‹ Histoire de FranceChapitre 112 sur 142 · ÔS · texte numérisé non relu

ÔS

CHAPITUE XXVm,

i> (railé de Tilsitl avait stipule la restitution de la 1. Moldavie et de la Valacliic à la Porte ottomane, it Depuis, à Erfurt, l’empereur Alexandre obtint » que la France ne se mêlerait * point de cette Il question. Ea France fit cela en haine de l'Àu- >1 triche, qui faisait alors des préparatifs d’arme- II ments, rien ne pouvant être plus contraire aux Il intérêts de la monarchie autricliienne que l'oc- II cupatioii de ces provinces par la Russie. Aujour- II d’hui la France voit avec peine un si grand ac- II croissemont de territoire pour l’empire russe,

» d’autant plus que les principes du dernier ukase i Il excluront de la Moldavie et de la Valacliic les Il soieries et les denrées françaises. Mais est-il à Il espérer que la Porte puisse encore, l’année pro- 1» chai ne, défendre ces deux provinces? N’cst-il pas Il à craindre qu’outre ces deux provinces elle ne Il perde encore la Servie? Ea France ne peut man nifester aucune opinion contraire à la possession Il de la Moldavie et de la Valachie par les Russes,

» sans indisi>oscr alors même la Russie et la pous- II ser à faire la paix avec l’Angleterre, paix dont le Il résultat serait incvilabicment la guerre entre les Il deux puissances. D’ailleurs la Russie parait trop Il avancée pour renoncer aujourd’hui de sang-froid Il à ces deux provinces. F^iilin la Moldavie cl la Va- II lachie n’élanl pour la France que d'iiii intérêt Il secondaire, tandis qu’elles sont pour l'Autriche Il d’un intérêt du premier rang , il serait impor- Il tant de connaître l’Autriche serait dis-

II posée à aller, et ce qu’elle serait en élal de faire Il pour empêcher leur réunion... l.c déplaisir que Il fait au ministère autrichien la réunion de ces Il provinces, va-t-il Jusqu’à ne pas lui faire redou- II lcr la guerre avec la Russie? Enfin quel est son Il sjstème sur ces affaires? quelles espérances con- II çoit-il de la résistance des Turcs? n F.a pensée de l’Empereur est là, comme la vérité, dans sa nudité naturelle. Le langage du tninistre cl de l’ainhassadeur durent nécessairement prendre des formes moins trancliécs que celui de Napoléon et Icndrc au but indique par de plus longs détours. Ec résultat des informations recueillies par l’amhassadeur fut que l’acquisition de la Moldavie et de la Valachie par l’empire russe était bien pour l’Autriche un acheminement à une rupture, mais non une cause décisive de guerre immédiate, guerre d’ailleurs impossible dans l’état d’épuisement où se trouvait la monarchie.

' L’cmpnrciir Alexandre ohicmi d.'iv.mt.vgc. Nal’oléoii rcc'onnnissaii ces principautés l-uiiiiik* provinces riissri.

’ Lcllrc du dur de Cadorc à M. Otto, en date du 2C mars.

Sur ces entrefaites, l’armée russe du Danube s’étant emparée de Belgrade, M. Otto fut autorisé,

I dans le dessein de reconnaître comment on envi- ; sageail celte occupation à Vienne , à faire entendre I que l’empereur Napoléon n’était point disposé à I laisser établir un hospodar ou prince grec en Ser- I vie, attendu que rinflucncc d'un tel gouvernement s’étendrait sur tout le littoral de l’Adriatique et de la Méditerranée. i> L’ne souveraineté grecque ^ en Servie exalterait les espérances de vingt millions de Grecs depuis l’Albanie jusqu’à Constantinople, qui, à cause de leur religion, ne peuvent se rallier qu’à la Russie. » Comme l’empereur Alexandre avait pris rengagement de ne rien prétendre en Servie, l’occupation même de Belgrade étant ainsi une violation de cette promesse, l’ambassai deur pouvait déclarer à la cour de Vienne que la France serait prête à la seconder dans ce qu’elle voudrait faire pour écarter de celte province l’influence russe. Sur ce point la conduite de Napoléon i était franche et loyale ; car, on ne l'aura point ! oublié, il avait fait directement une notification : pareille à Pélersbourg. Cet incident n’eut aucune ' gravité; les explications demandées furent satisfaisantes : la Russie déclara que l’occupation de Rel- I grade n’était qu'un événement de guerre qui ne ' devait entraîner aucune conséquence pour l’avenir. On était en outre déjà tranquillisé à Vienne sur les suites de la guerre du Midi par la nouvelle du . départ de plusieurs divisions russes pour se porter vers le Nord et aller se placer sur la frontière du duché de V’arsovie ; on s’attendait même à voir ; bientôt la paix se conclure entre les Russes et les Turcs : déjà, depuis quelques mois, les communications entre les deux quartiers généraux avaient été assez actives; un agent russe ^ s’était, dès le mois de février, rendu au camp du grand vizir, et le reiss-effendi s’était lui-même ensuite transporté au quartier général russe, où se trouvait M. llaliuski , ancien ministre de Russie auprès de la Porte ottomane. Dans le même temps à peu près , M. Pozzo di Borgo , toujours secrètement attaché I à la Russie quoique désavoué publiquement par I elle, était arrivé à Constanlinoplc *, où il était des- ' cendu clicz le ministre d’Angleterre.

Dans un pays où, comme alors en France, le gouveniement est tout entier dans la personne du I chef de l'État, les cbangcinents de ministres sont presque indifférents. Napoléon, depuis le 18 bru-

’ M. Foni.in. précédemment inierprète de l.i légaiioii russe en Turquie.

1 Lettre de M. de la Toiir-Maulxiiir};. ch.irgé d’.iffaires à Constantinople, en (Lite du 15 .avril.

tIRII)

mUTIQllE EXTÉRIEIRE.

maire, n'avail eu que deux ^ ministres des relations extérieures; le dur de Bassaiio, comme iiousl'avons dit, avait été le troisième. L'un des premiers actes du nouveau ministre fut une lettre circulaires par laquelle il faisait coimaitre aux agents dipl«nia> tiques français, pour servir de règle à leur coït'' duite, la situation de ta Russie et de la France. Après avoir parle des avantages que la Russie avait recueillis de l'alliance française, il annonçait que cette puissance, ne laissant que quatre divisions, à peu près trente mille hommes, sur le Danulte. avait porté les cinq divisions retirées de cette armée sur la frontière du duché de Varsovie; que d'autres corps descendaient de la Finlande dans la même direction; que déjà on pouvait évaluer à cent vingt et mémeâ près de cent cinquante mille hommes les rassenibiemenls de troupes russes en état d’entrer en cainpgtie ; que la Russie ne convenait pas de ces mouvements, mais qu’ils étaient incontestables, et que sans doute ils cachaient des projets que le temps ne larderait pas à dévoiler; que l'Kmpercor avait répondu à des préparatifs par des préparatifs, et qu'il se mettait sur le pied de guerre; que relativement au duché d'Oiden* bourg, devenu pour la Russie un prétexte justilicatifde ses armements, des propositions d'arrangement lui a valent été faites, mais qu’elle Icsavait rejetées sans exprimer ce qu'elle désirait ; qu'une telle conduite inspirait des.doutes sur ses intentions et des inquiétudes pour un Étal de la confédération du Rhin, le duché de Varsovie; que cependant i'Fimpercur ne demanderait aux princes de la confédération leurs contingents qu’au moment où ces doutes seraient changés en certitude. «L'Eiiipe- N rcur, disait le doc de Bassano, ne veut point la ^ guerre; mais si les Russes déchirent les traités » et violent le territoire de la confédération, la «* guerre sera déclarée et les contingents appelés n par le fait. » Lies raisons alléguées pour légitimer la réunion des villes anséatiqoes et du duché d'Oldenbourg ne pouvaient avoir de valeur que pour les esprits qui auraient jugé, sobs le même point de vue que Napoléon, la quesli<m du système continental; aussi le ministre recommandait-il, sur le fait de cette réunion, une extrême réserve.

L’objet de l'instruction ministérielle était évidemment de lâcher d’établir l'opinion que si la inésintcliigcncc venait i s’accroître entre les cabinets de i'aris et de Pétersbourg, ce ne serait pas le premier de ces cabinets qui aurait à se le reprocher. C’était U aussi le but de la conversation publique

' M. de Talleyrand. créé par Napoléon prince de Béné- Tcnl; M. de Champagnr, créé duc de Cadore.

* Leiire du duc de Dasaauo, ru date du SI mai.

S aifivnv.

que l’Empereur avait eue le 11$ août avec le prince Kurakin, et dont nou.s avons rendu compte en nous occupant spécialement de la Russie; mais la conversation du 11$ août renfermait une intention de plus, c'etait de montrer, indépendamment de ce que voulait l’Empereur, ce qu’il ne voulait pas. OUe intention sc manifeste dans le commentaire qui fut envoyé aux légations françaises cl notamment i l'ambassadeur en Autriche. Suivant l'cxplicalion > de son ministre, l’empereur Napoléon, après avoir parlé au prince Kurakin d’engagemenis entre les Russes et les Turcs où les premiers n’auraicut pas eu l'avantage, aurait témoigné que le rappel, en de pareilles circonstances, de cinq divisions de l'armée du Danube étant militairement une fausse mesure, il devait conclure de son adoption qu’elle tenait à des causes d’une nature suspecte. La détiance dont il ne pouvait sc tléfcridrc était cnfeclivcmeiit chaque jour justifiée par des mouvements dont en vain il cherchait l’objet; car il n'tinaginail pas que la question d'Oldenbourg, quoiqu'elle dut être un texte de discussion, pùt devenir une cause de guerre. Malgré les bonnes dispositions qu'avait montrées l'Empereur à donner au duc une itidcimiilc convenable, il existait cependant des coridilions auxquelles il lui était im- |K)ssiblc de souscrire : l'une de rétablir ce prince dans son duché, ce qui, au point où les choses étaient arrivées, serait un acte contraire k l'honneur; l'autre, de le dédommager par une cession de territoire prise sur le duché de Varsovie. Ce qui nous frappe dans celle manière d'exposer les vues de l'empereur Napoléon, c’est le désir de bien faire coimaUrcd Vienne que, tout en cherchant à satisfaire l'empereur Alexandre, sa bonne volonté pourrait toutefois renconlrersur certains poinUdes bornes que rien ne le déciderait à franchir. Tel était l'esprit des communications données par le gouvernement français à la cour de Vienne pendant la première moitié de 1811 ; encore ces communications étaient-elles faites avec mesure, par vole d'insinuation, et seulement comme pour préparer le cabinet autrichien à recevoir ou à faire Jui-mème plus tard des propositions d'une nature plus caractérisée.

La situation financière de l’Autriche, que nous avons déjà fait connaître pour l’année 1810. était devenue tellement déplorable, que partout ailleurs on n’cùt pas dù croire à la possibilité de voir ce gouvernement reprendre, de plusieurs années, une part active aux affaires générales de l'Europe; mais

^Lettre du ministre des rclaiioDi «xtêrieuresi üf. Otio, en d«ie du 90 août.

CIIAMTRE XXVm.

en cc genre PAulrichcformcK'xrqnion.Danscc pays [ patient cl docile» on vivait avec le désordre des ! hnances» cotnnie on vil avec la peste à Conslanti- ■ nople. I»a banqueroute de fait , ia banqueroute de ' chaque jour était en quelque sorte acclimatée» et la politique n*en tenait compte qu'autaiit quVIley rencontrait des obstacles invincibles; or les obstacles sont rarement invincibles pour les gouvernements qui ne se gênent passur le choix des moyens, b'avilissement des billets de banque, qui formaient la presque totalité des valeurs circulantes, décida enfin le gouverncincul à une mesure trop longtemps différée, qui n'était réellement que la déclaration d'un fait accompli et au delà : ce fut de pro- | noncer parun aclcofficicl la réduction de ses billets au cinquième de leur valeur nominale. Une pa- ' tente impériale, du 20 février, en annonçant que i les billets de banque ne pourraient» quoique rc- ' duils, rester en circulation que jusqu'au 1*^ janvier 1812, [Kirlait que d’ici là ces billets seraient remplacés par des bUîeU d'échange dans la proportion de 1 pour cinq» de 100 pour cinq cents.

Au 1*» janvier 181 2, les billets d’échange devien- j draicnl le seul papier reconnu; les billets de ban- | que cesseraient d’avoir cours. I

Dans aucun cas, portail la patente impériale» la somme des billets d'échange à cmellrc ne pourrait dépasser celle* de 212,1!)9,730 Qorins. Les ; nouveaux billets étaient placés sous la garantie des | Étals héréditaires, mise ainsi à ia charge des pos- , sessions que les monarques autrichiens affection- | lient le plus, et assurément la meilleure qu'ils pus- ! sent donner, mais c'était encore là l’effet d'un vice intérieur d'organisation, souvent Ircs-préjudiciable à cette monarchie, qui, possédant scs divers royaumes et principautés à des titres divers, se trouve dans rimpossibililé d'asseoir sur une base commune ses opérations et son crédit.

Pour rendre cflicacc la mesure de réduction et assurer la valeur du papier nouveau, le gouvernement autrichien, qui déjà depuis quelque temps avait décidé la vente d’une certaine portion de biens : appartenant à des couvents cl à des chapitres, lit coimaitrc par une circulaire que les payements de ces biens, dont la vente se ferait par adjudication publique, devraient s'effectuer en billets d'échange.

C’était par une fiction de la loi que le papier conservait une valeur d’un pour cinq. La réduction de fait eût bicniéi dépassé la réduction legale.

Tout le monde avait pu prévoir quelle pcrlurbnlioti allait jeter dans les payements, dans toutes les transactions des habitants entre eux, dans les tiiarclics. dans les magasins et sur les places, une ordonnance qui annulait l.i valeur nominale d'une monnaie pour lui en donner une qu'elle prétendait rendre fixe cl immuable. Ce qu'il eût été diflicilc de deviner, c'était le genre de moyens auxquels le gouvernement autrichien aurait recours pour maintenir son papier au taux qu'il lui avait plu de déterminer. Ces expédients étaient d'une nature que n’approuverait guère, .issurcment, la science financière de notre époque; à Vienne, en 1811 , on n'en connaissait point d'autres. Le ministre des finances, comte de Wallis, homme d’un caractère énergique, digne d'élrc applique à une meilleure cause, trouva momentanément des ressources dans sa fermeté. Il avait des expédients divers pour les diverses classcsdc la population; il disait aux hommes à argent, aux banquiers et aux spéculateurs de bourse que, s'ils n’employaient pas tous leurs efforts pour relever le papier, son resscnlimcnt tomberait impitoyablement sur eux, et qu'il avait en réserve des secrets pour les atteindre. Quant aux classes Inférieures, scs procédés étaient plus oxpédilifs encore. Il se rendait dans les marchés» s'iiifurrnail des prix de vente, surveillait les marchands qui |>ortaicnt trop haut la valeur de leurs marchandises, cl nolarnmcnl celle des objets de première nécessité, comme la viande et le pain. S'il trouvait en defaut des bouchers et des boulangers, il les faisait conduire à la police, et là on leur administrait la bastonnade. Celle justice à la turque ne manqua point son effet, du moins pour un temps. I.C public cul peur; la baisse du papier s'arrêta, et la \alcur des marchandises reprit un niveau en rapport avec la valeur légale du [tapier.

Outre la lutte élevée entre le vendeur et le cunsummalcur, il en existait une autre sur le salaire des ouvriers. Ceux-ci, en raison de la hausse des denrées rcialivemcnlà leurs anciens salaires, voulaient que leurs salaires s’augmentassent dans la proportion du taux de la nouvelle monnaie. Le

' D'après une lettre de M. de Ncnernich à M. Ollo, en date du li mars, le lolal des bîllels de banque en circulalioD s’ctail élevé jusqii'tk 1,000,708,753 flurîns. c'esi-àdinr, à plus de deux iiiUtiaivIs cinq cents miiUuns de francs. IVmlant que j'étais, en IWHI, chargé de r-ndmînistritluo «les pruvinccs conquises co Aulrïciie. j'avais reconnu, par les mémoires et étals existants daos In bureaux du dcpaiieincnt des tinanrrs, que, dès celle

époque, les émissions nniérieurcs montaient au delà de 700,000.000 de (lurins, ainsi que je Tai consigne dans l'expose comparatif que j'ai publie, en 181-4, sur la Situation des principales puissances de l'Kuropc. J'étabUssaif, dans le même ouvrage, qu'en 1810 les émissions devaient être arrivée i un milliard de florins. Ainsi mes évaluations sont parfaitement «l'accord avec la üc-ciaration de M. «le Meilenm'li.

POMTKJl'E EXTÉRIEIIRP..

rejet de leurs réclamations ayant donné Heu à un rassemblement, rautorilé, sans s'occu|>er de leurs plaintes, Gt dissiper le rassemblement à coups de sabre.

11 n'cchappait pas au ministre, comte de Wallis, que les moyens viulcnls, dotil il avait fait usage pimr arrêter la baisse du nouveau papier-monnaie, ne pourraient pas avoir un succès bien prolongé. Afin d’améliorer les cours par une voie plus iiaturello cl plus siirc, il avait décidé renipereur à consacrer une dixainede millions de son trésor personnel à faire des achats sur la place; c’était en germe l’idée d’une caisse d’amortissement. Une rivalité ininistériclte empêcha l'adoption de ce projet. Le comte Zichi, ministre de riiitéricur, la comballil dans le conseil, bien assuré de faire par là sa cour à rcni|>creur François, et l’affaire manqua.

l.a rivalité entre les deux ministres n’était pas une question de personne, mais une question de province, de royaume; elle niellait aux prises la Bohême et la Hongrie. Wallis appartenait au premier de CCS Étals, et Zichi au second. Ce dernier avait proposé un Impôt du dixième sur les propriétés, mais cet impôt eût pesé seulement sur la Bohême et sur l'Autriche. Four forcer la Hongrie à porter sa part de la dette, Wallis avait fait rejeter CCI impôt et exécuter le plan de réduction que nous avons indiqué, mais sans pouvoir atteindre la Hongrie qued'unc manière inrnniplètc. Quelques Comitats adincUaient le système de réduction; d’autres le repoussaient et notamment ceux oii dominaient de grands proprietaires, comme les princes d’Ëslerhazy et autres, qui prétendaient qu’en réduisant de quatre cinquièmes la valeur dans laquelle ils avaient emprunté , on quintuplait leurs dettes. La réduction, étant ainsi à peu près illusoire pour ce royaume, devenait pour le papier nouveau une nouvelle cause de discrédit.

Ce n'étaient pas là les seules diGicullés que rencontrât le ministre des finances. L'une des plus iinportaïUcs ressources sur lesquelles il avait compté était la vente d’une cerUvinc quantité de biens ecclésiastiques. Celte dernière ressource lui était encore vivement disputée. En Ilungric comme en Bohème, CO Moravie comme en Autriche, partout on mettait des entraves à celle vente; on alléguait que les prébendes et autres biens dont le gouvernement roulait disposer étaient la légitime dotation des cadets de famille. C'clail déjà bien assez

' L’ime des caiisrs de l'indiseiplino de !a Hongrie tient h un principe religieux. Le» nombreux ubscrvateiir» du rite grec qui habitent ce royaume, tout beaucoup plu» {tusses (|ii’Aiilriehieiis. Leur patriarche est en Russie. C’esC <le Pctersliourg qu'on leur envoie de» livre» de

d’avoir fait perdre a la noblesse Mayence et tant d’autres propriétés ecclcsi.*isliqucs en empire, sans lui enlever encore ec qui en existait dans l’intérieur même de la monarchie.

Comme les autres expédients du comte de Wallis, qui avaient réussi inomentancmeni contre les bouchers et les boulangers, n'avaient pu cm{>éciicr le surhaussemenl du prix du pain et de la viande, la cour s’éloigna ^ de A'ienrie pour ri’ctrc pas témoin du mécontentement public.

Si les méthodes administratives, suivies pour les finances en Autriche, ne donnent pas une idée bien favorable de l'habjlelc du chef de ce département, et même du ministère autrichien tout entier, l’ensemble que présentent ce gouvernement, la famille ' impériale, la cour et la société de Vienne, ne forme I pas non plus un tableau bien satisfaisant. Nous I croyons pouvoir quitter un moment le ton grave ' de i’btslorien pour placer ici quelques détails qui I sembleraient être plutôt de la compétence d’un > écrivain de mémoires; mais la connaissance de ces faits secondaires est un préalable sans lequel il serait diOicilc d’apprécier sainement des événements d’une haute portée qui auront lieu plus lard.

Quoique, pour les hoiiiincs qui prennent part au gouvernement des Étals, la vie imiividucllc et les habitudes sociales ne délermincnt point forcement le caractère de la vie politique, il peut n’êtrc pas sans intérêt de jeter un coup d’<cM sur le mode d'existence de renipereur François, de sa famille cl des classes sn|>ér>curcs dans la capitale de l’Autriche. On ne saurait imaginer un contraste plus saillant que celui qui se remarquait entre celte capitale et celle de l'empire français. A Paris, activité infatigable du clief de l’élal, surveillance sans relâche sur loutc.s les branches de l'administration. travail soutenu des ministres pour seconder les vues de l'Empereur, essais nombreux de pcrfertionncment et d'âméliuralion dans toutes les branches de service, magnificence de la cour impériale , mais magnificence régulière et permanente, allribution de traitements considérables aux grands emplois, mais avec obligation de dépenser CCS traitements en les faisant tourner au profil du commerce, de l'industrie et des arts : (el est l’aspect qu’offre le gouvernement de Napoléon; il u’en était pas tout à fait ainsi à Vienne.

L'empereur François, on le sait, s'occupait fort peu des aflaircs de TÉlat. Des fantaisies parlicu-

priêrrs. Dam beaucoup d'église» on prie pour la famille impériale ru»»e. Les portraits du CaUieriae el d'Alexandre sont rv]iandus chez eux jusque dans les cabane».

* Mois de mai.

rm

CHAPITIIK XXVUI.

liôrcs , qui n’avaicnl pas toujours clé les memes , lui servaient à remplir la longueur de ses inutiles journées. En 1811, les fleurs étaient sa passion dominante. Il avait encore d’autres goûts, mais moins élégaiiLs. L'un de scs passe-temps était de jouer des boulTonncries avec un docteur StifTt, fort en faveur auprès de lui , et , dans ces scènes d'un genre vulgaire , lo rûle du personnage dupé était presque toujours celui de l’empereur. Parmi les hommes de quelque distinction, ce prince ne voyait guère que deux ou trois personnes un peu fréquemment; il recevait assez rarement scs ministres, et leur laissait tout le soin de pourvoir aux diflicultcs de sa situation. Lesarchiducs, scs frères et scs cousins, se tenaient également dans la retraite. L’impératrice, presque toujours malade, après avoir vainement tenté de faire prendre h l’empereur de plus nobles habitudes , se livrait à .son penchant pour les arts et pour les sciences. Elle admettait dans son intimité des savants ou des hommes réputés tels, s’entretenait avec eux de philosophie, de métaphysique, de découvertes, et se moquait des amusements ignobles de son mari. Celui ci de son côté disait : » Elle a trop d’esprit » pour moi. « Les deux époux d’ailleurs vivaient en bonne intelligence.

La monarchie autrichienne avait une noblesse nond)reusc cl riche, mais cette monarchie était un corps à plusieurs têtes. La Bohème et la Hongrie renfermant des capitales, où séjournaient en hiver les grands proprietaires de ces royaumes. Vienne n’avait ni un Westend > ni un faubourg Saint-Germain ; il n'y existait pas même de grandes maisons autrichiennes où se rassembItU une société choisie. Les seuls centres de réunion oITerts à la noblcs.se du pays étaient les hûtcls des ambassadeurs, ou de quelques étrangers attirés h Vienne par diverses sortes d’intérêt; en général même, c’étaient des étrangers qui vivifiaient ces réunions, qui en étaient l’ânie, qui en formaient la partie brillante. Depuis longtemps la principale maison où affluaient les étrangers cl les indigènes qui cherchaienl à voir le monde , par délassement ou par calcul , était celle du comte Rasumowski, ambassadeur de Russie eu celle résidence jusqu’à l’époque de la paix de Tilsitt. Plus Autrichien, cl peutêtre aussi plus Anglais que Rus.se, cet ambassadeur avait dû nécessairement cire remplacé, le jour où la Russie s’élail séparée de l’Anglelcrrc pour se lier au système de la France. En cessant d’être le représentant ofliciel de rempercur Alexandre, Rasuniüwski avait continue à représenter la portion

' QiianiiT du beau monde et de la richesse foncière .à Londres.

j de la noblesse russe qui n’aduptail pas les vues de ce souverain, et cette portion, c’était la nnblc.ssc I presque tout entière. Les Russes mêmes qui, par ' leurs fonctions , devaient vouloir ce que voulait leur maître, ne se montraient pas moins empressés à se rendre dans les salons de l’cx-ambassadeur quiaflichail publiquement des opinions contraires. Lorsque, dans les premiers moments de scs relations personnellement intimes avec Napoléon, l’empereur Alexandre avait voulu lui donner des gages de sa bonne fui, tout en nommant un successeur au comte Rasumowski, il s’élail abstenu de rap- ' peler ce dernier en Russie, craignant peut-être, [ s’il lui eût ordonné de quitter Vienne, de n’étre pas obéi. D’un autre côté, dans cette capitale, malgré tout le désir qu’on avait de se montrer complaisant pour Napoléon devenu gendre de l’empereur François, porter la condescendance jusqu’à engager Rasumowski à s’éloigner de cette capitale était un cfTort d'incivilité et d'énergie dont on se I sentait incapable. On avait été si longtemps uni : avec l'ancien ambassadeur dans la haine, les injures, les plaisanteries honnes ou mauvaises contre la France impériale, qu’il n’était pas décemment possible de traiter en ennemi un ancien complice; et d’ailleurs, dans un pays où toutes les mai.sous demeuraient fermées, on trouvait commode d'en avoir une toujours ouverte, où les réceptions étaient nombreuses, les soirées brillantes et les cuisiniers excellents. De cet étal de choses, il résultait que l’cx-ambassadcur d’Alexandre, quoiqu'il y eût à cûté de lui un ambassadeur en titre, restait toujours le personnage le plus important de Vienne pour les Russes cl pour les Autrichiens. Pour ceuxci même, c’était presque un compatriote; il embellissait Vienne par ses jardins, l’enrichissait par sa représentation ; il y avait ainsi acquis à tant de [ titres le droit de cité.

On demandera comment un homme qui n’était I pas un des plus grands propriétaires de la Russie I pouvait, après avoir cessé de recevoir les Iraileincnts qu’il joignait auparavant à sa propre fortune, continuer de faire les mêmes dépenses, cl peut-être des dépenses plus grandes que celles I qu’il avait faites comme ambassadeur; un deman- I dera .surtout comment, dans sa position nouvelle, il pouvait, en 1811 , acheter encore en Autriche ' pour deux millions de propriétés : les interpréta- ; lions françaises seraient peu favorables à la moraj lilé politique du comte Rasumowski ; elles condui- : raient à penser que c'était rAnglctcrrc qui faisait i les frais d'un foyer d’action cl d’intrigue dirigées contre son plus implacable ennemi. Suivant ces interprétations, c’était pour l’Angleterre un placement de fonds très-avantageux, qui lui tenait lieu

l'OLiriQL'E EXTEIUKL'RE.

de plusieurs ambassades et lui valait pcut-<ttre plus qu’un corps d'armée sur le cuntinent. Les Français et les amis de In France étaient d'autant plus portés à former un tel jugement qu’ils apercevaient dans ce cercle des pensionnaires connus ot avoués de l’Angleterre : c'était là qu’avait longtemps brillé M. Pozzo di Borgo, actuellement occupé ailleurs.

Au moment dont nous parlons, il se trouvait encore à Vienne un autre Russe chargé, scion toute apparence, d’une espece de négociation secondaire ^que nous expliquerons plus tard ; ce Russe était M. de Nowosilsof, qui jusqu’ici n’a pris rang qu’en seconde ligne parmi les agents diplomatiques, mais qui un jour obtiendra une cruelle célébrité en se montrant, dans le royaume de Pologne, digne d’être, pour l’administration civile, le coopératcur du grand-duc Constantin.

A Vienne, comme dans toutes les grandes capitales, la société la plus élevée n’est pas toujours la plus sévère : c’est là que se font remarquer les femmes à la mode, celles qui joignent â une naissance plus ou moins distinguée , à plus ou moins d’esprit naturel, le goftt le plus vifpour les distractions et pour le plaisir. Uutre les dames autrichiennes qui pouvaient être dans cette classe, il se trouvait alors dans la capitale de l'.Autrichc une colonie galante de femmes de divers pays, belles ou gracieuses, dont quelques-unes, déjà célèbres depuis plusieurs années, passaient pour faire de la diplomatie au milieu des amusements les plus frivoles et jusque dans l’amour même. (]e prélude a pu paraître minutieux et un peu long, parce qu’on ne voit pas bien où il doit conduire : le voici. Il existait à Vienne un homme en qui reposait la politique de l’empire; un homme qui était ainsi le dépositaire, le gardien des hauts intérêts de l’Etat; qui avait cru devoir chercher à garantir ces intérêts en les attachant aux destinées de l’empereur Napoléon; qui, dans ce but, avait conseillé delai donner en mariage une archiduchesse; qui enfin, rentrant dans les voies de .Marie-Thérèse et du (irince de Kaunitz, avait fondé de nouveau pour la monarchie autrichienne le système de l'alliance française : cet homme était le comte de Metternich, qui pourtant

' Le Prussien Gentz, pour récompense de son oiivrogc sur les Knanccs de l’Angleterre, avait reçu une pension du guiivcrncnient .mgl.'iis; niais cette pension était peu cousidér.ible; il ét.vit endetté et fort m,il à son aise. Au niornent de In paix d'.Aïuieiis qui Rt cesser un moment toutes les haines, Gent/. sc trouva admis dans quelques maisons du corps diplomatique A Berlin ; il jouait arec nous, perdait souvent cl ne payait presque jamais. C’était un homme tout A fait disponible qui eût volontiers livré sa plume A la France. Noiis en finies la proposition

n’avait d’autre .société que celle de Rasumowski : là étaient scs liaisons, scs amitiés, ses amours. Des relations de tout genre rapprochaient le ministre ; et Pcx -ambassadeur. Devait-on le soir danser un ballet chez l’amphitryon russe, c’était cher M. de ! Metternich, c’était à la chancellerie d’Etat que le I matin on faisait les répétitions. Dans cette société, j où tout était antifrançais, M. de Metternich sc j trouvait chaque jour avec son prédécesseur, le i comte de Sladion, avec le ministre instigateur des j deux dernières guerres contre la France, que deux I fuis les victoires de Napoléon avaient forcé tic quitter le ministère. Telle était redevenue i'intimitc de leurs relations, que le comte de Stadion avait fait ! admettre chez M. de Metternich l’écrivain Gentz, pédant lourd et épais, assurément bien peu capable i de porter de l’agrément dans un cercle, mais facilement reçu dans celui-ci en raison de sa haine I contre la France qui n’avait pas voulu de lui *.

I Pour un homme de mœurs graves comme l’am- . bassadeur Otto, l’air que respirait M. de Metternich I était un air empoisonné; la coterie d’hommes et I de femmes avec lesquels il sc trouvait en contact I chaque jour, semblait à cet ambassadeur être un I réceptacle de licence, de vénalité et de corruption;

! c’était à scs yeux la régence au petit pied. Par malheur, la fortune du comte de Metternich était fort : délabrée; celle du prince, son père, n’élait guère en meilleur état. Le goût de la dépense n’avait pas diminué, malgré le dérangement des alTaircs, et les lettres de change du comte perdaient vingt-quai tre pour cent sur la place. Il (laraissait diflicile à I M. Otto que .M. de Metternich, perverti par les discours des hommes, attiré et retenu par les avances et les poursuites des femmes, ne succombât - point aux séductions dont il était entouré. Sans nous associer à l’austérité de ccsjugemcnts, nous avouerons que tant de circonstances réunies pouvaient faire craindre de voir au premier jour le système i français abandonné par la cour de Vienne : le pré- I sage reçut un démenti. L'homme léger n’élait point ! un homme faux , l’homme prodigue un homme : vénal, et celui qui, |H>ur le plaisir, était de toutes les nations, resta Français pour la politique en ISl I

A Paris; on ne nous répondit pas. .M. de Sladion le prit A son compte et ensuite remmena A Vienne. V

’ Ou dirait que M. Otto, en présciitaiil sous de telles ^ couleurs la siliialion de M. de Metternich et le.s risques I que courait sa politique dans le monde qui était son éléj nient , avait pour but d’engager son gouvernement A ' s’attacher ce ministre par des liens solides et dura- , blés. L’empereur Napoléon répugnait A l'emploi de tels i moyens, cl il n’a pas cru devoir en faire l’essai.

CIIAPITIIK XXVllI.

cl pendant une partie de 1813. Cependant, il faut | en convenir, chez un homme jeté dans une telle position, le principe politique étant dans un combat perpétuel avec les penchants, les alTcctions et les habitudes, doit <à la longue soulTrir d'une lutte ; semblable. Lorsque le chef d’un parti a tous scs j amis dans le camp opposé, le changement est pré- , paré d'avance, et la transition presque inévitable; il y a de plus la un autre danger : c'est que, dans le temps où s'élabore la désertion, la franchise est en défaut; l'inlidélité aux engagements précède la j rupture ; et la guerre, sa déclaration. Ces réflexions : ne sont point déplacées ici; nous pourrons un jour en reconnaître la justesse.

L’aiïaire dont nous avons dit que M. de Nowosilsof était occupé à Vienne eût pu sembler en ellemême d’une médiocre importance : il ne s'agissait que d’un mariage; mais ce mariage se liait à une pensée politique, et aurait pu n’étre pas sans influence dans un temps donné. L’ancienne mésintelligence de l’archiduc Charles avec les généraux de Paul I" avait laissé dans le cœur de ce prince contre la Russie une antipathie profonde qui souvent contrariait cette puissance. Pour faire disparaître ce vieux ressentiment, des hommes qui, dans rintérct de l’Angleterre, auraienl voulu rapprocher la Russie et l’Autriche, avaient formé le dessein de marier l’archiduc Charles à la princesse Amélie de Rade , sœur de l’impératrice Elisabeth , j et qui, résidant depuis longtemps à Pétersbourg, y était en quelque sorte naturalisée. Aliii de déterminer l’archiduc (Charles à cette union, on avait à cœur qu’elle devint pour lui l’occasion d'un grand ' élabiisscment , et en conséquence on faisait des démarches auprès du duc Albert de Saxc-Tcschen j pour engager ce prince à transporter à son neveu j l’archiduc une partie de ses grandes propriétés, I ou du moins de lui assurer un revenu de deux cent i mille florins. L’ambassadeur Otto, ayant eu vent de ces menées, en entretint M. de .Mctlernich, qui tl’ahord alTccta de n’en avoir aucune connaissance, mais qui peu de temps après crut devoir lui en parler à sou tour, pour lui dire qu’aucune résolution n’était prise, et que, dans tous les cas, on ne conclurait rien sans rassentiment de l’empereur Napoléon. Comme il y avait eu nu sujet de ce mariage une correspondance entre les impératrices de Russie et d’Autriche, on s’appuyait de cette circonstance pour donner à entendre que l’atTaire se traitait en dehors du cabinet russe : le choix de M. Nowosilsof pour en être rinlermédiaire ne s’accorde guère avec, cette sujiposition. (ie personnage, qui n’était pas riche, avait fait récemment l’acquisition d’un hùtcl à Vienne : si le mariage eût réussi, un iiourrait penser que cette acquisition était le

prix de son entremise ; comme il n'eut point lieu, on ne devine pasqui, hors l’Angleterre, a pu payer les frais de cette négociation sans résultat.

Cette dernière conjecture, j’en conviens, aurait bien l’a[r d’une de ces accusations banales que la 1* rance, sous l’empire, a prodiguées au cabinet de Londres, s’il n’cùt été notoire que le comte Rasumowski agissait sur le cuntincnl comme un véritable mandataire de ce cabinet. Rien d’autres personnes que l’ambassadeur de France s’étaient formé cette opinion d’après la connaissance que l’on avait des expéditions d’agents voyageurs entretenus par lui en Allemagne, et dont il recevait les rapports. Dans la belle saison, il alla lui-méme passer quelque tcmpsà Franzensbrunn près Égra; mais il avait des émissaires .à Carisbad, à Tœplitz et à Rade. Ces émissaires étaient connus; parmi eux, nous avons regret de le dire, on citait des émigrés français.

L’excursion que nous venons de faire dans le domaine de la chronique et du bulletin secret, peut en ce moment paraître un hors-d’œuvre. Plus tard, le bulletin secret et la chronique auront leur utilité pour éclaircir la vérité de l’histoire.

Tandis que nous avotis donné notre attention aux communications de la France et de l’Autriche et aux affaires intérieures de cette dernière puissance, nousa vous négligé de faire mention de l’eflet que produisit à Vienne la naissance du roi de Rome. I.â, comme en beaucoup d’autres résidences, on admirait, tout en la maudissant, riieureiise fatalité qui servait tous les vœux de Napoléon. Si la joie fut vraie quelque part, ce fut chez rcmpercur François, qui, père tendre, jouissait du bonheur de sa fille. Dès le 23 février. Napoléon , songeant aux couches prochaines de Marie-Louise, avait fait avertir M. Otto de se tenir en mesure de célébrer avec éclat révénenient qui se préparait. L’année précédente, lors du mariage, répiMjuc ne permettant pas à Vienne de donner un bal , mais seulement un concert, et la dépense ayant été peu considérable ' , l’Empereur avait été mécontent de la lésineric de son ambassadeur : aussi, en 1811, il lui faisait écrire qu’imiter ce qu’avait fait dans une circonstance semblable M. de Rrctcuil ne serait pas assez, qu’il fallait faire plus, que du reste on lui laissait toute liberté pour la dépense. Cette fuis l’amliassadeur usa <lc la permission. La fête fut la plus magnifique peut-être qui eut été donnée à Vienne, et ce qui lui imprima un caractère inouï, ce fut la présence de l’empereur et de l’impératrice. Jamais on n’avait oublié l’étiquette à ce point, pas même pour la naissance d'un fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI.

' 18,000 fi-iiiics.

PüUTigU li EXTÉIU PX'llb;.

3ÜÎ5

Si, à l'égard dcTAulrichc, c’est le gouvernement français qui, dans les six premiers mois de 1811, fait des insinuations > tendant à préparer une alliance pour un temps ultérieur, c’est au contraire, en ce qui concerne la Prusse, du cabinet de licrlin qu’arrivent à Paris, non des insinuations, mais des propositions formelles pour la conclusion d’une alliance immédiate, et le gouvernement français n’est occupé qu’à se défendre contre les instances de ce cabinet. Malheureusement il existe entre la France et la Prusse deux faits qui constituent leurs gouvernements en déliaiice l'un de l’autre. D'un côté, le ministère français se trouve, nous ignorons par quel moyen , en possession du chiffre de correspondance de la légation prussienne avec son cabinet, et il estdiflicilc que la franchise des communications, qui a lieu dans une telle correspondance, puisse être satisfaisante pour la puissance auprès de laquelle la légation est accréditée. D'autre part, un de CCS courtiers diplomatiques cuininc il s’eti rencontre auprès de toutes les ambassades, porteurs de paroles qui n’ont pas été dites, de messages qu’on ne leur a pas donnés, et trafiquant de secrets qu’ils n’ont pas, avait remis au gouvernement prussien un prétendu rapport qui, selon lui, aurait été fait à l'empereur Napoléon par son ministre des relations extérieures , rapport dont les conclusions auraient été que l’intérét de la France commandait le renversement de la maison royale de Prusse et la destruction de cette monarchie. Ainsi le cabinet prussien croit à l'existence d’une résolution meurtrière déjà prise contre lui par Napoléon , et celui-ci est disposé à voir partout des indices de duplicité de la part de ce cabinet. Une telle réciprocité de précaution cnncnûc ne pouvait que beaucoup nuire à l’établissement d’un accord complet entre les deux puissances.

La courdo Berlin n’offre pas le même aspect que celle de Vienne. Le roi n’est pas aussi étranger aux affaires de son royaume que l’empereur François; mais, lorsqu’il les a remises entre les mains d’un

' Prcccdommcnt, il est vrai, aussitôt après te mari-age de Napoléon cl de Marie-Louise, la cour de Vienne en avait pris l’initiative, mais alors le gouvernement français avait évite d'y répondre, il y était revenu à son tour en 1811.

a, * Cet homme est mort, mais nous taisons son nom par egard pour sa famille.

‘ Le dernier des frères de Frédéric II.

f Frère du roi.

’ * C’était une personne fort instruite, aimant les Français pour leur littérature, mais nullcmeut d.ans le sens politique. Sa société était fort intéressante, et, dans les années de 1800 à 1804, nous y avons passé de fort agréables moments. w

homme qui a obtenu sa coiifi.ince, ccl homme exerce nécessairement la plus grande iiiQucnce sur leur direction. En 1811,1e ministre en crédit est, comme nous l’avons rapporté, le baron d'ilardcnberg, appelé de nouveau à la tête du cabinet avec l’assentimenl de l’empereur Napoléon. Le système du nouveau ministre consiste à placer la conservation de la Prusse sous la sauvegarde de la France. Cette intention est sincère; mais, à Berlin comme à Vienne, des partis s'agitent dont les tendances sont opposées à colles du gouvernement. En faveur de l’union avec la France, le ministère avait pour soutien le vieux prince Ferdinand oncle du roi, et la princesse son épouse , le maréchal Kalkreut , le ministre de la justice Kirkeisen, etmêine le grand chambellan, prince de Wittgenstein. Dans le parti contraire se trouvaient le prince * etsurtoulla princesse Guillaume, le prince Auguste, fils du prince Ferdinand, et la princesse Louise Radzinill, sa sœur.' La princesse Louise, femme de beaucoup d'esprit ®, entretenait avec l'impératrice d’Autriche une correspondance qui assurément n’était pas dans un intérêt français. Le corps diplomatique prussien , qui d'ailleurs ne portait pas l'indiscipline aussi loin que celui de Russie , obéissait aux instructions du chancelier baron d'IIardenbcrg, mais sans partager scs vues. Les principaux de ses membres, MM. de Schladcn à Pétersbourg, cl de Humbolt à Vienne, auraient préféré toute autre alliance à'cclle du gouvernement français.

A côté du cabinet prussien s’élevait une puissance nouvelle qui lui causait de vives inquiétudes, qui entravait sa marche, lui nuisait au dehors et rendait sa bonne foi suspecte, au moment oit il agissait avec le plus de sincérité. Celte puissance était celle des sociétés secrètes, surtout du Tugendbund ^ , société qui n'avait pas uniquement pour objet d’affranchir rAllemagne de la domination étrangère, mais qui se proposait aussi d’opérer des réformes dans l’administration intérieure des Étals. Le gouvernement prussien voyait en elle

* En 1811, il nie fiit remis cl j’envoyai au iiiiuisièrc «ne liste des prineipanx mcnilires de celte société. J’ai en lien depuis de reennnaitre qu’elle était c.xactc. Elle portail, en première ligne, le baron de Stein, l’cxchaiicdier de Ileymc, le général liliiclier cl le général Seharuhorst; ensuite venaiem le nmjor de Claosewicz, le major Tialcnian, le colonel 2ietlieu, le colonel Gneiscnao, conseiller d'É'.at, le conseiller d’Etat Josius Grnner, le conseiller itaumer, le conseiller et professeur Sclimallz , le président Merkel , les frères comtes de Ra-der, le conseiller Stcgeinan, le conseiller privé Rüdiger, le ni.ijOr Chazol, de Tliielc, aide de camp du roi, le major de Rudolf, les capitaines de butina et llcideman, etc., etc.

ClIAPlTIUi XXVIII.

uii ciiiliârra!», un ciin«ini sous quelques rapports^ mais il la ménageait et n’cûl pas voulu la détruire, ignorant s'il n'aurait pas bientùt besoin de son appui. li'ordrc avait ses chevalières comme scs chevaliers ; il avait ses poêles, ses T) rthées, tout prêts k faire entendre des chants de guerre, bardes exaltes, rêvant des révolulions que Napoléon a pu rendre possibles, et qui sans lui ii'cusseiit été que des chimères.

F.n conséquence des indices qui révélaient une froideur trop réelle entre les cabinets de Paris et de Pclcrsbourg, le baron d’IIardenberg cl le ministre des afTaircs étrangères, comte deGolz, avaient eu soin de laisser entrexur de bonne heure qu’ils ne balanceraient pas à se tléclarer pour la France, si par malheur une rupture avait lieu; bientùl ils en vinrent à une offre spontnnée cl positive de former avec le gouvernement français les liaisons les plus intimes. Le baron d'IIardcnberg, d'après ta probabilité de l’arrivée prochaine d’une flotte anglaise dans la Uallique, comme d'après les travaux de forliliralion faits en Russie, trouvait naturel que l’empereur Napoléon adoptât de son cùtc des mesures de précaution correspondantes. «> Je vous ai dit a souvent, répétait ce ministre à M. de Saint-Mari> San, que je ne suis pas pour les dcmi-inesurcs *.

Le n>i est du même avis ; son plus vif désir

I» est de se lier à la France irrévocablement. »

Aux bruits répandus de toutes parts sur le changement de système de la Russie se joignaient des faits qui en augmculaient la vraisemblance, quoiqu'une partie de ces faîLs pùl être le résultat des bruits eux-niémcs. Ce irétaient pas des symptêntcs sans gravité que la hausse du prix des grains dans les provinces polonaises-russes et la baisse siniuUanée des denrées coloniales dans cos mêmes provinctrs. Sans contredit, la persuasion i|ue l'on avait de l’ouverture immiiienlc des ports russes aux Anglais eût pu seule exercer à cet égard quelque influence, mais un clTctqui n’aurait pas eu d'autre principe ne SC serait pas soutenu iunglemps.lt existait une autre cause plus puissante et plus décisive : cette cause était, du rùlé de la Russie, le relâchement réel des mesures convenues avec la France, la tolérance toujours croissante de la contrebande, radinission «les marchandises a itglaises et radmîssion même des kitimenls anglais qui, |Htur ta funne, en entrant dans les ports russes changeaient leur pav illon. L’introduction des denrées coloniales dans la !>itlmanic

' l.eiire du minitirc français. M. de Saini- .Marsan, au duc <J« Cadore, en date du i.> iii.irs.

* l>i‘s tiq'ociauiB allcinaiids, prttpriêlaires de rafBuerirs, ruio4-s par un genre de vonciirreore contre lequel ils ne puuvaieut lutter, s'Adressè-rcui h moi pour

avait pris une telle extension qu'elle devenait une calamité pour les Étals où le blocus s’observait avec exactitude. Ces dcnrée.s descendaient de la Lithuanie, d’une part dans la Prusse, cl de l’autre dans la Galicie autrichienne par Rrody,d*uii clics sc répandaient en Allemagne Du moment qu'une grande puissance abandonnait le système continenlal , ce système n'était plus qu’un fléau pourlesÉtaUqui s'y iiionlraictil fidèles, en même temps qu'il manquait son but. Coimne une vigilance active tenait étroitement fennée la frontière tlu duché de Varsovie,

■ le Bug, qui formait la ligne de séparation entre le duché et le territoire russe, clahlissail dans le prix I des denrées coloniales, d’une rive à l’autre, une diiïéretice de moitié. Cet état de choses était devenu si public que te baron d'IIardcnberg, {Kiur prouver au gouvernement français combien il avait à cœur de lier la Prusse à sa cause, [iroposa de suspendre par terre toute relation commerciale avec la Russie. A la vérité, les denrées coloniales en entrant sur le territoire prussien payaient un droit fixé par des édits antérieurs; mats ce payement se faisait eu papier-monnaie dont le cours était fort au-dessous de sa valeur, ci la lil)crté de l'inlroduclion légale offrait de grandes facilités à la fraude.

Los ouvertures de la Prusse pour une alliance ne furent point désagréables à l’empereur Napuléon ; il le Ül iêmoigner à Berlin ^ d déclara fraiicheinorit au général baron de Kruseniark, envoyé du roi à Paris, mais en alTectant de répéter qu’il n'y avait point, entre la France cl la Russie, de motifs sérieux de guerre. Tout en sc montrant prêt à entendre les propusilioiis de la Prusse, un n'élail point pressé d'arriver à une conclusion.

Dès que le gouvcrncmcitl prussien cul reçu ce léger encüurageincnl, il envoya au Imron de Kru- I seiiiark ^ un projet d'alliance oiTeiisivc cl dcfeit- I sivc, en le subordonnant d'ailleurs aux inodiGcaj lions que voudrait y apporter le gouvernement fratii çais. Les plus importantes üisp(»sitions de ce projet ) étaient que, dans toutes les guerres, soit en Allcma- * ^nc^soilMurlei confinsde ia Pi'usse,ïe r»)i mettrait un corps auxiliaire à la disposition de la France; en revanche, IVmpercur Napoléon garantirait Tiutégraiilc des possessions actuelles de la Prusse.

La pensée dominante de Napoléon étant toujours la guerre contre les Anglais, du inomout qu'il apercevait quelque part une intention de complaisaiicc, il en protitait pour demander un secours qui pQt

: faire parvenir leur» plaiutM au gonrcrocmcnl fratirais. J * Lelire du duc de lladorr A M. de Saiol-Marsau, du û ' avril.

i * l.eiirr du miniatère pniuicn & M. de Kritscmark, ea ‘ dote du 10 mai.

ri8H]

POLITIQUE EXTElUELllE.

être ulilü à sa marine. A peine M. de Saint-Marsan avait-il fait connaître les bonnes dispositions annoncées par le cabinet prussien, qu’il fut chargé de sonder ce gouvernement de manière à savoir s’il ne pourrait pas fournir pour les escadres françaises un millier de matelots. L’Empereur demandait des matelots partout et même aux princes du troisième ordre. A cette occasion nous citerons ici une de ses lettres qui offre de plus un autre genre d’intérêt, celui de faire voir de quelles conditions pouvait dépendre alors l’existence des États inférieurs qui se trouvaient sur son passage ou sur sa frontière. L’aceroisscmenl de l’empire français au nord de l’Allemagne l'avait mis en contact avec leduelié de Mccklcmbourg i.c’élait pour ce duché un dangereux voisinage; au reste, de la part de Napoléon, les questions étaient clairement posées : u Si le » duc, disait-il, prend toutes les mesures qui dé- » pendent de lui pour me seconder contre l’An- » gleterre, il conservera son indépendance; s’il » agit autrement, il ne la conservera pas L » Les conditions exigées de ce prince par l’Empereur étaient de fournir six cents matelots ; d’armer Rostock , Wismar et les autres points de la cùte, de manière que les Anglais ne pussent |>uint stationner dans ces parages. « Je n’ai pas besoin, ajoutait- X il, du Mecklembourg; mais/e le réunirai si le » duc ne m’assiste pas de ces divers moyens de dé- " fense contre l’Angleterre.... Je ne suis obligé à » aucun ménagement avec personne, puisque les )> Anglais n’en ont sur mer avec qui que ce soit. » Ce banal argument dont s’armait Napoléon (lour justiticrsescmpiéleinents territoriaux n'était peutêtre pas injuste envers les puissances assez fortes pour repousser les violations du droit des gen^ que se permettait le gouvernement anglais; mais que pouvait faire le doc de Mecklembourg dont quelques bâtiuicnts de commerce formaient toute la navigation cl toute la marine? A la vérité, l’Empereur ne lui imposait que des conditions dont rexécution n’êtail pas impossible. t

Il parait que la Prusse, après avoir vu scs ouvertures reçues avec faveur à Paris, se crut par là aubirisée à donner plus de valeur à son alliance future. Un sentiment très-excusable, nous en sommes convaincus, dirigeait alors la marche du gouvernement prussien. L’Empereur n’en eut pas cette opinion;

' Lcltrr de Napolétm mi duc de Cndorc, en date du 25 mars.

* ’ A Pépoque où l'Empereur parlait <lc l.n réunion évenluelle du duché de Mecklembourg h la France comme d’un événement qui ne dem.vtidail qu’un signe de sa volonté, qui eût pu prévoir qu’un quart de siècle .-iprès, uur princesse de cette maison , toujours souveraine,

le ntoment d’une erttiëre confiance dans ce gouvernement n’était pas encore arrivé, et peut-être n’arrivora-t-il jamais; de là cette lettre en date du 30 . avril, que nous avons citée ailleurs, par laquelle I Napolcoti disait que, si la Prusse armait avant que : les deux cabinets se fussent entendus, il regarderait ces armements comme faits contre lui. Des in- . structions eti ce sens furcitt plusieurs fois données ; à soti etivoyé en Prusse, le comte de Saint-Marsait. L’inquiétude de l’Etiipcrcur n’était pas sans motif ; les bruits transmis à Paris de toutes les capitales ; du Nord, comme du duché de Varsovie, sur la mcj maoc d’une irruption prochaine des Russes, bruits I forliliés par la correspondance de Vienne comme : par celle de Berlin même, le portaient à mettre en ’ doute si des préparatifs prussiens, faits ostensiblement dans l'intérêt de la France, ne pourraient pas, selon l’événement, se tourner contre elle. Dans cet état de doute cl de soupçon , il ne devait pas lui I convenir que la Prusse devançât , par des mouvements militaires, la conclusion de l’alliance qu’elle lui avait proposée, et cette conclusion, il 1a différait pour ne point paraître précipiter une rupture avec la Russie, que, jusqu'au dernier moment, il aura l’intention de détourner.

Tout en désirant se ménager l’amitié de Napoléon pour la chance de cette rupture , le roi de j Prusse aurait beaucoup mieux aimé qu’elle n'cùl I pas lieu , et il crut devoir faire quelques efforts pour la prévenir en intervenant auprès de l’empereur de Ru^ie. Il ne voulait pas d'ailleurs laisser ignorer à ce prince que, dans l’hypothèse d’une : guerre, c’était à la France qu’il se croirait obligé ; de s’unir. Il écrivit en conséquence, dans ce double but, à l’empereur Alexandre ^ ; « Votre Ma- » jesté, lui disait-il, appréciant la positiou géogran pliique de mes Étals, voit à coup sur que, dans » le cas prévu, la neutralité de la Prusse serait une n chimère. Je devrais prendre un parti qui nccesj n saircment serait délerminé par ipes liaisons et » mes engagements avec la France.... Je me liens » assuré que l’empereur des Français ne veut point » la guerre, et il semble ainsi qu'il dépendrait de i> Votre Majesté Impériale de l’éviter. » Ici le roi SC livrait à des considérations générales sur l’importance de conserver la paix aux nations ducoiili- I nent, et il terminait sa lettre en disant : « Je m’es-

ser.iii,'ip|>cléc .H partager en France, avee un prince d’une ’ autre dynastie, ce troue du haut duquel Napoléon ne voyait, dans les principautés allemandes, que des existeiiees prée.-iirea, exposées .i disparaître devant un souille t lie son caprice !

I ’ En date du IG mai.

CIlAPmiE XXVIII.

n timcrais iiiilnimcnt heureux si ces idées élaiciit » accueillies de manière à me faire espérer l'iiiap- » préciabic avantage d'avoir conlribuê au prompt n retour d'une entière cofiliancc entre rcmpcrcur » des Français et Votre Majesté. » Cette démarche n'obtint pas le résultat qu'on s'en était promis. L'empereur Alexandre répondit que^ comme il croyait ses principes politiques bien connus du roi , la lettre de ce prince n'avait pu que le surprendre. « Ne convoitant > rien à personne, disait » le monarque russe, n'ayant nul besoin d’agran- » disseineiit, il ii’cst pas raisonnable de me sup-

» poser l'intention de troubler la paix Mes

n mesures n'ont été que de pure précaution, cotn- H mandées par ce qui se passait à côté de moi. • I» guerre ne se fera que quand je serai attaqué, et i n alors le parti que les autres États voudront preiin dre ne iircmpèchcra pas de me défendre avec I» vigueur. I» Le Ion froid et lier de cette ré|>unse prouve que rempereur Alexandre, comprenant la position géitéeduroi, ne met point un interet actuel à l'attirer sous sa bannière, laissant au temps à modilier le cours des choses et à faire nailrc d’autres incidents; mais ce qui frappe surtout dans cette lettre, c'est ce qui n'y est pas, c'est l'abseiice de toute parole que le roi puisse saisir pour en faire un moyen de rappruchement ou au moins d’explication entre les deux empereurs.

Les forteresses prussiennes de TOder, occupées par des troupes françaises, devant être remises au roi à des époques (ixees, ce temps était venu pour la restitution de tilogau; mais, d'un autre cdlé, la remise de ces places dé|>cndaitde payements sur la contribution de guerre duc encore par la Prusse, et CCS payements ii'étaîciit pas aussi avancés qu'ils auraient dû Pétre; cependant le cabinet de Derliiicrul devoir faire de vives instances pour l'évacuation de Glugau par les troupes françaises : u Nous sommes * dans notre droit, écrivait ^ le comte de Golz, et » il est temps de le constater oniciellement. » Ce ii'élait pas le seul avantage de recouvrer cette pl.ice qui portail le mtni»U*re prussien à en former si vivement la demande; c'était le besoin de sortir de Pincerlitudc où le laissait le silence de Napoléon sur le projet d'alliance proposé par son envoyé à Paris, Ce sÜetico faisait craindre que PKmpereur ne nourrit contre la Prusse des intentions malveillantes, cl, dans cet étal de doute, un ne pouvait adopter aucune résolution qui eût un caractère ])rononcé même en faveur de la France, puisqu'on n'était pas assuré de lui plaire et de trouver en elle l'approbation de ce qu'un pourrait faire dans l'cs-

• Hépoti&e de Pcmpcreiir Alexamli*e, du 50 jiiio.

* Lclli’c de ce njiiiutrc i M. de Krusemark, du 5 aodl.

prit le plus amical. Le parti ennemi du système français avait en Prusse une grande consistance; on bK^inail hautement la conduite du ministère; les militaires surtout ne cacliaieril pas leur aversion pour la marche suivie par le gouvcrncinctit. Lorsque quelques-uns d'entre eux trahissaient ce sentiment par des murmures trop indiscrets, on réprimait, il est vrai, leur indiscipline par des châlimculs plus ou moins sévères; on s'clTorçait aussi de tenir en respect les sectaires turbulents qui auraient voulu une croisade contre la France : mais les mesures répressives èlaiciil toujours mitigées ou dans le fond de la peine ou dans le mode d'application, parce que le ministère voyait là pour lui même une grande question de respunsabililc. Dans le cas où le projet d’alliance avec Napoléon viendrait à échouer, on reprocherait au gouvernement d’avoir persécuté les meilleurs amis du pays cl du roi, détruit le germe de l’indépendance nationale et brisé le ressort qui pouvait soulever l’Allemagne contre l’oppression étrangère.

En même temps le ministère concevait Ires-bien que, si Napoléon niellait de l'importance à ne point se dessaisir de Glugau, c’était surtout parce qu'il cTuyail à la possibilité d'une rupture avec la Russie, et plus on avait à Berlin du raisons d'adineltrc la chance de cette rupture, plus il semblait urgent d'obtenir une inanifcslaliim de la volonté française sur roflre de l’atliancc prussienne. Dans rallcnle de cette manifcsUlton, il clail du devoir du ministère de prendre des mesures éventuelles Ces mesures, pour le moment, ne consistaient qu'a forlifler les places, et n'allaient point jusqu’à l’augmcnUliun de l'armée; on pouvait en accroître la /orcc, on ne le faisait pas; seulement on préparait tout pour que ccUe augineiilalion s'opérât avec promptitude le jour où la détermination en serait prise. Si l'empereur Napoléon voulait se servir franchement des moyens de la Prusse, comme on avait hors de service un grand nombre d'ufliciers et de soldats, un pourrait fournir cent mille liuiumcsctlcs armer en une quinzaine de jours.

En exposant ainsi, avec un peu d'ostentation peut-être, les ressources qui étaient encore à sa disposition, le cabinet prussien avait surtout en vue de rehausser par là le prix de son alliance aux yeux de l’Empereur. Cette intention, louable en clle-inèiue, manqua compléiemciil sua but. Il ne convenait pas à l'Empereur que U Prusse fut forte sans sa permission. Les mesures éventuelles adoptées à Berlin ne lui plaisaiciil pas, et il le témoigna sans nul détour. M. de Krusemark ayant été invité

* LcuresdcM.de Saiui-.Marsau, en «laie des 5, 14 et 37 août.

POLITIQUE EXTERIEURE

ü SC rendre à Compiègne où se trouvait la cour impériale, le duc de Rassano lui fit sentir que ces mesures prématurées pourraient atténuer les bonnes dispositions de l'Empereur. Fortifier des places, faire des levées, remuer des troupes, sont, disait ce ministre, toutes choses qui ne peuvent que détruire > la coniiancc, tant qu'elles n'ont pas un objet convenu. Du reste, à ces paroles sévères il enjoignait de plus rassurantes : il lui déclara que l'empereur Napoléon attendait l'cITct qu'aurait produit à Pétersbourg sa conversation du 15 août avec le prince Kurakiii , pour faire connaître au roi ses dispositions sur l'alliance proposée, dispositions, ajoutait le ministre, qui d'ailleurs étaient telles que le roi pouvait les désirer. Ces dernières paroles venaient fort é propos pour tempérer en Prusse l'impulsion un peu vive à laquelle on allait s'abandonner. Au moment même où l'on s’expri-' mait ainsi à Compiègne, les représentations de M. de Saint-Marsan à Berlin cessaient d'étre écon-

‘ Liïilrc (lu due de Bassauo à M. de Sainl-Marsao, en d.ilc du S septembre.

tées et devenaient tout à fait impuissantes. « Le i> parti est pris écrivait ce ministre ; on sera fran- » chement à nous, si l’Empereur le veut. S'il rc- » jette l'alliance , on portera toutes les forces au » delà de l'Oder et même au delà de In Vistulc. » Les pensées qui occupaient le cabinet prussien étaient des pensées de désespoir. Dans la contrariété de ne recevoir de l'aris aucune communication satisfaisante, on avait entrevu la nécessité d'un parti extrême, et on s'y préparait tout en s'allligeant d'y être réduit; mais ce que le ministère ne faisait qu'à regret, les adversaires de son système le faisaient avec entbousiasme, et donnaient ainsi à la prudence forcée du gouvernement l'apparence de l'hostilité et de l'agression. L'espoir d'une explication favorable dcJ'Einpcreur, donné par le duc de Rassano au général Krusemark , calma les angoisses du cabinet prussien , et lui rendit pour quelque temps la sécurité qu'il avait ; perdue.

’ LcllrodvM. de Saim-Harsau au duc de ilassaiio, du 7 septembre.

aiAlTlIlH XXIX.

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