‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 79 sur 298 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

regarder coiuinc durables les folies irréligieuses du temps, attentif partout à faire respecter les autels, à procurer aux prêtres français dans l’exil des consolations et des secours, avait, de lui-méme, courbé un front soumis devant Pic VI vaincu par ses armes. Supposerait-on que Bonaparte de 1700 préparait ic couronnement de Napoléon en 1804? On pourrait admettre tout au plus que, nourrissant déjà l'espoir de prendre part un jour au gouvernement de la France, il méditait, pour cette hypothèse, de donner au gouvcrtiemcnl l’appui de la religion et de ses ministres. La pensée, en ce cas, eût toujours été raisonnable et juste. Parvenu à la première magistrature de la république française, il ne fit que persévérer dans les mêmes sentiments, üevait-il en adopter d’autres? Est-il vrai que l’opinion fût mitre pour une grande révolution religieuse ; que le papisme fût ruiné , que la France , si le premier consul l’eût voulu , eût pu le lendemain SC réveiller protcslanlc? Beaucoup de personnes l'assurent : pour moi je ne le crois pas. Ce sont deux opinions qui ne sont, ni l’une ni l’autre, susceptibles de preuve.

On a posé une autre question : on a demandé pourquoi le premier consul ne s’est pas contente d'accorder au culte catholique , comme à tous les autres, la liberté la plus illimiicc. On a dit que cette liberté seule eût paru alors un immense bienfait; qu'on eût été satisfait de la voir établie en France sur les mêmes principes que dans les États- Unis d’Amérique; que c'était une magnifique occasion de tracer une démarcation irrévocable entre le temporel et le spirituel, par conséquent, une faute grave d’avoir manqué une telle occasion , en se laissant entraîner par la routine des anciens gouvernements. Sans contredit, tous mes veeux seraient pour l’ordre de choses dont on regrette que le premier consul n'ait pas été le fondateur : mais la possibilité en existait-elle? Rien de moins difficile que de proposer et de faire adopter une législation conçue, si l’on veut, dans le même sens que celle qui est en vigueur aux États-Unis. Le point délicat est de savoir si une loi, bonne dans des gouvernements où il y a une grande diversité de sec-

‘ M. de Bourriunne rapporte, tome V, p. 02, quelques mots d'un entretien du général la Fayette avec le premier consul , sur le concordat, mais il en a dénaturé le sens, probablement parce que le premier consul luiméme le lui aura rendu d'une manière iuexnrte. En voici le sens véritable : a Avouez , disait le général la » Fayette au premier consul , que cela n’a pas d'autre • objet que de casser la petite fiole? » (C’est-à-dire d'élever une barrière entre les Bourbons et le clergé français.) — O Vous vous moquez de la petite fiole, et moi » aussi, reprit le premier consul; tuais croyez qu’il

tes, eût été d'une application aussi heureuse dans un pays où les vingt-neuf trentièmes de la population ;

professent le même culte, la religion catholique romaine ; si , après tous les antécédents de notre |

histoire religieuse sous la monarchie, après les dissidences des prêtres constitutionnels et des prêtres réfractaires depuis la révolution , le même mode ,

de liberté, salutaire dans les États-Unis, n’eût pas, |

en France, ouvert la voie à des troubles nouveaux, amené de nouvelles guerres civiles ; si le catholi- |

cisme romain, rendu à la liberté après dix années I

de souffrances, n’eût pas été, par une force de réaction inévitable , dangereux pour le gouvernement et pour les citoyens; si, en se décidant à le laisser reparaître avec toutes ses anciennes formes, il ne valait pas mieux recevoir ses nombreux ministres , enrégimentés > en bataillons et soumis à des règles concertées avec un chef dont ils respectent les lois, que de leur accorder utie latitude d'indépendance dont ils n’abusent pas là où les divers cultes se balancent entre eux, mais dont ils eussent pu abuser parmi nous, où un semblable contre-poids n’existe pas. Cette question, que tant d'écrivains ont tranchée sans l’approfondir, n’est |)oint encore parfaitement résolue à mes yeux, ou plulût elle me parait avoir été décidée par les faits, dans un sens contraire à leur opinion. Si Rome amie a pu faire tant de mai à la France, ramenée vers elle par la volonté même de son gouvernement , que de calamités n’eùt-elle pas pu verser sur un pays tel que le nôtre', si le gouvernement ,

SC contentant d’assimiler le catholicisme aux autres cultes, n’avait pas eu la garantie de Rome clloméme contre les combats dos prêtres assermentés et des prêtres insermentés, des anciens et des nouveaux évêques, de la grande cl de la petite Église?

Vainement on dirait que c’est le concordat qui a de nouveau introduit Rome en France ; sans le concordat, par la liberté seule rendue au culte catholique, Rome eût pénétré dans nos villes, dans nos campagnes, par mille portes à la fois; elle y eût divisé les familles; excommunié, damné les acquéreurs de biens ecclésiastiques; envahi, faute de dotation faite par l’Étal, les fortunes parliculiè-

0 m’importe beaucoup, au dedans cl au dehors, de faire i

» déclarer le pape et tous ces gcns-là contre la légitimité • des Bourbons. Je retrouve tous les jours cette sottise « dans les négociations. Les diocèses de France sont » encore régis par des évêques à la solde des oHnenii»;

» d'ailleurs ne venez-vous pas de me reprocher un acte ■

» de tyrannie contre un prêtre? » (On avait fait enfermer ce prêtre, comme fou, à cause d’im sermon séditieux.) • J’en conviens, c’est un acte de tyrannie; mais > quel autre moyen de les contenir, tant qu'ils ne seront n pas soumis à une discipline? »

INTÉIURLR.

res; contrarié cl bravé le goavcrneincnt, qu’elle ' eût forcé à des actes de répression violents et arbitraires. Malgré le concordat, le gouvernement n’é- | chappera pas au reproche de persécution; mais, s'il a fini par être, en effet, persécuteur dans le ! système qui a été suivi, il eût été obligé de l'étre plus tél cl plus tyranniquement dans le système contraire.

Soit que l'on admette ou que l'on nie la nécessité d'un concordat, on objecte que, du moins, ' celte transaction eût dû être rédigée de manière à j garantir tous les intérêts, et à rendre toute con- ' tcstalion entre l’autorité spirituelle et l’autorité temporelle a jamais impossible. Une funeste expérience a prouvé que ce but n’avait pas été complètement atteint. Toutefois, bien qu’une certaine la- ; titude d’action, mal h propos laissée au saint-siége . sur un des points convenus avec lui , soit devenue ' plus tard une source d’embarras pour le gouvernement, il ne faut pas fermer les yeux sur les avantages essentiels attachés au concordai, et dont la France a joui presque sans les apprécier. N’oublions pas que , par l'article 3, le pape s’engageait à procurer la renonciation des évêques émigrés, dont les mandements et les lettres pastorales continuaient à semer le trouble dans leurs anciens diocèses. N’oublions pas surtout cet article 13, qui sanctionnait l’aliénation des biens ecclésiastiques, et en déclarait la possession incommutable dans la main des acquéreurs ou de leurs ayants cause. Sans cette sécurité donnée par le saint-siége, et que lui seul pouvait donner, qui oserait répondre que le clergé n’eùt, é la faveur de la puissance du confessionnal et des autres moyens dont il dispose, ébranlé les droits de la propriété , et peut-être armé des mains fanatiques contre les détenteurs de ces biens? Qui ne frémirait pas à l'idée de tout ce qu’il aurait ; pu entreprendre , à présent que des circonstances ^ nouvelles ont remis sous nos yeux ce que peuvent ; oser des jésuites et des missionnaires, en un mot,

U ce que c’est qu’un prêtre *. » \

Plusieurs autres articles du concordat, celui qui ; établit une nouvelle circonscription des diocèses ; j celui qui, par un serment solennel , fait du clergé j une sorte de gendarmerie sacrée; liée à l’existence | du nouveau gouverncment;celuiqui reconnaît dans i le nouveau chef de l’État toutes les prérogatives des anciens monarques; ces stipulations et d’autres encore étaient des gages sur lesquels il était permis de compter avec quelque confiance. Au milieu de toutes ces dispositions utiles, il existait la possibi- ; litéd’un subterfuge pour la mauvaise foi. Le germe . du danger était dans les articles 4 et 5, concernant

' Mol fameux de M. l'abbé de la Mennait. I

la nomination aux archevêchés et évêchés de la nouvelle circonscription. « Le premier consul, di- » sait l’article 4, nommera dans les trois mois qui » suivront la publication de la bulle. Sa Sainteté i> conférera l’institution canonique suivant les for- » mes établies , par rapport à la France , avant le Il changement du gouvernement. » D’après l’article 3, les mêmes règles devaient s’appliquer aux vacances de chaque siège archiépiscopal ou épiscopal, qui auraient lieu par la suite. Il semble que tout soit bien expliqué, bien entendu. Le premier consul fait la nomination, le pape donne l’institution canonique. Nulle difficulté ne semble possible. De là, cependant, il en naîtra une très-grande. Le délai dans lequel le premier consul nomme est fixé; c’est un préservatif pour la religion contre les lenteurs du pouvoir séculier : on n’a pas fixé le délai dans lequel le pape doit donner l’institution. Contre le chef de l’Eglise, une telle précaution paraîtrait une injure. Eh bien ! c’est cette omission seule qui va détruire en grande partie le bien produit par toutes les autres dispositions; c’est cette omission qui fournira au saint-siége la faculté malheureuse de laisser l’Église française en souffrance par l’interruption de l’épiscopal.

Le gouvernement est-il bien coupable de n’avoir pas pensé à se forger des armes contre un semblable péril? faut-il, comme on l’a fait, le taxer, à cette occasion, demalhabiictéet d’ignorance? Probablement le premier consul et moins encore son ministre des affaires étrangères n’ignoraient pas les débats de Louis XIV avec la cour de Rome pour des objets de cette nature; mais en 1801, lorsqu’après une séparation de dix années le gouvernement français rendait au saint-siége l’immense service de lui rallier une population qui se trouvait alors de près de quarante millions de chrétiens, le magistrat supérieur auquel la cour de Rome devait un si grand bienfait, pouvait-il concevoir que bicntél ce serait cette cour qui refuserait des évêques aux évêchés dont les sièges viendraient à vaquer sur le territoire français? Pouvait-il supposer que, dans le cas où, cédant à des instances réitérées, le pape paraîtrait consentir à donner des bulles d’institution aux évêques nommés, on le verrait, par un raffinement odieux et lâche, rédiger ses bulles dans une forme nouvelle , injurieuse , hostile, inadmissible, ce qui aurait le même effet que le refus? Cette chance, dit-on aujourd'hui, avait dù être calculée. Ce raisonnement a pour lui l’autorité des faits : mais, en vérité. Napoléon empereur, suppliant le pape de donner des évêques aux évêchés vacants, et Pic VII, le vertueux Pic VII, pour des contestations de territoire ou de commerce, inquiétant les consciences, condamnant les églises à

CÎIAIMTRE XX.

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la TÎdnitc, sont un spectacle tellement inattendu , on pourrait dire tellement monstrueux, que beaucoup d'esprits seront tentes de pardonner au premier consul un tel genre d'imprévoyance. Malgré cette imperfection , le concordat de 1801 , arec la publication simultanée des articles organiques, qui assuraient le maintien des libertés de l'Église gallicane, restreignaient l'action de rautoritc ecclésiastique, et la subordonnaient aux lois de l'État; cette transaction , qui faisait disparattre les nombreux inconvénients du concordat de François I<", était incontestablement l'ouvrage d'une politique saine et d'un intérêt général.

Mais à ces considérations d'intérêt général, se mêlait, de la part du premier consul, un calcul de politique privée. Dans la réconciliation de l'Église française avec la cour de Rome , dans sa liaison particulière avec le souverain pontife, il voyait un appui pour s'élever plus haut, au moment où les circonstances lui permettraient, soit de rendre héréditaire la magistrature dont il était revêtu , soit de fonder l’hérédité sous un autre titre. Cette supposition n'est pas assurément invraisemblable; mais, pour n'avoir pas l'honneur d'un entier désintéressement, la conduite du premier consul cesse-t-elle d'être digne d'éloge? Dans l'état de la société, tel que l'ont fait les passions humaines, les peuples n'ont pas trop à se plaindre , quand leurs chefs cherchent leur grandeur dans ce qu'ils considèrent comme un véritable moyen de bien public.

Un autre genre de mérite était réservé au premier consul. Des le 15 juillet 1801 , le concordat a été signé. La prudence conseillait de n’en pas précipiter l'exécution. Il fallait y préparer par degrés les imaginations et miner l'obstacle avant de l'affronter. Une première insinuation fut jetée, en peu de mots, dans une proclamation du gouvernement, relative à la fête du 14 juillet 1800 : u Uientêt cessera, disait K cette proclamation , le scandale des divisions re- « ligicuses. » Dans l’exposé de la situation de la république, présenté au corps législatif, le S3 novembre de la même année, on alla plus loin; on annonça qu'il avait été concerté des mesures avec le souverain pontife, pour réunir dans les mêmes sentiments ceux qui professaient une commune croyance , et on ajoutait : u Si quelques citoyens » avaient été alarmés par de vaines rumeurs, qu’ils » se rassurent. Le gouvernement a tout fait pour » rapprocher les esprits, mais il n’a rien fait qui « pùt blesser les principes et l'indépendance des

• Qiielquet semainr* après la conclusion du concord.ii . le premier consul en avait fait j>ari au conseil, en le lui présentant comme un objet qui ne demandait

n opinions. » Pour opérer le bien sûrement et avec fruit, le premier consul avait eu besoin d’y mettre tous ces tempéraments et de ménager les préventions les plus insensées. Nul moment sans doute ne pouvait être plus favorable au succès de l’entreprise que le moment de la paix générale. Sur le champ de bataille, Bonaparte eût peut-être hésité à dire à ses compagnons : « Allons au Capitole it remercier les dieux. » Ce que le guerrier eût craint de tenter, le pacificateur l'exécute. C’est sous la protection de la paix que se produit le concordat. Le traité d’Amiens devient pour la religion un passe- port cl une sauvegarde. Le tribunal et le corps législatif ont converti en loi le projet qui leur a été présenté, plutôt entraînés que convaincus par l'éloquence même de Portalis. Une proclamation des consuls annonça aux Français celle grande mesure d’ordre public, et le lendemain, jour de Pâques, tous les corps de l’État se rendirent à l'église Notre-Dame, où une brillante solennité célébra ce nouveau triomphe delà religion. Cependant, à travers cetteapparentesoumission, on voyait percer une opposition réelle. La révolte de l’esprit démentait celte docilité extérieure jusque dans le conseil * d'État, placé sous la dépendance immédiate du premier consul , jusque dans sa maison cl dans les personnes de sa plus intime confiance. Ce sentiment de répulsion se manifestait particulièrement dans l'armée, aux premiers comme aux derniers rangs. «Jamais, disaient les soldats. Il les drapeaux français n’avaient été couverts de » tant de lauriers que depuis qu'ils avaient cessé » d'être bénits. » Pour un homme dont la grandeur a sa première base dans l’armée, il y a une courageuse indépendance à contrarier les opinions des soldats, à braver leurs sarcasmes cl leurs plaisanteries, ce qui, en France, n'est pas le moindre écueil pour le pouvoir. C'est dans ces circonstances qu'éclate la vraie force de caractère. Le premier consul dédaigne les passions du moment, les idées du jour; cl, peut-être, le dévouement de l'armée à sa personne se fortific-l-il encore par la confiance même avec laquelle il défie une passagère impopularité. La résistance que rencontrait le rétablissement des cultes nous parait aujourd’hui à peine croyable. Elle était alors une suite naturelle de la confusion d’idées que la révolution avait fait naître. On mêlait, on réunissait ce qui devait être séparé ; on méconnaissait le bien , en haine des anciens abus. Ainsi pensaient , disent les historiens ou auteurs de mémoires qui m’ont précédé, pres-

pat ton iniervention. La communication avait été froidement «ccneillie; le premier consul avait levé aussitôt la séance.

INTÉRIEUR

que tous les chefs de l’armée ; et ils nomment particulièrement Moreau, Lannes, Oudinot, Colaud, Victor et plusieurs autres. On fait remarquer que Moreau malgré l'invitation qui lui en avait été faite, ne se rendit pointa la fête célébrée à cette occasion. Apparemment Moreau voulait y être d’autant mieux aperçu qu’il n’y serait pas. Hostile pour le premier consul , son absence était mal calculée pour lui-méme. C’était un acte d’un esprit ayant peu de portée, mal conseillé par son amour-propre et plus mal encore par des vanités de femmes toutes choses qui n’allaient pas au vainqueur do Hohenlinden. Cette circonstance prouve encore . comme tant d’autres , que .Moreau n’était nullement un homme politique. Qu’il eût blâmé le concordat, scs conditions, ses accessoires, rien de plus juste ; mais lorsqu’il s’agit d’un hommage public rendu à la religion de la grande majorité des Français, il n’appartient pas à un homme placé aux premiers rangs de l’État, d’aOecter le dédain ou seulement l’indilTércnce. La raison pour laquelle le premier consul déployait en cette occasion tant de pompe et de solennité, était précisément ce qui contrariait le général .Moreau et l’cnipéchait d’y prendre part. Cette raison, il fallait paraître l’ignorer. Parce que le premier consul faisaitde la religion le fondement * de sa puissance, il ne fallait pas, en haine de la puissance, étendre le ressentiment à la religion. La sagesse commandait à Moreau de la discrétion et de la réserve. En ne sachant pas s’y résigner, il manquait son rOle; le premier consul él.iit tout entier dans le sien.

On a rapporte aussi, pour en faire un sujet d’éloge , une réponse du général Delmas au premier consul qui lui demandait comment il avait trouvé la cérémonie de Notre-Dame. « C’était, lui répon- » ditDcImas, une belle capucinade ; il n’y manquait n qu’un million d’hommes qui ont péri pour dé- » truirc ce que vous rétablissez. » Ce mot ambitieux étonne, frappe des esprits superficiels. Il n’exprime qu’une pensée complètement fausse. Ce que la France a voulu détruire, en ce qui se rapportait à la religion, c’est un corps de clergé non soumis à la loi commune , ordre privilégié dans l’État, possesseur de propriétés considérables inégalement réparties, réservées généralement pour une caste particulière, propriétés qui ne partici-

' Mémoires sur le résultat.

’ Pour la cérémonie de Notre-Dame un avait réservé une tribune à madame Bonaparte. Une sentinelle était préposée à la garde de cette tribune. Madame Moreau se présente accompagnée de madame Hulot sa mère, le passage lui est refusé; elle insiste, on cède, elle entre et

pent point aux charges publiques. Cet ordre du clergé est bien détruit, comme l'a voulu la France, et assurément le premier consul ne le rétablit pas.

La direction et la surveillance des affaires relatives à tous les cultes fut spécialement confiée à un conseiller d’État. Le choix de M. Portalis pour cette fonction délicate ne pouvait que plaire à toutes les opinions, comme il était propre à prévenir toutes les inquiétudes.

Un jour le premier consul aura de justes sujets de plainte contre la cour de Rome et contre une partie du clergé français. Les prétentions excessives de celte cour ne tarderont même pas â lui donner de vives contrariétés; mais, pendant plusieurs années, il en arrêtera les écarts par un mélange prudent dq fermeté et de conciliation. Aujourd’hui la paix de l'Église est douce à la nation et au gouvernement. La masse de la population, et surtout la population des campagnes, remercie le premier consul de lui avoir rendu scs temples, scs fêtes cl scs cérémonies. En s’élevant au-dessus des murmures des généraux et des soldats, le premier consul les avait mieux connus qu’ils ne se connaissaient eux-mêmes. Peu de temps s’écoule, et ces hommes, qui ne s’élaient soumis qu’en grondant, s’étonnent d’avoir eu tant de peine â se dépouiller des préjugés d’une époque , mêlée d’héroïsme et d’erreurs, dont, mieux éclairés, ils ne conservent plus que les passions généreuses, l’amour de la gloire et le dévouement à la patrie. La restauration des cultes , en rendant le calme aux consciences , est, pour le gouvernement, un gage d’ordre et do stabilité; pour les cabinets étrangers, un nouveau point de rapport entre eux et le gouvernement français; pour les nations chrétiennes, un lien moral de plus entre elles et la France. L’empereur Alexandre et le roi de Prusse donnaient à ces opérations du gouvernement français une approbation franche cl sincère. Les cabinets même que cet événement affligeait peut-être par le caractère de consolidation que l'Église imprimait à la puissance française, ne purent s’empêcher de rendre un hommage public à celte couvre de sagesse du premier consul, et de reconnaître dans le rétablissement de la religion en France m un véritable service * rendu à toute l’Europe. »

Ce fut de même une mesure de politique générale, une mesure européenne, que l’amnistie

s’établit à la première place. L’épouse du premier consul n’eut que la seconde.

’ E veramente mai non fit alcuno ordinatore di leggi staordinarie, che non ricorreasc a Dio.

MscHUTaL, /}ûcourê sur Titt-Ut*.

' Paroles de l’empereur François 11.

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