‹ Histoire de FranceChapitre 115 sur 142 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

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porter pour garant de la bonne foi du prince royal. Selon cet envoyé, un heureux changement s’était opéré dans le prince en raison de la position nouvelle où le plaçait l'aggravation de l’état de maladie du roi. «A l’inslatiloû je suis accidentellement Il revêtu du pouvoir, avait-il dit, je sens le besoin n des conseils > de l'Empereur... » I.c prince avait .ajouté qu’il était prêt à conclure une alliance avec le gouvcrneineul français, et qu’il désirerait qu’elle fiU conclue à Stockholm, comme elle l’avait été pour le Danemark ^ à Copenhague.

Le prince ayant demandé à M. Alquier s’il n’avait rien à lui dire sur sa précédente ouverture relative à la Norvège, celui-ci, eu commençant par déclarer qu’on ne lui avait point encore fait connaître les intentions de l’Empereur, avait répondu qu’il lui paraissait difficile qu’une telle idée pût être accueillie, aussi longtemps que la France n’aurait point à se plaindre du Danemark. I.c prince sembla sentir la force de cette objection, cl de luiiiiéine il réduisit rétendue de sa demande : « Si » l’Emiiercur, dit -il, la trouve exagérée, il ferait » encore beaucoup pour nous, en nous accordant Il au iiioins l'évêché de Drontheim. qui avait formé n autrefois la frontière de la Suède. »

Dans ce même temps, la cominunication de M. d’Engestrom dont nous avons parlé était parvenue .1 Paris; elle fut agréable à l’Empereur, et il exprima ce sentiment sans aucun détour. Le duc de Cadore, en faisant connaître à M. Alquier que l’état des rapports de la France et de la Russie n’était pas aussi inquiétant qu’on paraissait le croire à Stockholm, l’informait que l’Empereur n’en était pas moins sensible aux dispositions témoignées par la Suède; M. Alquier devait cultiver ces bonnes dispositions ; mais, comme le cabinet suédois n’avait fait que des ouvertures générales, « il fallait n le mettre sur la voie * d’en faire de plus précises, » afin que l’Empereur fût à même de juger jusqu’à » quel point elles pourraient se concilier avec les » siennes. »

D’après le même esprit qui respirait dans cette lettre, le ministre franç.lis crut devoir réfuter l’insinuation faite par la Russie, que c’était la France qui l'avait engagée à s’emparer des fies d’Aland. Un écrivit à M. Alquier que cette assertion était certainement fausse. L’Empereur, il est vrai, avait autérieurement témoigné à la Russie qu’il ne s’opposait point à la réunion de la Finlande, ni en gé-

I néral aux avantages que cette guerre pourrait lui procurer; mais, loin d’avoir jamais eu l’idée de I mettre les Iles d’Aland entre les mains de cette I puissance, il avait, au contraire, vu avec peine que I la cession en eût été faite, et, s’il ne s’y était pas opposé, c’est que la politique et ses engagements j généraux ne le lui permettaient pas.... Malgré les folies du dernier roi, il avait toujours voulu du bien à la Suède.... Dans les circonstances présentes, quoiqu’il n’y eût point, entre la France et la Russie, de motifs graves de rupture, comme ' cependant, de part et d’autre, on faisait des préparatifs, « l’alliance de la Suède n’était point à dén daigner. » M. Alquier devait reprendre les ou- I vertures qui lui avaient été faites, cl atnener le gouvernement suédois à une proposition plus explicite : il ferait entendre que, si l’alliance était conclue, rEmpcrciir donnerait les facilités cl les secours nécessaires pour mettre la Suède <sdan$ le » cas d’avoir une armée * considérable. » Il fallait donc entamer la discussion, mais sans rien conclure, et rendre compte du point où les choses seraient arrivées. « L’alliance serait, en cas de guerre, » dirigée contre la Russie; le recouvrement de la » Finlande ^ en serait le but; la France y concour- I) rait de tous scs moyens ; mais ce but ne pourra » encore être indiqué... Il faut que vos démarches » ne puissent être pour la Russie ni un motif d’a- I» larme, ni un prétexte de guerre. » On recommandait à M. Alquier beaucoup de prudence, d’adresse et de réserve.

Ce ministre fut chargé en outre d’exprimer au prince royal la satisfaction de l’Empereur sur les mesures qu’il venait d'adopter, cl sur le système qu’il annonçait vouloir suivre depuis qu’il avait pris en main l’administration de l’État. Il pouvait lui faire espérer, s’il persévérait dans celte conduite, l’appui constant de l’Empereur, tînt pour ce qui lui était personnel, que pour les intérêts de son royaume.

Celle disposition de l’Empereur ne pouvait pas être indifTércnle au prince royal sous le rapport de sa fortune privée, et il en réclama bientût l’effet par une lettre adressée au duc de Bassano, nouveau ministre des relations extérieures de Napoléon ; « Mon élévation actuelle, disait -il, n’étant n qu'une suite des hautes destinées de la France, » il serait trop malheureux pour moi qu’après les n privations ^ que j'ai éprouvées et les sacriûccs

* Lettre de M. Alquier, en date du 37 mars.

* Le prince se tnimpait; ce n’était point A Copenhague qii'.ivait été signée l’alliance entre la France et le Danemark.

* Lettre du duc de C.idore à M. Alquier, ilu 10 .ivril.

^ Mots ajoutés de la main de l’Empereur.

^ Lettre du duc de Cadore à M. Alquier, du 15 avril.

‘ Lettre de M. Alquier, du 13 mai.

Nous avons peine A concevoir ce qu'entend , |>ar les privations qu’il a éprouvées et les snrritires qu’il a hiits,

POLITIQUE EXTÉRIEURE

n que j’ai faits, je perdisse la récompense de trente n années de bons services et de gloire militaire. »

Les témoignages de la satisfaction de l'Empereur furent accueillisavec joie par le prince royal. L'idée d'une alliance prochaine parut beaucoup lui sou* rire, et, dans refTusion de ce retour momentané vers la France, u il protesta qu'il ne tirerait jamais » l'épée * que contre les ennemis de l'Empereur. »

Tout est-il fausseté dans ce langage du prince royal? a-t-il, dès à présent, une intention arrêtée de se lier aux ennemis de l'Empereur, contre lesquels seuls il veut, dit-il, tirer l'épéc? Un mensonge gratuit est peu vraisemblable. La question suédoise a ses difliciillés : les chances de l'avenir qui SC tourneront contre Napoléon sont maintenant hors de toute prévoyance; l'amitié de la France est d’une haute valeur, et si l'ambition du cabinet de Stocliholni, balancée entre l'espoir du recouvrement de la Finlande et celui de l'acquisition de la Norwègc, préfère dès aujourd'hui cette nouvelle réunion, l'incertitude du succès pourrait, s'il ne survenait aucun incident nouveau, porter ce cabinet à se contenter de la promesse française. M.d'Eiigestrom, dont le penchant politique pour la France in’a toujours paru sincère, continuait de dire à .M. Alquier : u Nous désirons voir revenir le temps » où nous serons, comme autrefois, les alliés^ de la » France, de la Pologne et de la Turquie, n Mais il va naître des circonstances dont les fâcheux résultats s’aggraveront par le fait même de l’intermédiaire quiauraildù tendre à les atténuer. L'amour-propre sera blessé, l'orgueil s'exaltera, et la passion remplacera le froid calcul de la saine politique.

A travers les démonstrations respectivement bienveillantes des deux gouvernemenLs, apparaît toujours, plus ou moins vif, le terrible débat concernant les marchandises anglaises. Les rivalités de la Suède et du Danemark ne font qu’envenimer la querelle. Scrupuleux observateur de ses engagements envers la France, le Danemark, voyant la Suède se jouer des siens, demande si le gouvernement suédois, malgré son accession au système continental, peut se permettre* d'expédier ouvertement pour l'Angleterre des navires chargés de ses productions nationales , ou si l'Empereur entend l’accession «le la Suède au système autrement que celle des autres Etats. Prcs«iue à la même date, la Suède, de son cùtc, appelle la surveillance du

on homme qui, par hii-méme, n’avait rien k perdre et A qui la Fortune a donné tout ce qu'il poasede.

' Lettre de M. Alquier, en date du 51 mai.

’ Lettre de M. Alquier. en date du 50 avril.

• Lettre de M. de Waltersdorf, envoyé danois à Paris, au duc de Cadore, en «tate du S mars.

gouverticment français sur les relations du Danemark avec rAitglelerre, « Je pourrai vous en dire B davantage * dans quelque l(‘tiips, » dit le pritice royal. Le résultat naturel de cette double excitation était de rctidre le gouvernement français plus exigeant envers l'une et l'autre puissaitcc. A l’égard du Danemark, Napoléon écrivait à son ministre des relations extérieures : «J’ai toléré, l’an dern nier, pour le Holstcin *, ce que je ne puis plus » tolérer maintenattt... J’aime le roi de Dantunark, » et, au lieu de diminuer scs États, je désire plun tôt les augmenter; mais ctilin il est indispensable n qu'aucune conitiiunication ne puisse avoir lieu » avec le commerce anglais, b Une déclaration de même nature doit être fai te au cabinet de Stokholm : u Dites à ce cabinet, continue l'Empereur, que si M un bâtiment chargé de denrées coloniales, amé- B ricain, danois, suédois, espagnol ou russe, est B admis dans les ports de la Poméranie suédoise, B mes troupes entreront aussitôt dans cette pro- B vinec ainsi que mes douanes, b Cette menace recevra plus tard son exécution; mais jusque-là une sorte «le bon accord se maintiendra encore quelque temps entre les deux cabinets. Sur un rapport fait à l’Empereur par le duc de Bassano^, à l’égard des marchandises anglaises séquestrées par ordre du prince royal, rEiiiperciir ne trouva point mauvais que le séquestre fut levé et que le gouvernement suédois perçût pour son conq>tc les droits de tarif auxquels les marchandisi^s saisies devaient être soumises; seulement l'Empereur demandait que ces marchandises ne fussent envoyées ni en France ni dans aucun pays de la confédération.

Une malheureuse rixe, élevée à Stralsund entre des conscrits |>oméranicns et les équipages de deux corsaires français, vint tout à coup troubler la bonne intelligence des deux États. I.es informations transmises à Paris sur cet événement le présentèrent comme extrêmement grave. Ces corsaires français ayant capturé des bâtiments suédois qui faisaient la contrebande, les conscrits poroéraniens, en se portant à des violences contre eux, n'étaient en cette circonstance que l«» instruments du commerce de fraude. Les conscrits prévenus de ces voies de fait, au lieu d'être punis, avaient été, après une arrestation d'un moment, relâchés par les autorités locales, dont la connivence avec les fraudeurs ne paraissait pas douteuse. Dans un rapport ^

A Letlmle M. Alquier, du 15 mars,

* Lellre de Napoléon an duc de Cadore, en date du 2.5 mars.

‘ F.n date du 25 juin.

’ It.-ipporl fait à rt'inpereiir par le dur de Doatano , le -i juillet.

2 IltGVOX.

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