CHAPITRE XXX
Napoléoo le roi de N-iplet. — Voyage du roi de rCaplet ^ Paria. — Décret du roi de Napleadu H juin. — Décret de Napoléon du 6 jutllei. — Soiimiaaion de Joachim au décret impérial. — Occiipnlion de Gaéie par dea troupes francaiae*. — Suaeraioeté de la France aiir Naples. — Obligations des rois de Naples comme grands feudataires. — Sociétés secrètes en Italie. — Classement des TÎIles de l'empire. — Napoléon et Pie VIL — Réunion d'iin conseil ecclésiastique à Paris. — Envoi d'une députaiion au pape. — Drcf du pape. — Rejet du bref par l'Empereur. — France et Éiats-Uoia.
Dans le débat élevé entre l'Empereur el le roi Joseph, la résistance de ce dernier se fonde sur un noble principe. Menacé de voir son royaume soU' mis à un prochain dcineinbretnenl , ce prince est digne d'éloges pour les cfTorts qu’il fait dans le but de soustraire l'Espagne à un pareil malheur ou du inoin.s de s'en épargner à iui-méme la dé.solaiite complicité. t.cs autres membres de la rantillü de Napoléon n'onl pas, pour leur indiscipline envers lui, une justiGcaliuii aussi satisfaisante. I.a chute du roi de Hollande ne les a pas corrigés; nul ne veut comprendre qu’il n'a clé créé roi par la France que pour la France; aussi l'Euipcrcur va-l-il se trouver conduit, envers le roi de Naples, par exemple, à des mesures auxquelles il n'aurait jamais songé, s'il n’eùt rencontré dans Joachim l'aflectalion d'une indépendance impossible.
Après avoir, en 1810, témoigné i ce prince son mécontentement en ne laissant auprès de lui qu'un chargé d’alTaircs, l’Empereur, vers la fin de la même année, avait promis d’accréditer incessara* ment à sa cour, sinon un aml>assadcur, du moins un envoyé extraordinaire. Le baron Durant de Hareuil, qui déji avait résidé comme ministre dans plusieurs Étals d'Allemagne, fuldésigné pour cette mission. Les instructions données à cet agent, en lui traçant ses devoirs, indiqueul de quel oeil l'Empereur envisage la royauté napolitaine. Voici les points principaux sur lesquels roulent ces inslrucliuiis : K Par le statut de 1806, les rapports de la » France et de Naples ont été fixés. Ce royaume fut » alors reconnu comme faisant par/te ds l'smpin » finançais. Joseph continua à être grand dignitaire • de l’empire... La couronne fut déclarée réver- X iibtcaux enfants de l'Empereur... Lorsque Joa- » chim remplaça Joseph, les rapports demeurèrent » les mêmes... l4i France conserva le droit d’avoir •
• dans le royaume des troupes qui devaient être » soldées par le roi. L'alliance défensive el ofTenn sive fut maintenue. » Les in.struclions portaient en outre que l'un des engagements les plus essentiels du roi était de mettre à l’eau chaque année deux vaisseaux et deux frégates, el l’on ne remplissait pas cet engagement.
D'après de pareils principes, on juge ce que l'Empereur attendait du roi, el, ce qu’il attendait, il ne l'obtenait pas. Tous les rapports venant de Naples prouvaient que la nation française n'y était pas la plus favorisée. Le gouvernement tendait sans aucun mystère h s'affranchir de toute préférence pour les intérêts franr^iis. l.e code Napoléon, bienfait digne de la reconnaissance des peuples, déplaisait à la noblesse napolitaine, et Joachim tenait beaucoup é contenter la noblesse. L'intérieur même du palais u’olTrail pas toujours l'image de l’union. Le roi, extrêmement jaloux de son pouvoir, mettait un grand amour-propre à faire connaître, par des actes extérieurs, que la reine était en dehors de toutes les affaires de politique el de gouvernement. Cependant, en voulant paraître, aux yeux des Napolilaios, libre de toute sujétion envers la France, le roi cherchait à plaire à l'Fjnpereur par des marques d'affection el de dévouement. A la première nouvelle de la naissance du fils de Napoléon, nouvelle portée avec une si miraculeuse promptitude > en Italie, Joachim s’était mis en route pour se rendre en France. Cette nouvelle avait été, le SI5 mars, annoncée au théâtre do Naples, aux cris de : Vive l'Empereur! Le S7, le roi, dans son empressement d’aller en personne complimenter l'Empereur, était déjà arrivé à Rome.
' I.e ballon qui la portail tomba, seixe brnrea après aon dcp.nri de Parie, d.ine le lac Noemi auprès de Rome.
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rOLITIgUE EXTÉRIFXKK.
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Ij« baron Dorant, qoi m rendait à son poste auprès de lui, le rciicunlra dans celle ville, et ce fut lè qu'il lui remit ses lettresde créance. En ce niunicnt le roi sc montrait satisfait de sa silualion ; selon loi, l'esprit de son royaume était excellent; le clergé très-bien disposé; les conscrits pleins d'ardeur; les brigands venaient d'élre anéantis dans les Calabres. Heureux du bon étal de ses affaires, il voulait être des prcn)iers à offrir ses félicitations à rËro|>ereur. Ses félicitations furent très-bien reçues, mais l'Eml>ereur était fort mécontent de scs actes. Pendant que le roi se trouvait à Paris, on inellail à exécution dans son royaume des ordonnances rendues avant son départ, et conçues dans un esprit peu favorable à la France, les unes, pour la prohibition d’objets dont la France avait besoin; les autres, |K>ur une augmentation de taxes sur des importations françaises. L'Empereur chargea son ministre des relations extérieures de faire appeler $ur-lcchamp l’ambassadeur de Naples et de demander la révocation immédiate des ordonnances royales qui défendaient la sortie des graines de coton, et de celles qui frappaient les draps et éloiïcs de France. « Dites à l'ambassadeur S ajoutait Napoléon, que >» le roi se trompe s'il croit régner «i Naples aulre- » ment que par ma volonté et pour U bien général » dê /'empire; que, si l'on ne change pas de sys- » lème, je m'emparerai du royaume, et le ferai » gouverner par un vice-roi comme l'Italie; que le » roi marche mal; que, lorsqu'on s’csl éloigné du » système coiuiitctilal, je n'ai pas même épargné * mes propres frères, cl que je l'épargnerai encore ■ moins. Ajoutez que le royaume est mal admi- » nislré; qu'il ne sc fait rien pour la marine dans i« un pays où il y a tant de milliers de matelots... » L'intérêt marilime est partout celui qui préoccupe l'Empereur; il y reviendra plusieurs fois encore avec le roi de Naples, parce que ce prince applique ailleurs des ressources qui Û seraient pins utilement employées pour la cause cooimune. Ces dis> eussions rendirent le séjour de Paris moins agréable au roi qu’il ne l'avait espéré. Le langage menaçant de l’Eiiipcreur ne put pas rester enlièremeDt secret, et de là, le bruit qui parvint jusqu'à Naples de la réunion prochaine de ce royaume à l'empire français. De son côté, Joachim laissait percer des dispositions qui ne pouvaient pas convenir à Napoléon. Pendant son séjour en France, les mauvais conseils ne lui avaient pas manqué, et surtout de la part de la diplomatie étrangère. On n'avait pas négligé de flatter son amour-propre en lui mon-
' Lettre de Napoléon an duc de Rauano, du 3 avril.
* Lettre de Napoléon an dnede Bassano, du lit mai.
’ En date du 3 mai.
Irant un beau r6le à joner pour on prince qui saurait tirer parti d'une position comme la sienne. Du reste le bruit de la réunion de Naples à l'empire n'.*ivail aucune espèce de fondement. L'envoyé de France â Naples qui, témoin des inquiétudes de la reine, avait donné à ce bruit plus de croyance qu'il ne méritait, ayant dans une de ses dépêches discuté les chances éventuelles d'un pareil projet, l'Empereur l'en fit rcpriinander comme d'une excursion inconvenante hors la ligne de ses devoirs : •> Je ne l'ai point chargé dit l’Empereur, de faire » connaître s'il serait facile ou non de changer le » gouvernement de Naples. Le doute seul est un » outrage Enciïel, tout prouve que l'Empe-
reur n'avait pas scricusciiient cette pensée; car, dans le temps à peu près où il se plaignait des ordonnances rendues par le roi , il avait écrit * à la reine, de la manière la plus amicale , pour l'engager à être marraine de sou fils, lui laissant la liberté ou de venir en personne ou d'envoyer sa procuration. La reine s'excusa de se rendre à Paris sur un prétexte de santé, mais réellement pour ne point donner plus de poids aux bmils de réunion qui claicnl alors dans toute leur force, et qui ne tombèrent que par l'annonce du retour du roi. Ce prince revînt à la fin de mai dans sa capitale. En se rendant à Paris, Joachim n'avait d'autre but que de se faire auprès de l'En^percur un mérite de son empressement; revenu dans ses Étals, il semble avoir à cœur de le braver. Soit qu'il cède à de perfides inspiration.s, suit qu'il obéisse à son propre orgueil, il se persuade qu'il est eu son pouvoir de briser impunément, par un acte de son autorité royale, tous les liens qui rallacbeiil à l'ctupire français. On dirait qu’il n’a aucune idée ni du pays où il règne ni du pays par lequel il règne. Le royaume de Naples est la conquête de la France. Donné d'abord à Joseph, il a été ensuite transféré à Joachim. Un décret impérial avait nommé celuici grand-Hluc de Berg ; un autre décret l'a fait roL Pour prendre le gouvernement d’une nation qui ne l'a pas choisi, et dans laquelle doivent rester de vieilles aflections ou au moins de nombreux intérêts liés à rahcicnne djnnaslie, U a dù garder auprès de lui quelques-uns de ses compagnons d'armes sur la foi desquels il puisse se reposer. Il compte ainsi parmi scs grands officiers * ptnsicurs généraux français, et deux autres Français * au nombre de scs ministres. Dans son armée, il se trouve en outre un certain nombre de Français appelés par lui à divers grades, ou qu'il a été heureux d'y
4 Le général Excelmaos, comme grand écuyer, le général (.anusae, comme grand maréchal.
* \iM. Ilaiii'c cl de Muabourg.
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