‹ Histoire de FranceChapitre 110 sur 142 · CHAPITRE XXVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIl

capitale prouverait quelque chose, r C'est ainsi, H écrivait le ministre des relations extérieures, que M l'empereur avait difTcrc i de paraître à la fêle >• que devait donner le duc de Vicenec. Cette fêle I» n'a pas été dunnêc par votre prédécesseur, main- 1» tenant elle serait tardive, n Celte remarque autorise à croire que dès lors on regarde comme trèspossible que la femme de l'ambassadeur ne soit point dans le cas d'aller le rejoindre plus tard. Du reste on voit que, sur la circonstance relative à la célébration de la naissance du roi de Rome, circonstance qui ne pouvait pas être tout à fait indifférente, Napoléon avait pris rraiichementsun parti, et qu'il se gardait bien de laisser paraître qu'il y attachât la moindre importance; mais en même temps, à l’égard du duché d'Oldenbourg, ayant fait une première proposition qui n'a point été acceptée, il s'abstient d'en faire d'autres qui pourraient éire rejetées également; il laisse a la Russie à s'expliquer sur ce qu'elle désire. « Au moins, dit J* le comte de Romauzof, rcmj>ercur Napoléon ne n peut pas ignorer ce que nous désirons au sujet » du duché de Varsovie : » et trahissant un peu le fond de la pensée de son cabinet, il .ajouta a que " ce duché ne pouvait rester^ dans son état actuel, » non que rcnipcrcur Alexandre prétendit en avoir n quelque partie ; mais, en faisant perdre au duché R son nom et en le réunissant à la Saxe, un dissi- R perait toutes les inquiétudes, sans enlever un » pouce de terre à qui que ce fût. » Celle communication était grave; elle ne Icmlait à rien moins qu'àdélruircunedes stipulations capitales du traité de Tilsitl, cl à changer, en simple province d'un autre gouvernement, un pays qui n'avait été placé sous l'administration du roi de Saxo que comme ^Aat indépendant avec sa constitution propre, son conseil de ministres, son organisation, son armée et ses lois particulières. Celte révélation des vues secrètes de la Russie est un des faits qui imuitrcnl le mieux tout ce qu'il y a de dilficullcs dans une conciliation complète des deux cabinets, puisque riilTairc d'Oldenbourg, qui Ggure presque exclu.siveinent dans la discussion, n'csl pas en réalité le principal nœud qu'il y ait à délier entre les deux puissances.

Dans ces moments où un grand interet se trouvait agite entre la France cl une puissance étrangère, c'clait chez l'empereur Napoléon une faUlo habitude, un calcul peut-être, mais, selon nous, un

mauvais calcul qui lui a été plus souvent nuisible qu'utile, d'engager dans un cercle de cour, et souvent comme à dessein dans un jour solennel, une discussion publique de scs griefs avec l'ambassadeur de cette puissance. Outre qu’un homme du caractère de l'Empereur ne pouvait guère en de telles discussions s’empêcher de laisser échapper des paroles trop vives ou du moins peu mesurées, il était à peu près impossible que, même innocentes et irréprochables, ces paroles ne fussent pas dénaturées et ne donnassent lieu k de malveillantes interprétations. Aussi presque toujours fallait-il que sa diplomatie, à l'aide d'un texte fourni par le ministère, cherchât ou à restreindre la signidcalion des paroles prêtées k l'Empereur ou meme à en corriger le travestissement. I.c 13 août de cette année vit 1e renouvellement d’une scène semblable. L'Empereur, dans une allocution au prince Kurakiii, fît entendre contre la Russie des plaintes qui, pour certaines hypothèses, olTraienl des chances de rupture. La conversation roula d'abord sur une prétendue note rapportée par les journaux anglais, et qui, suivant eux, aurait été adressée .i la Ru.ssic par le ministre des relations extérieures de France, le 30 octobre 1810. Le style cl te texte de cette note ^ prouvant seuls, disait l’Empereur, qu'une pareille pièce ne pouvait pas être l’œuvre du gouvernement français, il n'en faisait mention que pour la signaler comntc une de ces fabrications mensongères alors si comiiiunémenl à l'usage de l'Angleterre; mais bientôt, ayant quitte ce .sujet pour parler à l'ambassadeur de la situation des aiïaires de la Russie sur le Danube, l'Empereur témoigna qu’il ne concevait rien à ce qui se passait de ce côté, ajoutant : u Je sui.s comme l'homme de » la nature; oc que Je ne conçois pas excite ma n défiance.» L'amliassadeur prince Kurakin, inaladroilement engagé dans une telle question, tâcha d'expliquer le mauvais état desaffaircs sur ce point par la trop grande étendue de la ligne sur laquelle on agissait et par l'embarras des finances de l'empire qui nuisait aux opérations militaires. Ces raisons peu solides furent aisément relevées par Napoléon : «I Si vous me parliez officiellement, lui » dit-il, je ferais semblant de vous croire; mais n comme notre conversation est confidentielle, je » vous dirai tout simpleinenl que vous avez clé » battus parce que vous manquiez de troupes; que a vous manquiez de troupes parce que vous avez

' Lettre du duc de Dafitaiio au gcaéral Laurision, en dans U Monilfur. L« Cowmer, en la publiant, disait date du 33 juin. qu'elle aTail été cumrotiniquéc par le cabinet de Feters-

* Lettre du géncr.nl Laurision. en date du 18 juillet. ; bourg & Penvoyé américain, M. Adams, qui l'avait trans-

* Celte noie, extraite du journal anglais h Caurner, mise aux l^tals-Unis, d'où elle était revenue en Angleavait été deux jours auparavant, le 15 août, répétée terre.

Digitizccii',-t.HK.é.

POLITIQUE EXTÉniELUE.

n rappelé cinq divisions en Pologne, non par émit barras de finances, mais pour me menacer. » L’Empereur trouvait que les procédés inquiétants de la Russie et l'espèce d’exaltation qu'elle manifestait ressemblaient beaucoup aux sentitneiits passionnés qui avaient causé la perte de la monarchie prussienne; et de là, s’abandonnant à l’enivrement des souvenirs, il continua ainsi : « Suit bonheur, n soit bravoure de mes troupes, soit parce que n j’entends un peu le métier. J’ai toujours eu du » succès à la guerre. Je ne dis pas que je vous bat- » Irai, mais nous nous battrons. Vous savez que n j’ai de l’argent; que j’ai huit cent mille hommes; n que chaque année met deux cent cinquante mille ■> conscrits à ma disposition; que je puis par consé- » quent augmenter mon armée en trois ans de sept » cent mille hommes, qui me suflisent pour con- » tinucr la guerre en Espagne et pour vous la faire en même temps. Si vous comptez sur l'Autriche,

» je crois que vous vous trompez; car si l’Autriche » peut reparaître sur la scène et veut faire la guerre,

» ce ne pourra être que pour vous rcprcn<lre ce » qu’elle a dû vous céder à la dernière. » En prononçant ces mots, l'Empereur avait les yeux sur le prince Schwarzenberg, qui l'entendit et garda le silence. Le prince Kurakin ayant renouvelé l’assurance de la fidélité de son souverain aux engagements de l’alliance. Napoléon reprit : u C’est le H même langage que vous tenez sans cesse à mes n ambassadeurs, mais que les faits démentent et » que vous démentez vous -même par la protesta- » tiun contre l'incorporation du duché d’OIdcnn bourg, que vous avez remise à toutes les cours,

» dans laquelle vous m’accusez publiquement et » que je n’ai pas dû recevoir, parce que je n’aurais » (>u la considérer que comme une déclaration de n guerre. » Ici l’amlKissadcur d’Alexandre entra dans des détails assez étendus sur les droits de la Russie à ^égard 0u duché d’Oldenbourg et sur les transactions dont cette principadté avait été l'objet entre cette puissance et le Danemark. L’Empereur, après avoir écouté avec aKention ces développements, avoua franchement que ces rapports initinics de la Russie avec le duché qui était l’occasion des débats, ne lui avaient pas été bien connus; que si c«t état de choses tel qu’il venait de lui être présenté eut été mis sous ses yeux avant l’événement,

U l’incorporation n’aurait pas eu lieu. » Certes ce n’est pas pour une usurpation une excuse suflisante ^ qu’une allégation d’ignorance sur les droits des parties intéressées auxquelles on a porté préjudice. On ne peut pas s’absoudre soi-méme du mat fait à un tiers, par le simple aveu d’une légèreté d’action dont on convient sans la réparer; niais, cependant ; de la part de l’empereur Napoléon, un pareil aveu

est déjà une sorte de satisfaction donnée à la Russie. Témoigner que l'incorporation n'aurait pas eu lieu s'il avait prévu que la Russie dut s’en trouver blessée, c’est constater qu’il a été loin de son intention de rien faire d’ofTcnsant pour elle, c’est à peu près toute la réparation possible sur un fait consommé. Aussi, après cette déclaration dont il semble qu’on eût pu tirer parti pour un rapprochement, l’Empereur témoignait qu’il ne comprenait pas de quelle importance pouvait être pour le duc la possession d’un pays entouré de troupes cl de douanes françaises; pourquoi il refusait d’accepter des indemnités en territoire, ni comment un pareil sujet pourrait devenir une cause de guerre entre les deux puissances. Pour lui, il se prêterait avec empressement à tout ce qu'on désirerait de sa part dans le but d'assurer au duc une juste compensation; » mais pourtant, continuait-il, ne vous flattez » pas que je dédommage ce prince du cAlé de la » Pologne : plutôt la guerre. Jamais je ne céderai » un village du duché de Varsovie; j'en ai garanti » l'intégrité. » Comme l’ambassadeur n'avait pas une latitude de pouvoirs qui l'autorisât à la conclusion d'un arrangement définitif, et qu'il se bornait à promettre de faircconiiallreà sa cour les sentiments de l’Empereur, celui-ci répliqua : k Votre » cour sait depuis longtemps ce que je viens de n dire; j’ai dit la même chose à Czcrnichcf, au » comte Schouwalof, et mes ambassadeurs ne ces- » sent de le répéter depuis quatre mois. » Napoléon termina l’entretien en disant qu’il ne demandait à la Russie que deux choses : u Le rappel des » troupes envoyées sur les frontières de la Pologne n et le désaveu de la protestation contre l’incorpo- » ration du pays d'Oldenbourg, mais qu’il insistait » sur ces deux points. » La dernière de ces demandes de Napoléon serait une grave exigence, s’il ne fallait pas voir dans son langage un mauvais ehoix d’expression. En elTol l’Empereur, si justement susceptible lui-méme sur les prétentions des autres gouvernements, doit bien sentir qu'on ne peut pas convenablement imposer à une puissance comme la Russie le désaveu d’un acte tel que la protestation qui forme le sujet du démêlé. En pareille circonstance, entre des Etats du môme ordre, on est dans l’usage d’accepter pour désaveu des explications plus ou moins précises, selon que l’on est soi-méme plus ou moins disposé à une conciliation, et c’est en ce sens que la demande de Napoléon doit être entendue.

Sans contredit ce langage public de l’empereur Napoléon lient à une idée arrêtée d'avance, et, ici I par exemple, il s’est évidemment proposé un dou- ; Idc but, l’un d'avertir la Russie qu’il se croit as- ' suré de la cour de Vienne, l’autre de faire con-

CHAm RK XXVIl.

natire à THuropp que, si ia querelle provenant du rluchc d'Oldeni>ûurg ne s'arrange jki», c’est que, pour satisfaire l'empereur Alexandre*, le duché de Varsovie devrait faire les frais d'un raccoimnotiement que Napoléon iic veut point acheter à cc prix.

Un autre usage de l'empereur Napoléon, mais qui n'avait pas les mêmes inconvénients parce qu’il restait secret, etnit de so faire présenter de temps ' en temps par son ministre des atTairos étrangères, I sur chaque grande question en litige, des rapports | qui la re[>renaienl à son origine, en exposaient la i marche, les incidents, et constataient le point où elle était arrivée avec une indication des iimyens firoprcs à la ronduire vers une heureuse issue. Lo rendemain * de sa conversation avec le prince Kurakiii, un rapport de ce genre fut mis par M. le duc

(le liassaiiu sous les yeux de l'iCmpcrcur Ua

première question posée dans ce rapport était celle-ci :

« La situation de la France avec la Ilussie csl- » elle de nature à cc que l’un doive craindre une ■» guerre? »

L'esprit des raisonneinenls ministériels tendait à établir qu'une guerre dans le Nord était à éditer, surtout aussi longtemps que durerait la guerre d’Espagne. Cétait un important avantage d'avoir rendu les Anglais partie principale d’une guerre sur le continent, et de donner ainsi à la France le moyen de les humilier en dirigeant scs principales forces contre eux.

Une guerre contre la Russie opérerait une diversion contraire à cc projet. Elle coulerait beaucoup d'argent et d'hommes, sans uiïrir de contpcnsaliuii à (aulde sacrifices; clic entraînerait l'Empereur à de grandes distances , nuirait à toutes les prospérités de rempire cl au rélablissemcnl de la marine. La volonté de l'Empereur est de mainlcnir-la paix. Après ces sages réflexions , venait la question suivante :

» Les diflicullés élevées entre la France cl la n Russie peuvent-elles se terminer par une Irani> sacüon? *

Ici le ministre rccapilulail tout ce qui s'était passé entre les deux puissances depuis l'entrevue du Niémen. Il pesait les avantages que la Russie avait obtenus et répréserilail son étrange conduite durant la guerre d'Autriche eu 1809, comme ayant prmluit les embarras actuels. Sans l'infidélité de la Russie à l'alliance, celle guerre n’aurait pas eu lieu ou eût été inimédialcmciil arK'léc, et par conséquent le duché de Varsovie n'aurait pas reçu i'auguiciiUliuude territoire qui aujourd’hui donne

' Le 10 août.

de l'inquiétude. De là le ministre arrivait aux exigences du cahiuet de Pétcrslmurg sur une convention qu'il eut été facile de conclure sans la poiiitillerie de cc cabinet et son invincible opiniâtreté à vouloir l'insertion de mots inadmissibles ; il insistait entin sur le rejet de l'oITrc de dédommagement faite au duc d'Uldenbourg, offre à laqmdle la Russie n’avait répondu que /me une proles(atioH. I.e refus de la priiicipaulc d'Erfurt sc fonde, disait le ministre français, sur cc que le pays n'est pas contigu à l'empire russe ; mais il n’y a de contigu à cet empire que le duché de Varsovie. C’est donc là que l'un veut rindnnnité! «Tout porte à croire » que la paix pourrait être maintenue, si l'ou vuii- M lait céder cinq à six cent mille Ames du duché » de Varsovie... S'il exisinil dans le duché une nn- M lion à part de cinq à six cent mille Ames dont « l'Empereur put disposer, cette cession serait pré-

» férable à la guerre, mais il n'en est pas ainsi

n Toutes les {iarltcs du duché apparlieimeiil au >• même peuple qui, quoique partagé, existe dans » scs droits.... Cc qui tendrait à diviser le duché » de Vars<rvie tendr.iil à le détruire..* Si lu Itusstc » parvenait à lui faire faire un mouvement rétron grade, on u'eii resterait pas là. Sa perle totale » s'ensuivrait à la première occasion favorable... » Le danger d'un démetiibrcment partiel du duché qui, (ùt ou tard, amèncrail ou sa destruction complète ou bien cette guerre même que Ton voulait prévenir, cundiiisait le ministre à embrasser la question dans un sens plus large, cl il la posait ainsi : « Coiivicnt-H à la France d'agrandir la Rus- 1» sic par racquisition du duché de \'arsovie tout » entier? Cet agrandissement porterait les frontiè- » res russes sur l'Oder et la Silésie ; In Russie de- » viendrait une puissance du midi de rAlIcmagnc; 1* elle entrerait avec l'Europe dan.s des rapports N qu'une saine politique ne peut admettre.... i'ar » l'acquisilion de la Finlande, des principautés >• turques et du duché de Varsovie, il y aurait pour • ia Russie un accroisiu^incnl de forces qui déirui- N rait toute proportion entre elle cl les plus grann des puissances.

K ^inet êe prépareraU une rérolution qui mena- B cerait tout le$ /itnli du midi, que l'Europe enn iKTe n’a jamais prévue sans clfroi , et que la gé- » nétiitioH qui e'elècererrait peut-être accomptir. * Celte révolution, si elle n'est {Kiinl encore tout à fait accuiiipiic, n’csl-cHe pas bien près de l'être? Des graves inconvénients que devait entraîner la réunion entière du duché à l'empire russe, fauteur du rap|H>rt tirait la conclusion naturelle qu’il fallait maiiilcnlr l’Inlégralitc du duché de Varsovie.

« L'intérêt de la France, celui de f Allemagne,

I» celui de l'Europe l'exigent. » Cc qui s’est passé

(iKin

I‘OÜTinUE EXTERIKI UR.

drpiiis 181 1, ce qui se passe aujourd'hui peut faire juger si le cabinet impérial était en défaut clans scs jugements sur les tendances russes et sur leurs conséquences.

Du reste, le rapport soumis à Napoléon était loin de conseiller ut» parti cjtlréme. Il établissait qu'aulérieurcmciità la dilTicultc relative au duché d'Oldenbourg, la France avait à reprocher à la Russie une double, violation du traitéde Titsill. I/unc était radniissioii depuis longtemps avérée des marchandises anglaises sous pavillon prétendu neutre; l’autre, l'exclusion du comiucrcc français au mépris de rarlicle qui avait stipulé le rétablissement des relations comnuTciales sur le pied où elles étaient avant la guerre de 1806. Tout en appuyant sur ces griefs de ta France, le ministre déclarait qu'il ne les considérait pas comme des motifs suffisants de guerre; mais, en raison des incertitudes de l'ave* iiir. Il pensait qu'il y avait lieu d'onlamer des négociations éventuelles avec les cours de Vienne cl de Rcriin, afin que, si d'ici à six mois la Russie persistait dans son système ironique de se plaindre sans cesse c( de ne s’expliquer sur rien, Sa Majesté pOt établir de nouveau un système d'alHancc |Mr des traités qui ne seraient signés qu'à cc terme.

Lc rapport annonçait que dès à présent les armées devaient être mises sur le pied de guerre, de manière que le mois de juin suivant, époque où la saison devient favorable dans les pays où FRmpc* reur aurait à porter ses armes. Sa Slajeslé fût en mesure . si clic était forcée à la guerre , de venger la fui des traités qu'on ne jura jamais en vain, «le défendre le duché de Varsovie, et de le consolider en ajoutant à ton étendut tt à sa puis- P sauce.

Si le bruit des arinemcnls français faisait rentrer la Russie dans les sentiments de l'alliance, l’Empereur s'attendait à retirer du moins des sacrifices qu’il allait faire l'avantage de retenir sur fa concession qui assurait à f'enipereur Alexandre fa possession de fa Moldavie et de fa f'alachie. Cette condition est csscnliclle à obtenir; elle importe à l’Autriche et elle doit résulter du traité à négocier avec cette puissance. Ainsi le but des gr.ands préparatifs de Napoléon est expliqué : co but, c'est de détourner la guerre en effrayant la Russie par l’immensité des forces rassemblées contre elle, et de tirer parti de la terreur qu’on lui aura inspirée, pour reprendre le consentement donné à Erfurt sur les principautés turques. C’est donc ici l'inlérét de la Porte ottomane qui forme le principal mobile de la politique de Napoléon, et c’est jusqu'à un certain point pour l'ancien système d'équilibre, pour rintcgralllé de la

Turquie, qu'il engagera la grande lutte où il doit périr.

Presque au même instant où l'empereur des Français avait eu avec le prince Kurakin la conversation que nous avons rapportée, retiipereur Alexandre disait de Sun coteau gétiéral Eauriston qu'il se remettrait volontiers sur te pied de paix si Napoléon en faisait autant; mais il ne voulait donner ni au prince Kuraltti ni à aucune autre personne des pouvoirs assez larges pour rien conclure à Paris. Il autorisait seulement son ambassadeur à écouter les propositions qui lui seraient faites, et à les traiisnieltrc dès qu'il les croirait admissibles. Selon toute apparence, l'empereur Alexandre avait |h;u de confiance <lans les taicnij de son ambassadeur, et en cela il lui rendait justice ; mais ce qui prouve qu'il n’eUt pas laissé agir un aml>as5adour mémo plus habile, c'est que dans cc moment il appelait auprès de lui ic secrétaire de son ambassade en France, le comte de Ncssclrode, et le ministère français ne sc méprit point sur l'inlentiori de cc rappel trcs-iitupporluii, M. de Nesselrode étant seul cri état de traiter à Paris. Au 30 août, les deux cabinets avaient assez franchement marqué leur position. « La seule proposition du » prince Kurakin, écrivait le due de R.'issano au n général I.auriston, est de rétablir le duc d’OI- » denbourg dans ses étals. Une lèltc base ne sau- " rait èlrc admise; c'est dire qu'on ne veut pas » négocier... Il y a évidemment quelque intrigue N souterraine pour le rapprochement de la Russie » avec rAiigletcrrc. » La conversation rie l'empereur dos Français avec le prince Kurakin ayant etc peu agréable à l'empereur Alexandre, cc prince expédia aussitôt un courrier à son ambassadeur pour lui prescrire de déclarer que, » lors même n qu'on lui offrirait en présent une parcelle du » duché de Varsovie, t7 s'en tenait ’ à Oldenbourg. M (|>uand, disait-il, un me ferait une telle offre ou n celle de Dantzig, Je la refuserais. * L'un des objets qu'avait eus en vue l'empereur Napoléon était reinpU. Il avait fait ahaiidoimer à i'empereur Alexandre toute prétention sur le duché de Varsovie ; mais sa situation à l'égard de cc prince n'était pas améliorée. Ainsi, comme seul résultat de toutes le» communications qui oui rempli les .sept premiers mois de 1811 , nous voyons que, pour replacer les deux empires dans leurs anciens rapports, il faudrait que l’empereur Napoléon annulât le sciialus-consultc du 13 décembre, qui a réuni la principauté d'Oldenbourg à rempire français. Ce ne sont pas là précisément les derniers mots qui seront dits; mais le degré de mécontentement et

* l.eiire du général Laurislon, du 6 septembre.

r.IIAl’ITRE XXVII.

même d'aigreur où l’on est arrivé, surtout en Rus- i sic, aura une fâcheuse iiinuence sur l’avenir.

La nécessité de jeter un coup d’œil sur les relations de l’empire français avec les autres États

I durant l’intervalle que nous venons de parcourir, nous oblige à suspendre ici le détail de ce qui continuera de se passer dans les derniers mois de 1811 entre les cabinets de Paris et de Pétersbourg.

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POLITIQUE EXTÉRIEURE

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