‹ Histoire de FranceChapitre 11 sur 142 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

taircs à AncOnc, cl le rcinbourscincnl des dépenses que lui a causées la garnison française mise dans celle place.

La controverse ainsi établie entre l’Empereur elle pape développe, par degrés, le véritable état de la difficulté entre eux. Bientôt cllç va être concentrée sur un point où elle se débattra pendant quelques années. L'Empereur va lui-méme poser la question dans les termes les plus clairs cl les plus précis. Après avoir reproché au saint- père scs tnénagcinenls pour des puissances qui, sous le point de vue de la religion , sont hérétiques et hors de l'Église; qui, sous le point de vue de la politique, sont éloignées de scs États, incapables <lc le protéger cl ne peuvent lui faire que du mal, l'Empereur continue dans les termes suivants : •I Toute l’Italie sera soumise > sous ma loi. /e ne » toucherai en rien à l'indépendance du sainl- » siège. » Ici il promet de faire payer les dépenses produites par la présence des troupes françaises cl de se prêter h tous les arrangements de détail que le saint- siège pourra désirer; mais ensuite viennent des paroles graves et signiücatives. «1 rolre Sainteté est souveraine de Home, » mais J’en suis l'empereur. Tous mes ennemis » doivent être les siens. Il n'est donc pas conve- » nabic qu’aucun agent du roi de Sardaigne, au- » cun Anglais, Russe ni Suédois réside à Rome, » ni qu’aucun bâtiment appartenant à ces puis- » sanccs entre dans vos ports. « De celle question de politique extérieure, l'Empereur passe aux contrariétés que lui causent les lenteurs du saintsiège à donncrj'institulion canonique aux évêques ciu'il a nommés, les uns en France, les autres, en plus grand nombre, dans le royaume d’Italie. U Pour des intérêts mondains , on laisse ])érir des » âmes. Ils en répondront devant Dieu ceux qui n retardent l'expédition des bulles de mes évêques, » ctqui livrent mes diocèses à l’anarchie... Je n’ai ’■ touché en rien au spirituel. Ce que j'ai fait à » Milan, je le ferai à Naples. Je ne refuse point d’ucn ccpler le concours d'hommes zélés pour la rcli-

» gion Votre Sainteté veut le bien ; elle est

it c/itouréc d’homincs qui ne le veulent pas... Ce >• n’est pas en dormant que j’ai porté si haut l’éclat !• du clergé, la dignité du culte. Il n’y a pasdo pays a où la religion soit aussi respectée qu'eu France. Il Ceux qui tiennent .à Votre Sainteté un autre lan- II gage la trompent et sont scs ennemis. •• Ce que l’Empereur disait du respect dont jouissait en France la religion était exact. La cour, sous ce prince nouveau , n'étant ni irréligieuse ni débauchée, comme elle l'avait été sous la régence cl sous

I<ouis XV, ni bigote, comme elle l’a été depuis sous la restauration, et surtout sous Charles X, les mœurs du clergé français étaient exemptes de scandale comme d’hypocrisie; l'observalion du culte était en honneur sans être un calcul, et la ndélilé à ses rè-gles, là où elle avait lieu, était sincère parce qu’elle était libre.

Si nous en croyons un homme qui a été secrétaire d'État de Pic VII, le cardinal Pacca, c’est de la lettre de l’Empereur du 13 février 180(1 que date la détlance cl le refroidissement du saint-père à son égard. Oltc lettre, ditee cardinal, « «létrompa n enlin Pie VII, qui s’était toujours flatté d’obtenir,

I) par scs concessions journalières, de grandes cho- » ses de l’Empereur. » L'orgueil de la souveraineté se révolta dans le saint-père contre la suprématie que voulait s’arroger Napoléon. « Votre M.ijcsté ,

» lui écrivit Pie VII , établit en princi|ic qu’elle » est empereur de Rome. Le souverain pontife ne 0 reconoatt point et n’a jamais reconnu aucune » puissance su|>éricurc à la sienne. Aucun empe- I» rcur n’a le moindre droit sur Rome. L’empereur 1» de Rome n’existe point. Votre Miycslé dit que nos » rapports avec elle sont les memes que ceux de i< nos prédécesseurs avec Charlemagne. Charle- H magne agrandit les possessions du saint-siège; » il n’en exigea ni dépendance ni soumission. » Quant à la demande faite par l'Empereur au stiintpere, de chasser de scs États les Russes, les Anglais, les Sardes et les Suédois, et «le fermer scs ports aux bâtiments de ces nations, le saint-père y répondait par le refus le plus formel, u Le vicaire d’un Dieu n de paix, disait-il, ne peut se mettre en opposition I» aux devoirs qui lui prescrivent de conserver la n paix avec tous, sans distinction du catholiques ut Il d’hérétiques. Chasser les sujets des princes qui Il sont eu guerre avec le gouvernement français, Il ce serait couper toute communication entre le U saint-siège et les catholiques qui vivent dans leurs Il États. Il Relativement aux retards que la cour de Rome mettait à donner l'institution canonique aux évêques, le pape les expliquait par la maturité requise dans une alTuire aussi importante que la collation des pouvoirs de l'épiscopat.

Les deux lettres dont nous venons de donner la [ substance forment le point de départ d’ajirès lequel se régleront désormais les «lémarches du pape et de l'Empereur. Elles sont dignes d’nn sérieux examen. La prétention de l’Emperur des Français à être reconnu empereur de Rome, se liait, dans son esprit, à l’idée de faire de toute l’Italie une partie du grand empire, ce qui plus tard donnera aussi naissance à des dilFicullés entre lui et les rois qu’il

• Lettre du 13 févrior 1800.

’ Méimiires de ce cardinal, tome II, page 15.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

aura rlablis à Naples. Pour un lioininc aussi posilif, il est ctuimant que, là uù il est maître des çhoscs, il attache tant d’importance aux mots. Lorsqu’il t dit que ses ennemis doivent être ceux du saintsiège, il n’exprime qu’une volonté raisonnable; car il est impossible que le prince qui , d’une part, (xissèdc le royaiune'd’Italic, et qui, d’autre part, règne à Naples pur un de ses délégués , permette aux États ecclésiastiques de suivre un système contraire aux intérêts de ces deux royaumes. LajpoUliquc la plus vulgaire autorisait^ cette exigScc. C’est un des inconvénients albichcs à l’inTériorité d’un État'de ne pouvoir échapper à l’aseendant de scs voisins, et surtout de voisins puissants, lorsque, par sa position géographique, il forme en quelque

* sorte une enefave de leur territoire. Le caraclèro de vicaire d'un Dieu de paix n’aurailété une excuse

'* valable, pour rlispcnscr le saint-père de faire alliance ^avec Napoléon, qu’aülantquescs prédécesseurs auraient, dans les guerres précédentes, réclame et obtenu cet heureux privilège; mais récemment ^ cncorc'la Franco, et Napoléon lui-même, avaient J eu à' combattre la cour de Rome 'alliée alors aux mêmes puissances contre lesquelles, par un scru- ^lulc nouveau, elle refuse aujourd’hui de se déclarer. Un gouvernement qui s’est servi du glaive

* contre la Frmcc, a-t-il droit de montrÀltant d’hor- ' reur pour le glaive quand c’est avec la France qu’il

i'agildes’cn servir? La demande de Napoléon était juste. Il n’etait blâmable que de l’appuyer sur un L^aux titre, quand elle reposait par elle-même sur *hIcs considératious les plus légitimes. Mais, dans la , lettre de Napoléon, il est une plainte à^laquellc le ’^«inl-pèrc n’a^Çdtiiqa’tuac réponse évasive, et cette

faintc est la plus fondéé de'toules. «

Los débats relàiif|^a I institution candniqOîB des ^êques, qui tienliiÉt tant dé place dans la corres- ■4p<uulanredel^mpéretqp^Mpt1a suite d’onc^c^euse omission, qtKQoiUt.ay;ons«gt^aléej da’hs lewtiicnr- ^at de 1801. ^ nég^gdEiit, â&m ce concordat,.'^ fixer un délai Sans celte ^étre donnée, le gqtfKrriemé^lÿnça».

^ imprévoyance, fourni à {Vùtorité pimliR'

^ arme dont il ne soupçônnMt'pas^u’cli^j^r^^P [ vouloir faire usage, arme nuisible à^^feijg{9b.,^ ^mais que cette autorité n'bésitcra plsa^inpldy^. ^contre lui aux dépens de la religion même. L*if^‘ >*prévoyanrc est |>ardonnablc. Lorsque le premier.,

: consul restituait à la cour de Rome l'cxcrcico du ^^ponvoir spirituel en France, devait- il penser que,

• peu d’années après, ce serait cette cour qui refuserait l’action de ce pouvoir dans iin but hostile contre celui qui le lui avait rendu? Après avoir déploré ^avcc tant de larmes la viduité des sièges épisco- *‘^paux produite par la révolution en France cl en

Italie, c’est mainlcn.1nt le saint-siège qui, contre le vœu des peuples et malgré les instances de Napoléon, se plattà prolonger cette viduité. Le procédé est étrange. Les raisons par lesquelles la cour de Rome le juslilic ne le sont pas moins. Voici comment s’explique à ce sujet le cardinal Pacca :

Il De tant de moyens ’ qu’avaient autrefois les pon- » lifes romains pour rappeler au devoir et ,i l’obéis- .» 'sancc les gouvernements et les peuples indociles » et sourds à leur voix, il ne leur en est plus resté » d’autres aujourd'hui, dans le cours ordinaire des Il choses, que le droit de confirmation cl d’insiitu- » tiuii canoniques (les évêques. Ensuspendantcetle n institution, quand des raisons importantes l’cxi- » gent, le saint -siège fait connaître sa juste inn dignalion, et fait ainsi une sainte violence aux Il gouvernements cl aux |>euplcs pour les obliger à Il s’amender cl à réparer les fautes qu’ils ont cum- '» mises contre les lois sacrées de l’Église. 11 iiYst n pas besoin de faire ici rajwlogie d’une telle réso- » lution prise à diverses époques par les souverains » pontifes; il me suffît d’avoir fait entendre que c’csl Il pcul-élrc le seul moyen par lequel on puisse ratta- » cher au centre de l’unilé catliolique les gouver- » ncmenls et les nations, n Tout est confusion dans rcs raisurinemcnls confusion des divers genres de pouvoirs dans leur application à des obj(!ts de natures diverses, confusion dans leur application simultanée aux gouvernCTn^nts ,ct aux peuples. Ainsi c'esl pour faire une sainlo violence aux gouvernements que la cour de Rome refuse a'ux chrétiens de leur doiiiicr des évêques ! Mais si les gouvernements s'obstinent à’ ne pas se soumettre à scs volontés, le châtiment doit donc en retomber sur les peuples, sur les hommes religieux qui composent la iiniassc des populations? Et celte sainte violence, dirigée aussi contre les peuples, de quelle manière entend-on qu’(dlc doive agir? Est-ce par leur insurrection contre les gouvernements qu’elle doit sct. maniCostér? Telle est cependant rinlerprétatiuii^ .évi^Rilo,,duiit une pareille argumentation serait:^

dû pouvoir .temporel u'est pas ^révùltantc.^^ific saipt-siége &it passer les intérêts^ r,^du ciel avant ceux de la terre, Upc peut pas bê.siier^ uo moment à donner l’institution catfhnHpie aux/ évi^ucs. Dans le cas contraire, il se joue inté- ^ réls du ciel. Qu'importent les querelles du souve-^' rain de Rome avec tel ou tel autre prince? Le sujet de ce dernier prince, ayant, en sa qualité de chrétien, droit aux secours eeclésiasliques, doit-il souffrir des contestations dans lesquelles le souver.iin

Mémoires, lome II, p.ige •'54.

hJt.

ClLVPn'RB III.

de Rome peut se trouver engage comme prince temporel?» Pour des intérêts mondains, a dit Il TKiupcreur, on laisse périr dos âmes, i* La vérité

* est là; il n’y a pas de sopliisme qui puisse la dé-

* truirc. ,

La mission du cardinal Fesch à Rome n'avait pas eu un résultat satisfaisant. Son successeur, M. Alquicr, ne fut pas plus heureux. Si l'F.iiipereur formait des prétentions qui pouvaient déplaire au gouvernement pontiüeal, ce gouvernement n'était pas plus modéré dans les siennes; il n'cnlendail pas du moins renoncer à rien de ce qui lui avait appartenu autrefois. L’Empereur disposc-t^il des principautés de Ponte-Corvo et de Bénévent? aussitôt s’élèvent des réclamations pour la detense des droits du sainl-siége sur ces deux principautés. S'agit-il de rccumiaitrc le nouveau roi de Naples? le saint-père

* ne veut le reconnaître qu’autant que le nouveau roi lui rendra les mêmes hommages que les anciens rois de Naples rendaient an saint-siège en vertu de

' son titre de suzeraineté. Il semblait que depuis quinze ans nul changement ne se fût opéré dans l’état de possession en Italie. Lorsque le ministre de France insistait pour obtenir une réponse à une demande qu’il avait faite et à laquelle on ne voulait pas avoir égard, on lui disait que le pape se proposait de s’entendre directement sur ce point avec l’Empereur. « Si tout souverain peut se réserver i> ce droit, un pontife * le peut bien plus encore,

X lui qui ne doit pas être considéré dans les simples :i rapports d’un souverain avec un autre souverain,

» mais dans les intimes rapports d'un père avec i> son iils, sur la tendresse duquel il peut compter. » Malgré la tendresse du saint-père pour l’Empereur, son gouvernemeul cherchait, par tous les moyens qui dépendaient de lui, à ciillammcr les passions populaires contre la France. Ainsi, sous prétexte d’avoir à nourrir des troupes françaises nu à payer des dépenses occasionnées par elles, le gouvernemcnl avait établi un iinpOt odieux et vexatoire. C'était donc aux Français qu’il fallait attribuer tous les maux du pays. Ce rallinemeiit de malveillance indigna l’Empereur, lien léiuoignauii vif ressentimciil. « I.a reine - de Naples, écrivait-il, n’a rien ■> fait de pis. On veut aiguiser le poignard contre >■ les traînards de l'ariuée. Aupremier8uidatassas- :> siné, Gonsalvi en sera rcsponsablc^i» *'

Sur la question des prétendus droits dusaint-siége à l’égard du royaume de Naples, l'Empereur ‘n’est pas non plus disposé à fléchir. 11 relève ce qu’il y a d’étrange sa méprendre ainsi sur les temps, à confondre des circonstances qui ne se ressemblent

' I.ctirc(ltip,ipc,in niinisiredcFrancejduâl mars 1800.'

* LcUrr du 20 avril 1800. . ” ‘

'pas. A cette occasion, «n n i^isonncmcnt'assez ingénieux, et qu’il aurait dù faire le jour où, pour la première fois, il afTccta le titre d’empereur de Rome. Comme on lui oppose ce qui s’est passé dans des ' siècles antérieurs, il réplique par des prétentions 'que, de son cdté, il puise dans les mœurs et les usages de ces mêmes siècles. » Sa Majesté ne chcr- » chcrâ ^ point dans l’histoire si, dans des temps » d’ignorance, la cour de Rome a usurpé la pré- II tention de donner des couronnes aux princes de i> la terre. Si dans d'autres siècles, un trouvait que Il des papes ont détrOné des souverains, prêché des I» croisades, interdit des royaumes, on rencontre^

» rait également que les papes ont conservé leur n temporel comme ressortissant des empereurs fran- » çais. L’Empereur, en montant sur le trône de I» France, n’a jamais prétendu être héritier des » droits de la troisième dynastie, dont la souverai- » noté UC s’étendait pas sur la moitié des domaines » aujourd’hui soumis à son empire, mais héritier n des droits des empereurs français, et la cour Il de Rome ne prétendra pas, sans doute, que n Charlemagne ail reçu d'elle l'investiture de son » royaume. » Ici le ministre français insiste pour * la reconnaissance pure et simple du roi de Naples. L’Empereur ne veut admeure ni condilion ni réserve. A défaut d’une reconnaissance nette cl précise, le ministre est chargé de déclarer •: que Il la France ne. reconnaîtra plus le pape comme Il souverain temporel, mais seulement comme chef Il du spirituel. t,)ue veut donc lasecrélaireric d’État » de Ruine? Quel esprit de vertige s’est donc em- II paré d’elle? Du reste, l'Empereur aura toujours >1 (Miur le chef de l'Église tous les égards qu’ont Il eus Charlemagne, LuuislXelles princes les plus Il chrétiens, sans le laisser toucher en rien aux droits Il de sa couronne ini|>érialc.n En celle circonstance, l’argumentation du ministère français est de bonne guerre. Le sainl-siége se replaçant au moyeu âge et au delà, le gouvernement français a eu droit de s’y reporter avec lui. De part cl d’autre on a repris de vieilles armes dans de vieux arsenaux.

La fernieté de rEinpereur n’a point ébranlé celle du saint-père. Le saint-père ne fera point de concession gratuite. Cependant, il reeonnalira, si l’un veut, le roi de Naples, mais à condition que l’Empereur reconuaitra la neutralité de la cour de Rome. 11 sait très-bien que celle condition ne sera pas acceptée, mais il n’en admet pas d’autre, et Json caractère, à celte occasion, se développe dans toute son énergie. Il entend qu’on sache bien que ce ne sont pas ses ministres qui le gouvernent, que

’ Note de M. de T.illcyraud au e.ardinal C.iprara, nonce du saint-stége, à Paris, 18 niai. ■ .

POmiOTJE EXTÉhlEL’Ri;.

^ H c’csl lui qui génvcrne scs ministres. U On accise '

. n Gonsaivi, dil-il, c’est une injustice. Ôn parait ^ « croire qttc je suis un vrai fantocctno. Je (lon- » ncrai un successeur à Gonsaivi, et inun opinion » ne variera pas... Si on veut s'emparer de Home, * » je refuserai l'entrée du château Saint-Ange. Je ne

I) ferai aucune résistance , mais les soldais , pour y » entrer, seront obligés de briser les portes à coups n de canon. L’Europe verra comme ou me traite^

‘ fi et j’aurai du moins prouvé que j’aurai agi coufor- ^ i> iiicmeut à mon iioimcur et à ma cdnscieiicc. Si ,jj^;)’^on m'ùlcin vie, ma tombe m'honorera, et je serai ' » justifié aux yeûx dc^Oicu et dans la mémoire des

n hôuitnes. i> Ces dernières paroles peignent un fier ' courage, qui, touleuscnible*, met du prix à l'eslimo ^ de; la terre el a foi dans les récompenses du ciel. V % Daife un autre inôni^nt, il dil : « Si l'Empereur exécute ses menaces et ne me reconnaît plus, comme w prince souverain, je ne le recoiiiiallrai plus "i comme empereur?» liCschiimenl qui inspire au ..papeXin langage,,^i hautain, fait disparaître l'iiiégalité qui existe entre la puissanée lualcrielle .des deux princes. L'inncxibilitê du pape le rend l'égal de Napoléon, l’uis il njoule : Si je suis mal, il ne n sera pas bien. » Ce n’est plus là le héros chrétien, c'est riiommc qui pa^le; mais c’est encore rhomnie qui a la conSiTéncc ue sa position privilégiée', de la force attachée au carîmiére dont il est revêtu.

Tandis que le saint-père montre pe^nncllement une âme si forte, son ministère le rapetisse en le faisant descendre à de méprisables intrigues, ou en s’y livrant sous sou nom. L’Empereur avait ordonné d'appliquer à la principauté de T.ucques le concor;. dat fait pour le royaume d’Italie. La cour do Rome'” n'y met pas une opposition ouverte, mais elle ^nploic dus mana'U);rcs souterraines pour en empêcher l’exécution. Le ministre de France scplainldcs brefs hostiles qui circulent en Italie. On en nicl’existence, ou bien on les excuse en prétendant que CCS brefs n’ont pas eu pour objet les circonstances actuelles. Les évêques , les couvents font vendre de petits livres de prières, parmi lesquelles il s’en irouvequisontevidemment dirigéesconlrclcs Français. Ce sont , dit-on, d'anciennes prières à l'usage dc^ besoins généraux du peuple, et où l'on ne songeait guère aux Français, en lui faisant demander à Dieu de le défendre contre scs ennemis. Tels sont les explications données par le ministère pontifical. On juge aisément quelle croyance elles méritent.

Le langage, des deux eûtes, a pris plus du vigueur. On est arrivé à la menace; on n’a pas agi encore. Jusqu’à un certain point, en ce qui concerne le saint-siège, c’est agir que de résister. Voilà plus

Fa'

' Lettre d'Alqiiicr, du 11 juin l8(Kî,

d'un an que l'Empcreiir, dans la belle position mi l'a mis la campagne de 180'd, presse le saint-siége de rompre avec ses ennemis, et de renvoyer les Anglais, les Russes el autres agents ou sujets do gouvernements avec lesquels la France est en guerre, el le pape s’est refusé aux demandes, il a dédaigné les menaces et délié le ressentiment. Si Pie VII eût été un prince séculier, s’il n’^étail pas le ponlife qui a donné au titre impérial la consécration religieuse, croit-on que l'Empereur ciH toléré impunément une si étrange, obstination ? Le saint-père sent cet avantage; il en use; il en abuse, peut-être. Napoléon hésite à se porter contro lui à des mesures sévères. Cependant il ne peut |)as non plus reculer.

Le saint-|)èrç.scnible ne pas craindre d’être détrôné. Craindra-t-il. davantage une spoliation partielle, parce que l'çxécution en serait jilus facile et moins odieuse? Le ministre de France lui fait connaître que s’il persiste dans scs rapports avec Ics eiiiiemis de la Franco, l’Empereur se verra réduit à détacher des États ecclesiastiques le duché d’Ürbin, la marche d'Ancône et le littoral. de. Civita-Vecchia, enfin d'assurerics communications de la haute et de la basse Italie; 'mais il répugne à l'Euipereur d'en venir là. Il aime beaucoup mieux que le saintpère entre avec lui dans des arrangements raisonnables, et voici les conditions qu'il lui propose -■ l”tes ports de Sa Sainteté seront fermés à l’Anglclerre toutes les fois que celta puissance sera en guerre avec la France. 2" Les forteresses de l’État romain seront occupées par les troupes françaises toufes les fuis qu'une armée de terre aura débarqué ou menacé de débarquer sur un des points de l'Italie. Que le saint-père reconnaisse ces |)rincipes, et l’Empereur sera satisfait. A ce prix. Sa Sainteté conservera l'intégralité de scs États. Sans contredit, il y avait, pour le saint-siège, matière à discuter, cl même à faire modifier ces propositions. G’csl toujours pour un gouvernement une nécessité fâcheuse que d'admettre dans scs places des troupes étrangères. Cependant lo principe de l'itidépendancc n'est pas attaqué. Il ne s'agit que de l'état de guerre; il s’agit d'une .alliance dont l'efTel ne so ' rapporte qu'au cas de guerre, cl ce qu'on lui demande est d'une application commune. Il n'y a pas sur le continent un seul Étal du même ordre que la cour de Rome qui, le cas de guerre arrivant, ne soit forcé de se soumettre à des obligations de cette nature envers celle des grandes puissances dont sa position le rend une dépendance nécessaire. Lorsqu'une mémo puissance, maîtresse à la fois du nord et du midi de l'Italie, se trouve en guerre avec des ennemis qui ont à leur dis|>osiliun des

’ Note de .M, .tlqiiior, du 8 juillet 1800.

-té .

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CUAPITUK lll.

llolU'S iiombrriisrs rl«ke rciloutablM ariiM^os, cuiiimetit concevoir qu’elle Taî$»e subsister, dans une §oi-diMiitc nentroKt^, un pays itiltTinédiaire, sans amicc et sans QoUc, incapable de *e défendre par lui-inémc emtlrc une invasion extérieure, et (Kmt le lUlonituiTre de grandes faeilUéi A celle invasion? N'esl'ii |uisévidentquc la neutralité apparente d‘un Etat situé ainsi , en séparant Tune de l’autre les deux extrémités dentoiie, annulerait leurs moyens réciproques de défense » et compromettrait leur sûreté, quand inème on n'aurait |ias é en craindre d'autres cinliarras et des dangers plus grands? Ce que veut le saiiit-|)érr serait uti iirivilége inouï qui n'a jamais été accordé et ne saurait l'étrc. Toutes les roprésentalions sont iuipuissautcs contre les résolutions du pape, t: Vous êtes les pltis'^^fi|^^^ M dit-îl, faites ce qui vous est utile ou vous parait M cuiivriiable. Je.auis prêt à tout; je suis prêta inc n retirer dans un couvent ou dans tes catacombes '» de Rome, à l’exemple des premiers sm eesseurs N de saint Pierre. » Sur une dme ainsi «lispuséc, le raisuimemoiil a peu de prise. Toutes les considérations de la piditique échouent contre un esprit qui ne les comprend pas . ou afToctc de ne |ias les roinprcinlrc. On est quelquefois leiilé de mcüru en doute la sincérité du saint-père; car peut-H croire sérieusement que son existence, cumoie pouvoir spirituel, doive inctlre sa principauté terrestre en dehors du tous les évéfiemenis humains, lursque tant de fois elle s'est engagée elle-mêiiic dans les plus sanglantes guerres, et y a poussé les autres par ses excitations ci scs conseils? De longs mois s’écoulent dans ees disenssions sans résultat. PliisrEniperour devient puissant, plus le sainl-pcrc met de persévérance à lutter contre lui.

\ propos des plaintes portées contre le cardinal Oonsalvi, h* saînl-père avait déclaré qu'il pouvait changer de ministre, mais qu’il ne changerait pas d’opinion : il avait dit vrai, I.e cardinal Ooiisalvi, {mur n'étre pas réputé auteur de la mésintelligence du saint-siège avec rEinpercur, ayaul doimc sa démission, fut remplacé par le cardinal (uisoni. La politique du sainl-siégc resta la même.

Cependant un nouvel orage s'est furiiié contre Na|>oléoii. Le roi de Prusse Ta appelé sur le champ dclvnlaille.clla victoire d’Iéna a conduit l'Empereur é Heriiii. Kii Prusse, comme à Pari», les aOaifes de Rome l'occupent encore; il appelle à. son quartier général le cardinal Arezzo, nonce du pàpeàBresde, et Pinvilc à sc rendre auprès du saint-père pour lâcher de le déterminer à quelque conccarioo. L'homme qui vient de gagner une grande bataille, qui vient d’abattre en un jour une puissante mo-

narchie, trouve ordinairement des éreilte» Ciciles. Pie Vil reste sourd aux instances de Napolévm. La nouvelle tentative n'ublienl pas plus de succès que les précédentes. Du moment que l'Empereur ti'abnn* donne pas un système dans lequel doivent être compris les États romains, le sainl-|)ère ne veut pas plus aujourd’hui qu’auparavant adhérer ses proposé (ions. Toujours il allègue que son hnrmeur et sa conscience le lui défendent. «L’Empereur *, dit-il,

M serait plus à plaindre que moi , s'il devenait le n persécuteur de l'Église.» C'est persécuter l’Église que s'attaquer au souverain temporel de Rome. Vainement on veut établir une démarcation entre l'action qu’il exerce comme pouvoir spirituel et son action comme prince somcraiu;.cettc distinction,^ è ses yeux, it'exislc pas. Sur ces sortes de questions, il ne s'en ra]>por(e qu'à lui seul. Une fois sa rcsoluliuu prise, il y lient comme à une inspiration di-^ vinc. Le pape,, d'ailleurs, est inaccessible à tout intérêt humain; il tic lient aucun compte de sa famille; il ne fait rien (mur clic; c'est un homme qui descendrait du trône sans regret. Que peut la diplomatie auprès d'un pareil caractère?

I Quoique Pie VU Suit bien par lui-méme tel que^

I ses actes nous le représcuteiil. il est vrai aussi qtic ' tout ce qui Pentuiire contrilHieà raffermir dans ces ' dispositions. On dit tout haut autour de lui : «Si ' « rEinpercur nous renverse, son successeur nous j » relèvera, m La plu|>arl des membres du sacré ^ collège sont plus ou moins Ués à dtv erses puissances j en guerre avec le gouvernement français cl partagent leurs illusions. Tous supposent que, de iiou- Ycllcs coalitions se formant sans cesse contre ce gouvernement. Napoléon, cent fois vainqueur, finira par être vaincu une fois. Ils oui raison ; seu lemciit la défaite sc fait attendre plus qu'ils ne supposent, et ils auront succombé avant lui.

Toute glorieuse qu'ciil été la campagne de 1807, avant d'arriver à sou déimi'linent, elle avait eu quelque temps scs incertitudes. Taudis que l'Kmpi'reur, après la bataille d’EvIau, se préparait, daus ses quartiers d’hiver, à de nouvelles victoires, scs ennemis, qui s'agitaient dans toutes les parties de l'EAirope, déployaient eu Italie particuliérement une prodigieuse aclivilc. 11 ne s'agissait pas seulement de rétablir les Roiirboiis de Naples; on projc- Liit aussi do rèlablir les Rourboiis de France. Des Icllrcs interceptées prouvaient que tel était le but des chefs de ces complots. Des traînes s’nurdissaiciit pour l'extermination des Français en Italie. Parmi ‘ les motifs qui ini|>osaieiU la ncccssHé de renverser I du trône liius les Ronaparle, eu commençant par j celui qui était le créateur de tous les autres, on

' Lcllre de M. Alqoicr, du 17 juiliel 180ô.

■ Lettre de M. Alquier, du SI janvier 1807-

POLITIQUE EXTÉIUEURK.

nllcguail surtout que c'etnit le seul moyen de don- i ncr une paix stable au monde, qui, depuis le commencement de la révolution française, était boule- I versé par Yesprit philosophique. Ce genre d’accusation contre les Bonn|)artc atteste assez quelle devait être la dircction-des pouvoirs qui se seraient relevés sur leurs ruines. I-a guerre contre l'Empereur n’a jamais cessé d’être la guerre contre la i révolution. '

Pendant plusieurs mois, Napoléon s’était abstenu de correspondre directement avec Pic Vil. Il écrivait au prince vice-roi à Milan, cl celui-ci écrivait an saint -|M!re. C’était encore sur les retards de riiislitulion des évêques que portaient les plaintes, cl le prince vice-roi citait les paroles de l’Empereur- << Le pape disait Napoléon au prince Eugène, ne i> veut donc plus que J’aie des évêques en Italie.

» Si c’est là servir la religion , conitnenl doivent i> faire ceux qui veulent la détruire? :< Cependant le pape laissait entrevoir l’csitérancc qu’il consentirait à donner l’inslilulion canonique aux évêques nommés par l’Empereur, mais cette espérance ^ ne se montrait encore que comme une faible lueur dans un volumineux mémoire où le saint- père s’élail pin à déployer tous les trésors de son érudition théologique. Professeur avant d'étre pape, le pape ne laissait jamais échapper l’oecnsion de manifester l’habileté du professeur. Pour ranimer la faveur des üdéics, le saint-père s’occupait presque tout entier alors d’œuvres pieuses, et procédait à des canonisations. Cinq bienheureux de plus furent inscrits dans les légendes. De ce nondire était une Française, Colette Hoilel, à laquelle on ne songeait guère en France. Cette solennité romaine, la seule qui eût eu lieu depuis un siècle, avait atliréà Home des catholiques zélés du fond de la Bohême et de la Hongrie.

Ün avait reçu à Rome, presque en même temps, les nouvelles de la prise de Dantzig, des batailles d’Heilsberg,dc Friedland et de l’entrevue de Tilsitt. Par esprit de conciliation, le ministre de France engageait le saint-père à se donner le mérite de reconnaître le roi de Naples avant ta signature de la |>aix. Pour tout prince ordinaire, un grand fait politique autorise un changement de système, et ' on cède sans hontcà l'empire de la fortune. Il n’en i est pas ainsi de Pie Vil. Tt>ules les prospérités de | l’Empereur ne modilienl en rien ses dispositions. |

J’ai, répondit-il à M. Alquier, informé ^ l’Eiiipe- '• reurdemes résolutions. Je ne reviendrai jamais » sur les résolutions que je lui ai fait connaître

■ Lettre (In l" mni 1807.

* Lettre (le .M. Alquier, du 18 Juin.

‘ Lettre de M. Alquier, du juillet 1807.

n dans les lettres qu’il a reçues de moi. » Or, dans les lettres écrites par le saint-père, elà l’Empereur, cl h soti ministre, il y en avait qui rappelaient la suprême autorité du pape sur toutes les puissances de la terre, souvenir dont l’application actuelle dut paraître un peu étrange à l’homme qui venait de dicter la paix .à Tilsitt.

Aussi, dans son retour de Tilsitt à Paris, l’Enil>ercur , qui , à sou passage par Dresde, douiia uoc constitution au duché de Varsovie, trouva-t-il le temps d'écrire, de cette meme ville, à son ministre à Rome, cl au prince Eugène à Milan, pour leur exprimer son vif inéconlentcment sur la conduite du saint-siège. Dans sa lettre ^ à son ministre, M. Alquier, l’Empereur s'indigne que la cour de Rome aille jusqu’à la menace de rcxcommunier. de le déclarer d(-chu du tn^nc. « Sa Sainteté croi- )i rail-ellc donc que les droits du trône soient n moins sacrés aux yeux de Dieu que ceux de la » tiare? Il y avait des rois avant qu’il y eut des I» papes... Ils veulent, disent-ils , me dénoncer à la I* chrétienté! Il y a là nue erreur de mille ans de » dale... La cour de Rome prêche sourdement la » rébellion depuis deux ans. Je le souffre du pape !• actuel; je ne le souffrirais pas d'un autre pape! i> Que veut-il faireen me dénonçant à la chrétienté? î> Mettre mon trône en interdit? M’excommunier ? » Pense -l -il donc que les armes tomberont des i> mains de mes soldats? Pensc-t-il mettre le poi- » gnard aux mains des peuples pour m’é’gorger? !> Cette infâme doctrine, il est des papes furibonds ;> qui l'oiil préchée; mais il m’est encore diflieile » de croire que riiitenlion de Pie Vil soit de les Il imiter. Il ne resterait plus alors qu’à essayer de Il me faire couper les cheveux et do m’enfermer Il dans un monastère... Il y a là tant d’extrava- )i gance, que je ne puis que gémir sur cet esprit Il de vertige qui s'est emparé de deux ou trois » cardinaux qui gèrent les affaires à Rome.

n Ja! pape actuel s'est donné la peine de venir a à mon couronnement. J'ai reconnu, dans celte » démarche, un saint prélat; mais il voulait que n je lui cédasse les Légations. Je n’ai pu ni voulu n le faire. Le pape est trop puissant... Le pape Il menace de faire un appel au peuple. Ainsi il :> en appellera à mes sujets? Que diront-ils? ils Il diront , comme moi , qu’ils veulent la religion . K mais qu’ils ne veulent rien souffrir d’une puisusance étrangère ^ ... Je tiens ma couronne de Il Dieu et de la volonté de mes peuples. Je serai » toujours pour la cour de Rome Charlemagne

* Lellre de Dresde, le jiiillel -, elle est de dix dmue pages.

^ Ici se iroiivail une iiicnnrc f.iile au saiii(-père de ne

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