CHAPITRE XX
INTÉRIEUR
Motifs d« U conclusion du concordat. — ObacrratioDs sur le concordat. •*- Effets utiles du concordat. — Omiasioa fâcheuse du concordat. — Hënageroents pour préparer la publication du concordat. — Improbation du concordat, surtout dans Tarmée. — Mot du général Delmas. — Surrcillance dea affaires ecclésiastiques confiée k M. Portalis. — Approbation donnée par les pays étrangers au rétablissement des cultes en France. — Amnistie en Faveur des émigrés. — Motifs de l’acie d*amnisiic. — Projet d'un syndicat pour les biens d'émigrés. — Utilité et danger du système des sénalus-consultes. — Établissement de U Légion d'honneur. — Loi sur l’inatructioD publique. — Suppression du ministère de la police. — Encouragcmcnis aux lettres, aux sciences et aux arts. — Ouvrage sur l'expcdiiion d'Égypte. — Rétablissement des Soeurs de charité. — RélabliMcment de la Société maternelle. — Travaux législatifs. — Situation matérielle et morale de la société. — Budget de 180S. — Création d'un ministère du trésor. — Revenus et emprunts de TAnglelerre.
Quoique le premier consul soit encore loin de rinimensité de paissance matérielle qu'il obtiendra un jour, il s'esl élevé, par la paix d'Amiens, à une hauteur que nul autre n'avait atteinte avant lui. Par ce traité, qui a désarmé le seul gouvernement jusqu'alors invaincu, ic premier consul semble avoir pris possession du continent. Placé au premier plan du théâtre politique de l’Europe, il en occupe seul presque tout l'espace; seul il remplit la scène, frappant sans cesse les regards, les imaginations, par des actes extraordinaires, des créations nouvelles, des entreprises inattendues, et par le succès de ses entreprises. Les évènements les plus disparates sc prêtent un appui mutuel pour répondre h ses vues. Tour à tour le dehors le sert contre rinléricur, et l'intérieur contre le dehors. Certaines mesures sont combinées de manière à le servir tout à la fois et envers la nation cl envers les gouvernements étrangers. Tel est, par exemple, le concordat, signé avec le saint-siege le 1$ juillet 1801, et devenu loi de l’État le 8 avril
• Le premier conaul, occupé un jour de la question du concordat, dans les jardins de la NalmaUoo, disait i son interlocuteur : • Teoex, dimaoebe j'étais seul dans » cette solitude, le son de la cloche de Ruel vint frap-
• per mon oreille, je fus ému, tant est forte la puissance
• des premières habitudes. Quelle impression cela ne
• doit-il pas ^ire sur des hommes simples et crédu-
• les! En Égypte, j'étais mabomélan; je dois être
1802. Ce pacte avec l'Église ne fut-il qu'un calcul d'ambition? Le premier consul ne relèvc-t-ü les autels que pour relever le trône, et s'y asseoir sous leur protection? Il nous semble que si, dans celle grande détermination de sa part, il faut voir une œuvre de politique individuelle, la justice ordonne également d'y reconnaître une œuvre de politique générale.
Le premier consul croyait à l'cxislcnce d'un sentiment religieux commun à tous les hommes * ; et, la grande majorité des Français appartenant à la religion catholique romaine, U regardait comme un devoir pour le gouvernement de répondre A ce besoin intellectuel , selon le mode exige par cette religion. Une telle disposition d'esprit n'élait point en lui une inspiration nouvelle, née de la nouveauté de sa situation présente ; elle s'était déjà manifestée dans sa conduite antérieure. Le saint-père n'avait point eu besoin de lui dire : « Sicambre, in- II ctinc-toi. n Le lier Sicansbre, lorsqu'il n'etait que généra] d'armée, doué de trop de pénétration pour
• eaiboUque en France. Je ne crois pat aux religiooa, » mais ridée d'un Dieu!!! • El montrant le ciel : « Qui
• est-ce qui a fait tout cela? • Ces sentimenu sont vrais, naturels. H. de Bourrienne confirnie aussi en plosieura circonstances cette disposition d'esprit du premier consul : oo conçoit qu'elle ait pu contribuer à la condosion du concordat.