvut, par des stipulations plus précises, à la sûreté future de sa navigation. L'expédition d'Égypte l'avait rendue redoutable aux yeux de toutes les nations musulmanes. Pour elles, le nom de Bonaparte était le nom de la force et de la puissance.

Indépendamment des nouveaux traités conclus dans un espace de temps aussi restreint, et qui avaient rendu la paix aux quatre parties du monde, le premier consul, par une hauteur de pensée à laquelle ne s'élevaient pas la plupart de scs coopéraleurs, avait mis un égal empressement à préparer la réconciliation du gouvernement politique de la France avec les croyances religieuses des ci~ toyens, celle de la France catholique avec le saintsiège, et par rinlcrvciilion du saint siège, celte de l'Eglise de France avec elle-même ; de manière que le bienfait de la paix générale s'étendit jusques aux consciences, et réunit, pour ainsi dire, la terre et le ciel. L'ouvrage fut consommé par l'adoption d'un concordat qui fut signé . le 1 8 juillet. La publication ne devant en avoir lieu qu'eu 1802, ce sera le moment pour nous de présenter quelques observations sur cet acte si diversement jugé, qui ne répondit pas entièrement aux espérances du premier consul.

* Le 17 décembre 1801.

’ Le 93 février 1809.

I>iTERlEL'R.

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