CHAPITRE XXIll
Ou 23 mai dans loolo son él«ndue que la convenlion du S septembre fut raliûce par le roi de Prusse.
Cepcndanl la lettre du premier consul à Tempereur Alexandre avait obtenu le succès qu*on en avait espère. I,e monarque russe, entrant dans les vues qui avaient dicte la conveution du S septem* lire entre la Prusse, la Bavière et la France, char* geait son ambassadeur à la cour de Vienne de presser l'cvacuation de Passau, et d’inviter cette cour à ne pas se refuser aux offres qui lui étaient faites par le premier consul. En même temps son anilMssadcur à Paris recevait l'autorisation d’accé* der à la convention du 1$ septembre, sur la base du supplément d’indemnité proposé pour le grand-duc de Toscane.
Si la politique française avait dû, malgré les in* stances du cabinet autrichien , rejeter le principe de la conservation de trois électorats eedésîasli* ques dont la dotation eût seule absorbé une grande partie di'S biens disponibles sur la rive droite du Bhin, elle ne se montra nullement opposée au rétablissement de l'un de ces élcetorab, lorsque la possibilité lui en fut démontrée. J.e aiége de Ha yeiice fut transféré k l’église cathédrale de Ha* tisbomie. On y attacha les dignités de prince-élcctcur-archichancclîer de l’empire, ainsi que celles d'archevêque inctrupolitain et de primat de (icrma* nie. La base de sa dotation était la principauté d'AschalTenbourg, à laquelle se joignaient des ter* riloircs C|iars et un supplément à pretidrc sur des péages, pour lui compléter un revenu d'un million de florins. En cette circonstance c'était le premier consul qui, parltellcmcnl du moins, se rapprochait des anciennes formes allemandes, tandis que les Allemands étaient loin de lui en savoir gré. Les princes laïques héréditaires, qui avaient espéré recueillir tout entier riiéritage du clergé, s'aQIigcrcnl à la vue du nouveau prétendant qui venait en réclamer sa part. On ne s'étonnait pas moins que le premier consul eût choisi, pour l'éicvcr à la di* giiité d’électeur et d’archichancelier de l'empire, un homme qui s'ctail signalé par une grande exaltation contre la répuliltque française; qui , en sa qualité de coadjuteur de Uayonce, appelant aux armes, en 1707, les peuples de l'Allemagne méridionale, avait proposé de déférer la dictature de la guerre k l’archiduc Charles; mais ces considérations mêmes, que l’on supposait devoir détourner le premier consul d’un tel choix, étaient précisément celles qui l’y avaient détermine. Le baron de Dahlborg était honoré par scs compatriotes, pour son caractère et ses connaissances. Il avait eu, en outre, l’illustration d'une grande énergie contre la république française. Qu’importent au premier consul les opinions passées? Partout c’est le mé-
rite, ce sont les notabilités intellectuelles qu’il aime à distinguer, parce qu’il y a sympathie entre ellcsct lui. D'ailleurs, en devenant le fondateur du nouvel électoral, il juge, avec raison, que les qualités cl les talcnlsdu nouvel électeur, précédemment employés I contre la Frai»ce, lui seront bientôt dévoués et ac- ; quitteront largement la dette de la reconnaissance. I L'Autriche, si ardente dans son xèle pour la restau- I ration des électorats ecclésiastiques, voit presque I avec indifférence qu’il en soit échappé un au nau- J frage. Elle l’eût désiré d’abord pour l’archiduc An- I toinc, qui avait été choisi à Munster pour le siège de Cologne, et ensuite du moins pour le titulaire, encore vivant, de réicctoral de Trêves. Elle comprend j trop bien que le nouvel archichancelier de i’ern- I pire n'y sera pas un renfort pour elle. Les minis- ^ très des gouvernements médiateurs ayant proposé , rétablissement d'un siège électoral à Ratisbonne , et, pour le remplir, l’ancien coadjuteur de Mayence, devenu électeur de Mayence par le droit ancien, la proposition fut adoptée sans difficulté par la députation extraordinaire.
Docile à l'impulsion qui lui était donnée par les puissances médiatrices, la députation d'empire avait, le 8 septembre, formé un conc/watim portant acceptation préalable de la déclaration de ces puissances, sauf les modificatiun» que pourraient exiger les réclamations des parties iiilcrcssccs; mais celle acceptation préalable n’avail point été ratifiée par l'empereur, qui ne trouvait pas dans le terme mot/iftcalion une latitude suffisante pour les changements essentiels que l'Autriche avait à demander en faveur des princes de sa maison, l'archiduc grand^luc de Toscane et le duc de Modène.
Malgré ce refus de la ralilicalion impériale, la dépuLvlioii de l’empire avait reçu les réclamations qui lui avaient été présentées, cl les avait communiquees aux médiateurs. Ceux-ci, au lieu d’entrer dans des difcus^ions individuelles qui eussent clé interminables, avaient, le 8 octobre, remis à la députation, par des notes uniformes, leur premier plan corrige, ou, si l'on veut, un second plan général. Nouvelles plaintes, nouvelles rectifications d'où il était résulté un troisième plan remis le 23 novembre. Ce dernier travail avait enfin obtenu un assentiment indirect de la cour de Vienne. Le ministre impérial l'avait transmis aux envoyés des puissances médiatrices seulement areo la réterra det préletUiOHt de l'empereur. Ce biais dispensait reropcrrur de ratifier formellement un acte qui ne satisfaisait pas encore a ses demandes; mais c'clait déjé un grand pas, une véritable preuve de condescendance. Le principe de ce procédé était dans un renouvellement de négociation qui se suivait à Paris entre la France et l’Autriche, cl dont celle ri
(IWf]
POLITIQIE EXTÉRIEURE.
SCO
commençait à sc promettre une heureuse issue.
Malgré la fermeté du gouvernement français i poursuivre Pobjel permanent de sa politique, raf> faiblissement de l'Autriche, le premier consul n'avait pas été sans égards cl sans ménagements pour cette puissance. Plus d'une fois, il lui avait fait des avances auxquelles on n'avait pas répondu. Lors> qu'il avait admis l'idée de rétablir on électeur ecclésiastique, il avait montré la disposition d’en laisser le choix à rinfluence autrichienne. Il avait de même témoigné qu'il donnait d'avance son assentiment à tout ce qu'on voudrait faire pour ajou* 1er plus d'éclat i la grande maîtrise de l'ordre Teutonique Au moment où ces insinuations avaient été faites, l'Autriche y avait paru assez indifférente. Quant h l'archiduc grand-duc, le premier consul avait toujours été personnellement bien disposé pour lui; et celui-ci, de son cù(é, n'avait pas non plus cessé d’exprimer sa confiance « dans le grand n homme qui avait deux fois sauvé la Toscane. « Les communications intimes avaient été reprises; des lettres amicales venaient d’étre échangées entre le premier consul et l'empereur. De partet d'autre, on avait le désir de s'entendre ; mais le système do premier travail fait par la France, et maintenant adopté par la députation, avait été combiné avec tant d'art que l'Autriche ne pouvait rien demander, en faveur du grand-duc, qu'il ne fallût prendre aux dépens de la Bavière, du Wurtemberg ou de Bade, tous États protégés parla Russie, la difBcuIlé pourtant n'était pas invincible. Ppur en trouver la solution, le premier consul n'avait besoin que d’y être déterminé par un échange de complaisance de la part de la cour de Vienne. La complaisance que l'on désirait de cette cour était celle qu'on avait obtenue de la Prusse, une garantie des possessions respectives, notamment pour la France; celle des arrangements pris p«r^ en Ullie. Dm le milieu de novembre, l'Autriche avait f^if-conmitreà Paris que celte garantie ne formerait point d'obstacle, lorsqu’on serait d'accord sur le reste. Ce point de haute politique étant, aux yeux du premier consul, d'un tout aulre poids que l'addition plus ou moins forte de quelques parcelles de territoire au lot du duc de Modène, cl i celui de l'archiduc Ferdinand, il fut signé à Paris, le S6 décembre, deux conrentions, l’une entre Ia France et l'Autriche sehles, l’autre également entre l'Autriclic et la France, mais avec accession de la Russie. '
La première de ces conventions, composée seu- [ lement de deux articles, destinés à rester secrets, n'intéressait que la France, mais l'inléressail è un I haut degré. Le premier article reconnaissait pour *
' Le grand roaiirc était l’archiduc Charira.
rot d'Étrnne l'infant d’Espagne, qui était en possession de la Toscane. Voici le deuxième : «Tous
» leschangemenlssurvenusenltaliedepuis le traité
a de Lunéville sont reconnus. * Cet article est bref, mais il est significatif. C'était un résultat des plus importants pour le gouvernement français.
la seconde convention du 26 décembre, qui seule fut rendue publique, terminait les dernières difficultés des affaires d’Allemagne. Au Brisgau, qui formait l’indemnité du duc de Modène, on joignait l'Ortenau, dont l'Autriche faisait la cession. Pour dedommagement de ce sacrifice, on sécularisait, en faveur de cette* puissance, les évêchés de Trente et de firixen. Quant à l’archiduc grand-duc, on lui donnait, pour complément d'indemnité, l'évéché d'Aiebstedt, qui était ainsi dé- Uebé du lot de la Bavière.
L'élccteur-palatin souffrait seul de cet arrangement nouveau qui lui enlevait une possession dont il se croyait assuré. La France promit de lui en procurer le remplacement,' et le rtcèt de l'empire exprima J%^r^tcvc u qu’il serait pourvu uUéricu- •• rcine1ît«']paru<ie compensation territoriale, i >• ce qui matlqâall encore à ce prince pour l'évéché i> d'Aiebstedt, qui lui avait été assigné antcricu- » rement. »
Avec l'Aulricbc, lorsque tout semble fini, rien n'est fini encore. On eut de nouveau à lutter contre de vaines chicanes, relativement â un rayon de cinq cciiU toises, annexe de Passau, qu'elle refusa d'évacuer, sous le prétexte qu'il n’avait pas été nominativement compris dans l'article qui stipulait rêvacualion de cette place : c'était une subtilité peu digne d'une si grande puissance. Il fallut encore que le prcmiiT consul déployât une force de volonté inflexible pour lui faire abandonner cette ridicule prétention. Enfin Passau, Tes faubourgs et le rayon, furent évacués et remis à la Bavière, qui, de son cùté, évacua révcché d'Aiebstedt dont l'archiduc grand-duc, devenu électeur de SalUbourg, prit possession.
Les changements que la convention du 2C décenihre avait apportés au dernier travail, ayant été adoptés par la députation extraordinaire de l'empire, ce qui forma un quatrième et dernier plan, l'ouvrage de la réparlilinn des indemnités fut, en ce qui concernait les gouvernements media leurs et la députation, tulalcmenl consommé p.ir l'acte final du âü février, sous te litre de recè$ principal. Il ne manquait que la ratification impériale, mais cette ratification ne pouvait plus souffrir d'obstacles puisqu'elle avait été promise par l'article 4 de la convention du 36 décembre; cependant elle se fit attendre encore. Ces nouveaux retards de la cour de Vienne ii’étaienl-iis que la