CHAPITRE XXVII
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la düTcrcncc de sa position comparée à celle des rois de France, l'Empereur avait poursuivi ; « Au* » irefois la France oc pouvait construire des vais* N seaux qu'en temps de paix. Aujourd'hui je suis » maître de toutes les bouches des grandes rivières, » de l’Adriatique jusqu'à l'Elbc. Je puis construire n en tout temps ; rien ne peut m'cinpécher d'avoir » une flotte de deuxeents rai$$eaux et de les armer. » Je sais que les Anglais ont de meilleurs amiraux, » et c'est un gran<l avantage; mais, à force de les » combattre, nous apprendrons à les vaincre. Nous » perdrons peut-être uncprciiiièrc, une deuxième, » une troisième bataille navale; mais nous gagne- » rons la quatrième, et je les subjuguerai, parce » qu'à la longue le plus fort doit finir par subju- » gucr le plus faible.... Dans mon empire, le coin* » mercc de l'intérieur s'éteve au delà de quatorze » milliards. Je sais que Bordeaux, JlamlKiurg et n d'autres |K>rls souffrent par l'interruption du n commerce maritime. Des règlements minutieux, n dernièrement faits par l'empereur Alexandre , H porteront aussi préjudice aux manufactures de M Lyon ; ce sont des perle»>individuclles, je cher» n che à les soulager.... La Russie a du papiern monnaie, l'.Autrichc de même; rAngletcrrc en n est encombrée. La France est le pays le plus » riche du globe. " (Là sc plaçaient les mots que nous avons cités sur les finances françaises.) « Je » ne changerai pas de longtemps mon tarif des » douanes. Vousétes fins, Messieurs les négociants! » plusieurs d’entre tous font la contrebande; si je n vous manque à la première, à la seconde, à la » troUiéinc ligne de douanes, je vous saisirai à la n quatrième : je poursuivrai l’épée dans les reins » tous les fraudeurs... Dans peu je prohil)erai le » sucre et l’indigo. La chimie a fait aujourd'hui » tant de progrès, qu’il est possible qu’elle opère » dans les relations commerciales, eu sens inverse,
N une révolution aussi extraordinaire que ccHe » qu’a produite la decouverte de la boussole. »
L’Empereur avait terminé ce long entretien par une allusion à l'cncoiiibreiiiunl, ruineux pour tes Anglais, de leurs marchandises sur les marchés de l'Amérique méridionale, cl par des avis fort raisonnables adressés à scs auditeurs : « Ici comme en N Angleterre, les manufacturiers ont fait des im- » prudences et des folies : ce n’est pas tout de fait briquer, il faut avoir et connaître les moyens de » vendre, et ne point faire dix aunes d'étofTcquand ■ on ne peut en déboucher que quatre. Le coni- » merce est un état honorable ; mais ses bases cs-
* Céuit «tans tes dcrniersjourtdemaracKlaailes premiers jours d’avril quv les légalioas russes remettaient celte protestation aux diverses cours. La publicité qu’elle
N senticlics doivent être la prudence et l’économie. » Il faut cire sages, Messieurs; le négociant ne » doit pas gagner sa fortune comme on gagne une » bataille; il doit gagner peu et constamment. » Parmi les divers traits des deux versions dont nous avons tiré tout ce qui précède, il en est un que l'on peut admettre sans contestatiou, c'est celui qui concerne le trésor particulier de l'Empereur. Napoléon a pu dire qu'il avait deux cents millions à lui, puisqu'il corrige aussitôt cette énonciation ambitieuse en ajoutant qu'ils seront à l’état s'ils lui sont nécessaires; mais il est un autre propos qui ne nous parait pas vraisemblable. Que l'Empereur ait dit au pa|>c et au roi de Naples : u Je suis Il empereur de Rome et de i'Ilalie ; » on le conçoit ; il n’a du dire A personne : « Je suis empereur du n confinent. » Ce mot eût été une offense gratuite non-seQlemcnt pour la Russie, mais aussi pour l’Aulriclie. Nous croyons qu’il y a là une alteration visiblement malveillante de son véritable langage; mais, à part ce trait que nous n'admettons I pas, tout le reste de l'allocutiuii offrait une suffisante matière aux réOexions des grandes puissances et particulièrement de la Russie. Cette puissance de son côté ne travaillait pas à donner une direction plus favorable aux rapports des deux cabinets. Au lieu de se borner comme Napoléon à de fugitives paroles, elle remettait aux diverses cours une protestation sur la réunion du duché d'Oldenbourg à la France : « S. M. I. de toutes les Russios a ap- » pris * avec surprise que S. M. l'empereur dus » Français, rot d'Italie, son allié, donnant par un
• sériatus-eonsullc de nouvelles limites à son cm- » pire, y a cqmpris le duché d'Oldenbourg. S. .M.
» a exposé à l’attention de l’EmiH^reur, son allié,
» comme elle Icfailà celle de l'Europe entière, que > nommément le traité de TÜsill assure la paisible
• possession de ce duché à son légitime souverain.
>* S. M. a rappelé à ce mounrquc, et le fait à
» toutes les puissances, que la Russie, par le traité •• provisoire de 1766 et celui de 1773, abandonna K au Danemark tout ce qu'elle pusséilait dans le » duché de llolslein, et reçut en échange les du- 1» ches d*01dcnbourg et de Delnienhurst , qui , par n des traosacUons connues, auxquelles plusieurs » puissances durent nécessairciuent prendre part,
« furent érigés en un duché souverain en faveur » d'une brandie cadette de cette même maison de » Holstein-Gottorp, à laquelle S. M. appartient par » le lien du sang le plus direct.
>• L'empereur juge que cet État, créé par la gé-
reçut éuit ainii anlérieurr an langage lenii par Napoléon le U mars, dont on D'avaii pu avoir connatMaoce à Pêterabourg qu'une Uoii^aiDc dr jouri après.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
» nérositë de son empire, ne peut être annule sans » blesser toute justice et scs droits. Il se voit par » conséquent oblige d’user du droit de rcservalion,
» et de mettre à couvert , comme il le fait par le » présent ofiiee, en son propre nom et celui de scs » heritiers au trdnc à perpétuité, tous les droits et n obligations qui dérivent des traités ci-dessus >• mentionnés.
Il Quel prix pourraient conserver les alliances,
» si les traités qui les fondent ne conservaient pas » le leur? Mais S. M., afin de ne point donner Il sujets aucune méprise, déclare ici qu’un grand n intérêt politique a produit son alliance avec Il S. M. l’empereur des Français; que cet intérêt » subsiste, et qu’elle se propose par conséquent de ' n veiller à la conservation de celte alliance, et s’at- » tend h on soin pareil cl réciproque de la part n d’un monarque à l’amitié duquel elle a des n droits.
» Cette union de l’intérêt des deux empires,
» conçue par Pierre le Grand , qui des lors cl dcn puis rencontra tant d’obstacles, a déjà procuré " des avantages à l’empire de S. M., et la France » de même en a recueilli de son cAté.
» Il parait donc de l’utilité des deux empiresde » s’appliquer à conserver celle alliance, et S. M. y » consacrera tous scs soins. • '
» Le soussigné, etc »
L’espèce de contradiction que présente cette [Jièce singulière , dont l’cnscniblc renferme une menace de guerre tandis que sa conclusion promet le maintien de la paix , caractérise à merveille la situation gênée et indécise du cabinet de Pétersbourg. Sans engager l’avenir en aucun sens, ce cabinet semble prendre plaisir à constater que si pour le moment il ne fait pas la guerre, il ne manque pas de motifs pour la faire, puisque, suivant lui , son allié a blessé à 'son égard la justice et ses droits. Ixî caractère amphibie de celle protestation rie pouvait échapper aux regards de la France.* C’était tout à la fois la guerre et la paix, non point encore une déclaration de guerre actuelle, mais la • justification anticipée d’une guerre possible.
La naissance d'un fils de Napoléon était un de
CCS événements heureux que devaient célébrer par-
' Lettre du duc de Ticencc, en date du 7 mai.
* Il e«i peu vraisemblable que Mapolêén ait tenu les propos qu’on lui prête, et surtout qu'il se soit exprimé en de pareils tcrnifs. Ccpendant, comme k Pêtersbourj;, on s'était abstenu, pendant quelques semaines, de faire aucune invitation .tu duc de Vicenec, il est possible que, p.nr représailles, l'Empereur ait momentaBéroent affecté' de ne point parler aux Rtissca. - •
^ Il s’agit de l'allocution de l'Empereur nu conseil du i
tout les ambassades françaises. Avant de fixer l’époque de la fête qu’il se proposait de donnera cette occasion , le duc de Vicence crut devoir s’assurer si l’empereur Alexandre y assisterait. Ce prince ne detnandait pas mieux; mais cependant il serait bien aise, disait-il, de recevoir auparavant réponse à une certaine lettre qu’il avait adressée à l’empereur Napoléon. Si l’ambassadeur lui faisait une invitation en forme , assurément il l’accepterait ; mais si d’ici là il ne lui vetiail de Paris rien de satisfaisant, « il serait malade > le jour de la fête, » Et quelle figure y ferais-je? ajoutait-il; que din rait-on de moi en Europe si j’allais danser chez n l’ambassadeur de France, pendant que les troupes » françaises marchent de toutes parts; pendant n^qu’on écrit de Paris, de Vienne, de partout, que » l’Empereur a dit, dans une audience publique, » que c’était en vain qu’un Russe s’avanç.ait pour » qu’il lui parlât -, et qu’il avait maintenant be- » soin de la Pologne plus que de la Russie... Les » paroles de l’Empereur au commerce * sont aussi » peu a^micalcs pour mon empire... Ce que vous n me dites en particulier dans mon cabinet nedé- » Iruil pas l’elTet des choses dites pubh'qucmcnt.... » Que l’Erapcreur me prouve qu’il lient réellement » à moi et à l'alliance, alors j’irai chez vous avec n le plus grand empressement ; car je n’ai d’autre i> désir que de donner à l’Empereur et à la France n des marques d’amitié. » D’après ces objections dte l'empereur Alexandre , le duc de Viccnce crut devoir dilTércr In célébration de la naissance du roi de Rome, et comme, sur ces entrefaites, son successeur vint le remplacer, la fêle n’eul pas lieu.
Le général Lauriston étant arrivé à Pélersbourg le 9 mai, le duc de Viccnce cul, le 11, son audience de congé, cl le général Lauriston, le même jour, sa première audience. Tous deux ne recueillirent de la bouche d’Alexandre que des paroles à la vérité trèâ-pacifiques, mais yagucs cl sans valeur par leur généralité même. Il ne fut pas au pouvoir de l’ambas.sndcur'qui partait d’emporter avec lui, comme la désirait Napoléon, un gage de l'union des deux empires. Il ne put rien obtenir qui changeât l'étal existant et qui dût conduire à une solution. Du reste, Alexandre releva, dans la lettre de Napoléon
commerce que nmia avons rapportée. Au rester fempereur Napoléon a prouvé, plus que tout aiilre prince, combien c’est une fâcheuse habitude, de la part des souverains, de traiter personnellement des questions politiques, soit dans des conversations avec les ambassadeurs étrangers , soit dans leurs réponses aux harangues des divers corps de l’Ëtat ou des députations couiincrciali'S I et autres.