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CHAPITRE XXIX

— DAfVIlARK. — *C£DI. — ESPAitl^C.

^iipol^oD (‘t BcrnndoUtf, prince royal de Suède. — Avances faites par la Rumic au prince royal. — Langage mducrri du prince royal. — l'i‘éteation du prince royal sur la Kurwcgc.— •Démarches de la Russie h Stockholm el à Copenhague. — Suspension de correspondance entre Xnpolèon el le prince royal. — Propositions de rbmpereur au prince royal. — Bonnes duposiiions du miiilitvre suédois |H>iir la France. ~Modidcaiions des vues de la Siiéile sur la Nnrwège. — Réfiiiaiion «rinsimtaiîons russes. -—Offre du roticunrs de la France pour le recourrctncni do la Finlande. — Rrillantes promesse» du prince royal. — Plaintes du Danemark.— Vive réponse de la Siièileà une noicfrancaise. — Paroles étranges du prince royal. — Rapport* notoires de ta Suède avec rAngleterre. — Rappel du ministre de France en Suède, M. Aiqiiicr. — Improlmiioa de la conduite de M. Alqiiier par rEmperenr. — Ménagements de l'Empereur pour ce mioisii*c. — Offre d'une portion de la Finlande faite à U Suède par la Russie. — Bons rapports entre la Frauce et le Danemark. — Conseils donnés i Pétersbour); par le transfuge suédois d'Armfcld. — ■ Napoléon cl Joseph, roi d'Espagne. — Vues de Napoléon sur l'Espagne. — Voyage de Joseph à Paris. —

Retour de Joseph à Madrid. — Retraite du Portugal, — Inquiétudes de Joseph sur les intcutiousde l'Empereur.

De tous les alliés de la France celui qui s’asso- | ciait le plus sincèrcmenl à scs clTurls contre l'Anglelcrre était le Danemark. L'empereur Napoléon de son cAtc restera iidèle à celte alliance, et, à la hunlc de la morale, triste juuct de la politique, cette lidélilé réeiprm[ue leur sera fataleà tous deux. Un personnage nouveau est appelé à jouer un rhlc importanl dans les alTaires du Nord, et ce personnage ne tardera pas à se poser ouvertement comme ennemi du Danemark el de la France.

L'ciiiiiereur Napoléon, au moment de l'clcction de Bernaüotlc, prince de Ponte-Girvo, comme successeur à la couronne de Suède, s'était cru obligé | de donticr aux grandes puissances des explications < sur ce choix qu'un aurait pu supposer être le rc- j sullat de rinflucncc française. Il avait même porté I dans CCS explications une iiigénuilé propre à faire sourire l'empereur Alexandre, lorsqu'il lâchait de ; lui reprcsentcrcel cvciicmcnlcomme ii'ofTrntilrien j qui dût inquiéter la Russie. La prccauliun était j supernue,ct Napoléon eût pu s'en dispenser. L’em- | pcrcur Alexandre était sunisamment rassuré d'a- ! vancc; le caractère bien connu de Bcrnadotle, | maréchal de l'empire, lui causait si peu d’alarmes .

■ Selon Beruaduite, Czernichofa'ayant pas voulu l'en- j Ireieoir dirrc(cincat des booms iuteniions de sa cour, i avait dit à plusieurs feuiucs pour qu'il en fui iostruii ; !

Guerre en Espagne. — Asaemblée des cortès à Cadix. —

que le colonel Czcrnichcf, qui se trouvait à Paris au inomciit de rclectioii, sans attendre aucun ordre de son gouvernement, fit conuailru au nouveau prince royal qu’elle serait agréable à Pélerslxturg. C'est le prince ‘ royal qui prendra soin lui-même d'apprendre cette particularité à l’cfivoyédc Franco en Suède, M. Alquier.

L'avenir qui se prépare pour ce prince nous fait un devoir de revenir sur son existence antérieure. Bernadutte était un de ees soldats de la république dont fa guerre avait développé les talents nalureli. Unissant à un certain degré de mérite militaire une très- haute opinion de ce mérite, beaucoup d'adresse à caresser les troupes et à s'attacher les officiers, des formes polies envers les Français et une grande afTeclation de courtoisie envers les étrangers, il avait toujours cherché à sc faire un genre de distinction à part cl différent de celui des autres généraux. Toutes lc.s opinions convenaient à scs vues. Ministre de la guerre dans les derniers temps du gouvernement directorial, il ne s'était que forcément rallié au premier consul après le 18 hrumairo. Ouelques mois plus lard il sc trouvait engagé dans une espèce de conspiration républicaine

« Le pi-ioce a tort s'il rroil que son èlrriioo oc plaise pas a en Russie; il sera bientol dc(roui|>é. •

Lettre de M. Alquier du 18 jancier.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

contre le vainqueur de Uarengo. Napoléon devenu empereur, sans tenir compte des écarts de Bcrnadolte, l’avait nomme maréchal et investi d’une principauté > territoriale, longtemps avant d’avoir accordé le titre, même purement nominal de prince, à scs plus illustres lieutenants. Cependant, tandis que l'Empereur n’avait qu’a s’applaudir du dévouement sans bornes de tous scs maréchaux , Uernadüttc, seul entre eux, lui donnait de fréquents sujets de plainte , notamment à la bataille d’Iéna en 1800, dans la seconde campagne de Prusse en 1807, dans celle d’Autriche en 1809, au point de l’obliger, . à cette dernière époque, de le renvoyer en France. Lorsqu’il fut élu prince royal de Suède , et nous ' avons dit comment , Napoléon , en lui permettant de répondre au choix dont il était l’objet, lui avait fait l’avance d’un million sur sa liste civile. En ce moment du moins, il semblait que, si l’un des deux avait des griefs contre l’autre, ce n’élait pas Ber- | nadotte qui devait en avoir contre Napoléon ; ce- ]iendant le nouveau prince royal , en se rendant à | Stockholm, avait tenu des propos si indiscrets, ! s’était livre à une si vaniteuse forfanterie, qu’à ! l'entendre il fallait voir en lui un héros opprimé I on France par la jalousie d’un rival de gloire, une ' grande victime obligée de se réfugier sur un Irène . pour échapper à la persécution d’un tyran. Bernadolte, appelé à la survivance d’une couronne, conservera les qualités et les défauts du maréchal français. La seconde partie de sa vie ne démentira ^ pas la première.

L’empereur Napoléon savait comment s’était conduit dans son voyage le prince royal. Connaissant l’homme, il eut l’air de tout ignorer ; une lettre qu’il (U écrire à son envoyé à Stockholm prouve qu’il eut bientôt contre le prince un grief beaucoup plus sérieux. « L'Empereur disait le duc de Ca- » dore, n'a jamais compté sur une forte coopérai> tion de la Suède, mais il n’avait pas supposé que » la première pensée du gouvernement de ce pays '• fut une espèce de trame pour rétablissement ■ » d'un commerce frauduleux avec l’Angleterre. Il n a du être surpris que la proposition en eût été » faite par le prince royal lui-même. » Le ministre ajoutait que si le Danemark avait adhéré à un pa- j reil projet, l’Empereur n’eût pas hésité à s’emparer J du Holstcin comme de la Poméranie. Toutefois il était prescrit à l’envoyé français, M. Aiquier, de ne pas exprimer de mécontentement au prince royal; . il devait seulement trouver l’occasion de lui faire

' BenudoUe était, par son mariage, beau-frère de ! Joseph Bonaparte. Ce sentiment de famille fut le prin- | cipe de la faveur particulière avec laquelle il fut traité. ! C’était un faible de Napoléon qui en a été bien puni. I

sentir qu’une telle conduite compromettait son propre intérêt. « Si le prince afîccte de sc sépa- » rcr de l’Empereur, l’Empereur l’abandonnera. » Lorsque de Paris on donnait de tels ordres, on ne savait pas tout le chemin qu’avait déjà fait le prince royal dans un sens contraire.

L’assurance itidirecte, donnée par le colonel Czcrnichcf de l’adhésion russe à son élection, n’avait pas tardé à être suivie d’une confirmation offlcielle envoyée au gouveriicmenl suédois, et le meme aide de camp de l'empereur de Russie , revenant quelques mois ^ après de Pétersbourg à Paris par Stockholm, en renouvela les protcslations au prince royal. Ces démonstraliotis ru$.ses ne manquèrent pas leur cflet, et l’cnivrctiicnl du prince se trahit bicntùt avec une étrange naïveté. Le ministre de France ayant dit quelques mots qui semblaient l’avertir d'être en garde contre le cabinet de Pétersbourg, le prince répliqua fièrement : « Ah ! » vous croyez que j’ai quelque chose à craindre de » la Russie, vous êtes dans une grande erreur. Sa- » chez qu’il ne lient qu’à moi de me jeter dans les :• bras de la Russie et de l'Angleterre... Je ne veux » pas me séparer de la France, mais aussi quc'la » F'raiicejnc laisse tranquille, qu’elle ne m’opprime » pas; que l'on craigne une nouvelle guerre de » trente ans, et que l'on sache que je puis jeter » cinquante mille hommes en Allemagne, n Tel est le langage du prince royal de Suède au mois de janvier 1811. Lui demander l’e.xécution des engagements pris contre le commerce anglais, c’est l’opprimer, c’est s’exposer à sa colère et à la menace d’une nouvelle guerre de trente ans!

Dans ce tcmps-là , l'envoyé russe à Stockholm , le général Suchtclen , homme adroit et cauteleux, mais aussi fort indiscret et qui parlait hautement des immenses préparatifs de sa cour, faisait entendre, sans nul mystère, que si une rupture éclatait entre la Russie et la France, ce ne serait pas contre la Russie que sc déclarerait le prince royal.

L’empereur Napoléon, croyant faire une chose agréable au gouvernement de Suède, avait témoigné qu’il ne demandait pas mieux que d’avoir, comme autrefois, un régiment suédois au service de France. Ce rétablissement d’un ancien usage aurait fort convenu à la jeune noblesse suédoise à qui elle eût offert un débouché de plus. Le prince royal n’envisagea pas ainsi la question : « Pour- » quoi, dit-il, cnvcrrais-jc en France un régiment » suédois? i> Le ministre de France, qui pouvait sc

’ Lettre du ministre des reUiions extérieures au baron Alqnicr, ministre on Suède, en date du 5 janvier

> An mitirii de déccoibrc 1810.

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