CHAPITRE XXIII
le roi de Prusse et dans l’empereur Alexandre, elle eût rencontré des obstacles dans les agents employés par ces souverains. I.cs envoyés de Prusse et de Russie en France, par exemple, n'étaient rien moins que propres à seconder un semblable projet. Ces envoyés étaient le marquis de I.ucchesini et le comte de ilarkof, dont l'action ultérieure en bien et en mal ne sera pas sans une assez grande importance.
Le marquis de Lucchesini, homme si distingué comme savant et comme littérateur, borné à ce rôle sous Frédéric H, mais, sous le règne suivant, nommé ministre auprès de la cour de Vienne qu'il avait forcée de demander son rappel, avait, dans sa mission en France, débuté par des indiscrétions de conduite pareillement inexplicables. On n'était pas plus patient à Paris. Des plaintes portées à Berlin valurent à M. de Lucchesini de sévères reproches; mais le comte d'Haugwiz, aimant mieux tenir loin de lui ce remuant personnage que de l'avoir à scs côtes, le gouvernement français avait fini par s’accommoder d'un agent qui, en raison de scs fautes mômes, avait donné sur lui d'assez grands avantages. Cependant l'incorrigible manie de (inesse dont était si étrangement travaillé un homme d'autant d'esprit, empêchait toujours de mettre en son langage une confiance sans réserve.
M. de Markof avait apporté en France des dispositions ennemies non-seulement contre le premier consul, mais encore contre la France meme. Par système, par habitude, il était autrichien et anglais. Dès les premiers jours de son arrivée, des propos peu mesurés sur le gouvernement et sur scs actes avaient révélé ses sentiments réels, d'ailleurs sullisainment connus d'avance; et, lorsque plus tard la police découvrit une fabrique de bulletins manuscrits, recueil odieux de calomnies et d'impostures, on ne fut surpris que sous un seul rapport, de trouver le nom de M. de Markof en tête de la liste des souscripteurs; on eut peine à s’expliquer une si grossière maladresse de la part d'un homme vieilli dans la diplomatie. Que M. de Markof voulût tout connaître, vérité et mensonge, rien de plus simple, rien de plus juste. Pour tout agent politique, cette curiosité est un droit, elle est même un devoir; mais, là où il y a une clandestinité hostile contre le gouvernement auprès duquel on réside , il faut du moins placer un tiers entre soi et l'inconvenance. Un ambassadeur doit toujours craindre d'avilir son rang, de compromettre son nom.
H. de Markof avait poussé encore plus loin sa coupable imprudence. Dans l'interrogatoire subi par le libclliste, celui-ci déclara qu'il avait reçu de l’ambassadeur russe des conseils, des encoura-
gements; il avait été excité, payé, dirigé par lui. La politique de M. de Markof paraissait se fonder en grande partie sur la probabilité d’un éoèHemeni malheureux qui perdrait prochainement le premier consul. De telles découvertes ne devaient pas inspirer au chef du gouvernement français une grande bienveillance pour l’homme qui établissait des calculs sur sa ruine. Lorsqu’on représente le général Bonaparte comme un tyran, on devrait ne pas oublier que la nature lui avait refusé l’arme principale de la tyrannie, la dissimulation. Cette absence d’un vice lui a plus d’une fois été nuisible. Dans cette occasion, peu maître de l’impression qu’avait faite sur lui la conduite de M. de Markof, il laissa percer son ressentiment dans quelques mots piquants qu’il lui dit à ce sujet, et dont il essaya en vain de corriger l’amertume en ajoutant :
<1 Au reste, tout cela n’est qu’une plaisanterie! » La plaisanterie était entrée avec toute son aigreur dans l’âme du ministre russe, et n’avait fait qu’envenimer davantage sa malveillance et sa haine.
I.a correspondance de l’empereur Alexandre et du premier consul étant toujours très -active, le premier consul engagea lui-même l’empereur à se tenir en garde contre les mauvais bruits qu’on pourrait lui faire parvenir. Les rapports de M. de Markof ne le justifièrent pas pleinement aux yeux de son maître. Celui-ci avait trop de loyauté pour approuver des actes seulement équivoques et douteux. « Je n’entends pas, dit-il au colonel Caulain- ■) court ', que l’on fasse des infamies en mon n nom ! » Cependant les amis de M. de Markof tâchaient de l’excuser auprès de l’empereur. On employa même en sa faveur un singulier genre de justification; on prétendit qu'il avait été malade, et que son esprit avait souffert une altération momentanée. Ses partisans aimaient mieux le faire passer pour fou que pour maladroit. Du reste, cette circonstance fut fatale à son ambition. On avait pensé à le mettre à la tête du département des affaires étrangères. Ce dessein fut entièrement abandonné. Le premier consul parut oublier cette première faute de M. de Markof, mais cet envoyé lui donnera bientôt d'autres sujets de plaintes. Si le ministre de Prusse, marquis de Lucchesini, n’était pas bien propre à resserrer les liens des cabinets de Paris et de Berlin, l’obstacle, comme on voit, était plus grand encore entre la France et la Russie. 11 sera impuissant d'abord, mais il finira par amener des circonstances qui éloigneront l'un de l'autre le premier consul et l’empereur Alexandre , malgré leur penchant naturel à se complaire et à s’entendre. C’est avec les deux envoyés de Russie et de
' Mars.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
Prusse, dont nous venons d'indiquer les sentiments, que le gouvernement français est appelé à trancher toutes les questions, restées jusqu'à ce jour indécises, relativement aux affaires d'Allemagne. L'homme que le premier consul met aux prises avec eux, est M. de Tallcfrand. La partie n'est pas inégale.
La lenteur qu'avait mise la France à s'occuper officiellement du partage des indemnités germaniques avait eu pour objet de s'assurer une combinaison dans laquelle le partage dépendit de sa seule volonté, quoique en apparence il dût s'effectuer sous l'influence de plusieurs puissances réunies. Par la convention secrète du 1 1 octobre 1 ROI , elle était convenue avec la Russie de se concerter avec elle sur cette opération. La Russie tenait beaucoup à conserver ce rdle, et le premier consul n'avait nulle intenlion de le lui refuser; mais il entendait bien ne lui accorder dans ce concours qu'une sorte de représentation, et s'en réserver à lui seul la réalité. Beaucoup de pourparlers avaient déjà eu lieu avec les parties intéressées. 11 ne restait plus qu'à saisir un moment opportun pour enlever l'assentiment de la Russie sur les résolutions élaborées par le gouvernement français. On trouva que ce moment était venu le jour où l'on apprit, à Paris, le projet d'enirevoc arrêté entre le roi de Prusse et l'empereur Alexandre.
Dans leur correspondance entre eux , res deux jeunes princes s'élant réciproquement témoigné le désir de faire la connaissance l'un de l'autre, l'empereur proposa de se rencontrer à Mcmel. l..a proposition fut acceptée à Berlin avec empressement. On eut grand soin de convenir que la rencontre serait toute personnelle ; qu'on n'y traiterait point de questions politiques; que les deux souverains ne seraient accompagnés d’aucun ministre. I.a cour de Prusse se bâta d'informer le gouvernement français du projet d'enlrcvue et de son objet.
L’occasion ne sera pas perdue pour le premier consul. Il va en tirer parti pour traiter tout à la fois avec la Russie et la Prusse, et pour se ménager, sur tout ce qu’il aura décidé d’après ses propres vues, l'adhésion de ces deux puissances.
Depuis quelque temps , des conférences entamées avec la Prusse pour son indemnité et pour celle du prince d'Orange se suivaient à Paris, mois avec lenteur. Sur l'avis de l'entrevue prochaine de 31 emel, le premier consul imprime à la négociation un mouvement plus rapide.
Dans l'intervalle, ses rapports avec l'empereur Alexandre se forlifientcbaque jour; leurs idées s'accordent même avant qu'ils se les communiquent.
' Texlrdr«in«inietioo«lonnée*aii généralHédoiiville. |
I<e général Hédouville, qui se rend à Pétersbourg comme ministre de la république , a ordre nonseulement d'exprimer de nouveau à l'empereur Alexandre la sincère résolution du premier consul de terminer avec lui les affaires d’Allemagne, mais aussi d'insister snr l'intérét qu'ont tes deux États à profiter des circonstances, pour «e/Trocnrer/’efi- Uirê tt libre navigation de la mer A'oire, et, dans le même moment, l'empereur Alexandre charge le colonel Caulaincourt d'assurer le premier consul de son empressement à favoriser Vexploilaiion du commerce de la mer Noire par la France. Il était encore un point que le premier consul avait fur! à cœur : c’était « le triomphe des principes » libéraux i par rapport à la navigation et an cornt» merce des neutres. » Nais beaucoup d'evénemeiils doivent se développer, avant qu'on revienne à ces principes, que Catherine ut Paul avaient si hautement proclamés.
Le cabinet russe présente de temps en temps quelques réclamations en faveur du roi de Sardaigne. Le premier consul ne s'y refuse pas; il ajourne. Provisoirement il entretient l'empereur Alexandre ^ de la manière dont il envisage les affaires d'Allemagne, celles d'Uelvélie et les arraugemeiils i faire pour Ftlc de Halte. C’est dans ccl état de leurs rapports que va avoir lieu l'entrevue projetée entre l'empereur Alexandre et Frédéric-Guillaume à Hemel.
Suivant les intentions du premier consul, on a donné plus d'activité à la négociation ouverte à Paris pour le règlement de l'indemnité du roi de Prusse et de celle du prince d'Orange. Une convention, qui résout toutes les difficultés, a été conclue le 23 mai entre le ministre prussien, marquis de Lucchesitii, et le plénipotentiaire français, général Beurnonville. Un officier de la garde du premier consul, le colonel Dumouiier, est chargé d’en porter la nouvelle en Prusse ; et celle nouvelle parviendra au roi au moment où il sera réuni à l'empereur Alexandre. Par ce moyen honorable, le premier consul figure, quoique absent, dans leur entrevue. Une lettre qu'il a écrite au roi, laisse à ce. prince le choix de la manière dont il doit faire connaître celte convention à l'empereur de Russie. La communication à donner au gouvernement russe était en effet assex délicate. Lorsqu'il existait entre Paris, Berlin et Pétersbourg des pourparlers dans le but d'agir sur tout en commun, il y avait, du côté de la Prusse, aulantelplos que de celui de la France, un certain manque d’égards pour la Russie dans une initiative bolée, aussi tranchante que ta conclusion cUan traité qui déter-
* Nui.
CHAl'lTRR XXIll.
minait l'indemnité prussienne, sans que le ministre russe à Paris eût été appelé à y prendre part , et même sans qu’il en eût la moindre connaissance. Il fallait l'heureux incident de l’entrevue de Memcl pour sauver tous les inconvénients d’un semblable procédé. L’empereur Alexandre, au lieu de donner aucun signe d’humeur, parut se réjouir d’une convention qui satisfaisait le roi. L’adroite courtoisie du premier consul avait eu tout son effet ; mais là ne se bornait point l’intention du gouvernement français. Le choix du moment avait encore pour la France un autre objet : c’était de préparer l’empereur Alexandre à un acte sur lequel ou désirait emporter d’assaut son consentement. Pour ne pas compliquer les questions, arrêtons-nous d’abord sur le traité d’indemnité, signé à Paris, le 2.1 mai, entre le général Bcurnonville pour la république, et le marquis de Lucchesini pour Sa Majesté le roi de Prusse et le prince de Nassau-Orange-Dillembourg-Dietz.
Par ce traité, la Prusse obtenait les évêchés de Paderborn et d'IIildcshcim, l’Eichsfeld, la ville et le territoire d’Erfurt et üntcr-GIcichen, la ville de Munster et une grande partie du haut évêché de ce nom, plusieurs villes impériales avec leurs territoires, cl plusieurs abbayes avec leurs dépendances.
Le prince de Nassau-Orangc-Dillembourg-Dictz recevait l’évêché cl l’abbaye de Fulde, les abbayes de Corvey cl de Weingarten , ainsi que plusieurs villes impériales, ces villes, abbayes et évêchés avec leurs dépendances et territoires.
La partie de ce traité concernant la maison de Nassau-Orange a été rendue publique. On a connu de même, et par les occupations militaires de la Prusse, et par le recè$ de l'empire, la partie relative aux acquisitions que faisait cette puissance; mais jusqu’à présent on a ignoré de quel prix elle avait payé la faveur d’une si large indemnité. En politique les grands services ne peuvent guère être gratuits. Par l’article 13 du traité, le roi de Prusse reconnaissait et « garantissait > à la république » française les arrangements qu’elle avait pris en ••• Italie, savoir : 1® l’existence du royaume d’Étru- » rie; 2" celle de la république italienne; 3® la rés> union au territoire français des pays qui for- » maient la 27® division militaire. «
A toute autre époque, ce n’eùl pas été une faible preuve de dévouement que de donner à la France de semblables garanties , surtout à l’égard du Piémont, dont la réunion n’était pas encore opérée, et lorsqu’il ne pouvait pas y avoir de cer-
' I.C marquis de I.nrchesiiii, $i(;nalnire de ce traité, et qui en fait mention dans un ouvrage sur ta fonfèdiralion
lilude sur les conséquences de l’engagement que l’on contractait; mais la fortune du premier consul paraissait tellement assurée, que la Prusse croyait bien servir scs propres intérêts en les associant à ceux de la France.
L’article XIV du traité portait que le roi de Prusse et le prince d’Orange pourraient aussitôt après l’échange des ratifteations, prendre possession des pays qui leur étaient dévolus. Cette stipulation n’est pas la moins remarquable de toutes, puisque c’était admettre dans le premier consul le droit de disposer souverainement des principautés et des biens ecclésiastiques de l’empire. On s’est depuis livré à de violentes déclamations sur ces prétendus envahissements de droits par le premier consul ; mais est-ce au chef du gouvernement français ou à toute l’Allemagne qu’il faut en faire le reproche? l^uand la Prusse, quand tous les ^tats de l’empire germanique, l'Autriche seule exceptée, parce qu’elle sait qu’on ne lui ferait pas une large part, pressent le premier consul de leur dispenser CCS biens ecclésiastiques dont ils sont avides , le crime serait-il pour celui qui les donne, et l’innocence, avec le bénéfice, pour ceux qui les reçoivent? Le partage, il faut l’avouer, serait étrange; mais, outre qu’il eût été absurde que le premier consul se fût refusé à l’exercice d’une suprématie qu’on SC plaisait à rcconuattrc en lui, cette usurpation, si c’en était une, avait l’cxcusc d’un grand intérêt, on pourrait dire même, d’un intérêt européen, puisqu’il s’agissait d'ôter aux ennemis de la paix les nombreux moyens d’agitation que pouvaient offrir les affaires d’Allemagne.
Il est un fait que nul homme de sens ne saurait nier, c’est que parmi la complication des vues, le croisement des prétentions, les rivalités de Berlin et devienne, ainsi que les jalousies des petits princes entre eux, un travail tel que celui de la réparlion des indemnités, s’il eût été remis dans un étal brut à une médiation quelconque, eût nécessairement exigé de longues années, pour mettre toutes les parties d’accord. C’était ce que voulaient et l’Angleterre et l’Autriche. Cette lenteur de procédés ciU de même entré dans les vues , sinon de l’empereur Alexandre, du moins dans celles du plus grand nombre des agents russes. Dans l’hypothèse d’une telle prolongation, que de chances dangereuses pour le repos des peuples! Il y avait donc, pour le maintien de la paix continentale, nécessité de couper court à tous les délais, d’abréger tous les débats. Pour la France en particulier, il était urgent de porter un coup décisif au vieil
tiu Rhin, publié en 1810, s’eat bien gardé au**i de faire coiiiiailrc CCS imporlantes slipulaliniis.
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rOLITIQL'E EXTÉRlEUnE.
édifice de l'empire germanique , de diviser les for> res en grossissant celles des États d'un rang infé* rieur, aux dépens de celles de ta puissance la plus considérable, enfin de créer en Allemagne un ordre nouveau dont l'existence fût intéressée aux succès de la république et forniAt un point d’appui pour elle. Depuis quelques mois, les questions commençaient à s'éclaircir, les prétentions à se concilier. Lorsque tous les matériaux furent bien disposés, U. de Talleyrand donna un caractère plus sérieux à la négociation suivie avec M. de Markof, offrant k la Russie, au nom du premier consul, de procederè un acte immédiat de suprême arbitrage sur toutes les questions qui tenaient i'AI* iemagneen suspens. La proposition fut faite d'une nianière qui ne laissait à l’envoyé russe aucune possibilité de subterfuge ni de temporisation. Par le plan qu’avait rédigé la France, tous les désirs du cabinet de Pétersbourg étaient satisfaits. £n effet, la protection de l’empereur Alexandre ayant pour premiers objets la Bavière, le Wurtemberg et Bade, et les intérêts de la France se trouvant d'accord avec les sentiments de ce prince , le premier consul se donnait les honneurs d'une déférence qui n'clait que l'acconiplissement de scs propres desseins.
Par une bisarrerie incroyable, puisqu’elle prouve que l'autocratie du prince n’csl rien moins qu'inconciliable avec l’insubordination des sujets, U. de Markof, au mépris du vif intérêt que l'empereur Alexandre portait aux maisons de Bade , de Wurtemberg et de Bavière, était loin de se montrer favorable k ces maisons que protégeait son maître. Occupé uniquement de l’intérét de l’Aulriche, il voulait, afin de loi conserver son ancien ascendant, qu'il fût rétabli sur la rive droite du Rhin au moins deux électorats ecclésiastiques. ■ C'était une » chose curieuse, écrivait M. de Talleyrand, de » voir la France réduite à plaider contre le mi- » nistre russe, en faveur des amis cl des alliés de » l’emperenr Alexandre, et le ministre russe K qui n devait concerter les intérêts de sa puissance avec K les nôtres, n'ouvrir la bouche que pour préco- )» niser l'Autriche et repousser les avantages que » nous demandions pour nos amis communs. » Deux motifs guidaient ce ministre. L'un était tout simplement sa prédilection pour la courde Vienne; l'autre, la crainte, en effet très-fondée, que les concessions faites en faveur des princes chers à l’em-
’ Ben è vero rhe qunio minUini per qnalche (empo : •i iTvivô di contraporre la riiroaU delle proprie opi- j nioni alla llberaliiidel auoaignore aelle dia^oate coneeMiooi verso le case dî Baviera, Wurtemberg e Baden.
Man/uii lit Lyccktuni.
ÎOli
I percur Alexandre, n'assurassent la sanction du plan proposé et la formation d'un système qui ne convenait ni k l’Autriche ni à l'Anglelcrrc. Le pouvoir absolu niéritc-l-il donc d'étre tant envié par les rois, quand c'est ainsi qu’un czar est servi par ses propres agents? Cependant la position de M. de Markof était embarrassante. On ne lui laissait le temps ni de demander des iuslructious ni de recevoir des ordres. Cn refus imprudent pouvait faire perdre à son cabinet l'occasion d'exercer ce rôle de médialeurauquel l’empereur et son ministère mettaient tant de prix. Placé dans un défilé sans issue, M. de Markof signa, le S juin, le plan général proposé par la France, mais sous la réserve de la ratification de l'empereur Alexandre.
On avait supposé à Paris que l’entrevue de Memel ne serait pas aussi courte et que la convention souscrite par M. de Markof pouvant trouver tesdeux souverains encore ensemble, la ratification du monarque russe serait plus facile i obtenir. Cette supposition fut trompée. Les deux princes étaient séparés lorsque le courrier porteur de la convention arriva à MemcI. A tout événement, le gouvernement français n'avait négligé aucun des autres moyens qu'il avait jugés les plus propres à décider l'approbation du cabinet de Pétersbourg. D'un côté il se montrait très-pressant, il demandait que ta ratification fût prompte, cl même il articulait un terme de dix jours , passé lequel il ne se regarderait plus comme lié par un acte auquel n'aurait pas accédé la Russie; il faisait entendre que, sans la participation de cette puissance, l'occupation des pays assignés aux divers princes n'aurait pas moins lieu. D'un autre côté, les familles protégées par la Russie, l'électeur de Bavière, le duc de Wurtemberg et le margrave de Bade, toutes richement dotées par le plan français, conjuraient l'em|)ercur Alexandre de ne pas refuser sa sanction è un acte aussi favorable pour elles. Ainsi aux démonstrations énergiques du gouvernement de la république, qui, si la Russie différait d'accepter le concert proposé, paraissait résolu à poursuivre sa marche sans le concours de cette puissance, sc joignaient, auprès de l'empereur Alexandre, les instances des États dont le sort l’intéressait le plus , fortifiées des affections de famille les plus respec-
I tables et les plus pures. En cette occasion , unique
: à la vérité, la politique de la France avait pour auxiliaires à Pétersbourg, les vœux des deux impératrices, l’impératrice douairière, princesse de Wurtemberg, l'impératrice régnante, princesse de Bade.
* Les deux foiivmiins étaient arrivés le 10 juin i Memd, ils t'élaiem séparés le 10.