‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 70 sur 298 · I8OI · texte numérisé non relu

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un acic d'utic rigueur inaUendue, qu'it ceasail de | rcrnnnaüre les prétentions de l'aucicnnc famille de France ; mais il est plus vraisemblable que c’é> laienl surtout les liaisons forcées, nécessaires, des princes français avec l'Angleterre, qui avaient blessé ce monarque. Dans l'excès de sa subite haine contre le gouvernement anglais, tout ce qui ne la partageait pas lui était suspect, lui devenait odieux. Au mépris des usages reçus, plusieurs ; ministres étrangers accrédités i Pétersbourg en ^ avaient été renvoyés, sur le simple soupçon de 1 Paul qu'ils avaient du penchant pour l'Angleterre. | D'un autre côté, la frayeur de ce prince pour les i principes révolutionnaires n'élaiit pas entièrement 1 détruite, dans l’ébaucbc de négociation commencée | par ses ordres avec le premier consul, il avait été | question d'une clause portant rengagement réci- j proqoe «de ne pas souffrir qu'aucun de leurs | ■ jei$ se permit d'entretenir une correspondance i » quelconque, soit directe, soit indirecte, avec les ' » ennemis intérieurs du gouvernemcul actuel des ' <• deux Étals, d'y propager des principes contraires H à leursconslituliuns respectives, ou d'y fomenter » des troubles. > Cette clause, adoptée dans la né> ' gociation commencée avec Paul , fut conservée dans le traité conclu avec Alexandre. Quoique, dans le vocabulaire diplomatique, l’expression de sujet» de» partie» contractante» n'eùt rien dont autrefois les républiques prissent ombrage, le ri> gorisme en France avait été poussé plus loin. Le mot de snjet» avait cessé d’étre employé dans les | traités précédents. Reproduit tout à coup, il blessa | les imaginations chatouilleuses du tribunal. Était* ce sans arrière-pensée que le gouvernement avait «lo nouveau admis cette ancienne formule? Il est diflicilc de le croire, et la susceptibilité du tribunal pouvait bien ne pas porter â faux.

Afin dedissiper les alarmes de ce corps, on s'empressa de lui donner une explication dont il parut se contenter. On lui exposa qu'aRn de comprendre, dans la stipulation de précautions respectives, les émigrés français, auxquels on ne pouvait donner le nom de citoyens, il avait fallu « rccou*

« rira l'expression plus générique de sujets, que n Tusage avait plus anciennement consacrée pour n tous les États, quelle que fût la forme de leur gou*

' Soit quf le mol aujet» eût été, avec ou sans tolen' lion, insén^ dans le traité entre la France et In Russie, on put roonnitre, peu de temps après, que le premier eoDsul ne demandait pas mieux que d'en voir introduire l'iisai'c général. Ce fut M. de Funianes qui, le premier, le Ri adroitement outrer dans un discours qu'il lui adressait au nom du corps législatif. Une marque de ] faveur récompensa cette complaisance de courtisan ; I

» vernemeut. » Ainsi, que l'expltcation fût satisfaisante t ou non, relativement aux inquiétudes républicaines du tribunal, il en résultait toujours que les émigrés étaient l'objet d'une stipulation hostile, admise par le cabinet de Pétersbourg. Due période de dix années avait opéré le revirement le plus complet dans les amitiés et dans les haines. L'intérét, réel pour quelques Étals, nominal pour le plus grand nombre, la restauration de la monarchie française, proclamée par tous comme cause unique de la guerre, avait été successivcmcnlabandonné par toutes les puissances. Celle qui la première avait reconnu une France extérieure était la Russie. Catherine II, même lorsque Louis XVI était encore sur le trône, avait accrédité un agent diplomatique auprès des princes français à Coblenlz. Paul, substituant les effets aux dcmonslraü'ons, avait sacriüé cent mille hommes pour rendre Je trône a l'ancienne dynastie, et aux émigrés leur ancienne existence. Parce traité du 8 octobre, Alexandre ne se bornait pas au silence sur l'émigralion française. Il signait des dispositions offensives contre elle.

Sous quelques rapports, les procédés du gouverncmciil anglais n'avaiciil pas été plus généreux. Prodigue envers les hommes aventureux qui rentraient dans l'intérieur de leur pays pour y exciter des troubles, il no s'clail pas piqué de reconnaissanccenvers les etnigrés, organisés en corps militaires, qui, réunis aux armées autrichiennes, avaient, dans une guerre franche cl loyale, combattu le gouvernement coupable, à leurs yeux, d'usurpation. Des le commencement de février, et même avant la signature de la paix de Lunéville, M. Wickam, ancien ministre en Suisse, commissaire auprès de toutes les émigrations soldées par rAnglclerre, avait fait connaître au prince de Condé que le corps sous ses ordres était destine à l'expédition d’Égypte ; que chaque oIRcicr cl noble qui refuserait de rester au corps, ne pourrait prétendre à la gratiâcalion fixée par S. H. britannique } que si le corps sc trouvait plus faible qu’on ne l'avait espéré, un ne pourrait^ accorder i l'avenir, audit corps et aux ! personnes qui le composaient, la protection dont ils avaient joui jusqu'alors. La décision du gouvernement anglais était rigoureuse, et la forme de sa

mai« (Tiio mure côté, il était vrai que daos ce mot générique le preroirr conaiil avait entendu compremlrc If^s émigrés, car noiu le verrons bientôt invoquer celle (lUposition |>oitr faire expulser plusieurs d'entre eux du service de Russie.

• Lettre de M. Wirkam , mise A l’ordre du corps du prince de Condé le 10 février I80t.

INTÉRIEUR

nolificatioo peu ménagée. Lorsque des émigrés se rangeât sous les drapeaux d'un gouvernement ennemi de leur pays, l'illusion qui les console d'une si cruelle nécessité est l'espoir d'arriver à des ri’ sullats utiles à leur pays même, contre lequel ils sont armés. En marchant avec les Anglais et les Autrichiens contre la France républicaine, les émigrés français croyaient se dévouer pour la France monarchique, objet de leurs regrets, et c'était â elle qu’ils offraient le sang versé par eux dans les combats. Leur annoncer qu'on voulait les employer à servir une cause purement anglaise, contre un intérêt évident, non de la république française, mais de la France, soit monarchique, soit républicaine, était leur faire cruellement sentir qu'on ne voyait en eux qu’une bande de condottieri, une troupe de soldats mercenaires, dont on attendait une obéissance aveugle en telle contrée et dans tel but qu'il conviendrait aux vues du gouvernement qui faisait les frais de leur solde. Ces procédés de l'Angleterre révoUcrent toutes les âmes. Dans leur indignation, les émigrés renoncèrent à des avantages qu'il fallait acheter à un semblable prix. Un escadron du régiment d’Enghien passa aux avantpostes français, avec armes et bagages. Le régiment noble, les troupes soldées, se dispersèrent. Le mai, l'armée de Condé n'existait plus. De ses débris, l'Angleterre forma un régiment qui fut employé à la défense de Malle.

La puissance qui, dès le commencement delà guerre, avait mis le moins de dissimulation dans sa conduite à l'égard des Bourbons et des émigrés, puissance dont on cite rarement la franchise pour modèle, était l'Autriche. Après la morlde Léopold, prince capable, d'une politique noble et désintéressée, le mobile manifeste et presque avoué de tous les armements du cabinet autrichien , avait été nmins la peur des révolutions et le désir de faire prévaloir telle forme d'ordre social, que la soif d’un agrandissement indéflni, dont les troubles de la France présenlaictil l'occasion et devaient favoriser le succès. Ce cabinet qui, cbangeanl un jour de système, mais toujours dirigé par le même motif, se constituera le champion des intérêts monarchiques cl nobiliaires dans leur plus grande intensité, n’avait point eu, comme la plupart des autres cours, dans la guerre de la révululioii, le tort de tromper les Bourbons et les émigrés par le mensonge d’un zèle qui prétendit ne combattre que pour eux. Il avait bien plutôt poussé sa véracité à cet égard jusqu'à l'oubli des ménagements dus au malheur. Le seul reproche qu’on puisse lui faire,

' The DÎght of Ibât day on wtch the preliminaries were ralîBed ot I.ondon, so spleodidly Ulumiiuited in

et pour la première fois sans doute, est d'avoir, en ce sens, manqué même d'hypocrisie.

Plus d'inconstance avait signale la politique de la cour de Prusse. A Berlin, comme en Russie, on avait tour à tour été extrême dans un esprit contraire. D'abord, la cour de Frédcric-ffuillaume 11 avait été le point de réunion où on s'était livré avec le plus de chaleur a toutes les chimères des restaurations les plus absolues. L'exaltation n'était que celle du prince. I.e cabinet était entraîné sans être convaincu. Dès que le mauvais succès d'une entreprise, présentée comme facile par les émigrés français, eut dissipé les illusions du monarque, la politique du cabinet reprit son ascendant, et, de l'excès d'ardeur dont on avait paru animé, on passa tout à coup à l'excès d'indifférence. Un gouvernement qui avait reconnu la république française, même avec son comité de salut public, ne pouvait pas manquer de bonne volonté pour le premier consul. Aussi, en 1801, quHqucs-uns des émigrés qui , pour se distraire de leurs chagrins , s’amusaient à se créer des c.spérances par la formation de complots plus ou moins bien ourdis, ayant choisi Bareuth pour siège de leur petit comité, leurs papiers furent saisis, par ordre de la cour de Prusse , et remis au premier consul ; mais , il faut l'avouer, de tous les coups qui frappèrent l'émigration française, le plus terrible fut la signature des préliminaires de Londres. Les émigrés eurent la douleur d’entendre le ministre, espoir de leur saiut, leur providence, M. Pilt, déclarer, avec une froideur cruelle, que jamais on n’avait pris d’engagements formels avec eux. I..a nuit où l'Angleterre, dans rivresse de sa joie, célébra le retour de la paix par rilluminalion la plus brillante , cette même nuit, suivant l'expression des Anglais, fut, pour les émigrés, une nuit de ténèbres * et d'horreur. Ah ! sans doute, on est bien à plaindre lorsqu'un événement qui arrête l'effusion du sang humain, qui fait le bonheur du monde, le retour de la paix, est précisément ce qui sanctionne noire défaite et consomme notre ruine!

De tous les sacrifices que la raison d'Élal commande aux rois, l'un des plus sensibles est d'être réduit à abandonner au malheur qui les poursuit, des membres de leur propre famille. Celle douloureuse nécessité avait été imposée de l>onne heure à la branche des Bourbons établie en Espagne. Elle le fut plus tard aux princes de la meme branche régnant à Parme et à Naples. I^s chefs de ces divers États étaient arrivés au point de regarder comme une faveur la bienveillance de l’homme qui habi-

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