‹ Histoire de FranceChapitre 106 sur 142 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

FKARCE ET BISSIE. — THABCB ET &CTB1CBE. — FBABCE ET TBCSSE.

NaisMncc du roi de Rome. — Alloeution de l’Empereur du 3i mar» au conseil génér.il du commerce. — Versions diverses de rnllucuiion de rEnipcrcur. — Proicstaiion de !.•» Russie sur la réunion du duché d'Oldcnbour(; à la France. — Parole indiscrcic de l'empereur Alexandre. — Projci d'a{;rossion de la Russie en 1811. — Indices de ce projet. — intritpics russes dans le duelié de Varsovie. — Fêles ."l Varsovie pour la naissance.du roi de Rome. — Reproches multicls sur les armenicnls. — Refus de Napoléon de rien céder du duché de Varsovie. — Précautions contre une invasion russe. — Inquiétudes réciproques. — Offres réitérées de né|;oriation de la part de la France. — Temporisation de la Russie. — Insinuations russes contre l'existence du duché de Varsovie. — Allocution de Napoléon au prince Kurakin. — Ifoubic but de celte allocution. — Rapport .A l'Empereur. — Mouvements de l'armée française. — Arrière-pensée en faveur de la Turquie. — Renonciation d'Alexandre à toute prétention sur le duché.

Au milieu de ces débats qui, cnuTcrts encore d’un certain mystère, ne semblaient pas devoir altérer les faveurs que la fortune depuis tant d'années prodiguait à Napoléon, un bienfait tic plus venait de mettre le comble à scs prospérités. Le 20 mars, il lui était né un Cls auquel il avait donné le titre de roi de Rome, roi au berceau, destiné à ne régner jamais. La Rome des Césars put accepter sans abaissement l'honneur de voir porter son nom par le fils d'un héros égal au moins à tout ce qu'elle avait produit de plus grand. D'une extrémité de l'Europe à l'autre, la naissance d'un héritier direct de l’empereur des Français fut un grand événement politique. Elle était, pour les peuples et pour les princes un effet de sa merveilleuse étoile ; pour les uns et pour les autres, une espérance. On pensa que le sentiment de la paternité allait du guerrier faire un prince pacifique, un homme d’avenir; qu'assuré d'un successeur à qui il pouvait léguer son immense empire, il fonderait désormais sa politique sur des idées de conservation : il était trop tard; avant cette époque, le mal était fait. Conserver ce qu’il avait acquis cessait déjà d'étre au pouvoir de Napoléon. Le principe de sa mésintelligence avec l'empereur Alexandre avait pris un développement sans remède, et peut-être fut-ce l’cnivrcmenl du bonheur qui , dans les premiers

* A mon passage à Dresde pour me rendre A Varsovie, la reine de Saxe me disait : • Les archiduchesses com- . inencent toujours par une fille. Si rimj*ératricc accou-

jours après la naissance de son fils, vint donner encore à ses sentiments et à son langage une exagération présomptueuse, peu propre à calmer l'irritation, et à désarmer le ressentiment. A propos des félicitations qui l'assaillirent de toutes parts, l'Empereur, en réponse à celles du conseil général du commerce et des manufactures, avait adressé à ce conseil une allocution au moins peu réfléchie, dont il est temps de parler, arrivés comme nous sommes au moment où vont s’en manifester les conséquences. Ce fait particulier, qui avait eu lieu le 24 mars, n’était pas connu à Pétersbourg le jour où leducde Viccncercinettaità l'empereur Alexandre la lettre par laquelle Napoléon lui annonçait la naissance de son fils; suivant cet ambassadeur, le monarque russe, en recevant l'importante nouvelle, avait paru éprouver un redoublement d'affection pour l'heureux père du roi de Rome, et quelques mois plus tôt la sincérité de la joie que témoigna ce prince n'eût pas été suspecte : peut-être môme alors la mettre en doute était une injustice; mais, peu de jours apres, des rapports plus ou moins fidèles, que l’on reçut en Russie par diverses voies sur la conversation du 24 mars, vinrent ajouter aux anciens griefs un grief nouveau, et le mal ne fit que s'accroître.

Après cette étrange conversation, l'empereur

» rhe d'un prince, ce sera un miracle qui tiendra aux » destinées de l'Empereur. ■

POUTllJl'E EXTÈRIKl'KE.

Napoléon n'avaH pas été le dernier à s’apercevoir des interprétations fâcheuses que scs paroles pouvaient recevoir au dehors. Dans le désir d’empPeber qu’elles ne fussent travesties et enveniinées, il chargea son niinistre des relah'ons extérieures de les faire cuimallre en Russie coinine il désirait qu’elles y fussent présentées et comprises. «« J’ai H détourne les négociants, écrivait-il ^ de se lier » d’inlcrét avec le commerce britannique, en leur » disant que l'Angleterre perdrait tous ceux qui H s’attacheraient à elle; qu'elle ne pouvait espérer it soutenir ses excessives dépenses qu'en usurpant M la mus eraineié de tout l'univers; mais que je lui M avais ôté celte souveraineté en parvenant à l’cX' M dure de la partie du monde qui consomme n davantage; que je savais le grand coQvui que N les Anglais expédient en ce moment..... Que Il leurs marchandises seraient arrêtées partout, en » Prusse, même en Russie, parce que, guelque m chote qu’oH leurdSi, l'empereur Alexandre avait Il déclaré vouloir rester en guerre avec le gouvern nemcnl britaimiquc comme seul moyen de con- Il server la paix; que sans doute les Anglais chern cheraient de toute manière à nouer une trame H avec le continent, mais que je la couperait arec » mon épée. *

Cette lettre de l'Empereur, si elle offrait quelques-unes des phrases qu’il avait prononcées, n’en renfermait qu’une très-faible partie, et prouve seulement ce qu'il voulait qu'on en pensât à Pétersbourg. Ce mode de communiraliori ne fut pas le seul que l’un mit en usage. Une gazette d'Allona, V Abeille, publia un récit détaillé de l'audience du 21 mars, et, vu l’éUt de dépcndan<;c où se trouvaient alors les gazettes continentales, il ctait^manifeslc que ce récit venait du gouvernement français. D'un autre côté, on colportait en Russie une relalion manuscrite, pareillement krt étendue, dd la n^rne audience; mais ceilc-ei avait évidemment une autre origine. Le but de la première de ces versions était de déguiser les torts de Napoléon, s'il en a>ail eu de réels; la seconde tendait à faire ressortir ces torts et à les exagérer : quoique conçues dans un esprit dilTérent, toutes deux olTrcnt des traits nombreux de ressemblance. Comme ce sont les actes et les paroles de 1811 qui préparent la guerre de 1812, nous devons attacher à ces deux versions qui offrent quelque différence entre elles assez d’iniporlance pour nous cruirc obligés de faire ici des citations, même un pou longues, do l’nnc et de l'autre.

' Leiirr de l'fniperetir au dur de Bauano ..rn dote dn 1" avril.

’ Os deux rrnis niillions étairni la résidu non em-

Suivant la rCyé/tona, Napoléon avait dit:

«t Je serais allé â Wilna et plut loin, sans la pro- » messe de l'entpcrcur Alexaiulre de s'unir à moi

• [Niur conclure la paix avec l'Angleterre, a Après une sortie sur le mauvais étal des finances de l'Angleterre et de plusieurs autres puissances, il avait ajouté : « J’ai deux cents millions dans mon trésor t» particulier aux Tuileries. Je reçois neuf cents n miliionsd'impôts payés en écus... Si j'étais héri- » lier du trône de Louis XV cl de Louis XVI, je » serais force de demander à genoux ta paix au it gouvernement anglais; mais j’ai succédé aux " empereurs de France... *

Ces mêmes idées se trouvent , mais en termes plus énergiques, dans la version russe; voici coinhicnt elles y étaient exprimées : « Si j'ai fait la paix

• à Tüsitt, c'est que l’empereur Alexandre a pro- » mis de ne plus communiquer avec les Anglais.

Rien ne se serait opposé à ce que je fusse allé » à Higa, à Motcou, à Pétertbourg,,, »

« Mes revenus sont clairs. J'ai deux cents miln lions à moi^ dans mes caves ici dessous. Je n'en » ai pas besoin pour prendre mon café cl mon ebo- N colat. Ils seront pour l'État si cela devicut néces- » sairc...

» Si je n’étais que roi de France, je ferais comme

• Louis XIV et Louis XV, Je suis l'Kmpereur du n continent. 11 faut remonter à Charlemagne pour 1 avoir une idée de ma puissance... »

Ce sont là les passages les plus remarquables sur lesquels diffèrent les versions d’Allona et de Fétersl)ourg. I-es autres au fond sont les mêmes, et la diversité des inoU ne change rien aux pensées. Ainsi, dans rtiiic et l'autre se trouvent en termes presque pareils les idées suivantes : ■ On s’esl P moqué ici, en Kurope, de mes décrets de Berlin n et de Milan; en Angleterre, on n'en rit pas. Ces n décrets sont devenus les lois fondamentales de n mon empire pour la navigation neutre. Je rc- >• garde le pavillon comme une extension du terri- P loirc. La puissance qui le laisse violer ne peut P être considérée comme neutre. Le sort du com- » mcrce amériraiii sera bientôt décidé.... Les rc- H lacions avec rAiiglclcrrc doivent enlicrement P cesser. Je vous le dis bien haut, Messieurs les P négociants; ceux de vous qui ont des affaires à P terminer, des fonds à retirer, doivent le faire le n plus tôt |)0S5iblc. liC continent restera fermé aux M importations de l'Angleterre, .Je resterai armé P ^e pied en cap pour faire exécuter mes décrets P dont la Baltique.... n A la suite du passage sur

ployé des coniribulioits de guerre perçues en PrusM et en Aulricbe.

5 air.vov.

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