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CHAPITRE XXIX

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fait à l'Empereur sur celte coiileslalion, le ministre proposait, ou de faire occuper cette province, ou d'y envoyer un détachement qui, de concert avec le peu de troupes régulières qu’elle renfer- > mait, pùl mettre les droits et les intérêts français à l'abri de toute alleiiile. Ces conclusions sévères ne furent point adoptées par l'Empereur. Quoiqu'en ce même moment les cirorls extraordinaires de la Suède pour augmenter son armée , que le prince royal voulait , disait-il , porter à soixante mille hommes, dussent inspirer quelque soupçon, l’Empereur s'expliqua sur ces deux faits avec une grande réserve. 11 prescrivit à son ministère de demander réparation de l'outrage fait à son pavillon en Poméranie ; mais il exprimait celle demande en des termes très-modérés, et témoignait l'intérêt qu'il avait pris à l’extinction de quelques troubles qui avaient eu lieu dans des provinces suédoises. Quant à raugmcnlalion de l'armée, il disait : «Je » ne puis que regretter que la Suède, sans aucun I) fotidement, lève des troupes, inquiète le üanc- » mark et tout le monde, et cela dans l'étal où sont X ses finances. » M. Alquier devait user de son crédit pour porter les Suédois à se conduire , comme le comportaient leurs circonstances, sans verve et sans passion. Peu de jours après , l'Empereur se plaignait que les Anglais vinssent faire des provisions à nie de Rugcn^,$ans aucune opposition des autorités suédoises. Une note, remise par le duc de Bassano au chargé d'affaires de Suède à Paris, M. d'Ohson, énumérait les divers griefs du gouvernement français : résidence prolongée d’un consul anglais à Golhcmbourg, communications fréquentes des escadres anglaises avec les ports suédois devenus les entrepôts de l'Angleterre , navigation de bâtiments suédois sous escorte anglaise et de bâtiments anglais sous escorte suédoise, enfin voies de fait contre des Français à Stralsundet impunité accordée aux coupables par le mauvais esprit des autorités de celte ville. Le ministre terminait en demandant réparation pour le passé et garantie pour l’avenir.

L'envoyé français à Stockholm appuyait la même demande , en y joignant des circonstances particulières dont il était témoin. Il disait au prince royal que les rapports commerciaux de la Suède avec l'Angleterre ne seraient pas plus actifs si les deux pays étaient en pleine paix, que la fourniture des

' Lettre de l'Empereur au duc de Bassano , en date du 15 juillet.

’ I.ellrc du 31 juillet.

’ Enlevée aux Danois.

* On prétendait .’i Stockholm que si, pour paraître fidèle nu système coolinental, la Russie confisquait et

vivres nécessaires à l'escadre anglaise et à l’Ile d'Anholt 3, se faisait chaque jour publiquement sous les yeux mêmes du gouverneur de la province; que les cinquante-deux cargaisons anglaises , séquestrées sur sa provocation, restaient toujours comme en réserve *, quoiqu'il y eût là une valeur de douze millions, qui n'eût pas été inutile à la Suède dans la détresse de scs finances; que le gouverneur de Gothembourg, M. de Tawast, dont la partialité pour les Anglais cl les relations avec eux étaient notoires, conservait toujours ce poste, malgré la promesse plusieurs fois renouvelée de lui donner un successeur. Sur ces plaintes cl d'autres encore, le prince royal répondait : « Que voulcz- » vous que je fasse? on me trompe ; » et il faisait des promesses nouvelles auxquelles un ne croyait plus. Il avait précédemment annoncé qu’il allait faire envoyer beaucoup de corsaires contre le commerce anglais; il n’en avait pas été armé un seul.

Au milieu de ces discussions un peu vives sur l’infidélité du gouvernement suédois à ses engagements , il restait peu de place à des paroles qui pussent faire avancer la question de l'alliance, et d'ailleurs, si on s'en était occupé, les faits se seraient trouvés en contradiction avec les paroles. Les bâtiments suédois continuaient à naviguer sous la protection de la marine anglaise, et à transporter en Angleterre des provisions navales. De Stockholm meme, M. Alquier en avait vu partir ^ plus de quarante depuis le mois de mai jusqu’à la fin de juillet.

Il n’en était pas ainsi du Danemark. Les insinuations malveillantes de la Suède étaient démenties par les actes publics et irrécusables de ce gouvernement. Le cabinet de Copenhague employait tous scs moyens pour reprendre l'ile d'Anholt, ella flottille danoise venait tout récemment ^d'avoir, avec plusieurs vaisseaux anglais, un engagement où ses marins s'étaient distingués, mais dans lequel, trop faibles contre des forces disproportionnées, ils n’avaient pu que rendre leur défaite glorieuse.

Les plaintes sur l'événement de Slralsund n'ayant point amené, de la part de la Suède, les explications demandées , on recommanda de nouveau cette affaire à l'envoyé français à Stockholm. Fai- » les comprendre, lui écrivit ^ le duc de Bassano, » que ces faits-là sont très-sérieux, cl que l'on se » trompe si l’on croit que l'Empereur puisse fer-

fiiis.vii vendre des marchandises anglaises, le produit de ces ventes était déposé dans une caisse h part, pour être restitué aux propriétaires de ces marchandises.

‘ Lettre de M. Alquier, du 0 août.

Au commencement de juillet.

' Lettre a M. Alquier, du 18 août.

POLITIQUK EXTÉRIEl-RE.

» mer les yeux sur un événement où la vie de scs » sujets a été en péril. » En cette circonstance, M. Alquier commit une faute grave. Il était défendu à tous les agents français de remettre des notes écrites sans un ordre spécial j il oublia cette défense de son gouvernement , et de plus la note qu'il remit dépassa la limite rigoureuse d'une énergie que doit toujours régler la lui suprême des convenances : c'était un tort. Le ministère suédois en profila. Satisfait peut-être que cette occasion de dissentiment lui eût été offerte, M. d'Engestrom y trouva un prétexte pour déclarer à M. Alquier que, vu les termes dans lesquels sa note était conçue, il ne pouvait la mettre sous les yeux du roi. Dans sa réponse qui ne manquait pas d’adresse, il faisait une large part d’éloges pour l’Empereur, n’accusant que le ministre qui, disait-il, le servait mal, et qui semblait avoir à coeur de semer la mésintelligence entre la France et la Suède ; il lui disait que, s'il voulait changer de destination, il n’était pas généreux d'en chercher le moyen aux dépens d’un pays où l’on avait tout fait pour lui être agréable. « J'étais loin de m’attendre > , poursui- » vait M. d’Engestrom, que ces dispositions em- » pressées de notre part pussent jamais vous auto- » riser à m’adresser une missive qui, en attaquant » l’honneur national, offre l’exemple de la violation » la plus inouïe du droit des gens. » M. Alquier, qui prétendait n’avoir pas mérité les insolents reproches du ministre suédois , adressa directement sa note au prince royal , en lui annonçant qu’il ne voulait plus avoir de rapport avec ce ministre.

Les communications qu’il eut immédiatement après avec le prince lui-méme ne furent pas non plus très-satisfaisantes , et le compte qu’il en rendit semblerait un peu suspect de partialité et d’exagération, si le caractère connu du prince ne prêtait de la vraisemblance aux traits de forfanterie semés dans sa conversation; Tout en promettant de donner satisfaction sur l’affaire de Stralsund, le prince soutenait que les assertions du consul français dans ce port étaient fausses et calomnieuses ; il prétendait que la France maltraitait la Suède partout, même à Constantinople, où le chargé d’affaires de France, M. de la Tour-Maubourg, avait eu de fort mauvais procédés envers l’agent suédois. « Au » reste, disait-il, je ne ferai a rien pour la France, » tant que je ne saurai pas ce que l’Empereur veut » faire pour moi. Je n'adopterai ouvertement son » parti que lorsqu’il se sera lié avec noos par un i> traité. » Là le prince ajoutait qu’il trouvait sa

' 34 aoùl.

’ Lettre de M. Alquier, en date du 36 août.

’ Ainsi le prince avoue lui-méme ses communications

consolation contre toutes les contrariétés dans l’amour du peuple suédois, et il peignit en termes pompeux l’cnlhousiasme qu’avait partout causé sa présence dans un voyage qu’il venait do faire : on l’avait entouré d’hommages ; on avait voulu dételer les chevaux de sa voiture; l’armée suédoise était superbe , nulle part il n’avait vu des régiments si beaux, louanges qu’il terminailendisanl: «Je ferai !• des Suédois ce que j’ai fait des Saxons qui, com- » mandés par moi , étaient devenus les meilleurs » soldats de la dernière guerre. » M. Alquier ayant hasardé quelques légères observations sur l’inutilité d’une levée de troupes aussi considérable que celle qui avait lieu , le prince répliqua : m Je suis n plus résolu que jamais à faire de nouvelles le- N vécs : le Danemark a cent mille hommes sous les » armes, et qui sait s’il n’a pas quelque projet conn Ire moi? Je dois me prémunir contre l’exécution « d’un projet entamé par l’Empereur à Erfurtpour » le partage de la Suède entre le Danemark et la n Russie. Quel’Empcrcur chcrchedans sa mémoire U quelle est la personne titrée qui a eu connaisn sance de la proposition qu’il a faite ; vous pouvez » lui dire que j’en suis informé, mais que je saurai » me défendre, et il me connaît assez pour savoir n que |>ersonne ici ne me fera la loi. Les Anglais^ » ont voulu se montrer exigeants envers moi; je Il les ai menacés de mettre cent corsaires en mer, Il et à l'instant ils ont baissé le ton. n II était naturel que M. Alquier cherchât à obtenir quelque indice de ce qui portait le prince royal à croire que l’empereur Napoléon eût exprime à Erfurt l'idée d’un partage de la Suède entre la Russie et le Danemark. Pressé sur l’origine de cette croyance, le prince ne fU que de vagues réponses : u On savait n cela à Pétersbourg, dit -il , et là les femmes sait vent tout. Il Ainsi c’était tout au plus sur des propos de femmes que le prince royal fondait une si grave allégation à laquelle il affectait d’iqoater foi; le mensonge, même connu , lui était bon pour en faire le prétexte de ses refus à remplir ses engagements. Parmi d’insigniflantes protestations de son penchant à beaucoup faire pour la France, il se livrait à des accès de ce faux orgueil qui répond bien haut à ce qu’on ne lui demande pas. u Je ne » veux point être avili, disait-il; j’irais plutêl chérit cher la mort à la tête de mes grenadiers , je me it jetterais plutôt à la mer; j’aimerais mieux me it mettre sur un baril de poudre et me faire sauter it en l’air. Voilà mon Gis (Oscar venait d’entrer) » qui suivra mon exemple. Le feras-tu, Oscar? —

avec les Anglais et les raisons pour lesquelles il n'a point expédié de corsaires contre leur commerce, malgré la promesse qu’il en avait faite au ministre de France.

CHAMTRK XXIX.

» Oui, mon papa. — Viens que je t’embrasse, ta es » vraiment mon fils. » En parlant ainsi , le prince avait l'air d’un homme en démence. Il me dit en outre, continue le ministre français dans son rapport : « J’exige de vous une chose , c’est que vous n rendiez à l'Empereur un compte fidèle de notre » conversation. <> Je l'ai fait, ajoute M. Alquier.

Pour tout homme qui n’aurait pas connu personnellement Rcrnadolte, général de la république ou maréchal de l’empire, un tel langage du même personnage devenu prince royal devrait paraître tout à fait incroyable ^ D'un autre cAté, si les faits n'étaient pas vrais, l'agent qui les aurait inventés serait le plus infidèle des serviteurs envers son propre gouvernement, et le plus lâche des calomniateurs envers le prince royal. H. Alquier, quoiqu’il pùt n'élrc pas très-courtois dans ses procédés, était incapable de manquer à l'honneur sur l'un comme sur l'autre point.

Bientôt cet envoyé eut encore à transmettre à son gouvernement d'autres informations qui n'étaient pas plus favorables au prince royal. Pour reconnaître ce qu’il y avait de vrai ou de faux dans les plaintes des agents français relativement à ce qui se passait à Gothembourg et sur le littoral voisin de cette ville, le prince s’était décidé à envoyer sur les lieux un homme honorable, BI. le général de Til>eil. Celui-ci à son retour confirma la vérité des allégations françaises , et témoigna au prince qu’il voyait avec regret un état de choses qui devait inévitablement amener une rupture avec la France. U El moi aussi j'aime la France , répondit le » prince royal ; mais j’aime encore mieux la Suède. U Or, dans le cas très-prochain où la Russie pren- » dra parti avec l’Angleterre, que doit faire la H Suède ? Se réunir à ces deux puissances, d'abord n pour n’avoir rien à craindre de la Russie , et en- » suite pour obtenir la Norwège, la seule chose » qui nous convienne. Voilà le vrai système de la » Suède. — Blais êtes-vous bien sùr que l'Angleterre H consente à ce que vous fassiez cette acquisition? n — Oh ! très-sùr ! i>

Par suite du voyage de BI. de Tibcll, le prince royal prit enfin le parti de rappeler le gouverneur de Gothembourg, BI, de Tawast *, dont les relations avec les Anglais lui étaient depuis longtemps dénoncées par la légation française : ce rappel tardif ne pouvait pas avoir un grand mérite aux yeux

' J'ai été en correspondance suivie avec Bcrnndoiie, maréelifll de l'empire, me trouvant ministre h Casscl, lorsqu’il commandait dans le Hanovre. Mes préventions personnelles sont bien plutôt en sa faveur que contre lui, mais les récits de M. Alquier ne m'étonnent pas et je crois sans peine à leur véracité.

de l’Empereur ; la mission de ce gouverneur était finie. Oti lui avait laissé tout loisir d’avoir de fréquentes entrevues avec l’amiral Saumarez, et on ne le remplaçait qu’au moment où sa présence à Gothembourg devenait inutile. L’amiral anglais venait de faire connaître que, devant abandonner i au commencement d'octobre sa croisière dans la Baltique et dans la mer du Nord, il ne lui serait plus possible de donner d’escorte au commerce suédois.

M. Alquier, en rendanlcompte des étranges discours du prince royal , comprenait lui-méme trèsbien qu'ils devaient exciter quelque surprise en France ; au.ssi avait-il soin de se défendre à l’avance contre toute supposition d’une injuste partialité, et il déclarait que, s’il avait rapporté quelques folies du prince , il en était qu'il ne lui eût pas été possible de redire.

De toutes parts les faits venaient appuyer l’opinion de cet agent sur le compte du prince royal. Quelques feuilles d'un journal récemment publié à Stockholm ayant établi la nécessité pour la Suède de s’attacher à l’alliance française, le prince royal avait aussitôt fait ordonner la suppression de ce . journal.

Pour mettre la contrebande suédoise à l’abri de la surveillance des corsaires français , le prince avait proposé au gouvernement danois de fermer, d’un commun accord, l’entrée des ports des deux I royaumes à ces corsaires et aux prises qu’ils voudraient y conduire; il avait, en outre, demandé au même gouvernement de garder le silence sur ! le commerce de la Suède avec l’Angleterre, sous la promesse d’une entière réciprocité. Ces deux j propositions avaient été repoussées * par le cabinet ! de Copenhague, qui ne songeait nullement à manquer à ses liaisons avec la France, j Un ministre d'Autriche, le général de Neipperg, j qui venait d’étre envoyé à Stoekbolm avec la misj sion, au moins apparente, d’y sceonder les vues de ! l’empereur Napoléon, avait pu se convaincre, dès son premier entretien avec le prince royal, que celui-ci ne tenait pas beaucoup à scs rapports avec l’empire fi-ançais. «La France et la Russie vont se » faire la guerre, lui avait dit le prince royal, je Il veux rester neutre; c’est aussi le projet de votre » cour. Nous devrions nous donner la main pour ; » faire respecter notre neutralité, afin qu'à l’issue » de la guerre, nous puissions, l'empereur d'Au~ I » triche et moi, devenir les médiateurs de la paix. »

I II re.ssortail ainsi des circonstances de chaque j jour que l'cmpcrcur Napoléon ne pouvait mettre

' I.citre (te M. Alquier, du 4 acpleinbre.

‘ I.eiirc de M. Alquier, du 5 septembre.

Lettre de N. Alquier, du 1" octobre.

[18UJ

POLITIQUE KXTÉRIKUUE.

aucune conflance dans le gouvernement suédois.

H. Alquier, après avoir cessé tonte relation avec M. d'Engestrom, ayant peu à s’applaudir de celles qu'il entretenait avec le prince royal, se trouvait réduit à n'avoir plus, avec le prince même, que les rapports < essentiellement commandés par les intérêts de l’Empereur. Cette position , pénible pour lui-même, était peu avantageuse au bien du service. L’Empereur le sentit, et il nomma M. Alquier son ministre à Copenhague. Le duc de Bassano lui donna ordre ^ de faire connaître qu’il avait obtenu un congé, cl de quitter Stockholm sans voir ni le roi, ni le prince royal, ni le ministre des affaires étrangères.

En lui adressant ses lettres de recréancc, le duc lui prescrivait de les remettre à M. d’Engestrom par une simple lettre d'envoi, et lui disait au sujet de sa nouvelle destination : «Vous allez résider n dans une cour dont les sentiments ne sont pas » équivoques, et vous n’aurez point à craindre les » désagréments que vous avez éprouvés dans votre » précédente mission, n

Cependant l’empereur Napoléon était loin de donner un entier assentiment aux procédés de son ministre à Stockholm. Presque toujours trop exigeant lui-même sur le fond des choses, l’Empereur n’entendait pas, et avec raison, que ses ministres pussent nuire par le défaut de formes ^ au succès des affaires qu’il leur avait confiées. La lettre du duc de Bassano, où sont exprimés ses sentiments à cet égard , nous parait pleine de sagesse et de convenance ; elle prouve que l’Empereur ne s’associait point aux passions de ses agents, qu’il savait juger froidement leurs actes, et ne se dissimulait point leurs torts ; mais en même temps elle montre' quels ménagements il gardait envers les hommes mêmes qui avaient fait momentanément fausse route, lorsqu’ils étaient défendus dans son esprit par le souvenir de leurs anciens services. « L’Empereur, je ne puis vous le cacher, écrivait ♦ n à M. Alquier le duc de Bassano , n’a point apu prouvé votre eonduite dans ces derniers temps. » Il juge que vous n’avez point gardé la mesure n convenable dans vos rapports personnels et ofii- » ciels avec le baron d’Engestrom ; que vous avez » agi avec précipitation, et que vous n’avez point » répondu à ce qu’il attendait de votre expérience » et de votre longue habitude des affaires. Cela seul

' Lettre de M. Alquier, du 8 octobre.

* Lettre du duc de BflMano à M. Alquier, datée d'Amsterdam le 14 octobre.

* L’Empereur recommandait sans cesse à ses envoyés les plus grands égards pour les gouvernements près desquels ils résidaient. Le 34 août 1811, il écrivait au duc de

» était une grande faute de vous avancer au point » de rendre votre rappel nécessaire, et de forcer » aiusi la main à votre gouvernement. »

Le ministre faisait sentir à M. Alquier qu’en raison même de la justice de scs plaintes , outre qu'il ne convenait pas de remettre une note signée sans ordre de son cabinet, il eût dû surtout prendre garde de gâter une bonne cause par des imprudences, en énonçant, d'une manière positive, des faits qui n’étaient peut-être pas appuyés sur des preuves suffisantes. « l^ous avez pris sur vous, lui » disait-il , la responsabilité des a)iiséqucnces que » cette note devait entraîner, et malheureusement » elles ont été très-graves.... (Quelques-unes des » expressions dont vous vous êtes servi étaient de » nature à blesser le gouvernement suédois, et n vous avez entamé une guerre de plume qui ne » pouvait que nuire à la discussion. »

Tout en jugeant sévèrement la conduite de M. Alquier, le duc de Bassano reconnaissait que sa note, quoique répréhensible, n’autorisait pas l’étrange réponse qu’on y avait faite. « Le ton qui » règne dans celte réponse, poursuivait-il, semble » indiquer qu’elle part de plus haut que du cabinet » de U. d'Engestrora. Jamais en effet un ministre n doue de quelque sens ne se serait permis de s’exn primer avec une indécence aussi révoltante, en » s’adressant à l’envoyé de S. M. l'Empereur.

» C'est par cette considération que S. M. I. n’a n pas voulu vous désavouer.... $. U. ne met point » en oubli vos anciens services ; elle rend justice » â la pureté de vos sentiments, et elle n’altribuc » qu’à l'ardeur de votre zèle l’erreur dans laquelle » vous avez été entraîné. »

Quelque fondés que puissent paraître les reproches faits à M. Alquier, il ii’eii reste pas moins constant que sa correspondance a parfaitement rendu la situation réelle de la Suède à l’égard de la France. Otle situation se réduit à peu près aux tenues suivants. Dès le mois de février, le prince royal avait exprimé le désir d’acquérir la Norwège, et de préférence avec le consentement de l’empereur Napoléon. Dans l’impossibilité où était l’Empereur de consentir à la spoliation d'un allié fidèle, le prince royal avait paru, en ce qui concernait la France, se borner à obtenir d'elle qu'elle lui procurât du moins la cession de l’évêché de Drontheim, ancienne frontière de Charles X; mais, dans le

Bassano relativement A un de ses envoyé* en Allemagne :

• Dirigez mon ministre à.... pour qu’il ne montre pas

• une exigence déplacée, il est là pour fairw «a cour et » oAserrar, non pour humilier et impoter. »

^ Lettre eu date du 5 novembre.

CHAPITflK XXIX.

(tSJI]

même mometit, le ministre de Suède à Pétersboarg, M. de Slèding, demandâil à la Russie son assentiment à ce que ta Suède acquit la Norwègc tout entière. Celle demande éprouva aussi d'abord quelque obstacle de la part du cabinet russe, qui cherchait alors à gagner le Danemark. Pour attirer vers lui la Suède sans se comproinrUre avec la cour de Copenhague , ce cabinet offrait au prince royal une portion de la Finlande, offre dont le prince se montra peu salisrait : il avait peu de fui a une restitution partielle, sur laquelle on pourrait bien ne pas larder à revenir, et l'acquisition de la Norwège fut le point capital sur lequel se fixèrent toutes ses pensées. 1^ Russie céda graduelleincnt sur ce point à mesure qu'elle aperçut moins de facilité pour ses vues en Danemark et des dispositions plus complaisantes k Stockholm. Du côté de l'Angleterre, aucune optKtsîlion n'étail à craindre. Depuis l'arrivée du prince royal en Suède, le ministère britannique l’assiégeait de prévenances et d'égards. Ce marquis de Wctlesley avait |>orlé les dcmonstralions d'iiitérél en sa faveur jusqu'à envoyer régulièrement à M. d'EngesIruin les lettres que Gustave IV écrivait d'Angleterre sur le continent. Caressé et recherché ainsi par deux grandes puissances, l'orgueil du prince royal s'élail exalté au point de trahir gratuitement scs secrètes intentions par les sorties les plus iniempcsiives. Rien, il est vrai, au moment où nous sommes, fi'esl encore finalement arrêté ni conclu par le gouvernement suédois avec les deux puissants Étals qui flattent l'ambition et la vanité de l'hcrilier de la couronne ; mais l'avenir est écrit dans le présent, et comme dès aujourd'hui nous voyons en présence l'une de l'autre deux volontés contradicluircs énergiquement prononcées, la volonté chez le prince royal d'acquérir la Norwège à la Suède, ta volonté chez Napoléon de conserver la Nurv^ège au Danemark, quelles que doivent être les dcmonstralions, vraies ou simulées, qui auront lieu ultérieurement de la part de la Suède envers la France, la séparation de U cause des deux pays , qui ne sera consommée officiellciiieiit qu'en 181 peut justement être cousidérée comme datant en fait du milieu de 1811.

Autant la Suède annonçait ouvertement l'intention de s'éloigner de la France, autant le Danemark se montrait jaloux de furliücr ses liens avec clic. L'Empereur n'était point ingrat j il ép.irgnait à cette nation toutes les coiilrarictcs que n’exigeait pas impérieusement le maintien du système cmilincnlal ; il avait eu soin de faire défendre aux corsaires! français dans la Rallique d'inquiéter en aucuoe manière les navires qui seraient expédiés

' Leiire de l'omperi'ur Napoléou, du 8 mai.

I de Copenhague en Norwège ou à l'ilede Boriiholio,

I et, en général, toutes communications d'un port danois à un autre port danois.

Le roi ayant désiré prendre pour ses États les mesures adoptées en France par l'Empereur, et autoriser, au moyen de licences, des exportations ' même pour rAngMem , l'Empereur y consentit, et donna les ordres les plus formels pour que les licences danoises fussent respectées par ses armateurs comme rétaienl les licences françaises ellesmémos. Lorsque tel était l'heureux accord du Danemark avec la France, était-il au pouvoir de l'Empereur, même abstraction faite de toute considération de bonne foi et de justice, de sacrifier un loyal allié à une ambition rivale, qui ne lui eût offert ni la même sûreté ni les mêmes garanties?

Dans le récit que nous venons de faire des relations de la France et de ta Suède, pour ne point trop multiplier lu nombre des acteurs en scène, nous nous sommes abstenu de parler de deux individus dénoncés à la France comme ses ennemis déclarés par le prince royal lui-méine : c’étaient M. de Lagcrbiclke, alors encore ministre de Suède à Paris, et le général baron d'Armfeld. Tous deux, selon le prince royal, étaient vendus à la Russie, et lui cominuiiiquaienl tout ce qui se passait entre les cabinets de Paris et de Stockholm. La conduite de >1. d'Armfeld étajt si ouvertement opposée à la , m.vrclic suivie par le gouvernement nouveau en Suède, ci si injuricusemeut hostile pour l'empereur Napuléuii, que le prince royal lui avait fait donner l'ordre de s’éloigner. Il existait entre M. d'Armfeld cl M. de Lagerbielke une correspondance particu- ) lière qui n’avait été connue cl iiiterceplcc qu’après : le départ du premier de ces deux |>ersoniiagcs. Le prince royal s'exprimait sur le compte du second ; dans les termes^ du plus profond mépris. Il regrettait qu'on eût pu lui dire en France les moindres pa-

I> rôles qui eussent indiqué l’intention d'un rapprochement plus étroit avec la Suède, tant il le croyait indigne de toute cunUancc de la part de l'un et de l'autre gouvernemcnl. Un envoyé dont on se formait uneopinionsi peu favorable, ne pouvait pasconscrver plus longtemps le poste qu'il occupait alors. On désignait pour lui succéder un homme qui jouissait de l'estime générale, M. de Ccderhyelin.

Un brillant accueil est toujours assuré en Russie aux transfuges de la Suède. D'Armfeld avait ob- I tenu un grand crédit auprès de l'empereur et le titre de gouverneur de la Finlande. Sa femme était devenue dame ilu portrait, Tune des plus hautes marques de distinction en Russie. Actif comme tout déserteur qui cherche à prouver ion dévoue-

* Leiire de M. Alquier, rn date du 17 avril.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

ment au pays pour lequel il a abandonné le sien , il prodiguait les avis et les mémoires sur la politique à suivre par le cabinet de Pélcrsbourg. Dans l'un de CCS mémoires, en homme qui connaissait bien le terrain qu’il venait de quitter, il conseillait à l’empereur Alexandre de gagner le prince royal, en lui promettant la Norwëge ; de ménager la cour de Copenhague jusqu'au jour où ce projet de cession viendrait à la connaissance de cette cour, et de lui offrir alors en indemnité de larges domaines en Allemagne. C'étaient là, selon lui, deux objets sur lesquels il fallait se mettre d’accord avec le gouvernement anglais , à qui ce plan ne (>ouvait manquer de convenir; et ensuite on agirait en tout de concert avec ce gouvernement. D'Armfeld insistait sur la nécessité de soulever partout des ennemis contre la France, particulièrement là ou étaient ses armées, en Espagne, en Italie et en Prusse, et de répandre dans tous ces pays des émissaires nombreux pour y fomenter des insurrections. Il recommandait aussi de former des intrigues contre la France , là même où elle avait le plus de partisans, et, par exemple, de tâcher d’exciter des haines contre elle en Pologne.

L’audacieux aventurier ne se bornait pas à des conseils politiques; il rédigeait aussi des plans de campagne et indiquait les mesures militaires qu’il jugeait utile de prendre. Le grand principe qu’il posait, comme règle souveraine de conduite pour les généraux russes envers les armées françaises, était de toujours éviter de livrer bataille, de la refuser toujours, à moins pourtant que par miracle les positions ne fussent telles qu’il y eût impossibilité de la perdre. Presque toutes ces leçons seront trop bien suivies, et la Russie n’aura pas à s’en repentir.

On savait, à Stockholm, soit par H. de Stéding, ministre de Suède à Pétersbourg, soit par quelque autre voie, tout ce que faisait d'Armfeld en Russie, et même, comme on le voit, on y connaissait jusqu’au contenu des mémoires qu’il remettait à l'empereur Alexandre. Les détails que nous venons de rapporter avaient été transmis à Paris par H. Alquier >. Nous ne voulons pas supposer qu’il ait, même indirectement, existé un accord secret entre le prince royal et d'Armfeld; mais ce qui n’est pas douteux pour nous, c’est que si le prince royal avait été alors appelé à donner des conseils à la Russie, il ne lui en eût pas donné d’autres.

Si les rapports de l’empereur Napoléon avec les rois ses frères et beaux-frères ne doivent pas avoir sur le mouvement des affaires générales une in-

■ Lettre de M. Alquicr, du 36 juillet.

* Ver» le 10 janvier 1811.

fluence actuelle, aussi directe que ses relations avec les autres puissances, outre qu’ils sont intéressants à connaître comme développements de son action dominatrice sur sa famille, ils prendront un jour une très-grande importance, et la situation des pays gouvernés par ces princes, scs premiers vassaux, entrera comme un énergique dissolvant dans le grand travail qui opérera la décomposition de son immense empire.

A la fin de 1810, le roi Joseph, effrayé des projets avoués par l’Empereur au préjudice de l’Espagne, avait montré rintention de descendre du trône plutôt que de souscrire au démembrement de cette monarchie. Déjà même il avait fait chercher des propriétés en France pour s’y préparer une retraite. L’Empereur, informé de ces dispositions, envoya son ministre des relations extérieures auprès de l’épouse de Joseph ^ pour lui témoigner son mécontentement de la conduite du roi son mari. Le ministre dit à cette princesse ^ que le roi ne pouvait ni faire des acquisitions en France, ni y venir sans le consentement de l'Empereur; qu’abandonner brusquement le trône, c’était déserter à la fois l’Espagne et l’armée du Centre ; que si le roi vouvait absolument renoncer à la couronne, il devait en faire parler à l’ambassadeur français, conclure avec cct ambassadeur un traité de rétrocession, et donner le temps nécessaire pour qu’il fût pourvu à l’administration du royaume; qu’en faisant de pareils arrangements, il pouvait être assuré d’être bien reçu en France. Telles étaient les déclarations officielles faites à la reine, au nom de l’Empereur, mais telles n’étaient pas scs intentions secrètes; pour celles-ci, l’Empereur les consigna dans des notes qu’il dicta pour son ministre des relations extérieures. Ces notes sont une espèce de monologue dans lequel il exprime scs résolutions. Nous en citerons les principaux passages.

U L’Fjnpercur prendra de l’Espagne ce qui lui » conviendra, soit qu'il prenne tout le cours de n l’Èbre,soit même qu'il s’assure du port du Ferrol. » Le seul intérêt de la France, et ce que les circonn stauces présenteront, le décideront dans ce grand » événement.

» Le peuple espagnol, par sa conduite, ne mérite Il aucune considération, et quelle que soit l’amitié n de l'Empereur pour le roi, cette amitié n’entrera » pour rien dans ce qu’il fera, ne voyant ici que ce » qui est utile à la stabilité de sa couronne et à la » grandeur de la France.

n Mais l’Andalousie, la province de Valence, la » Manche, l’Estramadure, sont trop éloignées de

’ Celle princesse élait resiée à Paris.

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