‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 89 sur 298 · SOI · texte numérisé non relu

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le jugement déflnitif. Pour tous les réclamants, le château des Tuileries était le temple de Delphes. C'était de là qu’on attendait les oracles.

Le premier moment ne semblait pas être favo^ rable à la Prusse. Elle avait contre elle à Péters* bourg M. de Panin, à Paris H. de Markof. On aurait voulu la punir d’avoir prospéré seule, tandis que les autres Étais se dévouaient pour la cause commune des trônes. Déjà on désignait le lot qu’on voulait lui donner, et ce lot était loin de répondre à ses espérances. De toutes parts elle éprouvait quelques contrariétés, même dans des desseins qui n’avaient rien d'ofTcnsif pour personne. Il avait été question, entre l'électorat de Hanovre et la Prusse, d’échanges partiels et à l’amiable, par suite desquels la Prusse aurait reçu le duché de Lauenbourg : le Danemark, peu jaloux du voisinage de la Prusse, avait entravé cet accord. Aussi, tandis que la France, | certaine que rien n’était possible sans elle, assurait d’autant plus le triomphe de sa volonté qu’elle ; en diiïénit la manifestation , le gouvernement prussien se livrait- il aux plus vives doléances. Â l’entendre , de tous les États d’Allemagne , c’était | lui qui était le plus à plaindre. L'Autriche , renne- j mie acharnée de la France, était déjà en possession de domaines nouveaux dans lesquels elle puisait de nouvelles forces pour recommencer la lutte. La . Prusse, au contraire, sortie la première de la coa- I lition, en paix depuis six ans avec la France qui, , depuis six ans, jouissait des provinces transrhéna- | nés qu’elle lui avait cédées, était encore réduite à | en attendre rindemnitc. » Nous demandions Bam- >• berg et Vurtzbourg, disait le ministère prussien,

» vous les destinez à la Bavière. S’agit-ii de Mun- » ster? vous voulez empêcher tout contact entre » nous et la Hollande. Du Mecklenbourg ? nous » rencontrons l’opposition de la Russie. D’Osna- » bruck? l’opposition de l’Angleterre. D’ilildes- M heim? l’opposition de la régence de Hanovre. ; » D’échanges de convenance entre le Hanovre et ; » nous? l’opposition du Danemark. Nous ne pou- I) vons faire un mouvement, étendre un bras, sans Il rencontrer un obstacle. »

Avant la signature de la paix d’Amiens, on avait partout supposé que le traité renfermerait quelque , stipulation essentielle sur les aflaircs d’Allemagne. ' Le parti ecclésiastique, l’Autriche, s’étaient vainement agités dans cette espérance. Tout ce qu’on apprit sur le traité, c’était que la branche de la maison de Nassau , anciennement établie en Hollande, recevrait une indemnisation équivalente à ses pertes. On sut presque en même temps que , d’apres un article séparé signé entre la France et la république batave, l’indemnisation ne serait point â la charge de cette dernière république. Ce nouveau

fardeau allait donc retomber encore sur les biens ecclésiastiques de l’empire, raison de plus pour adopter le système d'une sécularisation générale.

Ce grand incident du silence de la paix d’Amiens était décisif. Il aurait livré la Prusse à la France, si déjà elle ne lui eût été dévouée sans réserve. Point de dissidence alors à Berlin entre la cour et le cabinet. Le prince héréditaire d’Orange , retiré dans cette cour, comprit de même que la nature de l’indemnité qui lui était promise dépendrait de la faveur du premier consul. Il exprima le désir d’aller en personne plaider sa cause , partit pour Paris avec dos lettres du roi , et y reçut un accueil qui ne trompa point scs espérances.

Cependant, sur le sol encore mouvant de Pétersbourg, les ministres se succédaient, et la politique du cabinet changeait avec eux. La retraite du comte de Panin avait, comme nous l’avons déjà rapporté, mis la direction effective des aflaircs étrangères dans les mains du comte Kotschubey. Le chancelier de l’empire, prince Kurakin, n’cii avait que la surveillatice nominale. Tous deux, au reste, étaient dans des dispositions conformes aux vues de la France et de la Prusse. D'ailleurs la correspondance particulière de l’empereur Alexandre avec le premier consul dominait alors les déterminations de son cabinet, et plus d’une fois il avait exprimé au premier consul le désir de voir les affaires d’Allemagne s’arranger sous les auspices immédiats de la France et de la Russie.

La Prusse, de son côté, affectait un grand zèle pour resserrer l’union des deux puissances. Elle ne manquait pas de faire valoir à Paris le crédit qu’elle venait de reprendre à Pétersbourg. Déjà elle parlait, mais, il est vrai, pour un temps un peu plus éloigné, d’un système fédératif qui tiendrait, par son premier anneau, au Kamischatka, et, par le dernier, aux colonnes d’Hcrculc. En attendant ce brillant avenir, elle témoignait vouloir régler son indemnité avec la France seule, et, cet accord une fois arrêté , elle se chargeait de le faire agréer par la Russie.

Peut-être le zèle de la Prusse pour la formation d’une triple alliance entre Paris, Berlin et Pétersbonrg n’était-il qu’une démonstration peu sincère, calculée seulement pour prendre plus de consistance auprès des deux parties. En France, cette idée avait été sérieusement accueillie, et le premier consul songeait de bonne foi à la réaliser. Aussi dans les instructions qu’il lit donner au général liédouville , nommé ministre en Russie , l’un des points spécialement recommandés était de travailler à l’union des trois cabinets, et à préparer la conclusion prochaine de leur alliance. Cette disposition du premier consul cùt-cllc été la même dans

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