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CHAPITRE XXX

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recevoir poar la discipliner et l’inslruirc. Tout à coup, non content de vouloir se faire lui -même Napolitain cl d’oublier son origine, il lui vient dans l’esprit d’exiger de tous les étrangers à son service une entière renonciation à leur patrie. Le décret est daté du 1 4 juin; il parait qu’après l’avoir signé, Joachim éprouve quelque hésitation; c’est le 17 seulement qu’il le publie. l’apparition de rallernatire qui leur est ofTcrlc , tous les Français sont émus, tous jettent le même cri, tous sont animés du môme sentiment. Telle est la surprise de tous qu'ils ne supposent pas qu'une telle résolution ait pu partir du roi seul ; ils pensent qu’elle a dù être concertée entre le roi et l’Empereur. Tous prennent aussitêl leur parti : » S’il faut opter, dit » le général Excelmans au roi, mon choix est fait,» et lui montrant la devise de sa croix : Patrie et honneur, il ajouta : « Si je renonçais à Tune, je » perdrais l’autre. » Ce que dit Excelmans, les autres généraux, les adininislratcurs, les ndiciers de tout grade l’ont pensé comme lui ; ils l’expriment en des formes diverses, mais la pensée est unanime, le mouvement spontané cl général. Le titre de Français est trop beau pour l'abdiquer. Exiger qu’ils y renoncent est un sacrifice au-dessus d’eux, c’est leur demander plus que la vie. Pour eux le premier devoir, le premier serment est celui qui les attache à la mère patrie cl à l’Empereur. Le décret n’est pas équivoque ; le roi a bien entendu l’appliquer aux Français; car il a fait des exceptions L

A peine le décret est lancé que le roi, voyant l’impression qu’il a produite, s’ciïrayc lui -même de son ouvrage. La joie des Napolitains ne lui déplaît pas, et cependant elle lui est suspecte ; il n’ose guère regarder comme un esprit national, dont il ail à s’applaudir, le réveil d’une haine ou au moins d’une jalousie qui se croit partagée. La veille , il n’y avait qu’une nation à Naples; maintenant une séparation s’est faite, deux nations sont en présence : gagncra-t-il chez l’une ce qu’il va perdre chez l’autre? Le doute est venu un peu tard, mais il est venu. Déjà le roi s’efforce de retenir les généraux qui veulent le quitter; il pense enfin à l’Empereur, et s’inquiète de l’accueil que son décret va recevoir à Paris. Son incertitude ne sera pas longue : un édit royal a insulté la France, un décret de l'empire réformera l’édit de la royauté; il ne repoussera pas l’insulte, il déclarera qu’elle n’cxisle pas. Le C juillet. Napoléon faisait justice

' Noiainmcnt en faveur de M. Baiidus, inslitulenr de tes fils.

' Lettre de l'Empereur au duc de Bastano, en date du 30 juin.

de l’ordonnance napolitaine dans les termes suivants :

NapoLton, etc.

Nous avons décrété, etc.

■ « Art. 1". Tous les citoyens français sont ci-

I) loyens du royaume des Deux-Sicilcs.

)• Le décret du roi , en date du 14 juin dernier, a ne leur est point applicable. »

T.a faute avait été grave, le châtiment était dédaigneusement sévère. En voulant constater son émancipation , le roi n’avait fait que constater sa dépendance : affront sanglant, mais trop mérité.

Peu de jours auparavant, l'Empereur avait fait rappeler 2 au roi qu’il devait, en exécution du traité de Rayonne, tenir prêts pour la fin de 1811 six vaisseaux et six frégates, avec six bricks ou corvettes. Dans les notes dictées pour son ministre des relations extérieures, l'Empereur signalait la différence d’utilité qui existait pour la France entre le royaume d'Italie et le royaume de Naples, qui cependant est aussi une des conquêtes de la France. <1 Le royaume d'Italie, disait l’Empereur, inc rend U trente millions par an ; il met soixante mille U hommes à ma disposition, dépense trois ou quatre Il millions chaque année pour les places fortes qui » couvrent mes frontières; il a déjà trois vaisseaux, » en aura bientôt neuf à dix , et déjà il m’a fourni i> plus de quinze cents matelots. Je ne demande n rien de nouveau au roi de Naples ; mais j’insiste

» sur l’exécution du traité Sous le gouverne-

M ment de Louis, la Hollande ne m’était d'aucun U secours; elle me fournil aujourd’hui dix mille M matelots, cl elle a douze vaisseaux en rade. >•

Comme on prévoyait trop bien qu’à la fin de 1811 le roi n’aurait pas le nombre de vaisseaux cl do frégates qu’il devait fournir, le ministre français lui demandait 3 de lever cinq équipages de vaisseaux et de les envoyer en France; on les lui rendrait, lorsque les vaisseaux qu’il devait avoir seraient en armement.

En adressant au baron Durant, ministre de France à Naples, le décret impérial du 6 juillet, le duc de Bassano rejetait bien loin une futile objection du roi, tirée d’un article de la constitution donnée à son royaume concernant les étrangers, constitution que d’ailleurs il ne se piquait guère d’observer, malgré les invitations de l’Empereur. Le ministre impérial faisait sentir que les droits^ des Français dans le royaume avaient une

* Noie du duc de Bassano k l’auibassadeur de Naples, duc du Cainpo-Chiaro, eu date du I” juillet.

^ Letire du duc de Bassano à M. Durant, en date du 8 juillet.

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origine commune avec la consliluUon cllc mémc. i Aucun Français, disail-il, ne peut cesser de l’être sans se déshonorer, et s’il en était un que l’on privât de son emploi par cela seul qu’il est Français, M. Durant devrait partir aussitôt sans prendre conge. Le duc de Bassano ajoutait que l’Empereur était très-niécontcnt de la direction donnée aux aflaircs, et de toutes les dépenses d’un luxe inutile et déplacé qui corisuinait les revenus de l'État, tandis qu’on laissait les chantiers sans activité. : C'était au reste pour M. Durant seul que tous ces | griefs de la France contre le roi se trouvaient exposés dans les dépêches du ministre des relations ' extérieures. Ces dépêches, qu’on lui défendait de^ j montrer, devaient seulement servir de règle à ses ' discours et à sa conduite. ,

Le décret impérial du 6 juillet n’était pas un acte aventureux jeté au hasard, et dont l’exécution pùt être livrée à la moindre incertitude. Le courrier qui le portait à l’envoyé de France était en même temps chargé d’ordres qui prescrivaient au général Grénicr, commandant en chef du corps d’armée français cantonné dans le royaume, de prendre des dispositions pour que toutes les troupes fussent immédiatement rassemblées sous sa main. !

Pour sortir d’une si fâcheuse situation, il ne i restait au roi que de tomber malade; c’est ce qui ' arriva, et sa maladie ne fut point une Action. La ' reine, pendant plusieurs jours, empêcha qu’on ' lui parlât d’aflaircs; mais elle lui en disait elle- | même quelques paroles. Le roi se montra fort sur- ; pris que sou édit eût si vivement blessé l’Empereur, | tandis que, suivant le rapport du duc de Campo Chiaro, son ambassadeur en France, l’adoption de la mesure qu’il prescrivait avait été le sujet des | plus vifs éloges pour le corps diplomatique accrc- | dité à Paris. On pourrait s’étonner un peu de cette [ simplicité du roi, qui ne veut pas voir que les \ applaudissements donnés aux fausses démarches dans lesquelles il s’engage sont on piège et une perfidie, par cela seul qu’ils partent d’un principe, peu amical pour l’Empereur. Un pareil conflit n’admettait qu’une seule solution possible': le roi s’y résigna ; il déclara , par une ordonnance du 20 juillet, que les Français ne pouvaient pas être regardés comme étrangers dans le royaume de Naples, et qu’en conséquence les dispositions de son édit du 14 juin ne leur étaient pas applicables. Fin même temps le roi écrivait a l’Empereur pour lui faire agréer sa justifleation, et tâchait de faire sa paix avec lui sans intermédiaire. Du reste il montra beaucoup d’humeur contre ceux de ses grands ofliciers et de ses ministres qu’il regardait comme ayant par leur exemple donné l’impulsion aux autres Français qui étaient à son service. Sur qiicl-

ques paroles un peu vives de ce prince, le général Lanusse, son grand maréchal, donna sa démission, qu’il accepta. Il lit lui-méme demander à M. Daure les trois portefeuilles des ministères dont il était chargé, la guerre, la marine et la police. Celui-ci, devenu libre, prit aussitôt scs passe-ports pour rentrer en France. Les explications du roi ne furent pas accueillies comme il l’avait espéré. Le baron Durant reçut ordre de lui dire qu’il devait exclure de sa correspondance avec l’Empereur toute affaire politique, l’intention déjà manifestée de l’Empereur étant que ces sortes d’affaires fussent traitées par les légations respectives. Le coup de tête du roi avait donné un caractère très-sombre à sa cour; sa santé personnelle avait été sérieusement altérée, et son visage en portait les traces. La reine, de son côté, était dévorée de chagrins et d’ennuis. La crise devenait trop violente pour que le roi ne fût pas impatient d’en sortir; il faut, disait- il, que l’Empereur me rende sa confiance, ou qu’il reprenne ma couronne. Pour mettre un terme à scs incertitudes, il imagina d’envoyer la reine à Paris, et décrivit ■ à l’Empereur pour le prévenir de son voyage. Sa lettre se terminait par ces mots : « J’cs-* » père toujours que Votre Majesté me rendra le » bonheur en me permettant d’aller vivre auprès n d’elle. »

Pour consoler le roi des contrariétési]u'il éprouvait du côté de la' France, quelques cours affectaient de lui donner des marques de bienveillance et de courtoisie. Quoique, par suite des insinuations de l’Empereur, il n’cüt envoyé de ministres ni à Pétersbourg ni à Vienne, les cabinets de Russie et d’Autriche n’avaient pas hésité à le prévenir. Depuis quelque temps déjà, l’Autriche avait nommé pour la mission de Naples un comte de Micr; la Russie, un prince Dolgorouki. Tous deux arrivèrent à leur destination dans le moment des plus grandes angoisses du roi ; ce fut une compensation à laquelle sa vanité ne fut pas insensible.

Quoique le marquis de Gallo, ministre des affaires étrangères du roi Joachim, eût pris soin de faire présenter à Paris la retraite du général Lanusse et de M. Daure comme n’ayant eu lieu ni par suite ni à l’occasion de l’édit du roi relatif aux Français, ce renvoi de deux hommes connus par leur attachement à ce prince et par les services qu’ils lui avaient rendus, ne fut pas favorablement interprété par l’Empereur. 11 jugea que le roi avait besoin d’être fortement tenu en respect; des mesures énergiques et promptes y pourvurent. L’ordre fut donné au général Grénier de mettre deux bataillons

' Lettre <lu roi Joachim à l’Empereur, en 'date du 28 aoêt.

POLITIQUE EXTÉRIEURE

2 BICSOV.

OHAI’ITRK XXX.

imi]

dans GaMc, et au maréchal Pérignon, qui .avait précédeimncnt exercé les foncliuiis de gouverneur à Naples, de se rendre dans cette ville pour y re* prendre les mOn>cs fondions. Le inarédial était autorise * é assurer au roi que i'Kinpercur ne vou* lait point réunir Naplesà la France; qu'il ne l'avait jain.iis voulu, ce royaume n'ayant pas besoin d'être réuni pour faire partie de l'ciiipire.

En informant la légation française de l'arrivée prochaine du maréchal Pérignon, le duc du Bassano faisait connnitre 2 la nature des fonctions qu'il aurait à remplir. DéJA précédemment, lorsque rEinpercur avait donné au roi un maréchal pour gouverneur de sa capitale, il avait considéré i{u'un grand nombre de Français étant au service du roi, il était nécessaire que la (>olicc de celle gr.indc ville fût coiiüéc à un Français d'un rang élevé, investi de sa confiance, et placée dans des m.iins disposées à protéger scs sujets. Les circonstances avaient rendu plus que jamais cette protection indispensable; du reste, le maréchal gouverneur devait agir sous les ordres du roi. Telle n’élail point la position du commandant en chef des (rou)>es françaises, lu général Grénicr. I/Empereur, ne croyant pas impossible que le roi voatul empêcher ce général de mcUrc deux bataillons français daus Gaétc, faisait recommander à son ministre à Naples d'appliquer ses soins à prévenir toute ombre de résistance; mais s'il ne |>ouvait y parvenir, il devait s'éloigner aussibM, et ne |>oint laisser ignorer au roi les cmiséqucncus dç culte extrémité : «Si vous revenez, Uonsieur, écrivait te duc de n Ihissanu, riiitenlion de l'Empereur est d’iiifor-

mer le sénat de la conduite du roi ; d'appreinlrc m à la France qu'il a ferme aux Français les por- N tes d'une ville qu’ils ont conquise; qu'il a oun tragé les drapeaux sous lesquels il a eu l'hon- ' n iicur de cumballrc avant que le sang français ^ H lui eût élevé un Irène, et qu'unfin il a cessé de ' n régner!!! » Après celte vive menace, i'Empe- \ reur insistait de nouveau sur le désir qu'il avait <lc n’élrc pas réduit à l'exécuter. Il voulait que ! son ministre n'épargnât aucun moyen de persua- '■ sion, aucun elTorl |>our calmer l'esprit du rut, pour chasser loin de lui des fantèmes dont il s’effrayait | lui même; enfin pour le bien convaincre que l'Ein- l perour « nu voulait |M)in(, n’avail jamais voulu 1 M réunir Naplesà la France; qu'il était convaincu n au contraire que réluigncmcnl de ce royaume,

» sa situation, lu caractère de ses habitants, cl » tant d'autres cùnsidéralions importantes renn daienl toute réunion impouible à jamaii; mais

' Lettre do due de FcUrc, raioivtrp de la guerre, .iu maréchal Pcrîgnvn, en date du tO septembre. '

n lu roi doit savoir en même temps que, lorsque » S. M. l'a élevé sur lu trône, elle lui a donné n pour première mission de faire aimer dans suri » royaume la France et les Français. •* L'Empereur pouvait-ii demander moins?

lit’ roi cette fois eut la sagesse de s'abstenir d'une opposition inutile. Deux h.'ilailluns français cniK'rent dans Gaule. Une grande acitvilc fut imprimée aux travaux maritimes, et pro\isoircment on fil une levée de trois mille 10.1101015, que l'on dirigea sur Toulon. .Ainsi les folles incartades du roi l'avaient conduit à robligatioii de révoquer luiméme scs propres actes; de faire plus qu'on ne lui avait d'alKird demandé; de subir, à Naples même, une autorité presque rivale de la sienne; enfin, d'entendre, de la part de rEmpercur, la iiolificatioa uflicielle des conditions auxquelles il lui clail permis de régner. Il semble que l'Empereur, puis<]u'il n'était ni dans son inlcnlion, ni dans son {Kmvoir, de faire des rois autrement que pour lui et pour la J>'rancc, aurait üù leur poser catégoriquement ses conditions le jour où il les avait appelés au trône; mais pourtant aussi, on doit convenir qu'il n'cùt pasdù s’attendre à trouver, dans des roi» son ouvrage, une fièvre il’lndépcndancc illimitée, un orgueil de dignité royale, que ne lui offraient pas de vieilles races dont la puissance souveraine était consacrée par de longs siècles de possession. l.’Empercur, faute de rencontrer, dans scs frères cl dans son beau-frère, le concours .ibsolu de leurs ressources puurrinlérét de l'empire, fut réduit à établir en principe, à ériger en dogme, ce qu'il eût voulu obtenir, en fait, d'un sentiment d'affection, de reconnaissance pour lui-méiiic et d'atlachcuienl à la nationalité française. Le même homme dont le premier acte, nu dêhut de ses victoires en Italie, avait été l'abolition de la féodalité à l'intérieur des États, c'est-à-dire de rinégalité <ies castes, se trouve aujourd'hui, sans cesser d'être fidèle au principe d’égalité devant la loi, l'uiie des principales bases du Code qui fait sa gloire, conduit à recomposer la grande féodalité politique dans les hautes régions de la puissance et dans les relations de gouvernement à gouvernement. II proclame la snzcrainelc de l'empire français sur tels et tels royaumes dont les princes ne sont pour lui que de grands vassaux. En refusant de subir de bonne grâce une dépendance à laquelle il leur était impossible d'échapper, ceuxci l'avaient forcé de joindre le litre au fait, ce qui était une aggravation du mal, une régularisation de servitude. Napoléon dit, à l'egard de Joachim pour

* Lettre du duc de Dastano h N. Durant, en date du 17 arplcmbre.

l’OI.ITIQUE EXTÉRIEURE.

son royaume, ce qu'il avait dit du pape pour les États romains : u S'il est le roi de Naples, moi, j'en H suis i’ctnpercur. » Cette déclaration de principes reçut le caractère le plus soleniict. Le duc de fiassano en fit l'objet d'une lettre directe au marquis ^ de Galkt, ministre des affaires étrangères du roi. Voici les principaux traits de cette nuliUcation ;

« Depuis * quatre ans, le roi est engagé dans une N mauvaise direction.... Il parait qu'on lui a per- » suade qu'il devait se placer, avec la France, n dans les mêmes relations que l'ancienne dynas* n tic avec les chefs de sa maison, erreur d'où sont » parties toutes les fautes du roU La maison de » Naples, reconnaiMait le pape pour tuzênin,

» ne relavait point du trône de France, qui n'était » point celui de Charlemagne. Cette dynastie a été » chassée par les armes françaises ^ S(»n expulsion N a coûté soixante millions et vingt mille hommes *)• à la France. L'Empereur, en mettant sur le trône j X une branche de sa famille, ne l'a point sulisti- | n tuée à la position politique de rancicnne dy- >• nastic.

» La France, en plaçant à Naples un grand di- I* gnilaire de l'empire, a entendu créer un roi qui X ne cesserait pas d'être Français, qui mettrait au H rang de ses plus beaux droits, comme de scs pre*

» miers devoirs, celui de faire aimer les Français,

» d'apprendre aux Napolitains que la cause de la » France est la leur.... que leurs intérêts parlicu- I» iiers doivent sc confondre dans les intérêts de la r» cause commune, m

Ici le ministre impérial énumérait les engagements des rois de Naples comme grands vassaux et grands feudataircs de l'empire français; il rappelait que c'est comme grands feudataircs qu'ils sont hérédiuircment grands amiraux de l'empire.

K C’est comme grand feudataire, poursuivait le » duc de Hassano, que le roi est engagé à maintc- H nir la constitution de ce royaume, approuvée cl » garantie par rEinpereur ;

» A fournir un cunlingcnt de troupes et de vais- X seaux;

a A observer, dans scs Étals , le système conti- » nenlal.

» Le traité de Bayonne n'est pas un traité pro- B prement dit : un traité est une convention libre » où se balancent des intérêts; celui de Bayonne » n'est qu'un acte de munificence impériale, par j

» lequel S. M., disposant d'un trône, a dicté les M conditions du son bienfait, h

«I De la qualité de grand feudataire découlent » les devoirs suivants:

X Déférer à ce qui est exigé de lui pour le mainn tien de ses rapports avec son suzerain ;

n Construire une place forte qui domine le dc- M troit;

n Tenir en bon état les batteries des rades de * Tarentc;

n Concourir, avec la France et le royaume d'I- H laiie, à rcntrclion de Corfou ;

» Ne pas souffrir que dans scs États, comme dans M 1.1 confédération du Rhin, aucun ^ ministre élran- M ger usurpe la préséance, qui appartient au min nislrc de l'Empereur;

n Couvrir d'une protection spéciale les princi- -n paies familles qui, lors de la conquête, ont con- » tribué le plus à établir la dynastie dans l'esprit Il du peuple napoUtain (l'Empereur avait déjà fait » reprocher au roi de négliger ees familles et de » leur préférer de nouveaux venus);

» Enfin, d'inspirer à l'armée napolitaine un es- ■ prit (Yançais,

y> Le jour où les rois de Naples oul>lieraient ces a devoirs , ils auraient déchire leur titre à la cou- » ronne...

a L'Empereur aime le roi ; mais son premier in- I» térêt doit être celui de sa politique, et aucune » affection ne l'empêcherait de rappeler au devoir a on grand feudataire qui tenterait de s'en écara 1er... a

C'est par celte déclaration de l'Empereur que sc terminait pour le roi Joachim l'annce 1K11. Dès celle époque, ce prince s'ctalt laissé fasciner l’esprit par les caresses et les avances d’hommes qui rêvaient un certain système italique, dans lequel on lui faisait entrevoir, sinon une souveraineté * absolue, du moins une grande prépondérance et on haut protectorat. Dans toutes les parties de la péninsule italienne, il existait un grand nombre de ces patriotes estimables, mais peu prévoyants » qui, toujours ennemis de la domination étrangère', quelle qu'elle soit, sont à toute heurc*prêis à la comliattre; qui, à l'époque de 1811, par exemple, lorsque la Lombardie, la Toscane et les Étals romains renaissaient, prospéraient sous les auspices I d'une administration éclairée et bienfaisante , ne

* Lclire du dnr dr B.’msano au marqui» de Galto, en daie du 30 décembre 1811.

* L'Empereur voulait qu'à la cour des princes de la coQft'di'ralinD du Rhin, ses luinistres eussent ta préséance sur tous les autres a|;euts, non en raison du (ilnt dVtnpercur des Français qui cdineltail d'autres K*glcs,

mais CD raison du titre de protecteur rte la coafédératioM. D'après cet ordre, en 1810, le ministre de Fraiire à Carlsruhc prenait le pas sur t» envoyés de Russie et d'Autriche, malgré les rcclaroations du demier, le comte Appony, aiijourd'hei ambassadeur en France.

CIIAWTBK X\\.

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voulurent pas voir qu'ils ne pouvaient échapper a la France que pour lomher sous le plomb ilu Uns- , potisme alleinatid qu’ils ont tant on horreur. Ces ! patriotes il.iliens, liés entre eii\ par des corrcspoii ' ilances et des aflilialions. avaient jeté les jeux sur le roi Joachim cumme propre à devenir pour leurs vues un utile instrument. Ceux des Napolitains qui avaient le plus d'inlluenre sur ce prince, Ziirlo et Magelln, le premier, ministre de rinlcricur, le second, ministre de la police, appartcnaieiil à celle afTdiation, si même, suivant de moins honorables interprétations, on ne doit pas les soupçonner, cl surtout Magella, d'avoir tenu (>ardc9 liens secrets à la flynastic absente. Telles sont les innucnces de choses cl de personnes sous lesquelles était placé le roi Joachim : de là ses essais de révolte contre la volonté de CFnipereur; de là les sévérités de l'Einperour envers lui, et de là plus lard les résolutions bien autrement graves jIu roi, qui seront fatales cgalemcnl au vassal et au suzerain.

Si, à la fin de 1811, rempereur Napoléon se voyait encore obligé de sc livrer à de longues dis- ■ sériations avec le roi de Naples, pour lui faire comprendre que son royaume fi'élait qu'une fraction du grand empire, il y avait eu, de la part de ce prince, iin étrange aveuglement à n’avoir pas reconnu et apprécié plus tôt sa situation véritable, sur laquelle des faits nombreux auraient dù dès longtemps éclairer son incertitude. Nous en prendrons pour exemple une simple mesure de finance, adoptée en décembre 1810, et qui seule constate comment l’Empereur comprenait l’empire frntieais.

Par suite de captures et du cunnseaiiuns de guerre , lu trésor impérial sc trouvait avoir à dis- ! ]x>ser de neufeent mille livres de girofle confiées à I la garde de la caisse d’aniorlisseiiicnt. Ouel parti I }HJuvail-on eu tirer? où les placer? cuiiimetil les • vendre? Il était sensible qu’eu jeter brusquement une trop grande quantité sur le même point, c’é* lait en rendre lu débit imimssible; il fallait donc répartir celte grande masse, en portions plus ou niuiiis fortes, entre un grand nuiubre de villes, selon l'imporlaiicu rotative de leur consommation 1 proliable.*Ccllc idée admise, rEiiipcreur décida de ’ ne faire d'almrd emploi que des deux tiers de la denrée existante, c'est-à-dire de six cent mille livres. Voici coiiimcnl il y procéda : il distribua en trois classes toutes les villes auxquelles un envoi devait être fait, et il assigna une quantité dilTérente à chacune de ces classes.

I.a première se ccmiposait «les villes de 3/fldrn/, Anvers. Paris, Trieste, Dantzig, ^’apla cl llainiHOirg. t^hacune de ces villes devait recevoir quarante mille livres pcs.int de gir<»0e.

Des villes de la deuxième classe n'en «levaioni

recevoir que vingt mille. Ces villes étaient Nantes, Itordcaux, Marseille, Génca, Bayonne, Livourne, Venise, LulK>ck, Ancùne et Baguse.

EnÛn, l'envoi ne devait être que de tienf mille livres pour les villes de la troisième classe, savoir ; Toulouse, Montpellier. Rome, Milan, Turin, Lyon, Slrasboui^, Pampelune, YÎUoria, Augsliourg , l■■ratlcfo^l, I^oipsig, Varsovie, Cracovic.

Par celte seule indication on voit quels sont les pays que l'Empereur considère non pas seulement comme des Etals attachés à sa forluiic cl destines à se mouvoir dans son orbite, mais comme des dé- )>cndances réelles de son empire, associées jusqu'à un certain point à ses arrangements intérieurs.

L’exécution de la mesure ayant rencontré quelques dUlicultés, donna lieu à Napoléon d’adresser .i son ininislre des relations extérieures une observation d'une nature élevée et grave, à laquelle on pourrait supposer une tout autre origine. L'Kmpe-’ rcur avait entendu que , dans les pays autres que la France, riinporlation fût soumise au payement des droits «l’entrée, sauf à prélever la valeur de ces droits sur le prix «le la vente; mais, la vente mt pouvant sc faire qu'après l’inlroduclion de la •j denrée, il fallait une excniptiuii provisoire du paye- I ment «les droits. En quelques Etals, on crut que cette exempt ion devait être définitive, i^c qui Gt nnl- I tre d«'S plaintes. L'intention de rKmpercur n’âyant ' pas etc «l'exiger une telle exemption, iJ accueillit avec empressement les réclamations qui s'élevèrent , et lit retomber sur son tniiiislre un inécoiileritemenl dont le principe était dans la forme même «le ses propres ordres. L'opération, ainsi qu’il l'avait voulue, était, disait-il, «< une chose » toute simple, et ou en avait fait une affaire de » tribut et de vexation. » El , à propos «le celte question si légère en comparaison de toutes celles qui s’agitaient alors, il faisait au miiiislrc une rerommandation d’une profonde sagesse, dont mal- ; heurciiscinent lui-niêrric il n’eùl |>oiiU permis l’application dans les circonstances où elle eût été le plus salutaire et le plus utile, u Les affaires * des •• relations extérieures, écrivait-il, sont des alTai- » res qui se traitent longuement. Vous devez tou- •• jours garder une lettre trois ou quatre jours sous votre chevet avant de la faire partir.» L’avis était excellent, c’était une pensée saine, œuvre de réflexion et «le sang-froid ; mais, dans les conjonctures où il eût été avantageux «le suivre 5«>n conseil, l’Empereur se serait-il accommodé «le la temporisation de son ministre? Il est trop démontré I que e’élait précisément l.i où la lenteur eût été né- . cessaireque sa volonté se manifestait avec un degré

‘ tx'ltri'flu diirdr RAunno. du 1*' avril.

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POLlTI(,)ljE E.XTEUIELiftK.

«Je furec qui n'aJiiiettail ni oppusitiun ni relard. | Si nous ne roiicunlron» plus en Ilalic qu*un seul Étal qui ail cunservé une e&islencc du moins no- I iniiiale, c'est encore dans un coin de celte pêniii- i suie que se trouve un prince dont la puissance, bien qu'elle ait cessé d'appartenir à un territoire détermine, a'en sul>sislc pas moins dans toute sa gramieur, car elle s'étend sur des populations iin- \ Dicnscs, sur toutes celles qui professent le cuite dont il est le suprême poiilifc.. «

En quelque lieu que réside le saiut-père, soit qu'il siège avec éclat dans l'ancieiino capitale du monde, soit qu'il rire obscurément dans une hum- j bic cité, soumise à rcinpirc français, le chef de l'Église, ne tirant sa force ni de la splendeur d'un trône ni de retendue d'un domaine tcm{H>rcl, coiilinuc d'élre, dans sa retraite de Savoue, sans armée, sans un seul soldat à ses ordres, un formidable adversaire pour les plus puissants monarques. Avec un prince à qui il ne reste rien dont on puisse le dépouiller, Napoléon lui-nicme n'a d'autre ressource que la voie de la négociation. Avant de (enter de nouvelles déniarclics auprès du pape, il avait, à la flu de ItflO, senti k liesoin de faire examiner les questions sur lesquelles la négociation devrait s'ouvrir. l)e là, comme nous l'avons dit, la réunion projetée d'un conseil ecclésiastique pour le mois de janvier 18tl. Ce conseil se composa de neuf membres, les trois cardinaux Fesch, Maury et Caselli, les deux archevêques de Tours et de MaÜiies , les trois évêques d'Évreux, de Trêves et de Nantes, et de plus le supérieur de Sainl-Suipice, M. Emmery, pour lequel l'Empereur montrait beaucoup d'estime. ^ #

Deux questions principales furent soumises à ce conseil. Les détails ici sont nécessaires, càr, entre Napidéon et Pie VU, la théologie est véritablement de la politique. C'est même une sorte de politique | Irès-simple, très-claire, cl qu'il importe de connal- | tre poura'êlre pas dupe des ridicules impiilalioiis élevées contre l’Empereur autant par l'ignorance que par la mauvaise fui.

La première question était de savoir â qui il fallait s'adresser, toute communication étant rompue entre le pape cl l'Empereur, pour obtenir les dispenses qu'accordait le sainl-sicgc. En substance, laré(>oiise du conseil ecclésiastique sur ce point fut que, pour obtenir ces dispenses, c'élait aux I

c//occsain«quc devaient recourir les fidèles. |

Voici dans quels termes la seconde question était I posée : •> Quand le pape refuse persévéraminent ^ » d'accorder des bulles aux évêques nummés par i H l'Empereur pour remplir les sièges vacants, quel i n est le moyen légitime de leur donner l’inslitulioQ | >• canunique? »

Sur cette seconde question, l'avis du conseil fut que, comme le pape, par ses refus upiniêtres de donner rinslitulion canunique aux évêques qu'avait nommés rKinpercur, violait le concordat passé entre LconXct François l**', renouvelé entre S. Ht. Napoléon et le saint-père, celui-ci mettait l'Église de France dans la nécessité de revenir à ce qui se pratiquait avant François I''.

•< Le concordat entre ce prince et Léon X, disait n le conseil, donne en effet un avantage trop mar- » que sur nos monarques. Far une des clauses du » concordat , le prince perd le droit de nommer si,

» dan» wn temps fixé, il ne présente pas au pape n unsujelcapable. Pour qu'ilyeiit égalité «ledroits » entre les augustes parties contractantes, il eût » fallu que, de son côté, le pape sc fût obligé de n donner l'institution ou de produire un niolif n canonique de refus , dan» w» temps déterminé f » faute de quoi le droit d’instituer serait dévolu,

» par ce seul fait, au concile de la province où se*

» rail situé l'évéché vacant.

n Au moyen de celle clause ajoutée au concor-

* dat, il ne serait plus au pouvoir des papes de » prolonger à leur gré la vacance des sièges ; les » papes ne seraient plus les maîtres de l'épiscopat,

« nous conserverions tous les avantages du coiicorn dal sans inconvénients et sans danger.

» Et, puisque S. M. nous permet de lui exposer

• cc qui nous parait convenir k mieux |K>ur assun rcr dans tous ks temps ic plein exercice de la » juridiction épiscopale, nous oserons lui dire que,

» de toutes les mesures possibles, le concordat ainsi n modifié est la plus simple , la plus con/brme aux » principes, la plus propre à rallier tous le» es- » prit» et à rassurer les consciences timorée». »

On doit remarquer ici que k mode indique en 1811 par un conseil composé des prélats les plus respectables et les plus sages, pour la conciliation ^ des droits du pape et de l'Empereur, est celui qui formera la base du concordat de 1813, à l'occasion duqmd tint d'injures et de calumines seront prodiguées à Napoléon.

En présentant l'addition d'une clause au concordat de 1801, comme le meilleur remède au mal existant, le conseil ecclésiastique exprimait le désir très-naturel que cc changement eût lieu du consentement des deux parties coutracLantes. L'Empereur, suivant le conseil ecclésiastique , était en droit de l'exiger^ pour que ses nominations no fussent pas éludées par des refus ou des délais arbitraires. Le pape défait y consentir ^ |>our donner à l'Empereur une garantie contre des abus qui s'étaient trop souvent reproduits; h niais si le saint- » père n’y accédait pas, son refus justilierait, aux n yeux de toute l’Église, rentière abolition du cuii-

Digitizo-J by C'wOglc

CH.\1'!TRK XXX.

n cordai cl le recours à un aulre moyen de conférer » rinslitutiun canonique. »

En conséquence des délil>érations du conseil, cl de l’accueil qu’elles trouvèrent auprès de l’Kmpercur, il fut décidé qu'une députation serait envoyée à Savoiie au nom de douze cardinaux, archevêques cl évêques, qui se trouvaient alors à Paris, avec une lettre signée par eux en commun pour le saint-père. Les personnes désignées pour celte mission furetil l’archevêque de Tours, l’évéquc de 'r rêves cl l’évéquc de Nantes.

Les inslruclions qui leur furent données > par l’Empereur porlaienl :

Qu’un concile était convoqué à Paris pour le 0 juin ;

Que le concordat de 1801 n’cxislailpius, le pape refusant d’en exécuter les clauses les plus essentielles; qu’il l’avenir les évêques seraient institués comme ils l’étaient avant le concordat de François I"’, selon la forme qui serait réglée par le concile cl approuvée par l’Empereur.

Cependant Napoléon ne demandait pas mieux que de s’entendre avec le saint-père, si celui-ci montrait des sentiments de conciliation. Dans cette dernière hypothèse, il y aurait deux conventions h conclure, l’une relative à l’institution des évêques, l’autre ayant pour but de régler les affaires générales-

A l’égard de l’institution des évêques, l’Empereur consent à revenir au concordat sous deux conditions : la première, que le pape instituera les évêques déjà nommes; la seconde, qu’à l’avenir les nominations ayant été communiquées au pape pour obtenir l’instilulion, si, au bout de trois mois, le saint-père ne l’a pas donnée, la nomination sera ' communiquée au métropolitain qui devra instituer son suffraganl, lequel instituera également, s’il ^ s’agit de l’archevêque.

Quant au règlement des affaires générales , on établissait les bases suivantes : le pape pourra retourner à Rome, s’il consent à prêter le serment prescrit par le concordat. S’il refuse ce serment, il pourra résider à Avignon avec la liberté d’administrer tout le spirituel , avec la jouissance des honneurs souverains, le droit d’avoir auprès de lui des résiilcnls des puissances chrétiennes, et un revenu de deux millions de francs. Une seule promesse lui est demandée, celle de ne rien faire dans l’empire qui soit contraire aux quatre articles de lC8â.

Les évêques envoyés auprès du pape devaient être revenus au l^' juin, époque de la convocation

' En (laïc du 2G avril..

’ Séance du 5 août.

* l.rs iiicinbres de la dépiiiaiiuu, au nombre de neuf.

du concile. Pour éviter tout retour sur le passé, il leur était prescrit de ne point parler au pape de la bulle du 10 juin 1809 (la bulle d’excommunication de l'Empereur). Ils devaient faire comprendre au saint-père, d’une part, qu’il ne fallait pas songer à rentrer dans la souveraineté temporelle de Home; d’autre part, qiTil était de sa prudence de réfléchir à ce que pourrait faire l’Eglise de France d’après les exemples des temps antérieurs, vu la nécessité de pourvoir au salut des âmes etau bien de la religion.

Telles sont les dispositions de l'Empereur ; nous allons voir maintenant quelles sont celles du saintpère. .àussitôt après leur arrivée à Savone, les trois députés, outre la lettre officielle, objet de leur mission, remirent à Sa Sainteté dix-huit lettres particulières de cardinaux, archevêques et évêques qui la conjuraient de rendre In paix à l’Église. Les premières conférences n’amenèrent aucun résultat. H répugnait au pape de donner par écrit la promesse de ne rien faire contre la déclaration de 1082, attendu qu’Alcxandre VUl, peu de temps avant sa mort, avait condamné cette déclaration. La proposition d’une clause additionnelle au concordat de 1801 trouvait pareillement en lui une forte résistance; cependant, après sept ou huit jours de conversations sans effet, les députés ayant annoncé leur prochain départ, le pape parut agité et se montra moins ferme dans ses répulsions. Il céda d’assez bonne grâce, et, le 19 mai, on conclut un véritable accord, non il est vrai dans la forme habituelle des traités, mais sous celle d’une note rédigée en sa présence et acceptée par lui. Nous nous dispensons d’en donner ici le texte pour éviter une sorte de double emploi. Le concile, convoqué à Faris pour le mois de juin, ayant entendu ^ le rapport de la députation sur ce qui s’était passé entre elle cl le saint-père, rendit un décret conforme, presque littéralement, à la note consentie par Sa Sainteté. Ce décret, porté à Savone par une députation nouvelle et plus nombreuse fut approuvé par un bref du 20 septembre. Voici les cinq articles du décret du concile, tels qu’ils sont énoncés dans le bref du saint-père qui les accepte :

« Article 1". Les archevêchés et évêchés, con- )■ formément aux saints canons, ne pourront rester » vacants plus d’une année, dans lequel espace de » temps la nomination, l’institution et la consé- » cration devront avoir leur pleine et entière exé- » cution.

« Article 2. Le concile suppliera l’Empereur de

étaient les arrhevêqiics de Tours, de Pavie et de M.nlines, et les évêques de Kaenz.i. Plaisiincc, Feltre, Êvreiix, T rêves et Nantes.

TOUriQUE EXTÉRIKIKE.

M coiitinuiTt en vcrlu des coiieurdats, à nommer N aux sièges vacants « et les évoques nnnimés par » l'Empereur auront recours, dans la forme accuu- » tumèe, au souverain poalifu , pour obtenir l'îii- I* slituliou canonique.

n Article 3. Itans les six mois qui suivront la

* notilkalion faite, selon l'usage ordinaire, au sou- » Tcraiii pontife, Sa Sainteté donnera l’institution

* conforméntenl aux concordats.

» Article 4. Si, au bout de six mois. Sa Sainteté

• n'a pas donné rinstUutiun. le métropolitain sera

» charge d*y procéder, et, à son défaut, le plus I n ancien évéque de la province ecclésiastique. Ce \ » dernier, s’il s’agit de t’instilulion d'un métropo- ^ H litain, la donnera également.

» Article Le présent décret sera soumis à » l’approbation de Sa Sainteté, et en conséquence n Sa Majesté l'empereur cl roi sera humblement » supplié d'accorder à six évêques, qui seront dé*

» pûtes, la |>ermissio(ide se rendre auprès du saint- » père, pour lui demander respectueusement la con- M (irmalion d'un decret qui offre le seul moyen de » remédier aux uiaux des Églises de France et » d'Italie. » •

L’acceptation de Pic Vil était conçue dans les termes suivants : « Voulant venir au secours de

• l’Église.... nous approuvons cl nous confirmons n les articles rapportés ci*dcssus, lesquels sont con*

M formes à nos vues cl k notre volonté. »

Ainsi la querelle de Napoléon et de Pie VII semblait être à peu près terminée. Ce fut du cOté de l'Empereur qu'il survint un nouvel obstacle. Napoléon se montra peu satisfait du bref qui exprima l'approbation pontificale, soit qu’il fut réeltciDcnl blessé des principes que cette pièce renfermait, soit que des considérations d'ordre poNtique le portassent à s'abstenir de changer pour le moment la situation du saint-père. Le ministère français fit connaltrcquc le bref ne pouvait être admis, d'al>ord parce que l'Église romaine y était proclamée mère et mailresie de toutee le» autre» i')glise» } ensuite parce qu’il imposait, aux archevêques et évêques autorisés à donner l'institution canonique et la confirmation aux évêques nommés depuis six mois, l'obligation du déclarer cxprcsscmcnl qu'ils donnaient celte institution et euiilirmatiuti au nom du

pape. Les objections du gouvernement français ' n’claienl pas sans valeur; elles peuvent sans doute ; avoir concouru au rejet d'un acte dont anlérîeure- ' ment on se fût contenté; mais H est possible aussi I qu'à la fin de 181 1 Na|)oléon, préorcupé de la possibilité d'une grande guerre <{ui paraissait devoir s'allumer, jugeât plus utile, plus sûr, plus important dans son intérêt, le maintien pr<ivisoirc de l'étal d'isolement où se trouvait le pape Fie VII, que l'essai immédiat du replacement de ce prince dans une autre position, au milieu de circonstances qui seraient inévitablement graves et difllcilcs, bien qu'alors on ne dût guère prévoir ce que l’avenir réservait au grand empire de désastres et de calamités.

Au fond, l'Empereur avait obtenu un résultat très-satisfaisant; les concessions faites par le saintpère étaient d’une haute gravité. Aussi, comme elles seront rétractées un jour, les partisans du saiot-siége s'altachenl-ils à établir qu'elles ne n furent accordées qu’à la suite d'obsessions’ im- » portunes et de rapports inexacts. » L'historien ^ du pape Pic VII n'a pas épargné le blâme et les reproches aux hommes dont il supposeque les conseils ont en cette circonstance déterminé le saintpère, lescardinaux Joseph ]>oria, Antoine Dugnani, Fabrice RufTo et de Bayane, et surtout à i’aumûnicr du pape, monsignur Bcrtaxzoli. A nos yeux, et, nous le pensons, aux yeux de tous les hommes impartiaux, les prélats qui cherchaient de bonne foi .4 rapprocher Napoléon et Pie VH étaient de vrais amis de la religion, dignes de l'eslimc et de la reconnaissance des peuples.

Avant de revenir aux discussions qui préparent en Europe les événements de 181:2 et des années suivantes, nous devons rappeler quel était alors, et même dans le nouveau monde, l'étal de la question qui est pour la France le premier et le plus terrible de ses instruments de guerre, la question de la ncutralilc marilînie. Sous ce rapport aussi, les chances en Amérique, devenues favorables â rempereur Napoléon, semblaicntlui présager, pour un temps prochain, un précieux renfort, une puissante alliance.

La révocation conditionnelle de scs décrets de Berlin et de Milan annoncée par lui, en date du S

‘ Uisiûirc du pape Pic VIL

■ Cet historien, M. Artaud, a été loogtempa secrcLaire d’ambassade ou chargé des affaires de France à Rome. Sa maoifesie partialité en faveur de Pie VU m’a rappelé une ubscnaiion de M. de Tailcyrand qui , selon lui , a un caractère ceruin de vérilê. M. de Tatleypand pose en fait, que, comme tout agent français, qui a fait une longue résidence à Vienne, eu revient avec une vive

antipathie pour PAutrirhe, tout agent, eu contraire , dont la Mission auprès de la cour de Rome a eu une longue durée, en rapporte un profuml aitaclicmeoi pour ccitc cour. Nous ignorons si ta remarque est juste pour ec qui concerne la cour de Vienne, mais l'ouvrage de M. Artaud eu confiruic, à un haut point, la justesse relativement à la cour de Rome.

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