CHAPITRE XXXI
AFFAIRES INTÉRIEURES
Naissnncc du roi dn Rome. — Voy.igc de l’Empereur en Normandie. — Holl.inde. — Voyage de l’Empereur en Hollande. — Admiuisiraûüiiv — Inatruclion publique. — Siibsiïlaiiec*. — Travaux h Paris. — Travaux en Ilelgiqiie. — Travaux à Rome. — Coinincrce. — Secours au commerce. — Travail do l’Empereur en conseil. — Création d’un iniiii.siérc du cuuimeree. — Question des jeux à Paris. — Finances. — Napoléon et Joséphine. — Discours de l’Euipereur au corps législatif. — Situation de rAiigletcrrc. — Budgets eu Angleterre et en France.
Après avoir établi la situation do la Franco envers les puissances étrangères, nous croyons convenable de nous arrêter sur les affaires intérieures de i’Ëinpirc à cette époque; car une fuis que nous serons engagés dans le inouveinnnt politique qui entraîne Napoléon vers les abîmes, il no sera plus guère possible d'envisager, aulrcmctit que commo les accessoires de la guerre, les dispositions administratives du pays, üatis tout le cours de 1811, l'esprit de paix préside encore à l’action du pouvoir. Les mesures qu’il adopte coiitiiiuenl à s’appuyer sur le maintien présume des alliances existantes. Six mois plus tard, la question sera changée.
Quoique nous ne fassions qu'itidiquer bien sommairement les projets d'amélioration qui occupent l'Empereur, le simple exposé de scs intentions suflira pour faire sentir l’immensité du bien qu'eût pu opérer, comme administrateur, cet homme qui, après avoir tout gagné, a tout perdu au terrible jeu de la guerre. Sur les affaires intérieures plus encore que sur les affaires du dehors, je me bornerai à donner des extraits de lettres, des phrases seulement, des mots même, en m’attachant à une distribution de matières propres à en faciliter l’intelligcncc; mais la classification des services n’emporte pas celle des terrains où ils s’appliquent, et, en traitant de chacune des diverses branches d'administration , il n’en faudra pas moius franchir à tout moment d’énormes distances, et passer rapidement d’une extrémité de l'empire à l’autre.
Comme nous ne pourrions guère observer l’ordre des lieux, il nous serait également malaisé de respecter l’ordre des dates. Nous n’hésiterons donc pas à nous dégager de cette double enirave. Ainsi, sans attendre le ^0 mars, l’cvéncmcnt le plus heureux de tous pour l’Empereur, en 1811, est celui dont nous parlerons le premier, la naissance <lu roi de Rome ’ .
Si ce fut là, comme nous l'avons dit ailleurs, un fait d'une haute gravité pour la politique du dehors, quelle importancu ne devait-il pas avoir pour rinléricurdc la France? Paris dans l'atlentc, Paris tenu d'abord en suspens par la première explosion de l’artillerie des invalides, Paris se souvient encore du coup de canon décisif - qui fit éclater les bruyants trans|>orts de sa joie, et cette joie était , vraie, elle était profondément sentie, car la venue d’un fils à Napoléon présageait utic ère nouvelle, et semblait devoir faire succéder aux longues incertitudes des temps de guerre une époque de repos et de sécurité.
L’Empereur approuve que la naissance de son fils .soit, comme à Paris, célébrée par des fêtes dans les départements; mais il prévoit que la flatterie pourrait en porter les dépenses jusqu’à 1a prodigalité. Pour prévenir cet inconvénient, il charge le ministre de l’intérieur de fixer aux maires des villes une limite proportionnelle qu’elles ne puissent point dépasser. Doter des orphelines, des filles pauvres et les marier avec des militaires, donner des secours à l’indigence, voilà pour l'Empereur le
• L’cnfanteincnl fui douloureux. L’Empereur désirait vivemeut un tils, mais l’homme, l’epoux tendre oublia en ce moment son orgueil d'empereur : « Ne (K’dscz qu’à la mère,, dit-il ù raecoucheur, le célèbre Antoine Dubois. I
* Il devait être tiré cent coups de canon pour un fils, vingt Cl un seulement pour une fille. Le vingt-<leuxième était ainsi la proelamation d’un héritier.
ClIAmJlE XXXI.
mode de réjouissance le plus moral el celui qu'il préfère. Des fonds pour ce genre de secours sunl mis par lui à la disposilion du ministre
Dans les félicitations adressées à ri'inpcrcur, sans doute rcnttiousiasme éclatait sons des formes étranges , mais cet enthousiasme n’était point un mensonge. Sous un langage empreint d'exagération, un fond de vérité subsistait dans les espérances qu'on exprimait alors. C'était de bonne fui que le président du sénat voyait <i dans le roi de Home » un nouvel astre qui se levait sur l'hurizun de la » France, cl dont le premier rayon dissipait jus- » qu'aux dernières ombres des ténèbres de l’a- <> venir. » C'était de bonne foi que l'Empereur répoiidnil : « Les grandes destinées de mon fils » s’acc<implirunt. » Combien, de part et d'autre, on était loin de soupçonner le cruel démenti que ces brillantes prédictions devaient si promptement recevoir !
Libre de toute guerre au dehors, ou du moins abandonnant à ses maréchaux la seule guerre qu'il cùl à soutenir sur le continent, la guerre d’Espagne, l'Empereur, en 1811, ût à l'intérieur deux voyages, l'un en Normandie, l'autre en Hollande. Le premier ne dura que dix à douze jours. Parti de Ilnmbouillet le âi mai , après s’étre arrêté à Caen, où il avait été extrêmement satisfait de l’esprit des habitants cl de celui de toutes les grandes familles du voisinage, il était le ^6 à Cherbourg , parcourait, examinait les forts de la rade, la digue, les travaux du port, cl, le 51, revenait par Alençon à Paris.
Le voyage en Hollande fut moins rapide. Ce pays était une acquisition nouvelle qu’il fallait attacher à la France, en lui faisant comprendre que son véritable intérêt commandait celte union. Les habitudes de contrebande avec rAnglctcrrc, favorisées ou du moins tolérées sous le règne de Louis, avaient forcé l'Empereur, en 181U, à des actes de sévérité, sur lesquels il insistait d'autant plus qu'ils devaient toujours, et il le savait bien, trouver une atténuation dans le caractère indulgent et facile de son lieutenant générai , le duc de Plaisance. Dans les premiers mois de 1811, rËiu|>creur reprochait encore à celui-ci le danger d'une douceur qu’il traitait de faiblesse « Si les barrières entre la Uoln lande el l'empire ne sont pas encore levées, lui
écrivait -il 2, c'est que tous les jours des comn munications frauduleuses ont lieu entre la Hol- » lande et l'Angleterre; c’est enfin que l'adminis- '• tration n'est pas assez vigoureuse. Tant qu'on » aura de ces faibles complaisances, le pays souf-
' l.cUru ilii H mai.
’ LeUrcdti 10 février 1811,
» frira. » Il est très-vrai qu'il existait alors dans les principales villes, Amsterdam, Rotterdam cl autres, une masse considérable de population sans étal, sans industrie, qui ne pouvait être maintenue en repos que par la verge d’une rigide discipline. Ayant vécu de contrebande, tant que la contrebande se faisait pour le compte de grandes maisons de commerce, elle se trouvait réduite à la misère , et oITrait à la malveillance un instrumcnl de troubles depuis que, par prudence ou par force, les riches négociants avaient dù renoncer à ce genre hasardeux de spéculation. L'Empereur sentait le besoin de se mettre en garde contre les désordres que pouvait produire le mauvais esprit de cette classe nombreuse de geus sans aveu. 11 fallait, selon lui, ou les faire entrer ^ au service de In marine, ou les mettre dans des dépôts de mendicité, ou les employer à des travaux utiles. La prévoyaucc de l’Empereur n'était que trop fondée. Des émeutes curent lieu à Amsterdam, Uotterdain el ailleurs. Dans les premiers inomctils du danger, le duc de i’Iaisance avait adopté des mesures sévères, el bientôt après, revenant à son indulgence naturelle , il s'était empressé de les adoucir, n Je '• ne conçois rien lui écrivait l’Empereur, à cette I* vacillation. Il faut que les bonnétes gens et les » bons soient protégés et conduits par les l>uns traiit Icments, mais la canaille doit l'êlro par la ter- » reur. La manière dont les choses marchent à » Amsterdam cl à Rotterdam est funeste. Les sédi- » lieux restent impunis; il faudra du canon pour » les soumettre plus tard. Vous avez eu le droit de » prendre des mesures dans un moincnl pressé : » ces mesures ont été ratifiées par moi, vous n’avez )i plus le droit de les rapporter. » Celle fois le lieutenant général donna cours aux ordres rigoureux de l'Empereur. On fil quelques exemples, el en peu de temps l’ordre fut partout rétabli. Après avoir ainsi assuré le respect dù au pouvoir, l'Empereur jugea qu’il était temps pour lui de voir par scs propres yeux ce que deniandail 1a situation de la Hollande et ce qu’il pouvait faire pour ce pays. H annonça au duc de Plaisance qu'il s'y rendrait incessamment avec l'impératrice. L’Empereur partit en effet de Compiègne le lU septembre. Avant la fin de ce mois, il avait visité sur sa route Roulognc cl Ustendü, l’Ile de Cadsand et ses forts, Flessinguo cl Middelbourg, Terneuse cl Anvers. La Hollande le retint pendant tout le mois d'octobre. Napoléon et les Hollandais apprirent respectivement à se connaître, et le résultat de cette appréciation réciproque fut utile de part cl d’autre. Les fêles pu-
* Lctlre du 19 murs.
■* I.ctirfs du 12 Cl du 19 m.ii.
AFFAIRES INTÉHÎEtRES.
Miquos ne mnnqncnt jamaift, et elles ne prouvent rien. L'F.mpercur recul de la [>arl des lionnnes les plus estimables les témoignages d’une reconnais* sancc sincère. IJtrecht, Amsterdam, le Ilelder, la rade du Texel, Leyde, Itelft et Rotterdam rurciit tour à tour le but de ses courses, de scs explorations et l'objet de decisions iiuportantcs. Nulle part sa présence u'éUitslcrile; partout elle servit à corriger des abus, à intriMluirc des améliorations. Ce fut en portant le même esprit sur toute sa route que, dans les premiers jours de novembre, il par- Cfturut Wesel , Dusseldorf, Cologne et Bonn , pour rentrer le 11 à Saint-Cloud.
* L'espèce de digression à laquelle nous venons de nous livrer en plaçant, hors du cadre administratif, des événements et des faits qui n'y tiennent pas d'une manière directe, nous laisse la lil)crU: de mettre maintenant une certaine suite dans l'examen des divers services, l’admioistralion proprement dite, l’instruction publique, les subsistances, les travaux publics, le commerce et tes finances. L'action de l’Empereur semble rapide, et elle l'est en eiïel; mais cependant toujours la réflexion, la délibération l'a précédée. Pour se defendre de précipitation et d'imprudence, toujours il faut à ses décisions le préalable d’un rapport ministériel qui px|K>sc les questions, les discute, et présente les considérations sur lesquelles la mesure i prendre doit être motivée.
S'agit-il de budgets à régler, et non-seulement du budget de l’État, mais encore de celui des grandes villes de l'empire, de réparations, d*cnib<'llisscinenis à faire, de secours à donner, d’ateliers à établir, sur chacun de ces objets c’est toujours un rapport qu’avant tout il demande.
Le Piémont a l)csoin de secours d'argent; l'Em* l>creur veut un rapport «
L'n grand nombre de couvents sont disponibles à Rome, à Florence, à Turin, à Gênes et dans d'autres villes d'Italie; il faut qu'un rapport ^ désigne ceux de ces couvents qui peuvent être démolis, soit pour faire des places ou des marchés, soit pour ouvrir des communications entre divers quartiers des villes, soit pour leur seul assainissement.
Une prime a été accordée pour la plantation des oliviers dans les départements de Rome et du Trasymène.nOii cela* en est-il?» Rome n’a pas encore de dépôt de mendicité! Le port de Civita Vccchia réclame d’urgentes réparations; sur tous ces points
‘ Leilre du 9 février 181t.
• Lettre du 24 février.
* Lettre du 22 avril. , »
^ l.rtlre do 0 avril.
' Lettre du 35 uoTcmbre.
il faut, .avec les rapports du mimstre, des projets, des pians, des devis de dépenses.
Pourquoi le droit sur le Simploii ^ n’est*il pas encore (terçu? On jKrd par là des sommes considérables, et d'ailleurs la lacune qui en résulte fait tort aux roules du Piémont et du inoiil Ceiiis.
Bordeaux est en souflrancc; c’est par des ateliers* de travail qu'il faut soulager la misère. Un rapport doit faire connaître la nature et l’étendue des sâcrilices à faire par le gouvernement.
Au nord comme au midi , les nouveaux départements sont associés à tous les avanl.igcs dont jouit la vieille France. Quoique Wesel® considéré comme place forte ait déjà vu exécuter d'importants ouvrages, l’Empereur ne veut pas qu'il y manque rien de ce que possè<lenl les autres villes du même ordre. Un hôpital civil, une salle de spectacle, une école secondaire, des écoles priraairc.v pour répandre l’usage de U langue française, sont, aux yeux de l'Empereur, des établissements indispensables, dont il convient de hâter la formation. Il recommande de beaucoup abattre, de Mtir beaucoup, cl lui-mémc il désigne les terrains où doivent s'élever les édifîces qu'i! juge convenir à une ville de grande garnison et à un lieu de passage des plus frcquenlés.
Sur vingt-cinq mille chevaux dont le ministère de la guerre a eu besoin en 1811, les haras français n’ont pu en fournir que dix-huit mille quelle en est la cause? quelle est, à cet égard, ropiniun des inspecteurs généraux et des autres personnes dont les avis peuvent être utiles?
Dans le voyage de l'Empereur en Normandie, des pétitions lui ont été présentées par des marchands de dentelles. Il envoie ces pétitions ® au ministre de l’itdcrieur, et le cliai^e de rédiger des licences spéciales propres à favoriser ce genre do comn»crcc.
En Uüllandc, on lui a remis des projets tendant à niodifler le service des douanes. Quoique ce soit U un sujet bien délicat, il désire répondre au vœu I qui lui est exprimé. Dans celle intention , il prescrit ^ que l’intendant de l'intérieur réunisse les négociants les plus recommandables, qu'il les consulte, entende leurs objections cl admette tous les changements qui peuvent avoir lieu sans compromettre la sûreté de ce service.
Si i’Enipcrcur se platl â encourager, i récompenser le zèle dans les fonctionnaires, il en blâme,
“ Lettre du moi* de novembre.
î Lettre du 19 déccmbit.
" Lettre datée de Caen, le 25 mai.
• Lettre du 21 novembre.