‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 73 sur 298 · IMI · texte numérisé non relu

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et de rendre ce pouvoir héréditaire * Il est dans l'ordre naturel que tout homme panenu à la tête d'un Étal cède à la tentation de s'y maintenir et de perpétuer le gnuvcrnemenl dans sa ramillc. Dans les petites üémocralies, les fonctions se transmettent souvent par une sorte d'hérédité que des renouvellements d’élections légalisent. Dans les États puissants, «l'aulres procédés sont nécessaires. Ces personnages même les plus chers à l'humanité n'ont pas été exempts d’une ambition que l’indulgence de rhislnirc a trop longtemps appelée la passion des grandes Ames. En parlant de Gustave Wasa, «ce prince habile , dit l’abbé deVertot, M sous le titre apparent de défenseur de la liberté » publique, s'acbeminail insensiblement à une » autorité absolue. <* Ees Nassau, ces généreux princes qui aiïranchirenl la Hollande de la tyrannie espagnole, aspirèrent tous i fonder leur domination sur la destruction de la liberté batave, et, dans la résistance qui les arrêtait, ils envoyèrent les Rarnevcit à l'échafaud. Â l'égard du général Bonaparte, un seul fait est constant jusqu'à ce jour, c'est sa tendance à fortifîer son pouvoir; mais nul esprit éclairé ne contestera que dans l’état où, au 18 brumaire, il a pris les rênes du gouvernement, il n'ait eu besoin d'une vaste puissance, et d'une grande adresse à user de cette puissance , pour enchaîner, au dedans, les violences de la démagogie, d'autant plus redoutables qu'elles se regardaient comme des vertus républicaines , et les fureurs d'un royalisme qui croyait le crime justitîé parla légitimité du but. Observons, en outre, qu'au dehors il fallait combattre l'Europe conjurée nominalement contre les désordres révolutionnaires, réprimés par le premier consul, et en réalité contre le premier consul lui-même, qui, en calmant l'intérieur de la France, n'en avait paru que plus capable de lui rendre et de lui conserver sa grandeur territoriale, si fortement menacée en 1799. Jamais ni les princes d'Urange ni Gustave Wasa ne furent dans des positions qui exigeassent entre leurs mains une si grande concentration d'autorité. Peut-être n’a-l-on pasasscx remarqué celle dilTércnce.

Abstraction faite des nécessités du temps, cst-il vrai que le general Bonaparte, qui depuis a régné

' Sa Emilie surioiit rt ua parti spécialemcot attaché à ta faroillc, le poussaient & l'adoption prompte d'un système d'hérédité. Uu pamplilel intitulé ParaUèU d» Cétar, CnnHHvU et Bonaparte , avait été publié par le soin de Lucien Donaparle, lorsqu'il était ministre de rintérieur. ProUiblenicnt le premier consul vit dans cet écrit une m.-iDifesiation, au moins prématurée, d'an projet qui n'élaii point arrêté encore. Lucien quitta le niioisière de l'intérieur, pour se rendre comme ambassadeur en Espagne.

en maître sur la France, «ît fait, de l'acquisition du pouvoir Ici qu'il a fini par le posséder, l'objet d'un calcul fixe cl constamment suivi? Quoique adnicllre une pleine afGrmalivc soit donner beaucoup aux hommes cl peu aux événements, nous acceptons celte hypothèse comme vraie; mais fautil en même temps croire, ainsi que l'ont prétendu plusieurs écrivains, que le premier consul n’ait, par exemple, demande l'établissement de tribunaux criminels spéciaux pour réprimer les brigandages qui infestaient rintcricur de la France, qu'avec le froid calcul de les faire servir à la fondation de son despotisme et à l'anéantissement des libertés publiques? L’accusation nous semble injuste sous ce dernier rapport. A peine échappé à deux tcnlalives d'assassinat, informé chaque jour d'une foule de vols, de meurtres, commis par des bandes armées sur tous les points do la république , le premier consul a pu penser que des dangers extraordinaires demandaient d'extraordinaires remèdes. La funeste expérience que, depuis 1813, nous avons faite du péril attache aux lois d’exception, nous inspire de salutaires défiances contre toute loi de celle nature ; mais nous devons considérer cependantque celle de1801 ne fut point une arme mise dans la main de la politique, au détriment de la justice; ce fut une augmentation de force donnée à la justice contre le vol et le meurtre à main armée. Telle était l'cvidcncc de cet esprit de la loi, qu'elle avait pour soutiens les hommes qui devaient avoir le plus en horreur toute mesure cxcepliotincilc , des hommes naguère frappes par un coup d'Élat, et encore tout saignants des blessures du 18 fructidor, les conseillers d'Élat Portalis et Siméon. Sans doute ils obéissaient à une conviction profonde, et remplissaient un honorable devoir ; mais nous ne devons pas moins d'estime et de reconnaissance aux orateurs courageux, Daunou, Chénier, Ginguené , Benjamin Constant cl Cbau-* velin, qui, plus en garde contre les abus du pouvoir, combattirent, avec autant de talent que de sagesse, les propositions du gouvernement. I«a loi ne fut adoptée par le tribunal qu'à une majorité de quaranlc-ncuf voix contre quarante et une.

Pour le premier consul , assuré de la droiture

Selon M. de Rotirriennc, Fouché lui a dit avoir vu, dans les mains de Lucien Bonaparte, le manuscrit de ce pamphlet avec dca corrections du premier consul. On peut douter, malgré ce témoignage, que le premier consul eût été assez maladroit pour faire partir un tel écrit du ministère de l'intérieur.

* La loi adoptée le 7 février autorise 1a formation, en certains départements, de tribunaux qui prononreraieot aaos appel, mais avec recours en cassation.

INTÉRlEin.

de ses intentions , il s'irritait de la résistance que son adoption avait rencontrée. De là, dans une ré> pense au corps législatif, le trait qu'il se permit contre les inquiétudes du Iribunat : u On ne doit » dit-il, attacher aucune importance aux haraii- » gucs inconsidérées de quelques hommes. » C’était assurément très-mal comprendre l'élcnduc d’opposition que comporte le gouvernement représentatif. I.a résistance du tribunat était juste et légitime. Quoique pour le moment rinlcnlion du pouvoir ne fût pas condamnable, les corps gardiens des libertés publiques doivent toujours se montrer difliciles à mettre dans ses mains des armes dont, en d'autres circonstances, il pourrait abuser. Celte fois, du moins, l’application de la lot fut de nature à dissiper promptement toutes tes alarmes. La dictature des tribunaux spéciaux ne s'exerça, conforméinenl à son but déclaré, qu'à purger les communications intérieuresde la France des bandes qui les infestaient. Elle ne blessa que les droits usurpés par des brigands sur la vie cl la fortune des citoyens paisibles , et ne porta d’atteinte à aucune autre liberté qu'à la liberté de l'assassinat. Cependant la seule excuse qui puisse atténuer le tort du premier coasul envers le tribunal est qu'il touchait encore à une époque où, d'abord, c'était par des déclamations de tribune que les hommes investis du pouvoir se décimaient les uns les autres; où ensuite, après un premier pas fait vers une organisation plus stable , des assemblées contraires, par système, à la forme de gouvernement existante, avaient employé la puissance de la parole h entraver ta marche du directoire, ce qui avait cnlralné le gouvernement directorial à des coups <i'É(al en sens divers, et amené sa propre chute. Pour échapper à la démocratie, il n'eût pas fallu se réfugier dans le despotisme; mais, en des circonstances comme celles dont on sortait, la route mitoyenne était-elle bien facile? Depuis dix ans, la plus grande calamité de la France était l'absence d'un pouvoir énergique , sans être sanguinaire comme le comité de salut public, sans être tracassicr, persécuteur comme le directoire. Ce pouvoir désiré, appelé par la France, était celui dont le gouvernement consulaire offrait la réalité. Rien alors n’était plus conforme à l'esprit national que la marche de ce gouvernement. Tous les actes du premier consul avaient l'assenlimcnt public. Tous scs choix semblaient dictés par l’upiniun. Aussi dans les dissidences entre le tribunat et le premier consul, la majorité des Français se prononçait, en faveur du premier consul, contre les argumentations du tribunal. En opposition à ce qui depuis a

‘ Le 15 février.

eu lieu en France, à ce qui a eu lien dans les gouvernements libres, ce n'était point la puissance Iribunitienne , c'était le gouvernement qui avait pour lui l'approhalion populaire. Le principe de la Conduite des tribuns opposants n'en était que plus digne d'éloges. L'emploi utile que le premier consul faisait alors de raulorilé, était une raison de plus pour redouter dans ses mains la facilité de son excessif accroissement.

Si la considération seule de l’état intérieur de la France n'avait pas sufRsammeiil excusé la loi demandée par te premier consul, il resterait à examiner encore quelles pouvaient être, à cet égard, les exigences de la politique extérieure. C'était surtout dans l'iiitérét de sa politique au dehors qu'il importait au gouvernement consulaire d'assurer le calme et l’ordre au dedans.

Quoique les atteintes portées, dans un pays, à la liberté des citoyens, n’autorisent point, pour les autres Étals, l’imilalion d'un pareil exemple, le premier consul cependant aurait pu trouver une sorte de juslifîcation de sa conduite dans celle du gouvernement anglais. Pion -seulement M. Pilt, afln de n'ètre point distrait des soins que réclamait la guerre étrangère , privait , depuis plusieurs années, la nation anglaise de ses droits les plus précieux; maisa peine le nouveau ministère, qui avait pour chef M. Addinglon, était-il arrivé au pouvoir, que les premières mesures proposées au parlement avaient été, pour l'Irlande, renouvellement de U suspension do l'Aaàeoa corpus et continuation de la loi martiale; pour la Grande-Bretagne, pareil renouvellement de la suspension derAoAeaacorptM et maintien de l'acte pour prévenir les rassemblements séditieux. Indépendamment de ces mesures, qui furent adoptées, le ministre Üt passer une loi es poêt fiicto, calculée pour mettre à couvert tes membres du gouvernement où les agents de l'autorité, qui, non contents de l'étendue d’arbitraire fourni par les lois exceptionnelles, en auraient dépassé les limites. C’était un véritable bill d’indemnilc, une large amnistie pour tous les abus de pouvoir dans les années précédenlcs.Lorsque l'existence de quelques sociétés particulières , comme celle des Bretons-Unis à Londres , était , aux yeux d'un gouvernement aussi bien a0ermi que le gouvernement anglais, un motif assex grave pour le décider à prolonger ainsi la violation des droits constitutionnels de la nation, le premier consul ne pouvait-il pas sc croire dans les bornes d'une prudence raisonnable en Invoquant, comme exception muracnlanée, une sorte de justice prévùtale contre des brigands de grand chemin , qui bravaient les formes lentes des tribunaux ordinaires?

Le caractère du général Bonaparte n’était point

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