‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 77 sur 298 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

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sent la dUHcuUé de se mettre d’accord. Sur plusieurs des questions omises, il avait été ouvert des débats qui n'ctaicnl pas sans importance ; et si les points controversés avaient été passés sous silence ' dans le traité, ce silence était incoiiteslableinent une approbation tacite de l'ordre de choses qui en avait été l'objet, quoiqu'on s'abstint d'y donner une sanction roriDclie. Trop d'avenir se trouve lié à quelques-unes de ces questions débattues et non terminées à Amiens, pour ne pas présenter ici une indication préalable de la manière dont elles furent envisagées par les dcui parties. Par exemple, Ja France demande la reconnaissance du roi d’È- Iruric, de la république italienne et de la république de Gènes. Cuminctil procède l'Angleterre?

A l'égard du roi d'Étrurie , lord Cornwallis déclare par écrit ' ■ que S. M. britannique ne sau- M rail le rcconnallre, à moins que le district d'Ü- » livenxa ne soit rendu par l'Espagne au Portugal, n OU que les Pretidi 3 ne soient rendus au roi de » Naples, ou cnüii que le roi de Sardaigne ne soit » rétabli dans le Piémont. * Cette réponse du négociateur anglais est remarquable. I>a reconnaissance du roi d'Étrurie n'est pas refusée; seulement ou la met au prix de l'une des trois conditions dont on laisse le choix à la France. Mais n’esl-ce pas proclamer une grande indilTèrcnce pour le rétablissement du roi de Sardaigne en Piémont que de le mettre sur une même ligne avec la restitution des PresiJi au roi de Naples, ou d'Olivenxa au Portugal, que de le mettre en balance enfin avec rinsignifianlu reconnaissance du roi d'Étrurie?

Rclalivcmenl à la république italienne et à la république de Gènes, le plénipotentiaire anglais se borne à des déclarations verbales sur la répugnance de S. M. britannique à reconnaître ces puissances. Au fond, la reconnaissance de ces Etals par l'Angleterre est pour 1a France d'un assez médiocre inlérct. Cependant le plénipotentiaire de la république ne laisse pas la question sans examen. Il fait sentir au gouvernement anglais les conséquences que peuvent faire naître ses refus. Les observations qu'il présente à ccl egard sont empreintes d'une franchise et d'une sorte de couleur prophétique qui ùtenl d'avance à rAiiglcterrc lu prétexte de plaintes dont on l’a vainement pressée de prévenir l’accasion. » Le système politique de " rKiiropc dit ce plénipotentiaire, est fondé » sur roxislcncc et la reconnaissance de toutes les

• Proiocole du 18 février.

* Oti sait que le« Prendi, partie méridionale de l’État de SicDuc, comprconenl le* pbee* d*Oi*biteno, Taloinuncy Purtn-Ercole, Parto-Sao-Stephano, avec leurs petits territoires, et k mont ArgenUro.

<• puissances qui |>arlagent son vaste et beau terrin toirc. Si S. M. britannique refuse de reconnaître » trois puissances qui licnnenl une place aussi dis- » tinguce, elle renonce donc i prendre aucun in- » térét aux |>euplesqui composent ces (rois États, a Cependant comment admettre l'hypolhcse que a le commerce anglais soit indiOérent au coma merce de Gènes , de Livourne , des bouclies du a Fô, de la république italienne?.... et si ces trois » puissances, frappées de voir qu'elles ne sont pas I» reconnues par les grandes puissances, fimi det H changemeniâ dan» leur organi»alioH et cherchent n MH refuge dan» leur incarparation à nne grande a puiesance continentale, S. M. britannique se a refuse donc aussi le droit de s'en plaiiidre;et » cependant elle ne le verrait pas avccinditTérence. » Un se plaint quckfuefois de rcxlension conlioena taie de la république française, et commant ne » t'augmêHlerait-elie pae niee»»airement, lorsque a les grandes puissances uietteul les petites puis- I» sauces italiennes dans la nécessité de chercher » refuge et protection dans la France seule 7 » U est dilTiciie d'user de moins de dissimulation que le fait la France, en s'expliquant ainsi sur les destinées possibles des Etals que refuse de reconnaître S. M. britannique. Jamais guc/vcrncrocnt fut-il plus clairement averti des suites que son refus peut entraîner? Aura-t-ii droit un jour d'accuser la France de mauvaise foi? Far la précision, par la nelleté de ces déclarations de la France, n'est-il pas manifeste que le premier consul, au lieu de laisser de graves questions indécises, aurait voulu arriver, sur toutes, aux solutions les plus péremptoires? Ce n'était point une inquiétude vague qui motivait les instances du plénipoleoliaire français, c'était l'exemple de la conduite du cabinet autrichien. Ce plénipotentiaire faisait observer k que M la république cisalpine, précédemment reconnue » à Campo-Formio, n'avait jamais pu obtenir que I» son ministre fut reçu à Vienne, et avait coolinuê M à être traitée par l'empereur, comme si le traité N de Campo-Furmio n’cùl jamais existé... Fau- » drail-il donc, ajoutait -il, ne considérer la paix H que comme une trêve? » 11 était trop vrai; la paix n'élait, je dirai plus, ne pouvait guère être qu'une trêve pour l'Angleterre. Il n'y avait pas peut-être perlidic dans l'intention. Il y avait nécessité d'un repos, au moins temporaire, nécessité d'une grande épreuve *.11 s'agissait déjuger, par une expérience

• Proloctdc du 21 Kvricr.

* ■ Le Mbiort de lx>ndre* , dit le prisonnier de Sainle- • Uélênc, m’offrii d’élrc roi, lor» du traîié d'Amiens. « Une telle offre, utns doute, ne poHvatt pas être gratuite; mai» c»(-cc uae ambition vulgaire , que celle qui râataie

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POLITIQUE EXTERIEUIŒ.

comparative, lequel de l'état de guerre ou de l'ctat de paix serait le plus favorable au commerce britaunique. Du résultat de cette expérience dépendra le maintien ou la cessation de la paix. L’aveu de ce motif était impossible à faire dans le parlement. Aussi l’opposition cut-clle beaucoup d’avantage sur lo ministère dans les débats qui suivirent la communication du traité déCnitif.

Sur le traité définitif, comme sur les préliminaires, les censeurs les plus bruyants furent, M. Pitt seul excepté, les membres mêmes de l’administration précédente, dont les fautes avaient conduit l’Angleterre à de si rigoureuses conditions. Dans toute négociation, disait lord Grenville, on prend pour base commune aux deux parties, soit Véîat exîMtant avant la guerre, soit l’état après la guerre. Au lieu de choisir l'une de ces deux bases, le ministère, par une maladresse fatale à notre pays, les a employées toutes deux ensemble, admettant l’état avant la guerre pour l’Angleterre, qui a rendu toutes ses conquêtes, l’état après la guerre pour la France, qui a gardé toutes les siennes. Nous avons, continuait-il, confirmé à la France la possession de l’ Italie, la domination du continent; nous lui avons rendu dans l’Inde des établissements qui peuvent devenir importants, dès qu'il n'a pas été convenu qu’on ne pourrait pas les fortifier. Nous avons rendu le (3ap à la Ilollandc, c’est-à-dire à la France. En Amérique nous avons restitué au gouvernement français Tabago et la Martinique; nous lui avons facilité le recouvrement de Saint- Domingue. Dans la Méditerranée nous nous dessaisissons de Malte, de Minorque, de l'tle d’Elbe, et nous donnons celle dcrnièrclleà laFrancc, comme pour nous faire exclure de Livourne. Nous sommes chassés de tous les ports de l'Italie. En échange de tant de concessions, quels puissants motifs ont décidé la signature de la paix ? u l’avantage de notre commerce? » et il s’attachait à démontrer que cet espoir serait trompé, que le seul but auquel on avait fait tant de sacrifices ne serait pas atteint. Lord Grenville finissait par proposer une adresse dans laquelle, tout en reconnaissant que la foi nationale était engagée à l’observation du traité conclu, on représenterait humblement le danger grave auquel le pays était exposé, en conséquence dos sacrifices dont il avait payé la conclusion de la paix.

à line piireillc scdiiciiün? Si le premier codmiI eût été capable de préférer ses intérêts personnels à ceux de la France, il eût pu conclure un traité qui eût contenté l’Angleterre, et l’Angleterre aurait tout foil pour lui; mais, dans ce cas, la Franrc aurait payé le nouveau titre de l'houinie qui la gouvernait. Le premier consul

Les articles ou les omissions du traité, qui furent généralement relevés avec le blâme le plus sévère, étaient, outre l'abandon fait à la France de la possession de l’Italie, l’itisuffisance de protection accordée au Portugal, l’oubli des intérêts du prince d’Orange, le silence incroyable du traité sur le commerce, sur les acquisitions récentes faites par le gouvernement français, notamment celle de la Louisiane, qui venait de lui être rétrocédée par la cour de Madrid. La réponse à ces critiques était assez difficile : sous quelques rapports elle ne manqua pas de franchise. « Si l’on n’a pas jugé, répli- » quait lord Hawkesbury, que nous dussions con- » linuer la guerre pour la Hollande et pour les » Pays-Bas, fallait-il la continuer pour l'Italie? » Nouvel aveu que le sort de l’Italie était volontairement laissé à la disposition du gouvernement français; nouveau démenti donné d'avance aux objections relatives à l’Italie, dont on fera un jour des prétextes de rupture. La justification concernant la Louisiane n’était pas moins étrange : non-seulement le ministère anglais ne voyait aucun danger dans la possession de cette colonie par la France, attendu qu’aulrefois, lorsqu’elle en était maîtresse, elle n’en avait presque tiré aucun avantage ; mais il était presque tenté de s'en réjouir, cet établissement devant être un moyen d'éveiller contre la France la jalousie des Américains, et de les attacber à l’Angleterre. Ce langage du ministère britannique ne sera peut-être pas sans influence sur l'arrangement qui bientût fera passer la L'ouisianu des mains de la France dans celles des États-Unis.

Dans la chambre des communes, l'attaque contre le ministère ne fut pas moins vive. L’un des membresdcla précédenleadministration, M. Windbam,y reproduisit, sous des formes plus virulentes encore, la proposition d’adresse faite par lord Greuville à la chambre des pairs. Dans scs plaintes sur l’abandon du vrai but et des vrais principes de la guerre, il prit plaisir à rappeler les expéditions de Toulon et de Quiberon, qu’il se vantail d'avoir approuvées, et à l'égard desquelles, ajoutait-il, un de ses honorables amis (M. Pitt) ne refuserait pas sa part de responsabilité. M. Pitt apparemment commençait à être moins fier de ces expéditions, car il rappela l'orateur à l'ordre, comme manquant a la discrétion que doivent réciproquement observer les serviteurs de la couronne sur les opinions qu’ils

ne veut rien aux dépens de la France; il ne veut rien tenir que d'elle. Si son jugement ou sa vanité le porte k vouloir des titres élevés , de pompeuses qualifications, c’est & la France qu’il se réserve de les demander, et l’Europe n'interviendra que pour applaudir i l’ouvrage du peuple français.

CHAPITRK XIX.

ont émises dans leurs communications officielles. Un improbaleur non moins fougueux que M. Windham, lord Folkstone, regardait le traité d'Amiens comme un acte fondé sur des principes jacobiniques, ayant pour objet d'affermir une jacobinique puissance, üe tous les reproches qu’on pouvait faire au premier consul, celui-là, sans contredit, n'était pas le moins absurde. A peine le earactère sombre et emporté des débats put-il être adouci par la piquante ironie de M. Shéridan. On nous avait promis, dit l'ingénieux orateur, $écurité et indemnité pour résultat certain de la guerre. Nous voilà propriétaires des Iles de la Trinité et de Ccylan ; que l’on nomme l'une l’tle de la Sécurité, l'autre Plie de l’Indemnité, et la promesse des ministres, comme l'objet de la guerre, sera remplie.

Quoiqu’en Angleterre on soit accoutumé à d'énergiques débats sur les transactions diplomatiques du gouvernement, jamais peut-être aucune discussion n'avait offert autant de violence et d'amertume. Le tableau rapide devait en trouver place | ici ; l’observation alors n'en fut pas perdue pour ; l'Europe. Aux yeux du peuple anglais, toutes les ! omissions du traité n’étaient pas, comme aux yeux du parlement, malheureuses et défavorables. Le | commerce se réjouissait surtout de l'absence de toute stipulation sur la neutralité maritime, ce qui semblait consacrer le triomphe des prétentions britanniques, que, d'un autre côté, venaient réeem- |

ment d'admettre le Danemark et la Suède, en accédant au traité de Pétersbourg de 1801.

Le premier résultat de la paix, celui qui surtout en fit vivement sentir le bienfait à la nation anglaise, fut la suppression de l’income-tax, de cet impôt si odieux enfanté par la guerre, et qu’il tardait de voir disparaître avec elle. Alors commença cette nombreuse irruption des Anglais qui, impatients de revoir la France, espéraient trouver, dans son appauvrissement et sa ruine, un immense débouché pour leurs produits, illusion vaine que suivit un prompt désenchantement. Dix années de séparation complète les avaient induits dans les plus incroyables méprises sur l'état intérieur de la république. Trompés par les exagérations du langage ministériel , ils s’attendaient à trouver la France sans industrie, et presque sans culture, tandis que partout les progrès visibles d'une culture et d'une industrie singulièrement améliorées depuis la révolution, allumant dans leur âme moins d’admiration que de jalousie, leur firent pressentir que cette nation, dont ils s'étaient flattés de fournir les approvisionnements en tout genre, était parvenue au point de se suffire à elle-même sous beaucoup de rapports; et que si elle avait encore des demandes à leur faire, elle n’entendrait plus traiter avec eux que sur le pied d'une entière égalité d'avantages et sur le principe d’une parfaite réciprocité.

INTÉRIECR.

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