‹ Histoire de FranceChapitre 108 sur 142 · CHAPITRE XXVJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVJ

{IMH]

<lu 6 avril, des assertions, selon lui inexactes, sur certains dépiacemcnts de ses troupes au nord et au midi. Pour le nord, il y avait erreur entière; pour le midi, exagération. « L’Empereur est trompé '■ dit-il, je n’ai point retiré de divisions de la Fin- ■> lande, » et il explique ce qui avait pu causer la méprise. On avait tiré, des divisions de cette province, quelques régiments qui appartenaient à la division de Wilepsk, et en revanche d’autres régimciiis avaient été envoyés en Finlande, Quant au midi, CO n'étaient point quatre divisions qu’on avait rappelées de rarinéc du Danubo, « mais » trois seulement, » et ce rappel, on ne l'avait l'ait, suivant ce prince que par suite des rnouvemonts exécutés dans rarinéc du prince d'Eckmühl.

S’il était possible de rassembler en un seul point de vue des faits divers simultanément accomplis, nous aurions à placer ici quelques communications du gouvernement français avec plusieurs puissances continentales, communications résultant du refroidissement de la Russie et de la France. Comme ce refruidissement n’avait pu échapper à t'observaliun diplomatique, niéiiic avant la inariifeslation ollicielle qui le révéla par la protestation relative au duché d'Oldenbourg, ]iltisiours cabinets s’étaient empressés de prendre date aupK*s de Napoléon, en s'oiïraiil à ralliance de celui des deux empereurs du c6té duquel iis apercevaient la probabilité de la force et de la victoire. l'N;s 1810, la cour de Vienne, aussitôt après le mariage, avait, comme nous l’avous vu, jeté en avant quelques paroles pour un rapprochement qui eût etc dirige contre la Russie. Au coininciiccmciit de 1811, des ouvertures dans le même sens avaient été faites par la Prusse et par la Suède. En nous occupant ultérieurement de chacune de ces puissances, nous reviendrons sur ces ouvertures auxquelles l'Enipcretir ne crut pas devoir répondre d’une manière ronneile, mais qu'il se garda bien cependant de repousser, et que même il jugea utile d’entretenir.

Dans les premières conversations de Frmpcreur Alexandre avec le général Lauriston, cc prince s’efforcait de démontrer que c'élail renipereur Napoléon qui avait inaiiqiié de confiance * envers lui. Les réunions de terriloirc l’avaient sans contredit vivement blessé, mais elles lui étaient sensibles surtout, parce qu'aucun avis n'en avait été donné avant leur exécution. Cependant uu article, publié alors par fa Gazette de France sur l'aniun des deux

'Lettre (Im géü«i-al Luurision. endAicdo lâiiini.

* Le l'olonel ni*»' Boutoni tin est sur cc poiiii ro soniradiciion »\ce IVtfi|H-ri>ur Aiex.'iodre : « L’année du

• Damihr , dît ce cotoocl , qui, il U (tn de 1810, était

• ciitnpoicv de neuf diriaiont, ne le fui phiA que «le

empires, fut très-agréable à l’empereur Alexandre. Il dit au général Lauriston : Si l'Empereur mori- ;t Irait seulement l’eiivie de faire un pouce de chc- » min au-devant de moi, j'en aurais bientôt fait » une toise au-devant de lui. » J'avoue que je ne comprends pas bien cc langage d'Alexandre; car il me semble que, dans toutes les lettres de Napoléon, il y a un caractère très-marqué d’avances qu'il serait facile de saisir, si on y était véritablement disposé. Napoléon ne parlait pas d’une manière plus précise, parce qu'on afTectait d'éluder même les expliralioits, et qu'on se plaçait à son égard «lans une attitude menaçante. Aussi, d.ins une conversation assez vive arec le prince Kurakin. avait-il dit : K Vous venez le casque en télc, au lieu d’un n LA ton blanc à la inaiti.n D'après tous ces indices, on dirait que le débat entre les deux empereurs est beaucoup plus dans les formes que dans les choses mêmes. Tous deux sont sur la réserve, cl chacun évite de parler le premier. « L’empereur Napoléon, » dit Alexandre, a pris ^ Oldenbourg; c’est à lui » de proposer quelque chose pour compensation, n Quant à moi, je ne puis |ias faire une demande 1* qui tendrait à dépouiller qui que ce soit.... Je H prouverai à l’Empereur que je n’ai voulu ni le a duché ni Dantzig, car je ii’altaqucrai pas. Si » j’eusse voulu att.iquer,/c suit prêt depuis deux » mois : qui etU pu m’en empêcher? qui m’eu em- * pêche encore? »

Lorsque renipercur Alexandre disait au nouvel ambas-sadeurde France : •• Je suis prêt depuis deux n mois, » on lu savait à Paris; on savait plus que n’avouait cc prince. On savait qu’il avait dû exister à Félersbourg. dans le» prt'mîer» mois de LSll, un projet furmeJ de rompre brusquement avec la France. Suivant une notion réputée incontestable, la résolution aurait été prise, le plan élabli, les moyens rasscrubiés. La guerre contre la Turquie eût été réduite à utic défensive qui eût occupé peu de monde. Un faible corps d'observation eût >nfli du côte de la Suède de qui on avait peu à craindre. Une armée de cent trente à cent quarante mille hommes, qu’eût suivie de près une réserve de soixante à quatre-vingt mille, aurait envahi le duché de Varsovie. Une |>artie de cette armée sc fût immédialetnciit portée sur l'Oder; elle eût cntralfié la Prusse dans son monvemctil, et obligé la Saxe, sinon A prendre parti contre ta France, du moins à invoquer la neulralilc cuinine

■ quntre. Lee cinq nuire» fnrrai ;>orbées »ur le baui n Duietier. «

* Leiire du général LatiHitnn. en date du ]8 mai.

t Lenredu général LaiirMton. en date du mai.

* Leitre du géurrni Laurition. en date du juin.

POLITIQUE EXTÉaiEUKE.

une faveur. Sans atlciulrc une adjonction enlicremcnt libre • du roi Frédéric-Guillaume, on com|)tait sur des intelligences déjà pratiquées avec plusieurs des chefs militaires et civils de ce royaume, sur l'exaltation des oITiciers prussiens, et sur l'ascendant non réprimé de l’armée qui eût fait marcher avec elle et le gouvernement lui-même cl la population tout entière. Pour que cette entreprise réussit, il fallait promptitude cl soudaineté d'exécution. Tout en Russie était parfaitement disposé dans cet esprit. Des ordres cachetés, qui devaient être ouverts sur un avis ultérieur, avaient été en- : voyésaux généraux; il ne restait plus qu'a donner ' le signal, et ce signal ne fut pas donné, v Qui m'em- ‘ » pèche d’attaquer? n dit l’empereur Alexandre. ' Nous l'ignorons; pcul-Olrc n'y a-t-il là qu'une de ces péripéties incxplicahics qui dissipent comme par miracle un orage prêt à éclater. Toutefois il serait curieux de savoir pourquoi l'empereur Alexandre, s'il n’a pas eu rinlcnliun de prendre l’iiiilialive de la rupUA'e, se trouvait avoir une telle avance dans ses rasscinhiements de troujies, qu’il eût pu attaquer avec toutes scs forces dès le mois de février, tandis que pour une attaque il eût fallu encore de longs mois de mouvcincnts et de marches à l’empereur Napoléon. • ''

C'était dans le fort de celte crise, au commencement de mars, que j’étais arrivé à Varsovie. Avant d'y être rendu , je savais combien était grave la situation du duché, mais je n'imaginais pas l'existence d’un danger aussi imnûncnt. En garde contre les préveulions polonaises, je n'inclinais pas à trop de crédulité.

Quelques jours de rapports intimes avec le prince PoniatowsLi, que j'avais antérieurement connu I me sal!ireD| pour apprécier tout ce qu'il y avait j de loy^uttet ^'faonnrâr dans ce tioblc personnage. | Sa délicatesse n'eût pas admis l'ombre d'un men- i songe, même favorable à la cause de sa patrie, et, | avec son enthousiasme pour celle cause, c’était ' bien là de sa part l'héroïsiue du respect pjaftj; la vérité. Ce que je viens de dire sur les dispositions^ de la Russie était pour lui un de ces faits sur lesquels le dodle n'csl pas possible. La certitude lui en était démontrée au même poitU que si l'areu lui en avait été fait par l'empereur Alexandre lui-

' L'historien de la c.nmpagnc de 1813, M. le comte Philippe de Segur, parle aussi, quoique snus rien aSSnuer, d'une résolution arrêtée en Russie d’attaquer au commencement de 1811, résulutiun, selon lui, provoquée par ! le roi de Prusse qui, croyant sa perle jurée par Napoléon, aurait voulu tenter un dernier effort i>our s’y sous- ».* » * 1

traire.

* Pendant mon séjour à Berlin de 1800 à 1804, le

même. Un seul intermediaire existait entre lui cl l’empereur Alexandre, et cet intermediaire était un homme au-dessus de tout soupçon Si cet avis, que je dus transmettre aussitôt à mon gouvernement, eût pu paraître incertain et hasardé, l'empereur Alexandre ne le confirmait-il pas en déclarant qu’il était prêt depuis deux mois, c’est-à-dire, en avouant que ses ordres pour la réunion d’armées en état d’entrer en campagne avaient une tiaie de six mois et davantage. Au reste, quelle que fût mon opinion sur les renseignements du prince Poniatowski, dans le compte que j'en rendais au gouvernement j'admettais une double hypothèse. Ou bien la Russie avait eflcctivemeiil adopté un projet d'invasion dans le duché pour le printemps de 1811 , ou clic cherchait à en accréditer la croyance. Je présentais ces deux suppositions , sans décider laquelle des tieux était vraie, et, aujourd'hui comme en 1811 , je pense qu’une des deux doit l’étrc. La première de ces deux suppositions n’avait rien qui fût contraire aux babiluties du cabinet de Pétersbourg. Plus d'une fois on a vu ce cabinet lever le bras par colère ou par calcul et tpul à coup le retirer * par crainte ou par un calcul contraire. Voulait-il seulement, sans être déterminé à une guerre actuelle, en répandre l’opinion pour juger de l'elTel qu’elle pourrait produire? Cette interprétation ne laisse pas non plus d'élre plausible. Dans cette seconde supposition, il aurait eu pour objet de reconnaître jusqu'à quel point lu peur d’un grand mouvement insurreelioimel, surtout en Allemagne, eût pu agir sur l’empereur Napoléon, et permcllre à la Russie de se déclarer entièrement neutre entre les parties belligérantes, c’est-à-dire, de renouer ouvertement scs relations avec l'Angleterre. D était notoire que les engagements pris envers la France pesaient beaucoup à l’empereur Alexandre. L’étal d’htMlililé auquel il SC voyait condamné contre le gouvernement anglais^était extrèmentent impopulaire"* en Russie, et surlotil' parmi la noblesse appauvne par l’intcrdic;^ tion des exportations dont elle tifail son priucipàl revenu. Les \leux hypothèses que. noos avons indiquées avaient donc également quelque vraisemblance. Ce quij*en mars et avril 1811, accréditait

l'une plus que l'autre, ce qui, à Varsovie parlicu-

priucc Poniatowski y était veau pour des réclamaiiont d'iiitérét partiviilier. >

* Son nom «eiil est une garantie d'honneur et de loyauté, c’était le prince .tdani Cxarloriski. Il avait été élevé avec Alexandre ; il l'avait servi comme ministre et restait toujours son ami; mais, avant tout, il était Polonais et voulait rindépcndauce de son pays.

•• -t Depuis celte époque, on en a vu plus d'un exemple.

Page 1