‹ Histoire de FranceChapitre 114 sur 142 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

borner à répondre que c’cùl élé un signe d'union cuire les «leux pays, ajouta que ce serait un moyen de former des oITicicrs à la grande école de l'empire. •! Apprenez, monsieur, reprit le prince royal, Il que riiumme qui a formé par scs leçons une foule !• d'ullicicrs particuliers et généraux en France !• peut bien suffire à l’instruction et au perfeclion- » ncmciit do mes arviées. » La question ayant été portée dans le conseil, le prince royal termina son opinion on disant : » Celte main se sécherait plulét » que de signer l'ordre de faire sortir un seul » homme du royaume. »

Un désir, qui plus lard deviendra une idée flxe, élail entré dans l'esprit du prince royal. Pour sa bienvenue en Suède, il aspirait <à lui donner la Norwègc. Il voulait ce pays, de quelque main qu’il pùl l'obtenir, mais il cill, dit-il, préféré le recevoir de la France, et il s’en expliqua dans les termes les plus précis. Montrant un jour à M. Alquicr une carte ouverte sur un bureau, il lui dit : » Il nous i> faut quelque chose qui nous console de la Fin- » lande il nous faut une frontière qui nous nian- 11 que. — Est-ce donc de la Norwègc que vent par- 11 1er Voire Altesse? — Eh bien! oui, de la Norwègc, H qui elle-même veut se donner à nous, que nous » pourrions obtenir d'une autre puissance que la Il France, de rAnglelcrrc. Quanta moi, je ne veux Il l'obtenir que de rEmpcrcur; que l’Empereur Il nous la donne, alors je deviens fort, je coinman- II derai sous le nom du roi. Je promets a l'Empe- II rcur quarante mille hommes à la lin du mois de Il mai et dix mille hommes de plus au commen- II ccmcnl de juillet. L’Empereur pourrait dédoin- Il inager le Danemark en lui donnant le Mccklcm- II bourg et la Poméranie. Alors je. jure sur mon Il honneur de fermer rigoureusement la Suède à Il tout commerce anglais, n Voilà les conditions du prince royal clairement posées. Une ouverture aussi grave, faite dans une telle forme, a quelque chose de brusque et d'étrange. Pour un homme arrivé si récemment sur les marches d’un trône, c’est aller un peu vile que d’articuler ainsi son vœu en une sorte d’ultimatum. Le gouvernement français ne voulut pas donner au prince royal une fausse espérance. La réponse fut froide et mesurée, mais positive. U Le prince se trompe, écrivait le duc de M Cadorc 2, s’il croit que la Russie vit avec plaisir » la réunion de la Norwègc ^ à la Suède. D’ailleurs

' I.clirc d’Alqiiicr au duc de Cadorc, du 7 février.

* l.cttrc eu date du 20 février.

' l.e iiiiiiistérc français avait raison an nioincnl où il parlait, mais plus lord un grand intcrùt décidera la Russie à rliangcr de système.

A Lclli-esdes 7, 12 cl 15 mars.

I H aussi longtemps que le Danemark restera fidèle i II à l'alliance française, l’Empereur ne souffrira pas : Il qu’il soit porté atteinte à sa puissance. Il Les conclusions de celte lettre étaient que l’envoyé français devait éviter de parler d’affaires au prince royal , mais toujours s’adresser au cabinet, maintenir de bons rapports avec les ministres de Russie cl de Danemark, et en général, u calmer au lieu d'exci- » ter. Il Ces dernières paroles, déjà employées plus d’une fois, prouvent que l’Empereur ne cherchait point une rupture, quoiqu’il prit des précautions pour n’avoir pas à la craindre.

C’était de Sluckholni * qu’on mandait à l’Empereur que la Russie dégarnissait la F'iiilande et n’y laissait que des vétérans ou des garnisons indispensables. C’était par Stockholm que l’on connaissait en France le passage d’un officier russe qui de là se rendait à Londres, et celui d’un Livonicn, revenant de Londres, annonçant que l’accord entre l’Angleterre et la Russie élail sur le point de se conclure, comme aussi le débarquement à Gothembourg d’agents anglais et autres se dirigeant, les I uns vers la Russie, les autres vers l’Autriche. A : Stockholm , aucun doute n’existait sur les mauvaises dispositions de la Russie envers la France. On y regardait comme constant que les Russes voulaient s'emparer du duché de Varsovie, cl y rétablir un roi ou un vice-roi de Pologne.

Le cabinet de Pélersbourg, quelles que fussent alors scs résolutions pour l’avenir, ne restait inactif ni à Stockholm ni à Copenhague. Il cherchait, dans ces deux pays également, à inspirer des défiances contre l'empereur Napoléon. Il offrait au Danemark de lui faire obtenir Lulieck ^ et autres territoires voisins, en y comprenant même une I partie du Hanovre; quant à la Suède, il proposait 1 de conclure avec elle un traite ^ d’alliance qui aurait pour base la rétrocession d'une partie de la Finlande. Ainsi, à cette époque où la Russie ne désespérait pas encore de gagner le Danemark, elle ne songeait pas à faire obtenir à la Suède la possession de la Norwègc, comme le prince royal avait déjà voulu le faire entendre. A Copenhague , les insinuations russes curent peu de succès; on y mit ou l'on affecta d’y mettre , à Stockholm , une plus I grande importance, non que la cession d’une fai- I bic partie de la Finlande pùt satisfaire le prince I royal , mais parce que les iuformalions venues de

j ^ * C’esi le prince royal qui ledil Ini-mèmc à M. Alquicr. ! Lciiri'dc ce ministre, eu date du 5 avril.

I ^ Celte proposition n élé faite par M. de Romanzof, I le 15 mars, à .Al. de Stédiog , ministre de Suède à l’é- I icrsliourg.

; Lettre de M. Alquicr, en date du 50 mars.

It)LITIQlIE EXTÉniEl'EE.

U Rufsic présentaient remperenr Napoléon comme I essentiellement hostile à la Suède, u Nous vous N avons pris la Finlande, disait le comte de Roman- » 2of, mais c’est la France qui a voulu * que nous a prissions les Iles d'Aland. » Ce fait sera démenti parle gouvernement français.

A la tin de 1810, rcinpercur Napoléon, peu satisfait de quelques lettres du prince royal, lui avait fait dire que, s'il ne lui répondait pas, c’était parce | que, même avec ses frères, il ne voulait point de > correspondance politique en dehors du cabinet. Ce- > pendant, en 1811, ayant reçu du prince des corn- | inunications qui annonçaient une certaine fran- > chisc, l’Empereur crut devoir entrer avec lui dans | quelques explications. Sun principal objet était de I faire cuiiiprcndrc au prince royal que les prélcn- | tioiis dominatrices de l’Angleterre n'étaient pas | moins nuisibles au commerce de la Suède et con- , Iraires à i'hoiincur de son pavillon qu’au commerce et à la dignité de l'empire français. Ayant des vaisseaux, mais manquant de marins, la France no ; peut forcer l'Angleterre à la paix que par le sys- | lèmc continental : elle n'eprouve en cela aucune , diflicultc de la Russie ni de la Prusse ; il lui faut, . de plus, le concours de la Suède. Ce concours, se- ^ Ion l’Empereur, est tout entier dans la rigoureuse exécution de l'article 3 du traité du 24 février 1810 pour tout ce qui regarde les produits de l’Angleterre. «( V üus me dites continuait l'Empereur, que ; » vous ne pouvez vous passer de ces produits, et n qu'à défaut de leur introduction, les revenus de n vos douanes diminuent : je vous donnerai pour M vingt millions de denrées coloniales que j'ai à ! » Hambourg; vous me donnerez du fer en échange; '

• vous n’aarcz poinld'argentà exporter de la Suède. n Cédez ces denrées a des marchands, ils payeront » les droits d’entrée; vous vous débarrasserez de » vos fers... Chassez les contrebandiers anglais de H la rade de Gothembourg; cbassez-Ies de vos côtes, n où ils Iraüqucnt librement. Je vous donne ma P parole que, de mon côté, je garderai scrupuleu-

» sèment les conditions du traité; Je m'opposerai |

• à ce que vos voisins s'approprient vos possessions . m continentales. Si vous manquez à vos engage- ! n ments, je me croirai dégagé des miens... Je dé- | » sire m’entendre toujours amicalement avec Votre

» Altesse Royale. Je verrai avec plaisir qu'elle w communique cette réponse à S. M. S., dont

' Lflire «le M. Alqtiirr, du 37 mars.

* Lettre de l'Empereur au prinre royal, du 8 nsrs.

* «Oq ignore, dit M. Scboell, IcfiêUviides négorialioas e qui eiireul lieu entre l.i France et la Suède dit ns le cou- » r.vnt de 18U.» Nous duuucruns ce «létail dans toute sou exartitiide.

n j'ai toujours apprécié les lionnes intentions. »

Cette lettre de l'Empereur ne fut pas sans quelque ittGuence ^ sur l'esprit du cabinet de Storkh«dm. A côté du prince royal, toujours prêt à se jeter dans des idées extrêmes, dont, à la vérité, il était égalcinent prompt à revenir, se trouvait un homme sage et raisonnable, le ministre 'des affaires clraiigcrcs, baron d'Engestrom dont il est à regretter que r<uivoyc français n'ait pas bien apprécié l'honorable caractère. Il ne tenait pas à ce ministre que le prince royal ne iiionlràt plus de modération et de prudence, et même qu'il ne donnât quelque satisfaclion à l'Empereur sous le rapport commercial. Ainsi, le 22 mars, il annonçait à M. Alquicrquc l’ordre était expédie de séquestrer les marchandises anglaises sur les bâtiments abord desquels l’embargo avait été mis. En témoignant à cet envoyé combien il serait heureux pour la Suède de pouvoir rester neutre dans la grande lutte qui se prépar.'iit, H. d'Engcslrom avouait que c’était là un genre de succès auquel on ne pouvait guère prétendre; il terminait cette conversation en disant : «t Nous ne sommes point Russes; nous ne » sommes point Anglais; fuma aerona Français^, » si VEmpereur le reut. n Pour moi, je crois à la sincérité de ce langage, et je m’atilige que les l>ons sentiments de ce ministre n’aient pas été rnis à profit dans rintércL des deux Étals. Le prince royal, après avoir d’abord dédaigneuscuienl repoussé la proposition d’envoyer un régiment suédois au service de France, avait depuis, probablement d’après les conseils de M. d’Engeslroin, envisagé ecue proposition sous un meilleur point de vue, cl dit .à U. Alquicr que le roi y donnait volontiers son conscnlcrnent, étant bien aise de rétablir, dans toute leur étendue, les anciennes relations de la Suède avec la France. Nous voyons ici avec plaisir, mais pour un temps qui sera trop court, une tendance marquée des deux cabinets à un rapprochement.

Nous ne voulons pas être injustes. Si celte apparence ne se réalise pas, ce n'est peut-être point du prince royal seul que viendront tous les obstacles. H. Alquicr ne sera pas non plus sans reproche. I.a manière de procéder de cet agent sera peu conciliante, quoique scs intentions soient assurément très-louables; le doute sur leur pureté n’est pas permis , car, en ce moment meme , il semble se

* J'ai été, pendant plutieura ann«^a, en rrlationa suivies avec M. d'EngoUrom. C’était un homme d'honnenr qui de plus, sous le rapport de la poihique, eût mieux aimé lier son pajs ■ la France qu’à PAngle-

i terre.

^ * Lflire de M. Alquicr, en «bic du mars.

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