‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 81 sur 298 · CHANTRE XX · texte numérisé non relu

CHANTRE XX

l/éUt général de la société avait éprouvé une notable amélioraliuii. La cunüaiice sc manifeslail par le cours plus élevé des effels publics, par le taux plus modéré des marchés ministériels, par le meilleur choix des hommes qui sc présentaient pour rcnireprisc des services. Les capitaux particuliers et ces fonds d'épargne que, dans les agitations révolutionnaires, une fâcheuse mais raisonnable sollicitude enlève à la circulation, venaient y reprendre leur place, féconder les terres dont la culture avait pu être uégligee, ranimer les manufactures, seconder les opérations commerciales et maritimes. Les transactions, les échanges se multipliaient; les terres, les maisons remoiilaient à leur ancienne valeur, cl l'équilibre du change tendait à se rétablir noii-sculcmcnt entre toutes les places françaises, inaisaussi entre elles et les places étrangères.

réconciliation des partis admettait sans doute encore quelques nuances, mais clics ne sc révélaient que par les saillies auxquelles l'esprit français est toujours si disposé , surtout lorsqu'un les lui défend, espèce de déQ qu'un gouvernement ne soutient jamais plus mal que quand il s’en fâche. Ce j fut surtout un tort du premier consul de s'y mon- < Irer trop sensible. Rn France, la légèreté, l'irrévcrcnce mémedes expressions n'est jamais synonyme du mépris ou de la désobéissance. Ün o)>éit au contraire d’autant mieux que par là on sc console d’obéir, et qu'on a , en quelque sorte, pris sa revanche contre le pouvoir. En général, les vieux chefs de nobles familles, bercés de souvenirs sans espérance, qui s’amusaient à critiquer la nouvelle cour consulaire, ne laissaient pas d’y envoyer leurs ciifaiils, parce qu'ils y entrevoyaient pour eux des chances heureuses, ce qui s’est en cITet réalisé pour le plus grand nombre. Au surplus, les audiences ilu premier consul étaient alors très-graves et courtes.

Il laissait aux deux autres consuls le soin d'ouvrir leurs salons à tous les fonctionnaires, aux militaires en grade cl aux solliciteurs. Pour lui, il itc prolongeait la duree de ses cercles que dans des circonstances extraordinaires, soit dans un but politique, soit quelquefois par un sentiment de haute délicatesse, lorsqu’il voulait donner à quelque personnage illustre un lémuignage éclatant de considération et d'estime, comme l'accucil qu'il fît à M. Fox L Jamais homme d’un mérite distingué, en quelque genre que cc soit, n'eut à se plaindre d’avoir élc négligé par le premier consul. Digne de les entendre et de les juger, c'était sans doute un besoin pour lui d'étre connu et apprécié par

' • M. Fox rst un homme supérieur et qui oie va irés- »« hieii . " (liotl le pn'mirr consul. Effeciivemciit lepre-

eux. Aussi cniployail-ii, et avec un rare succès, toute la séduction de son esprit pour les éblouir et se les attacher.

Quant aux Français appelés à te senir, il les étonnait et les subjuguait tour à tour par la facilité, la simplicité, la patience même de sa conversation , et ensuite par sa puissance de verve, par la fernielé de ses jugements et par le sentiment de sa propre infaillibilité. Il les étourdissait, pour ainsi dire, par la variété de ses talents, de manière à les convaincre de sa supériorité exclusive, et à s’établir, dans leur croyance, comme le seul hotuine necessaire. De là l'espèce d'obéissance aveugle à laquelle se façonnaient, sans le remarquer, la plupart des personnes qui sc trouvaient dans de fréquents rapports avec lui. Du reste, peut-être, dans celte conduite du premier consul, entrait-il plus d'instinct encore que de calcul.

I#e gouvernement consulaire, fortifie par le concordat, Pacte d'amnistie et la paix générale, s'affermissait de même par l'amélioration de son système financier. En 1801, la dépense avait dépassé les recellos de cent millions. Il fut pourvu à cet excédant de dépenses par des ressources extraordinaires, et iiutaminenl par la vente d’un reste de biens nationaux, dont le payement s'opérait maintenant en nunuTaire cfTeclif. En l'an X (180i), les revenus s'élevèrent à une somme de quatre cent qualrc-vingt'huil millions, qui se composait des recettes suivantes:

Contributions directes, 273,008,700 fr.

Enregistrement et domaines, 139,060,710

Douanes. .30,070,912

Postes, 10,367,421

Loterie, 11,632,001

Salines, 2,000,000

Total général : 188,308,003 fr.

Pour celte année , la dépense avait été de cinq cents millions à |>eu près. Elle n'ofTrail plus ainsi qu'une différence de vingt millions avec les recette. Il y avait eu par conséquent augmentation de quarante millions dans les recettes, et diminution de cinquante miiliniis dans la dépense. Le bienfait de la |>aix maritime s'était déjà fait sentir par l'accroissement de quelques branches de revenu. Les douanes, qui n'avaient donné, en l’an IX, qu’un revenu de dix-sept millions, présentaient un produit de trente cl un millions, déduction faite de toutes les dépenses administratives.

Il ne faut pas oublier qu'outre le produit des im- |)iHs, le gouvernement consulaire trouva encore

niier consul voyail toujours arriver M. Fox avec salli- Riclion. {.4/(i«nni'rr« th M. tie BoHrrifnme.)

Di^izèd

INTÉRIRim.

quelques rcssuurccs dans des recettes extérieures, comme les vingt millions stipules par le traite de Madrid avec le Portugal, et dix millions payés par la république batave. Le payement de ces sommes s'efTectua partie en 1802, partie en 1803.

Le recouvrement des contributions qui, sous le directoire , éprouvait toujours un arriéré considérable , était devenu ponctuel cl régulier, grâce au retour de la confiance et à un meilleur mode de perception. Pour porter l’ordre aussi loin qu’il pouvait aller, le premier consul détacha entièrement du miniitèrc des finances le service du trésor, et en forma un ministère à part. Si cette division n’eùt pas été indispensable alors, elle le fût bientôt devenue par la vaste étendue du terrain sur lequel le trésor eut à opérer quelques années après.

Le choix du premier consul , pour la place de ministre du trésor, se porta sur M. Barbé-Marbois, dont l’austère probité et les formes rigides lui parurent propres .i défendre le trésor public contre les fraudes des receveurs généraux et les envahissements des entrepreneurs. La défiance était fondée. Le gouvernement avait trouvé plus d’une occasion de censure dans les fâcheuses habitudes contractées sous les précédentes administrations et conservées par quelques receveurs généraux. Plusieurs avaient été surpris , abusant des formules de la comptabilité, pour faire admettre au pair, dans leurs versements au trésor, des cfTets publics, achetés par eux à cinquante pour cent de bénéfice, et qu’ils prétendaient avoir reçus des contribuables en payement de leurs impositions. D’autres avaient eu degraves déficU dans leurs caisses; d’autres enfin faisaient racheter, sur la place de Paris, longtemps avant l’échéance, celles de leurs propres obligation» que le trésor avait été dans le cas d’escompter. Quant aux entrepreneurs des serviecs, le premier consul avait eu, dans le commandement des armées, tant de preuves de leur adresse et même de leur mauvaise foi, que , malgré l’inconvénient inévitable de payer plus cher ce qui n’csl pas payé vite, il regardait comme le meilleur économe des deniers de l’État, celui qui les disputait le plus aux réclamants, quels que fussent leurs litres. Le calcul était faux. Un gouvernement se trompe , s’il croit preudre sa revanche avec des créanciers qui lui ont fait acheter trop chèrement les services qu’ils ont pu lui rendre. La lutte n’est pas égale; en commettant une seule infidélité , il eu provoque mille. Le premier consul arriva difficilement à comprendre

( qu’il y a plus d’avantage à se libérer promptement I d’une dette douteuse qu’à courir le risque de différer l’acquittement d’une dette légitime.

Malgré ces méprises du premier consul, qui tenaient au temps et à sa vie passée sous la lente, un esprit admirable d’ordre s’introduisait, par ses soins cl par la force de sa volonté, dans toutes les branches de l’administration publique. Chaque mois , à jour fixe , il faisait mettre sous ses yeux l’état des rcccllcs du trésor et des payements effectués. Le bilan du trésor lui était en même temps présenté. Âprès avoir examiné, avec chacun des ministres, les dépenses cl les besoins de leurs divers départements, il leur assignait, sur le trésor, les sommes respectivement nécessaires à leur service pour le mois suivant.

On reprochera un jour au premier consul de n’avoir pas connu le mécanisme de ce système de crédit qui semble faire consister la richesse des États dans la multiplication des effets publics. Scs vues, il est vrai, sont beaucoup plus modestes. La première richesse à scs yeux est l’économie. Cependant scs actes ne décèlent pas la prétendue ignorance dont on l’accuse. La dette perpétuelle, qu’il constitue sous le nom de cinq pour cent consolidés, repose sur les mêmes principes que celle d’Angleterre. Seulement une sage prévoyance tend à la renfermer dans des bornes beaucoup plus étroites. En 1802, l’intérêt de la dette montait à quarante -deux millions six cent mille francs. La loi qui la consacra fixa pour maximum cinquante millions à la dette perpétuelle; vingt millions à la dette viagère. Une somme annuelle de dix millions était affectée à ramorlissemcnt.

Cx;ttc même année, où la France a obtenu une diminution de dépense cl un accroissement de recette, impose encore à l’Angleterre l’obligation d’un emprunt presque aussi considérable que celui de l’année précédente. Les revenus du gouvernement anglais, en 1802, furent

de 28,221,183 I. st. 703,329,875 fr.

L’emprunt fut de 2'3,00ü,000 623,000,000

ToUl : 53,221 ,183 l.st. 1 ,330,529,575 fr.

Le demi -milliard de la France avait cependant triomphé du milliard cl demi de l’Angleterre. Heureuses nos générations actuelles cl celles qui nous suivront, que le premier consul, si téméraire sons tant d’autres rapports, n’ait pas voulu ou n’ait pas su rivaliser, avec H. Pilt, d’habileté à cnricher le présent aux déi>cns de l’avenir.

CIIAIMÏRK XXI.

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