CHAPITRE XXMI
[JM2]
L’empereur dlait absent. On lui expédia les communications françaises, mais il ne voulut prendre de parti qu’apres son retour dans sa capitale. Pour n'avoir pas l'air de céder à une sommation menaçante, il crut devoir à sa dignité de faire attendre sa ratification au delà du terme dans lequel la demandait la France; manège très-innocent d’amourpropre que le gouvernement français, dont l'objet était rempli , ne voulut pas apercevoir. Dans le conseil tenu à ce sujet, l’opposition avait été assez vive; mais, l'empereur s'étant hautement prononcé pour l'adoption, le prince Kurakin fit connaître au général Hédouville que l’empereur adoptait dans tout son contenu le projet d’indemnités signé à Paris. Au lieu du titre Note, le cabinet russe fut d'avis de substituer le mot Déclaration à la diète de Ra- Utbonne. Une double copie de cette déclaration, l’une signée par le chancelier de l'empira, prince Kurakin, l'autre par le ministre des affaires étrangères de France , U. de Talleyraiid , serait envoyée aux agents des deux puissances à Ratisbonne, pour être simultanément remise à la diète germanique.
L'empereur Alexandre réclamait l'appui de la France pour procurer à l’évéque de Lubeck, duc d'Oldenbourg, uiio indemnité satisfaisante de la suppression du péage d'ElsIIct. Il désirait en outre la dignité électorale pour le due de Mecklcnbourg- Schwerin *. On reconnaissait bien à Pétersbourg que, dans le plan adopté, tout constatait de la part du premier consul le désir de répondre aux intentions de la Russie; mais cependant la combinaison avait été telle, qu'il avait commencé par lui dicter la loi à elle-même. Ce n’était pas sur un travail à faire qu'on lui avait demandé son avis, mais sur un travail d^à fait et tellement conçu, qu'il était impossible à l'empereur Alexandre de refuser sa coopération à un acte dans lequel les États protégés par lui avaient obtenu au delà même de ce qu'il avait demandé pour eux.
Le succès de ces mesures de la France causa beaucoup d'humeur à Vienne. On accusa de maladresse et d'incapacité les ambassadeurs autrichiens à Pétershourg et à Paris, à l'insu desquels toute cette trame avait été tisstie, sans qu'ils eussent rien fait pour la rompre. Le comte de Saurau, ambassadeur en Russie, fut rappelé et remplacé par le comte de Stadion. il fallut toute l'influence de M. de CobentzI pour sauver de la même disgrâce le comte Philippe de CobentzI, son parent, ambassadeur à Paris.
Le cabinet autrichien, convaincu de l’entier ac-
' Ou Mil que le prince hérédileire de Merklenbourg- Schwerin avait épousé la grande-dnehesse Hélène, tenir de l'empereur Alexandra.
I cord établi entre la France, la Prusse et la Russie. ' comprit qu’il ne gagnerait rien à vouloir entraver , une opération soutenue par l'union de ces trois puissances. H ordonna, par un décret de commission en date du 23 juillet, que la députation extraordinaire de l'empire se rassemblât à Ratisbonne. Cette députation avait été nommée par un conclusum * du 7 novembre 1801. Elle était composée de quatre électeurs, Mayence, Saxe, Bohême et Brandebourg, et de quatre membres du collège des princes, Bavière, Wurtemberg, le grand maître de l'ordre Teutonique et Hesse-Casscl. Dans cette composition, la majorité était infailliblement assurée aux volontés françaises. Le vote du Brandebourg, de la Bavière, de Hesse-Cassel et du Wurtemberg ne pouvait pas être douteux. Mayence, représentation nominale d'un électorat qui n'existait plus, ne pouvait renaître sous une autre forme que par la protection de la France. La Saxe, qui n'avait rien à demander pour elle-même, devait pencher pour tout ce qui bâterait l'établissement d'un ordre stable. Roheme et le grand maître de l'ordre Teutonique étaient donc les seules voix assurées à l’Autriche. Le rôle d'une députation ainsi composée ne pouvait guère être que de rédiger en articles les répartitions d'indemnités convenues entre les cabinets de Paris, Berlin et Pétersbourg. Les pleins pouvoirs qui lui étaient nécessaires, ayant clé, le 5 août, dressés par les trois collèges de la diète générale, la députation se trouva en mesure de commencer ses travaux. Alors lui fut remise ’ simultanément, par les ministrcsdeFrance et de Russie, la déclaration uniforme, renfermant le plan général d'indemnités arrêté entre ces deux ptiiss.'inces. Cette déclaration se terminait par 1a fixation d'un délai indiqué dans les termes suivants : « L'intérêt de l'Allcinagnc, la consolidation de la » paix et de la tranquillité générale de l'Europe, » exigent que tout ce qui concerne le règlement » des indemnités germaniques soit terminé dans » l'espace de deux mois. » C'était exiger beaucoup. On n'était pas accoutumé à tant de célérité à Ralisbonne.
Cependant le plus grand nombre des parties intéressées n'aurait pas demandé mieux que de voir -le projet des médiateurs adopté à l'instant même. 4 l'exemple de la convention du 25 mai , conclue entre la France et la Prusse, une convention pareille avait été, le 24 du même mois, signée entre la France et la Bavière. Le mois suivant, le 20 juin , une autre convention fut conclue encore
I ’ On conrlutHm de la dièlr ext nn avii prix par «Ile, i et ratifié par IVmpereur.
1 ' 18 aoêl.
POLITIQUE EXTÉRIËUIIE.
eiilrc la France cl le duc de Wurtemberg ; mais | celle-ci, en promellanl au duc une indemnité convenable, ne la spécifiait pas, comme on l’avait fait ! pour la Prusse et pour rêiccleur- palatin. Ce der- ■ nier prince devait recevoir, sauf quelques restrictions, Icsévècbcs de Wurt/.bourg, Bamberg, Freysingen, Augsbourg cl Aichstedt, avec un certain nombre de villes impériales. Pour ce prince comme pour la Prusse, l'occupation pouvailétre immédiate.
Les troupes prussiennes se mirent en mouvement dans les derniers jours de Juillet, mais ce fut le 5 août qu’elles prirent possession de la plus grande partie des domaines assignés à cette puissance. Ce jour n’était pas choisi sans dessein , c’était celui de la fête du roi ; et le ministère jusqu’alors n’avaif pas eu encore un aussi beau bouquet à offrir à ce prince. Un détachement autrichien, qui tenait garnison à Erfurt, ne mit point d’opposition à l’entrée des Prussiens dans cette place; mais la courdc Vienne, qui voulait bien se montrer tolérante à l’egard de la Prusse , ne voyait pas du même œil les troupes bavaroises prêtes à s’emparer des territoires et villes dévolus à l’électeur. Au moment où ces troupes s’avançaient pour occuper Passau, un corps autrichien arrivait sur cette ville dans la même intention. Cependant, pour éviter un choc imprudent, les généraux des corps respectifs convinrent de s’arrêter et d'attendre de nouveaux ordres de leurs gouvernements. De la part du général autrichien, cct accord n’était qu’un piège. Au . mépris de sa parole, il entra dans Passau le 1 7 août.
L'occupation de Passau , destiné à l’électeurpalatin par le plan des médiateurs, était un coup assez hardi , qu’on n’avait pas attendu de l’Autriche. A la vérité, quoique la France affectât d’y voir une insulte faite aux puissances médiatrices, l’insulte, si c’en était une, ne s’adressait qu’au premier consul , qui seul par des actes non communiqués , avait autorisé ces occup«j|jpn8 immédiates. Cependant la cour de Vienne ne s’était pas portée à une telle détermination sans quelque inquiétude de l'effet qu’elle produirait à Paris. Elle- SC hâta de chercher à corriger par la négociation ce qu'il y avait eu de violent dans la démarche. Elle prétendait n'avoir fait que remplir un devoir, en allant au secours du princc-évéqq^.qiii^air^t réclamé son appui, et qui, à ses yeux, devait toujours être possesseur légitime, jusqu'à ce q|tc sort eût été délinitivement fixé. En méiué temps clic faisait des propositions nouvelles , 'et temuignait au premier consul le désir de tout terminer par un arrangement amical. Ce désir était aussi celui du premier consul , mais il entrait dans sa politique de montrer beaucoup de ressentiment. Ce ressentiment se déploya dans plusieurs notes t Bir.siix,
remises à Ratisbonne par lé ministre de France, notes dans lesquelles, accusant l’ambition persévérante de la cour de Vienne, on lui faisait le reproche > très-fondé d’avoir mis en avant , d’une manière plus ou moins directe, des propositions ayant pour but d’étendre sa frontière non-seulement jusqu’à riser, mais même jusqu’au Lcch.
Il convenait aussi au premier consul de proGter du moment pour engager la Prusse dans des liens encore plus étroits avec la république. Ce fut l’objet d'une convention conclue à Paris, le d septembre, entre la république française, la Prusse et la Bavière. Le marquis de Lucchesini se laissa persuader de signer cette convention , sans autorisation préalable de sa cour; triste résultat de la fausse position de ce ministre , qui , en expiation de scs premiers torts envers le gouvernement français, avait fini par tomber dans sa dépendance. L’engagement toutefois était grave. Il était stipulé que, dans le cas où, contre les espé^rances et malgré les efforts réunisdes trois paissances, S. M. l’empereur, qui avait occupé. Passau^->Mt,fcfq^rait à l’évacuer dans l’espaco^es soixanle^onrs^tinés aux délibérations delà 4i^te, u les- goûter nements français et » prussien ri^tiniraient léhft. forces aux forces ba- » varoiscs pour assurer à la Bavière tant la conser- •- vation de ses anciennes possessions sur la rivo » droite de i'Inn, que la possession de Passau et «.^e^toutes les indemnités à elle adjugées. » Cet acle’’-ne fut pas agréable à Berlin. Le ministère prussien se vit avec regret lié par des stipulations qui pouvaient le forcer d’agir dans un temps prochain ; mais il dissimula ce vrai motif de son mécontentement. Il exprima la crainte que la Russie ne fût blessée de la signature d’une telle convention sans on concert préalable aVee.elIc. On lui répondit que U. de Markof ayant >sra ne {tonvoir y prendre part sans de nouveaux Ordres de sa cour, l’effet eût été manqué par le retard nécessaire pour qu'il pût les recevoir ; mais qu’une lettre du premier consul à l’empereur Alexandre, ayant donné à ce prince les explications convenables, avait paré à tout inconvénient. Le roi allégua une autre objection plus spécieuse, fondée sur l’énonciation inexacte du titre en vertu duquel il avait pris possession de son indemnité. Il entendait posséder scs nouvelles acquisitions, non en vertu du plan arrêté entre la France et la Russie, plan provisoire qui avait encore besoin d'étre sanctionné par la députation de l'empire et par l’empereur, mais en vertu de la convention du 33 mai, signée avec la France, qui lui garantissait ces acquisitions comme définitives. Ce fut sous cette réserve de l’exécution du traité
' Note du 13 Mptembre.