‹ Histoire de FranceChapitre 105 sur 142 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

$a lettre du S8 février au lieu de mettre un vain amour-propre à attendre celte réponse dans un orgueilleux lilence, il écrivit, pour servir d'introduction à son ambassadeur, une lettre nouvelle, mélée d’expressions aflectucuscs et de raisonnements, qui eût dû, à ce qu'il semble, amener quelque chose d’analogue de la part de l'empereur Alexandre ; mais celle-ci n’aura pas plus de résultats que la première, u Je n’envoie pas à Votre Majesté, di- » sait Napoléon un hoinnic consommé dans les » aOaires, mais un homme vrai et droit comme les H sentiments que je lui porte; et cependant je re- M çois chaque jour de Russie des nouvelles qui ne M sont point paciûqucs. Hier, j'ai appris de Stock- H hulm que les divisions russes de la Finlande » étaient parties pour s’approcher des fronlièrcs » du grand-duché. Il y a peu de jours, j'ai été w instruit de fiucharest, que quatre divisions ont » quille les provinces de Moldavie et de Valachie » pour se rendre en Pologne, et qu'il ne reste que n quatre des divisions de Votre Majesté sur le Da- H nubc. Ce qui se passe est une nouvelle preuve n que la répéiiU’on est la plus puissante figure de n rhétorique. On a tant répété à Votre Majesté que n je lui en voulais, que sa conliance a été ébranlée. » Les Russes quittent une fronlicrc où ils .sont né- • cessaires, pour se rendre sur un point où elle n’a n que des amis. Cependant j’ai dû penser aussi à » mes affaires, et me iiicUrc en mesure. Le contrem coup de mes préparatifs portera Votre Majesté k V accroître les siens. Ce qu'elle fera, retentissant » ici, me fera faire de nouvelles levées, et tout cela n pour des fantômes! Ceci est la répétition de ce » que j'ai vu en 1800 en Prusse, et en 1800 en Aui> triche. Pour moi, je resterai l’arai de Votre Mail jesté, quand celte fatalité qui entraîne l’Europe » devrait un jour meUru les armes à la main à nos » deux nations. Je me réglerai sur ce que fera I» Votre Majesté. Je n^attaquerai cl mes

» troupes ne s’avanceront que lorsque Votre Mail jesté aura déchiré le traité de Tilsill. Je eerai lé Il premier à désarmer et k tout remettre dans la n situation où étaient les choses il y a un an, si Il Votre Majesté veut revenir k la même confiance. Il A-l-ellc Jamais eu i se repentir de la confiance N qu’elle in’a témoignée? Je charge bien spcciale- » ment le comte Laurislun de lui dire combien je N lui désire de bonheur, combien je suis contrarie M de penser qu’elle éprouve des embarras et de la » peine pour les fausses notions qu’elle s’est laissé B donner de ma politique cl de mes sentiments, et n combien je serais heureux de la voir replacée

* Lciiro rte NApoléon ponée A l'empereur Alexandre par le colonei C/eroiefaeF.

» dans la même route qn’i Tilsitl et k Erfort... n Si la prudence conseille de ne point ajouter une fin aveugle aux apparences, ce serait, d’autre part, une erreur de ne voir que fausseté dans les paroles des princes, et surtout dans celles d'un prince d’un grand caractère. Lorsque l'Empereur fait allusion k une figure de rhétorique dont il proclame la puissance, ce ii'cst point de sa part un simple Jeu d’esprit. Cette remarque a un fond de vérité qui se reconnaît sans cesse dans les affaires; seulenvent l'Empereur a tort de ne pas se comprendre luimeme dans son application. C'est aussi une citation juste que celle de ce qui s'est passé pour la Prusse en 1806, pour l’Autriche en 1800. A ces deux cpoqu(>s, on a fait des préparatifs sans avoir d'abord résolu la guerre, et on a fini par la guerre parce qu'on en avait fait les préparatifs.

Il nous semble encore que Napoléon , en disant qu't/ «era le premier à déearmer si l'empereur Alexandre veut revenir k son ancienne confiance, met franchement ce dernier sur la voie d’une réconciliation, en cas qu’il la désire. Je ne suis pas plus injuste envers Alexandre qu’envers Napoléon. J’avoue que, dans mon opinion, ce désir de rapprochement existe chez tous deux, mais l’un et l'autre sont génés par leurs propres actes : après les avoir légèrement hasardes, ils en sont devenus esclaves. 11 faut ou que Napoléon recule pour l’occupation d'Oldenbourg, ou que l'empcrcDr Alexandre renonce à son idée de protestation. Des deux côtes prédomine un sentiment d’orgueil malentendu, et les destinées du monde sont à la merci d’une susceptibilité d'amour-proprc. Là est la difficulté à résoudre, cl ils ne feront rien ni l’un ni l'autre pour y |>arvcnir : silencieux sur ce point essentiel, ils parleront volontiers et beaucoup sur les faits accessoires.

En même temps que l’empereur Napoléon ouvrait la voie à son nouvel ambassadeur par une lettre à l’empereur Alexandre, il faisait recommander au duc de Vicencc de mettre à profit les derniers moments de son séjour en Russie pour éclairer la situation des deux empires et les replacer l’uu envers l'autre dans de meilleurs termes. L’Empereur trouvait que le duc de Yiccnce avait été mal informé; qu'un lui avait fait mystère de tout a Pélcrsbourg ; que c’étaient bien cinq divisions, cl non doux ou trois, qui sc rendaient de Moldavie en Pologne; que tout s'ébranlait <lans l’empire russe; qu’en un tel état de choses, il y avait urgence de savoir ce qu'oii voulait, puisque ces grands mouvcmcnls obligeaient aussi la France à des arme-

* Lettre de Napoléon A l'empereur Alexandre, en date du 6 avril.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

incnls dispendieux : « Écrivez que je ne me plains » en rien ’ de la Russie, que Je ne veux > rien... Je » désire qu'avant de revenir, le duc de Vicencc ait » quelque explication et qu'il puisse savoir quels » moyens il y a de faire renaître la confiance, n Au moment où l'empereur Napoléon s'exprimait ainsi avec son ministre des relations extérieures, le duc de Cadorc, celui-ci était prêt à quitter ce déparlcment, où il allait cire remplacé par le iliic de Rassano. Il SC conforma auparavant aux intentions de l'Empereur en transmettant le 18 avril ses volontés au duc de Vicencc. Le même jour son successeur, par une autre dépêche qui partit en meme temps, allait plus loin et donnait encore à l'ambassadeur plus de latitude. Sur les deux questions qui formaient les griefs de la Russie, le duché d'Oldenbourg et la Pologne, le nouveau ministre écrivait : <: Que faut-il pour rassurer cette puissance? Si ce » qu'elle désire est faisable, j'ai l'ordre de vous le

' Lettre de Napoléon au duc de Cadorc, en date du 15 avril.

* De son côté, l'empereur Alexandre avait dit au duc

I* dire : cela sera fait, n Cette déclaration, répétée à Pétersbourg, n'amena rien de précis de la part de l'empereur Alexandre. A l'égard du duché d'Oldenbourg, ce n'est pas à lui, répond-il, à expliquer ce qu'il veut. Erfurt n'est pas un équivalent; c'est à la France à en proposer un. Il attend justice de l'empereur Napoléon, et justice telle qu'il doit l'espérer pour un de scs plus proches parents, pour l'oncle d'un allié tel que lui. Quant au duché de Varsovie, tout dans ce duché, suivant l'empereur Alexandre , annonce la guerre, et , si en France on ne veut pas la guerre, il ne faut pas promener sur la frontière russe le spectre de la Pologne. Telles sont les allégations par lesquelles la Russie répond au langage précis de la France. Vainement on loi demande ce que l'on doit faire pour la rassurer : il semble qu'elle ne veuille pas être rassurée, afin de conserver toujours le droit de se plaindre.

de Vicencc, dans les derniers jours de mars, • qu'il ne

• demandait rien, que la Russie n’occupait déjà que trop

* d’espace.*

CIIAPITllE XXVII.

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