CHAPITRE XVlll
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trempé des éléments nécessaires pour faire de lui le chefd'un gouvernement constitutionnel, suivant Pinterprétation que nous donnons à ce titre. C’est un fait que nous nous hâtons de reconnaître. Mais fùt-il né sous un tel gouvernement, peut-être eùlii eu beaucoup de peine à s’y soumettre. Comment s’y serait-il soumis, lorsqu’il ne le comprenait pas? Et nous-mêmes, ne jugeons-nous pas aujourd’hui les actions de 1 801 avec les idées de 1 8â9, avec des opinions que nous nous sommes formées par l’essai d’un gouvernement constitutionnel, essai fait en pleine paix , sans contestation de l’Europe , sans guerre civile ni étrangère? Pourquoi exiger que lui, seul entre nous il eût devancé le temps? Lorsqu’au 18 brumaire, Sieyes, dans son projet, d'ailleurs impraticable, de constitution, sous le nom d’un grand électeur qui, sans être le moteur immédiat de chaque branche de gouvernement, devait être le modérateur de tous les autres pouvoirs, introduisait un vrai roi constitutionnel, suivant l’acception anglaise de nos jours, le général Bonaparte rejeta loin de lui un rôle qui, peu d'accord avec son propre génie, convenait peu, il faut le dire, à l'époque et aux circonstances. Supposer qu’alors une organisation constitutionnelle, quelle que fut la perfection de son jeu pour des temps ordinaires, pût, dans l’intérieur, dominer les royalistes, les chouans et les jacobins, élouiïcr la discorde et la guerre civile ; au dehors, enflammer les armées , compter les combats par les victoires , et consolider, par la politique , les succès des batailles, serait une de ces chimères dont peuvent se bercer des esprits familiarisés peut-être avec d’ingénieuses théories, mais qui n’ont ni l’habitude des affaires ni la connaissance des faits positifs dont SC compose la science pratique du gouvernement. Dans les États-Unis d’Amérique eux-mèmes, dans ce pays dessiné parla nature pour le gouvernement républicain , appelé à ce mode de gouvernement par sa position géographique, par la jeunesse de sa population et par un mode d’existence exempt de la plupart des vices de nos vieilles sociétés, l’action du pouvoir supérieur a eu une étendue à peu près arbitraire, jusqu’au moment où la reconnaissance de cette république par scs anciens maîtres lui permit l'application complète des principes de liberté, pour lesquels elle avait si glorieusement combattu. Quels étaient les titres ou du moins les prétentions des Anglais à l’égard des États-Unis? ce qu’étaient
* Sans doute il existait nlurs en France un certain nombre d'esprits éclairés, très-capables de comprendre le gouvernement représentatif; mais ce n’était qu'une minorité imperceptible. Par la difficulté avec laquelle s’est foitc notre éducation constitutionnelle depuis 1815 ,
les titres ou les prétentions des Bourbons envers la France. Le jour où l’Angleterre abdique la souveraineté, tout est fini pour les Américains. Tant que les Bourbons n’auront pas abdiqué de même leurs droits héréditaires, ou que le temps n’aura pas rendu leurs prétentions illusoires, la lutte pour le nouveau chef du gouvernement français sera plus ou moins périlleuse, mais ce sera un combat de chaque jour, qui exigera souvent des mesures difficiles à concilier avec la pleine observation des règles constitutionnelles.
Les obstacles que rencontre en Europe la fondation d’un gouvernement nouveau sur les ruines d’une ancienne monarchie, sont donc d’une tout autre nature que ceux dont les États-Unis de l’Amérique du Nord ont eu à triompher. La population américaine n’était point partagée en deux classes, l’une d’oppresseurs, l’autre d’opprimés, comme l’étaient les populations européennes; partage tel que, dans le jour de leur rupture, la classe des oppresseurs français a trouvé de naturelles et redoutables alliances dans tous les cabinets de l’ancien monde.
C’est un trait particulier de la destinée du général Bonaparte d’avoir ses ennemis les plus violents dans les partis les plus opposes. Tandis que les amis de la liberté , ne lui tenant compte ni des circonstances ni des difficultés de sa situation, lui reprochent comme un crime une extension d’autorité qui n’était pas moins indispensable à la défense du pays qu’à la consolidation de son gouvernement , les défenseurs des anciens régimes dans tous les pays voient en lui l’apôtre et le propagateur des principes révolutionnaires. Ce n’est pas seulement comme rivaux de puissance, que les rois jaloux combattent le premier consul ou l’empereur, c’est comme instruments des oligarchies européennes, que, dans le premier consul et l’empereur, ils poursuivent le système d’égalité , dont le résultat était de placer, à côté des vieilles illustrations de l’Europe, des illustrations nouvelles, véritables autocraties de patriotisme, de talent et de gloire. Ce qu’elles réprouvent, c’est l’union du pouvoir avec un système d’égalité dont l’alliance, suivant elles, flétrit toute autorité, fût -elle môme absolue. Le système d'égalité d’un pays qui n’a plus de noblesse, qui, lorsqu’il en reprendra une, la voudra tous les jours accessible à tous les citoyens, ce système maintenu en France dans le droit de tous à
on peut juger si clic eût été facile après le 18 brumaire, et surtout si la conspiration permanente de l’Europe contre la puissance française nous eût laissé des loisirs pour cc paisible apprentissage.
INTÉRIEUR
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tuulcs les distinctions, à tous les emplois, voilô ce que ne peuvent souffrir ni l’aristocratie autrichienne , ni les autres aristocraties immobiles et stationnaires du reste de l’Europe. Les gouvernements signenten vain la paix. L’aristocratie ne désarme pas. Le premier cotisul pourrait-il l’ignorer? Pour résister au choc que scs ennemis lui préparent, il aura besoin de moyens immenses : il garde, et il n’est que sur la défensive en gardant toutes les positions dont il est maître. Quand il n’aurait pas, comme il l’a incontestablement, l’amourd’un grand pouvoir, il devrait s’assurer ce pouvoir par la nécessité de sa position , par la nécessité de veiller à la conservation de l’État, dont la destinée est dans scs mains. Le genre de qualités que cette tâche exige est celui dont la nature l’a le plus richement doté.
Si je présentais un portrait du premier consul tel qu’en ont tracé, en 1801 et 1802, des écrivains anglais et allemands, on m’accuserait d’adulation et de bassesse. Il n’est aucun de scs plus violents adversaires qui, laissant même de côté le génie du grand homme de guerre, ne reconnaisse en lui des qualités rarement réunies dans le même homme : organisation forte d’esprit et de tête pour le commandement', conception vaste, sagacité profonde, audace dans l’exécution comme dans les calculs, ménagements pour l’opinion publique joints au dédain d’une fausse popularité , connaissance des hommes, promptitude de jugement sur les choses,
■ Sixie-Ooinl dÎMit de la reine EÜMbeih que o’élait un gmn rrrrello fit prinrtpetta.
puissance d'abstraction qui sépare les idées pour n'en suivre qu’une seule à la fois, cl qui concentre ainsi isolément sur chaque objet toute la force de son intelligence; habileté à tirer parti de ce qu’il sait, à deviner ce qu’il ne sait pas, et, dans l’application de scs moyens naturels, ardeur et patience infatigables pour le travail. Consul républicain , il dicte, il écrit d’avance avec une brièveté impériale. Il dicte cent lettres chaque jour, et souvent ses ordres ne sont qu’un recueil d’idées mères, dont il laisse le développement à scs ministres. Telle lettre de dix lignes en nécessite cent autres de la part de scs coopératcurs, et met en mouvement tous les ressorts des administrations les plus étendues. Pour une monarchie constitutionnelle, comme en France depuis 181Î5, où l’existence du gouvernement n'est point contestée par les puissances étrangères, la dixième partie de l’activité du premier consul serait peut-être plus dangereuse qu’utile; mais, pour lui, elle n'était qu’au niveau des difficultés de sa position et de celle de la France. Écartons donc des accusations prématurées. Ne troublons pas le bonheur présent par une injuste anticipation sur l’avenir. Chaque saison amène scs fruits. Celles où nous aurons à cueillir des fruits amers et sanglants viendront toujours trop tôt. N’en devançons pas l'instant. Après dix années de guerres civiles et étrangères, continentales et maritimes, l’humanité doit aujourd’hui des bénédictions à l’homme qui seul a pu , tout chargé des palmes de la gloire militaire, faire refleurir l’olivier de la paix générale.
1 Bir.vox.
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