CHAPITRE XXVI
étendue est en date du 38 février, et fut portée à l'enipcrcur Alexandre par le comte de Czernichef son aide de cautp, l'un des intermédiaires les plus actifs de la correspondance des deux empereurs. Apres avoir annoncé au monarque russe qu’il a nommé le général Lauriston pour succéder auprès de lui au duc de Yiccnce et avoir dit qu'il charge le colonel Czcrnichcf de parler à S. M. I. de scs sentiments pour elle. Napoléon ajoute : u Ces senn timents ne changeront pas, quoique Je ne puisse n me dissimuler qw Foire Majesté n’a plus d’ami- » lié ^ pour moi. Elle me fait faire des protesta- » tions et toute espèce de difficultés pour l'OIdcnn bourg, lorsque Je ne me refuse pas à donner » une indemnité équivalente et que la situation » de ce pays, qui. a toujours été le centre de la » contrebande avec l'Angleterre, me fait un de- » voir indispensable, pour l'intérét de mon empire » et pour le succès de la lutte où je suis engagé,
» de la réunion d'Oldenbourg à mes États.
n Le dernier ukase de Votre Majesté, dans le » fond et surtout dans la forme, est spécialement » dirigé contre la France. Dans d'autres temps, j » V^utre Majesté, avant de prendre une telle me- ' Il sure contre mon commerce, me l’aurait fait con- ■> naître cl j'aurais peut-être pu lui suggérer des » moyens qui, en remplissant son principal but,
» auraient cependant empêché que cela ne parût n aux yeux de la France un changement de sys- ' n lèmc. Toute l’Europe l'a envisagé ainsi, cl déjà n notre alliance n’existe plus dans l'opinion de » l’Angleterre et de l’Europe. Fùl-cllc aussi entière n dans le cœur de Votre àlajcsté qu'elle l'est dans » le mien, celte opinion générale ne serait pas U moins un grand mal.
n Que Votre Majesté me permette de le lui dire » avec franchise, elle a oublié le bien qu'elle a re- » tiré de l’alliance, et cependant qu'elle voie ce » qui s'est passé depuis Tilsilt! Par le traité de H Tilsilt, Votre Majesté devait restituer aux Turcs » la Moldavie et la Valachic ^ ; cependant, au lieu i> de les restituer, elle les a réunies à son empire.
» La Moldavie et la Valacbie font le tiers de la
' Dans les derniers jours de février, étant sur le point de partir pour ma mission à Varsovie, je reçus ordre de me rendre au lever de l'Empereur. Parmi les personnes que j'y rencouirni, se troiiv.-iil le culuucl CzcruivhcF, qui venait aussi prendre congé, se disposant à se mettre en route pour porter à l'empereur Alexandre la lettre cidessus luentionnéc. Celte rencontre ne me parut point fortuite. Après avoir parcouru en partie le cercle qui était peu nombreux, l'Empereur vint vers moi, et me parla de l'esprit ardent des Polonais comme pour me faire la leçon «le 1rs calmer. «Il ne faut pas, me dit-il, qu'ils s'abano douncnl à des rêves dangereux. Ils forment un Étal
» Turquie d’Europe : c’est une conquête immense N qui , en appuyant le vaste empire de Votre Ha- » jesté sur le Danube, 6le toute force à la Turquie, n et, on peut même le dire, anéantit l’empire otto-
i> man ; mais, sans ma confiance dans Votre
» Majesté, plusieurs campagnes très- malheureuses » n’eussent pu amener la France à dépouiller ainsi » son ancien allié. En Suède, dans le temps que » je restituais les conquêtes que j'avais faites sur » celle puissance, je consentais que Votre Majesté » gardât la Finlande, qui fait le tiers des Étals » suédois.... Depuis cette réunion, on peut même n dire qu’il n’y a plus de Suède, puisque Stockn holm est aux avant-postes du royaume, et cepenn danl la Suède , malgré la fausse politique de son » roi, était aussi un des anciens amis de la France. » Pour récompense. Votre Majesté exclut mon » commerce depuis la Moldavie jusqu’à la Fin^ » lande et m'inquiète sur ce que je fais en deçà de » l'Elhc. Des hommes insinuants, suscités par l'An- » glcterrc, fatiguent les oreilles de Votre Majesté n de propos caluninieux. Je veux, disent-ils, rétan blir la Pologne ! j'étais maître de le faire à Tilsilt; n douze jours après la bataille de Friedland, je » pouvais être à Wilna.
n Si j'eusse voulu rétablir la Pologne , j’aurais n désintéressé l’Autriche à Vienne (en 1809).
» Je le pouvais en 1810, au moment où toutes n vos troupes étaient engagées contre la Porte.
» Je le pourrais probablement encore dans ce » moment sans attendre que Votre Majesté termine ' » avec la Porte un arrangement, qui sera vraisem- I II biahlcmenl conclu dans le cours de cet été.
' » Puisque je ne l'ai pas fait dans aucun de ces
n moments, c'est donc que le rétablissement de la ' » Pologne n’était pas dans mes intentions; mais, I n si je ne veux rien changer à l'étal de la Pologne, ' » j’ai le droit aussi d’exiger que personne ne se ^ » mêle de ce que je fais en deçà de l’Elbe. Toute- ; » fois il est vrai que nos ennemis ont réussi : les : » forliticalions que Votre Majesté fait établir sur ' n vingt points de la Dwina, les protestations dont ' » a parlé le prince Kurakin pour l'Oldenbourg et
» (le près de quatre millioni d’émes; qu’ils se livrent à I > des améliorations intérieures : <^cla vaudra mieux que » de poursuivre des chimères qui pourraient compro- » mettre leur sûreté. ■ Ces paroles, prononcées assez haut pour être euteudues, u'étaient pas évidemment pour I moi seul, La vérité est queje ii'avais point d'instructions secrètes contraires i cette déclaration publique.
* Lettre de Napoléon h l'empereur Alexandre, en date du 28 février.
* L’empereur Alexandre, moins pour faire une objec- , tion sérieuse que pour jouer sur les mots, disait au duc i de Viccnce : • Le Valais vaut bien la Valacbie. *
POUTIQUB EXTÉRIEURE.
» l'uliase le prouveiil assez. Moi, je tuis le même N pour elle; mais je suis frappé de l'évidence des n faits et contraint de penser que Votre Majesté est Il toute disposée, aussitôt que les circonstances le I* permettront, à s’arranger avec l’Angleterre, ce » qui est la même chose que de mettre la guerre » entre les deux empires. Votre Majesté abandon- » nant une fois l'alliance et brûlant les conventions M de Tilsitt, il est évident que la guerre s'ensui- » vrait, quelques mois plus tôt ou quelques mois » plus tard. Cet état de méflance et d'incertitude Il a des inconvénients pour l’empire de Votre Mail jesté et pour le mien. Le résultat doit être, de Il part cl d'autre, de tendre les ressorts des deux Il empires pour nous mettre en mesure. Tout cela » est fâcheux. Si Votre Majesté n’a pas le projet de » se remettre avec l’Angleterre, elle sentira la né- » cessité pour elle et pour moi de dissiper tous ces n nuages. Elle n'a pas de sécurité, puisqu'elle a » dit au duc de Vicence qu’elle ferait la guerre sur H ses frontières; et la sécurité est le premier bien Il de deux grands Étals. Je prie Votre Majesté de » lire celle lettre dans un bon esprit, de n’y rien n voir qui ne soit conciliant et propre à faire dispa- II rallre, de part et d'autre, toute espèce de mé- II Cancc, et de rétablir les deux nations, sous tous » les points de vue, dans rintimilé d’une alliance H qui, depuis près de quatre ans, est si heureuse. » Peut-être le travail auquel je me livre, en in’identiOant presque à mou insu avec les idées de l'Empereur, ne me laissc-l-il pas une liberté de jugement tout à fait exemple de partialité; niais il me semble que, si les lettres de Napoléon ne présentent ni la pompe et l’éclat que prêtent au langage de leurs principaux acteurs quelques historiens de l'antiquité, ni la concision laborieuse de quelques autres, elles offrent souvent des mots et des passages extrêmement remarquables, et que surtout elles ont plus de valeur sous le rapport de l’instruction historique. La lettre que nous venons de rapporter donne sans doute malièreà de justes récriminations; mais elle renferme aussi des arguments solides, parce qu'ils ont la vérité |>our base.
A la vérité, lorsque Napoléon dit à l'empereur Alexandre: « Dans d'autres temps, avant de pren- » dre de telles mesures contre mon commerce, N Votre Majesté me l’eût fait connaître, » il prèle le flanc à une juste et facile rétorsion du même reproche appliqué à l’occupation du duché d'Oldenbourg; mais l’empereur Napoléon est loin d'exagérer les faits lorsqu'il rappelle les sacrifices auxquels il a consenti à l'avantage de la Russie, le sacrifice du tiers de la Turquie d'Europe cl celui du tiers de la Suède, les plus anciens alliés de la France. Napoléon ne donne pas même à ces con-
cessions leur gravité réelle; car lui-inémc il ne la sent pas, il ne l’apprécie pas telle qu’elle est en effet; il croit â la durée des acquisitions qu’il a faites comme â celles qu’a faites la Russie , et cependant, <â part môme les chances de l’imprévu, il n’y avait point parité entre les acquisitions respectives : celles de la Russie étaient évidemment de nature à être conservées; celles de la France, essentiellement hasardeuses et viagères.
Napoléon était dans le vrai quand il se plaignait de n’avoir contribué à l'agrandissement de la Russie que pour donner une plus grande latitude à l’interdiction du commerce français , en étendant celte exclusion de la Moldavie à la Finlande.
llelalivemenl aux inquiétudes russes sur la Pologne, Napoléon prouve trop bien que jamais il n’a formé un projet flxc pour le rétablissement de cet État, puisqu’il n’a profité d’aucune des occasions qui lui ont été ofTcrtcs pour rentreprendre. S’il y a eu sur ce point des torts dans sa conduite, ce n'est pas à la Russie qu'il appartient de lui en faire un crime.
En échange*de ses concessions à cette puissance, l’Empereur demande à rester seul maître du terrain en deçà de l’Elbe. La prétention n’est pas admissible du moment qu’il existe en deçà de l’Elbe un inlércl plus ou moins grave auquel la Russie ne peut pas être indilFérentc.
Rien de plus juste que les observations de l’Empereur sur le mal que se font réciproquement les deux empires , en tendant, de part et d'autre, tous les ressorts de leur puissance ; mais ici Napoléon raisonne dans l’ignorance des intentions secrètes de la Russie, et nous aurons bientôt lieu de reconnaître que les dispositions du cabinet de Pétersbourg n’avaient pas été, conôme il le suppose, simplement comminatoires.
Peu de jours après être entré en communication directe avec l'empereur Alexandre, Napoléon faisait écrire à son ambassadeur pour ajouter encore i scs premiers raisonnements des raisonnements nouveaux. C'est surtout l'article de l'ukase d'après lequel des marchandises françaises pourraient être brûlées en Russie, qui cause à l’Empereur l'irritation la plus vive, et lui arrache les énergiques exclamations dont se compose la dépêche ministérielle : « Pcul-on concevoir un étal d'alliance * pen- » dant lequel l'une des deux nations alliées brûle Il les produits de l’autre? Quel effet un pareil aulo- ! » da-Ié peut-il produire? Qu'on en juge par celui i » qu'a produit en Angleterre le brûlement de scs ' » marchandises récemment exécuté en France.
I ' LfUrc «lu duc de Cadore au duc de Vicence, en date : du 5 mars.
rilAPITIlE XXVI.
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n Nous prcnd-on pour une nation sourde à la voix
» de l’honneur? Ceux qui conseillent de telles
Tl mesures sont des pcrfîdcs. Ils savent bien que n brûler les étoffes de Lyon , c'est aliéner les deux » nations, et que la guerre ne tiendra plus qu’à w un souffle....»
Le ministre prévient le duc de Viccncc que désormais, d'après les ordres de l'Empereur, on n’emploiera , dans scs chantiers et ses arsenaux, que des bois de Corse et des provinces illynennes, que des chanvres de France et d’Italie. Ainsi, avec la liussic, plus de relations commerciales: est-ce là un état de paix et d'alliance? est-ce ainsi que pensait l'empereur Alexandre à Tilsitt? Que de mal |K!Ut faire son ukase! u L’Empereur me disait, « cuiiUnue le iniiiistrc, qu’il aimerait mieux rcce- » voir un soufflet sur la joue, que de voir brûler » les produits de l’industrie cl du travail de scs » sujets... La nation française sc croira déshonorée n lorsqu'on brûlera ec qui vient d’elle. La Russie » ne peut pas envahir notre territoire; elle nous i> insulte dans le produit de nos arts cl de nos tra- M vaux! Obtenex, monsieur, l’a sirrancc secrète » que ce brûlement ne sera point exécuté sur les n marchandises françaises.... Quels ne seraient pas » les scntiineiils de l’empereur Alexandre, s'ilap- » prenait qu'en haine de son nom et de sa nation n 011 a brûle à Hambourg cinq à six cargaisons de n bois et de chanvres ! et voilà ce qui arrivera si on
• brûle un ballot d'étoffes françaises. »
Comme la üifficullc survenue entre les deux Étals
sur les termes de la convention à conclure au sujet de la Fologne parait toujours préoccuper la Russie, le duc de Cadorc prescrit à l'ambassadeur de faire entendre à M. de Romanzof que tous les symp- » tûmes de discorde qui à présent alarment l'Kun rope viennent de lui et de son entêtement à tenir
• à une rédaction plutôt qu'à une autre, et que lui- K même a manqué l'occasion de lier l'Empereur » par une convention dont S. M. admettait toutes » les stipulations, en sc refusant seulement à une
• phrase qui ii'clait ni dans le style diplomatique » ni dans le langage des convenances.
■ En conversant avec l'empereur Alexandre, » parlez aussi à son cœur ; intéressez son honneur » et sa sensibilité. Uiles lui que le souverain qu’il n place dans une position si pénible est celui qui , N de son propre aveu, l’a si bien servi , celui à qui N il a dit à Tilsitt, et dans ce jour qu’il regardait » comme l’anniversaire de Pultawa : f'ou$ area >* êauvé l’empire rutse. Le prix de cet éminent scr- » vice serait donc pour l'Empereur d'èlrc forcé de
» faire la guerre à la Russie pour sauver son pron pre honneur, et pour éviter le reproche d’avoir n souffert, dans ce haut point de gloire où il s'est » élevé, ce que Louis XV endormi dans les bras de Il madame du Barry n'aurait pas supporté....
» Comment l’empereur Alexandre, si attentif n précédemment à donner connaissance à l'Empc- II rcur de ce qui pouvait l’intéresser, n’a-l-il pas » écrit un seul mot au moment où il prenait une n mesure si propre à inQuer sur les relations des » deux empires?
n Au moment de vous retirer, il faut que vous ■ effaciez cette tache. Vous exprimerez au gouver- » nement russe le désir d'emporter av«: vous un n gage de l'union des deux Étals et du maintien » de leur alliance. » Malgré le profond ressentiment que lui causait le règlement sur les douanes, l'Einpereur cependant ne voulut pas voir, dans celte évidente agression, une cause do guerre, mais bien un motif de se ineltre sur ses gardes. «Je ne ferai R point ’ la guerre, écrivait-il, pour raison de Tun kasc et du tarif, mais je me tiendrai en mesure » conlrc les effets du mauvais esprit qui a dicté cet H acte... J’ai dit moi-inéincà U. de Czernichcfquc, M depuis que j'ai connu l'ukase, j'avais levé la conn scriptinn , et que cet acte me coûterait une cen-
• taine de millions cette année. J'envoie six bail taillons polonais pour renforcer la garnison de R Dantzig.» L'Empereur veut que le duc de Viccnce soit informé de ces dispositions pour tranquilliser le cabinet de Fclersbuurg : l'ambassadeur dira qu'elles ont lieu pour prémunir cette place contre les tentatives des Anglais, u Knnn, poursuit » Napoléon, quel mal d'avouer qu'une place do » cette importance doit être assurée dans la cir- II constance actuelle? r
Frécisémeiil le même jour où Napoléon fait transmettre ce genre d'informations au duc de Viccnce, l'empereur Alexandre emploie, de son côté, le même mode de Justification. Selon lut, c'est la France qui a fait les premiers armements. « I/An- R glcterre, dit-il, a vainement frappé ici à toutes R les portes : elles lui sont toutes fermées; s'il a R fait des préparatifs intérieurs, c'est pour n'étre
• pas pris au dépourvu, r
L'empereur Napoléon ne cessait de renouveler les mêmes avis au duc de Viccnce. Celui-ci devait s'attacher à faire sentir au cabinet de Pélersbourg qu’il n’élail pas possible de laisser Dantzig sans une forte garnison, «puisque les Anglais avec » huit à dix mille hommes dans la Baltique, pour- R raient surprendre ce point important. » Il fera
• Lettre dr Nupolêon h son ministre des affuires étrangères, en date du 3 mars.
* Lettre de Napoléon, en date du 1" mars.
POLITIQUE EXTÉHIEUKE.
connaître que l'Empereur aura , celte année , des camps à Toulon, à Houlogne, sur l’EKaut et au Teiei. L'Empereur n’a nulle envie de chercher au* cune espèce de querelle à la Russie, mais il serait forcé d’agir autrement, « si elle se remettait avec » l’Angleterre. » Le duc de Vicence entretiendra le ministère russe de la position fâcheuse des Anglais, de leurs discussions avec les Américains, de l’espérance qu'on peut avoir d'en venir à un résultat, ■ si l’on marche franchement en Russie; de » la nécessité d’arranger les affaires relatives au « commerce pour éviter toute acrimonie, et de finir » également lee affairée d'üldenbourg. »
L'Empereur, considérant Dantzig comme une sauvegarde commune de ses alliés, en compose parliculièrenieiit la garnison de troupes a|q>artenanl à la confcdéralion du Kliiii. Par des lettres directes aux rois de Bavière et de Wurtemberg, il demande à chacun de ces princes deux bataillons formant quinze à seize cents hommes : déjà il se trouve à Dantzig six bataillons polonais et trois saxons ; le roi de W estphalic en doit aussi envoyer trois; si l'Kiiipercur a recours i ses alliés pour former celte garnison qui doit être de quinze mille bonimes, «c’est aün de ne pas alarmer * mal à B propos la Russie en plaçant sur ce point quinze I» mille Français, que l'cxagéralion aurait biciiUH » portés à trente mille. « Dans ses lettres aux deux rois, Napoléon a soin de déclarer qu'il n’a aucune raison de requérir les contingents; que sa demande actuelle est une simple mesure de précaution, soit parce que les Anglais doivciU envoyer une escadre dans la Baltique, soit parce que la place de Dantzig, qui seule |»eul écarter la guerre, doit être à l'abri de toute inquiétude : il avoue cependant que sa situation avec l'empereur Alexandre a un peu changé. «Je suis toujours bien, dit -il, avec la Russie; N cependant, plus froidement. •
L'Empereur a raison de craindre que l’on ne grossisse à Pélersbourg les mouvements qu'il oi>ère, cuuiine les rapports qu'il reçoit grossissent les inouvemciils de la Russie. Pour remédier à cot inconvénient, il voudrait qu’il s’établit entre les deux cabinets une communication franche des mouvements respectifs. Par exemple, il a fait passer vingt mille fusils en Saxe: à Pélersbourg , un prétend qu'il y en a envoyé soixante mille. « Désormais rien B ne se fait de part cl d'autre, qui ne suit cuve- B nimé Le meilleur moyen d’cmpéchcr l’effet de B celte malveillance, c’est de se prévenir mulucl-
' Lettre de Napoléon au roi de Bavière, en date du 18 mars.
* Lettre de Napoléon à son ministre des aSaires étrangères, en date du lU mars.
B lemenl de tout ce qui serait susceptible de don- » ncr lieu à de mauvaises interprétations. » Ces idées doivent former le fond d'one note à remettre au prince Kurakin, en l’informant de la marche des troupes destinées à renforcer la garnison de Dantzig.
Toujours occupé de la même pensée, l’Empereur veut en faire à chaque moment retentir l’expression à Pélersbourg. Hier, c’était une note qu’il faisait adresser au prince Karakin; aujourd’hui, c’est un billet ; demain, ce sera une lettre. Par le billet (l'Empereur ordonne de l'intituler ainsi), le ministre doit faire bien comprendre que les mesures prises en Rassie le mettent dans le cas d’en adopter qui y répondent, « maie que ce n’eet pae B /wi qui a commencé qu'on n'avait remue ni B une pelle ni une pioche â Dantzig ; qu'on n’y » avait pas fait entrer un convoi; qu’il n’y avait H pas même de garnison dans cette ville. Rappelez » le désir que j’ai, comme je l’ai témoigné par la B lettre qucj’ai remise au comtcCzernicbcf, qu'on H en vienne à une explication ^ et que de part et B d'autre tout cela cetee. »
A peine l’ordre pour l’expédition de ce billet at-il été exécuté que l’Empereur ne se borne plus à ce langage bref et presque inoflicicl ; il veut que son ministre écrive au prince Kurakin une longue lettre qu'il lui envoie : l’Empereur commence par démentir les bruits accrédites à Pélersbourg.
On a prétendu en Russie qu'un train d’artillerie était arrivé à Dantzig : cela est faux; que les troupes de la confédération ont été requises par l’Empereur : ce fait est faux également ; on a seulement demandé quelques balaillonsàla Bavière et au Wurtemberg (nous avons vu pour quel usage); que la Saxe a acheté soixante mille fusils : tout ce qu’il y a de vrai, c’est qu'il lui en a cédé vingt mille. Napoléon nie formellement qu'on ail fait à Dantzig des forliâcalioiis considérables, comme on affecte de le croire à Pélersbourg, « et cependant, dil-îl, B il est à la connaissance de tout le monde que de- » puis l’année dernière oo travaille à la fois à vingt n places de guerre sur la faible frontière du duché B de Varsovie; qu’on a créé de nouveaux régi- B nienls, cnün qu'on se méCe de la Fratice, et en » cela les ennemis du continent ont réussi. Tout B le monde sait qu'il n’y avait en Russie de fa- B vorable à la France que l'Empereur * lui-mëme. B La création de ces nouvelles places , de ces nou- ■ veaux régiments, ces préparatifs qui ne peuvent
* Biilcl du 37 mars, adrcMéau prioce Kurakin.
^ Ce devait être pour rcmpercur Napoléon un motif de le ménager davantage et d'éviter tout ce qui pourrait nuire k ce prince dans respril de ses sujets.