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CHANTRE XXXI

il en désapprouve hautement les écarts, surtout en ce qui &c rapporte à sa personne. Dans plusieurs de scs excursions à travers les départements, il a rencontré des gardes d'honneur presque dans toutes les villes où il a passe; l'intention peut bien être louable , mais de telles mesures sont irrégulières. Si les habitants en font eux-mèmes la demande, les préfets doivent en informer le ininislrc pour avoir son autorisation. Ces gardes d'apparat sont ruineuses et do plus inutiles, Sa Majesté ayant sa garde pour son service et (ous le$ ciieyen» iui terrant éf/alement de */artlea d'honneur. Le ministre doit donner cotte instruction au préfet par une lettre particulière, ■ sans rien imprimer ni faire aucun N esclandre à ce sujet. » Le soin que met ici l'Empereur à rccummander le secret, est une preuve entre mille qu'en faisant des actes vraiment (mpuiaircs, U n'est nultementà la recherche de la popularité.

A Odogne on a demandé aux habitants une rétribution pour prétendus frais causés parson passage. Telle n'est point la volonté ^ de rKmptTcur. Personne, sttus quelque prétexte que ce puisse être, n’a le droit de lever un im{>fd. Il y a là un fait qu'il faut éclaircir, une faute qu'il faut réparer.

L’octroi de Marseille charge d'urte taxe trop forte le poisson commun, qui est la nourriture du peuple. Le ministre doit donner des ordres pour que ce droit soit diminue.

Même dans les questions d'intcrél général, l'Empereur entend que le zèle sache se contenir dans de justes bornes. Il a vu dans le journal de Paris, fes fblica (c’est l'expression dont il se sort) du préfet de Strasbourg pour la propagation de la vaccine. « Cette manière de conduire les citoyens, ccrit-il » au ministre, n'est nullement ^ conforme à mes » intentions. Il faut les éclairer, mais il ne faut pas 1* prendre de mesures de cette violence. »

Relativement à i'instruclioii publique, l'Empereur surveille à la fois le cèlé moral et le côté matériel des divers établissements. A l'c^mquc de la distribution des prix, il désire savoir quel est l'esprit de runiversité quel est celui des principales institutions particulières.

Apprend-il que. dans les lycées de Paris, U nourriture n'est pas aussi saine qu'elle devrait l'être? « Allez, dit-il aussitôt au ministre allez à l'im- » provisfe visiter quelqu'un de ces lycées. »

Les lycées dos déparlemcnis n'échappaient pas plus que ceux de Paris à sa surveillance. Le lycée

* Lettre dit novembre.

* Lettre du 10 mai.

* Lettre do 25 août.

* Lettre du IG décembre.

de Lyon n'avait, l'an dernier, qnc quatre-vingts élèves. Il y en a, cette année, près de trois ccnt.«.

Cette augmentation est due à un proviseur nommé Borincvîc ; mais deux inspecteurs de l'académie sont en querelle ouverte avec ce proviseur, et l’ont porté à donner sa démission. (^)uel est le secret de cette affaire?

Plus lard, l’Empereur y revient encore. Pourquoi les habitants de Lyon n'cnvoicnt-ils ^ plus leurs enfants au lycée de celle ville, mais à Tournon et ailleurs? Il y a là des dinicullés qui réclament toute •

rattenlion du grand maître.

A Marseille le lycée est dans un état de complète désorganisation. En général, les lycées ne mar-' chentpaa comme ils devraient le faire.

Sur tous ces points l'Empereur veutdes informations et demande des rap|M>rts. Avec cette rigidité de sa part à se faire rendre compte de tout, avec l'oblfgation imposée aux ministres de procéder iniracdiatemenl aux vérifications qu'il prescrivait, si les abus n'étaient pas impossibles, du moins ne pouvaient-ils pas prétendre à une longue impoiiilé.

C’est une punilion pour les gouvernements qui craignent trop les inconvénients de la publicité, de n'en |tas compretidro les avantages. Les réticences cl le mystère totirnenl presque toujours contre ceux qui les emploient. Ainsi l'Empereur, tenant entre j

scs mains la direction de la librairie, croyait faire acte de sagesse en défendant de làisser paraître aucune brocliuro ni pour ni contre sur les affaires ecclésiastiques. U Dans CCS matières disait-il, l'art n est de n'en point parler. >• Sans coolrcdit l’Kmpercur aurait eu raison, s’il s'ètait agi de difficultés théologiques qui eussent pu prèteraux subtilités de '|

l’école; mais la question débattue entre le pape Pic Vil et lui était claire, matérielle en quelque sorte, et facile à compremlrc. Notre conviction est que, si elle eût été portée à la connaissance du pays, telle que nous l’avons exposée, l'opinion publique j

eût été favorable à l’Empereur, bien loin de lui être contraire, et n'aurait point laissé d’accès aux nicn- |

songcrcs et ridicules imputations qui ronl pour- '

suivi au sujet de ses querelles avec le saint-siège.

Le senltracnt de justice qui domine dans toute la conduite de l'Empereur, l’a porté quelquefois à revenir sur des actes accomplis, pour rectifîcr des erreurs ou réparer des torts. Un travail avait été fait pour la réduction du nombre des imprimeurs. I

Des plaintes lui parviennent; H craint qu’une fâcheuse partialité n'ait aggravé une mesure déjà

* I.cUr« (lu 23 août. j

-* Letire du 20 novembre. |

Nuis de novembre. |

' Lellrcdii lU joiilel.

Digilized

AFFAIRES INTERIEURES

riKouroasc en elle-même. Aussitôt il donne ordre * au ministre de lui soumellrç un travail nouveau, qui fasse bien connaître le nombre des presses qu’avait chaque imprimerie, ranciennctc respective des iiiiprinieurs, et la bonne ou mauvaise réputation de chacun d'eux.

Les budgets des divers ministères ne recevaient son approbation qu’apres rexainen le plus approfondi. Malgré l'esprit d'économie dont il était anime, il savait augmenter les dépenses qu’il jugeait utiles, comrocrrcslrcindre celles qu’il trouvait exagérées, l’our le budget de l'intérieur, les ealculs du ministre avaient établi à quarante-huit millions les dépenses variables et fixes des départements. Cette évaluation parut trop faible à l'Em- 'percur. « Les tribunaux sont mal partout; les pri- » sons sont insuflisantes ; les enfants trouvés man- <• quent d’établissements en beaucoup d'endroils.

» Porter à cinquante et un millions les dépenses )■ fixes et variables ne serait ' pas trop. » Par cette même lettre, l'Empereur demande au ministre un classement des préfectures et des sous-préfectures qui puisse lui servir de règle pour mettre une véritable égalité dans la manière dont seraient traités les préfets et les sous-préfets, selon les convenances respectives des déparleuieiits. Si la partialité, l’injustice SC glissent quelque part, ce u’est janiais que contre la volonté de l’Empereur.

Pour le travail, le temps, les lieux lui sont indifférents. Lajoie ne l'en distrait pas plus que les fatigues et les voyages, üans les jours même qui sui- , virent la naissance du roi de Rome, dans ces jours de bonheur où se succédaient devant lui tous les* corps de l’État qui lui apportaient des félicitations et des hommages, il trouvait des heures qu’il appliquait à des méditations d’utilité publique.

Par un décret du âi mars, il établissait, dans les rades d’Anvers, de Rrest et de Toulon, des écolespratiques de marine sous le titre d'écoles de seconde classe. Il prescrivait, par un décret du 23, pour encourager la fabrication du sucre indigène, de consacrer à la culture de la betterave jusqu’à la concurrence de trente-deux mille hectares de terrain; il ordonnait la création de six écoles expérimentales pour enseigner la fabrication du sucre à extraire de cette plante. Peut-être seul alors, Na- | poléon apercevait tout le développement que pou- | vait recevoir une industrie qui était encore dans i

' l.clli'cclii 3 février.

’ Lcurc (lu 18 septembre.

’ Peu de icinps après mon arrivée en Prusse, en 1800, j'ai vu l'iiivcnteiir, M. Achard, fabriquer scs premières livnrs de sucre. En 1857, la France en a fabrique près 1 de 40 millions de kilogrammes. I

son germe. En semant le gland, il devinait ^ le chêne.

D'autres essais étaient moitis heureux. Quatre écoles expérimentales furent établies par l’Empereur pour l’extraction * de la fécule du pastel afin de remplacer l'indigo. Qui sait si cette tentative ne SC renouvellera pas un jour avec succès?

Dès le commencement de 1811, l'Empereur a conçu des inquiétudes sur l’insufllsancc de la dernière récolte , et il a ordonné de constater ce qui existe de blé en France. Les distilleries® consomment une assez grande quantité de grains: ne conviendrait-il pas de suspendre ce genre d’industrie? Cette suspension aurait de plus l’avantage d’augmenter le prix des vins, en donnant un nouveau cours aux eaux-de-vie dont le vin est la base.

Préoccupé de la crainte d'une disette, l'Empereur a formé un conseil des subsistances. « Propo- » sez-moi, écrit-il au ministre de l'intérieur, un » auditeur de choix et d'cspàrance pour être sc- » crétairc du conseil. » Il n'est pas, comme on le voit , de degré où ne descendent scs encouragements.

Les regards de l’Empereur se portent sur toutes les parties du monde d’où il peut tirer des vivres. Il accorde des licences, des exemptions*^ de droit à tout bâtiment, sans distinction de pavillon, qui apportera des blés du Levant et de la Sardaigne à Gênes et à Marseille, ou du riz d’Amérique dans tous les ports de France.

La récolte a été bonne en Hongrie; le blé ne sera pas cher à Trieste ^ : si on pouvait y faire un achat raisonnable de grains, ils arriveraient par le Pô sur Alexandrie et Gênes.

Il faut pareillement faire des achats datis les départements de l'Ems ** oriental et de l’Kms occidental, et donner l'ordre au prince d'Eckmühl de continuer à envoyer en Hollande les grains qu'il achète dans la 32'^ division militaire. D'après les renseignements fournis par le préfet de la Rocr, ce département pourrait livrer deux cent mille ((uintaux métriques, qui seraient destinés ° pour Paris. Ou comprend en effet que Paris ne pouvait pas être négligé. Le maintien du prix du pain à un taux peu élevé dans les grandes capitales est pour tous les gouvernements ou un devoir ou un calcul. Que ce suit calcul ou devoir, l'Enqiereur ne faillit ni a l’un ni à l'autre. Le SU octobre, d’Amsterdam il

< Antre dérret du 35 mars.

^ Lettre du 8 j.suvier 1811.

* Lettre du 37 août.

7 Lettre du 3 septembre.

• Lettre du 10 septembre.

» Lettre du 1" novembre.

'mO .

COAPITRE XXXI.

acconlc une prime aux boulangers ile Paris pour le mois de novembre, se réservant de prendre un parti definilir à la fin de ce mois, é|ioquc où le blé nouveau paraîtra sur le marché.

En prescrivant des achats <Ic grains en diverses contrées, l'Empereur n'ouhiic pas les moyens de transport. Là où manque la navigation de la mer et celle des ficuves, nu bien afin de rapprocher les blés de cette navigation, il met à la disposition du ministre tous les chevaux ‘ de trait appartenant aux armées, les chevaux du train, ceux de l’artillerie, hors de France comme en France. En Italie, ils transporteront les grains du bassin du P6 à la Méditerranée. En France, ils transporteront les grains venant d'Allemagne dans les bassins de la Somme et de la Seine. Ces précautions de l’Empereur, dont nous n’indiquons qu’une partie, n’empéchcront pas qu’en 1812 des disettes partielles de grains se fassent sentir en France ; mais du moins le mal aura été amoindri par les arrivages du dehors , et ce n’est pas la prévoyance du gouvernement qui aura manqué.

La prévoyance ne consiste pas seulement à faire venir des grains de l’extérieur, elle a une autre üiche à remplir ; c’est de procurer aux classes pauvres les moyens d’en payer la valeur. L’Empereur [ atteint ce but en pressant l’exécution des nom- j breux travaux qu’il a dqjà commencés ou qu’il i veut entreprendre. Pourquoi existe-t-il sur tant de ! points des ouvriers qui demandent du travail, lors- ; que tant d’ouvrages demandent des ouvriers? Cette question se reproduit dans vingt lettres différentes.

» Quel est l’ingénieur qui dirige les travaux de Il Pérachc à Lyon^? Mon intention est que trois ! Il mille personnes y soient employées; et pour le I Il moment les ateliers de Plie en occupent à peine ! Il cent cinquante. » |

•I Les marchands de vin de Paris que j’ai vus et | Il interrogés prétendent que leurs intérêts ont été Il mal défendus devant vous. Apportez ^ demain Il au conseil tout ce qui est relatif à la gare aux Il vins et à rétablissement d’un entrepôt sur le » quai Saint-Hernard. »

Selon l’Empereur, la ville de Paris ne sait pas faire un utile emploi de scs recettes. D’après une énumération déüiilléc des produits dont elle dispose, il estime « qu’elle peut mettre sept millions » à faire le marché * qui doit agrandir les halles H depuis les Innocents Jusqu’à la rotonde de la

' l.citrc du 38 .'loûl.

’ l.cllre* (lu 27 janvier ol du 8 m.vi.

* Lciirc du 28 Kvrier.

^ l.cllrc du 9 février.

' 1.0 25 m.vr*.

•I halle aux blés. » Elle pourrait mi>me dés cette année apjiliquer deux millions à ce projet, qu’il regarde comme important tout à la fois u à la com- » modité du peuple, à la salubrité et à la beauté » de la ville. Je tiens, .ajouta -t- il, que les quatre Il choses les plus essentielles pour Paris sontJes >• eaux de l’üurcq, les abattoirs, les nouveaux mar- » chésdes halles et la halle aux vins. »

En signant un décret ^ par lequel il accorde des fonds pour les abords du pont Saint-Michel, l’Empereur se plaint que tous les travaux de Paris languissent.

Une voit aucune disposition faite pour paver le quai des Invalides.

Il Pourquoi met -on si peu d’activité à la con- » slruclion des abattoirs Trois cent mille francs* n au plus ont été dépensés Jusqu’à ce jour, quand ■I j’ai fait pour ces ouvrages un fonds de deux mil- II lions six cent mille francs?

» Pour les greniers d’abondance., sur un million Il deux cent vingt mille francs que j’ai accordés, » il n’en a clé dépensé que cent trente mille. Cent Il soixante-dix ouvriers seulement y sont occupes ; n il faudrait quadrupler ce nombre.

» La coupole de la halle àux grains se terini- » ncra-t-elle cette année?

n Quand le Panthéon sera-t-il achevé?

» Il n’a été dépensé que cinq cent cinquante Il mille francs au palais de la Bourse. Nulle part » les crédits ne seront épuisés.

Il Les mêmes retards, la même insuftisance d’ouvriers se font remarquer aux marchés ^ Sainl- '» Jean, de la place Maubert, de Saint-Martin cl de » Saint-Germain. Là aussi on n’a employé qu’une » nioiliquc somme, celle dequatre cent mille francs, » tandis qu’un fonds de deux millions cinq cent » mille francs est disponible pour ces travaux. » Heureux et singulier temps où l’argcnl toujours prêt appelle des bras à le gagner, où c’est l’administration qui ne parvient pas à faire usage de tous les crédits que lui ouvre le chef de l’Étal!

Pour les departements comme pour Paris, l’Empereur est condamné aux piéqics plaintes: « Comn ment arrive-t-il que les travaux d’Anvers ® ne n puissent être commencés que le 1 15 mai ?

n Pourquoi le pont de Bordeaux ® n’avancc-t-il » pas? Je ferai les fonds pour les aunées suivaii-

j » les.

{ » Pourquoi ne têavaillc-t-on pas à la machine >*'

i ® Lettre du 5 .loùi.

I 7 Lettre du 0 août.

I * Lettre du 33 mai.

! '> Lettre du 4 avril.

J ' * I.ollrc du 15 juin.

Al FAIRES INTERIKÎ RRS.

» de Marly, au pont de Maisons cl à celui de Sé-

■ vres?

» Pourquoi les écluses du Perrcy i au Havre cl

■ relies du fond du bassin ne jouent-elles pas avec N les nouvelles écluses de chasse? On assure que, » si on creusait la retenue d’eau, au lieu de quinze » mille toises cubes d'eau que l'on a mainlcnant, » on pourrait en avoir quarante mille, »

Concurremment avec les intérêts de la vieille France, l'Empereur fait iiiarclier ceux des départements nouveaux.

En mars, il assigne un million cinq cent mille francs pour la route de Wcscl à Hambourg.

Les forliflcations de Middelbourg doivent être démolies; on pourra ainsi dessécher le terrain et détruire tout ce qui nuit à la salubrité de 1a ville, surtout du côté de l'hôpital. « Accordez ^ les fonds » nécessaires, m

Il importe que les communications entre Bruges et FIcssinguc soient assurées en tout temps... « Il n faut continuer la rouled'OsIcrburgà Maldeghem, •• terminer celle d'Oslcrburg * i l’écluse, et celle

■ de Bruges à Breskens. >•

Cinq projets * sont proposés pour l’établissement d’un canal de rf/éea« Rhin. renseignements ne sont pas assez complets pour que l’Empereur prononce ; mais dès à présent il faut s'occuper du projet de communication de Tf/ée ow ZuiderEèê par la Waden.

Un décret a ordonné de faire, chaque année, un fonds extraordinaire d’un million, pour les embellissements de Rome Ce fonds sera afTcclé aux fouilles pour la découverte des antiquités, au perreclionncinenl de la navigation du Tibre, à la conslrocüon d’un nouveau pont sur l’emplacement de celui d’Uoratius Codés, à racbèvemenl du pont de Sixte, k l’agrandissement des places de Trajan et du Panthéon, à l’ouvcrtare d'une promenade sur l'emplacement du Forum, du Colisée et du mont Palatin.

Plusieurs articles du même décret règlent la distribution du fonds accordé entre les travaux prescrits. I>es deux promenades à ouvrir, après la démolition de quelques couvents, doivent s'appeler, l’une, le Jardin du grand César; l’autre, le Jardin du Capitole.

Un décret du même jour, en établissant k Rome une academie et deux lycées, désigne d'anciens cloîtres pour cet usage.

Après avoir adressé ces décrets k son ministre,

* l.e(lrc de RemlmiiiHi-l, dti 9 noûl.

* l.ctlre du 98 jiiillei.

^ LcHrvdu K aniüt.

^ Lettre du 0 aoôl.

l’Empereur le charge de faire examiner s’il serait possible, en construisant des quais sur les bords du Tibre, de prévenir les frequentes inondations I produites |>ar le débordenieril de ce fleuve. Il in- I dique encore plusieurs autres projets, mais seulement d'une manière consultative, voulant d'abord savoir quelle en serait la dépense, et noUtnmeiU celle d'une tilla impériale dont son architecte romain lui avait soumis le plan.

Quoique, par suite de la guerre avec les Anglais.

I le commerce de la France fût extrêmement rcsj treint au dehors, il ne manquait pas d’activité è I l'intérieur, et trouvait sur le continent une assez large voie à scs exportalious dans une partie des contrées occupées par nus armes.

Par mer, le commerce n’avait que deux ressources, les licences et la CQ|(itrebaiide. C’élaienl là aussi les deux questions sur lesquelles roulaient * souvent les lettres de l’Empereur au ministre. Plusieurs fois on avait débattu la quotité du droit auquel les licences devaient être assujetties. L'expérience ayant autorisé à croire que rabaissement de ce droit serait avantageux, surtout pour Dantzig et les villes anséatiques, l’Empereur chargea ses ministres de l’intérieur et des relations extérieures de s’entendre avec la Prusse de manière à établir,

' pour le littoral de l’Allemagne, comme pour celui delà Hollande et de la France, un système uniforme I et régulier qui alleigntt d’autant plus sûrement I l’Angleterre. Les produits dont l’Empereur avait I le plus à cœur de favoriser l'expédilion étalent les soieries et les vins.

Relativement à la portion de contrebande qu’il pouvait convenir d'autoriser, la difficulté était d'en connaître le mode le plus facile et le plus profitable. Il imporlaitaussi de déterminer la route qu'elle aurait à suivre. « MeUex-moi en état de décider, » cerivaîl l’Empereur au ministre, si je dois aca corder à Tervere, dans l'ile de Walchcren , la ■ faculté de recevoir des emogglen, sans que cela a fasse trop de tort à Dunkerque. « L'Empereur désire savoir quel est le nombre des imogglers qui ont navigué en 1 810, cl de quels ports d’Angleterre ils sont sortis.

Oulre ce genre do contrebande, il en est un autre qu’il voudrait, mats qu'il ne peut guère cmpécher, c'est celle des marchandises coloniales qui se présentent avec des cerlifleats d’origine comme provenant de prises de corsaires. Beaucoup de marchandises, ainsi qualifiées, sont envoyées en

* En date du 97 juillet.

* Lettres des 5 et 10 juillet 181 1 .

j * Lettre du 8 janvier 1811.

lîftVOV.

CHAPITRK XXXI.

France par des n<^gociants de Francfort. L’Empereur ne se refuse point à leur introduction, mais il veut la faire tourner au profil d’une industrie française. « J’accorderai écrit-il, des permis pour » laisser entrer toutes les marchandises qui ap|>ar- M tiennent à des Allemands, pourvu qu’ils s’enga- » getil à faire des commandes à Lyon pour une » valeur équivalente. *

Curieux de savoir quel a été le mouvement de la navigation marchande en 1810, cl le nombre des marins employés à cette navigation, l'Empereur donne ordre au ministre > de faire dresser deux étals, l’un pour l'Océan, l'autre pour la Méditer* rance, renfermant les noms et destinations des bâtiments qui sont cette année sortis des ports | français ou qui y sont revenus. Ces états doivent I porter la désignation duptonnage des bâtiments, le nombre des hommes d'équipage, et divers autres rcnscigncmcnU, avec division du tout par préfectures maritimes.

La possession des provinces Illyriennes avait , ouvert au commerce une route de communication par terre avec la Turquie. L'F.mpereur s'étonne que | les négociants français et italiens n’en profitent pas autant qu’ils le pourraient. Il envoie ^au ministre un mémoire du général Bertrand, gouverneur de ces provinces, sur les facilités que celle route présente, et il lui recommande de faire publier dans les journaux des articles propres à frapper rattentioii des spéculateurs auxquels celte information peut être utile.

Autant le blocus maritime nuisait à la prospérité de nos ports et de nos eûtes, autant le blocus continental avait, dans tout l'empire, donné d’encouragement et d'essor aux manufactures; peut-être, sans cette puissante impulsion, eùl-il fallu un dcmi-siècio à notre industrie pour arri ver au iMiinloùTélcvèrcnl quelques années du gouvernement inipérikl. L’année 1811 fut une de celles où l'Empereur lui prêta l'assistance la plus intelligente et la plus cflîcacc. | Les Anglais pouvant par la contrebande donner I leurs marchandises en France à dix, quinze et ' même vingt pour cent au-dessous du prix des mar- | chandises françaises, il en était résulté une grande gène dans nos fabriques : c’élaient surtout les capitaux qui leur manquaient pour soutenir la lutte avec avantage. L’Empereur ne s’en montra pas avare. Des prêts nombreux furent faits par ses ordres. 11 ût notamment avancer une somme d’un million cinq cent mille francs à un manufacturier qui avait de grands établissements dans un faubourg de Farts, et ce prêt était bien placé. Le rein-

* Leinx du D jaQTÎpr.

• Lettre du Rj«nvier.

boursemenl s’en opéra avec exactitude. Il en fut de même des avances faites à la ville d'Amiens. Fendant quelque temps le commerce de celte ville reçut vingt mille francs par jour pour fournir du travail aux ouvriers. Ces fonds rentrèrent pareil- I Icmeril au trésor dans leur totalité. A l’égard des I villes de Rouen, de Saint-t^uentin et de Gand, qui éprouvaient aussi de grands embarras, rEm|>ereur fut encore mieux inspiré dans le moyen auquel il eut recours. Il ordonna d’acheter des marchandises sur CCS trois places par l'entremise d'une maison loyale cl sûre qui paraissait agir p^mr ellemême. Gel achat, qui ne demanda pas plus de deux millions, opéré sans que l’on soupçonnât l’origine des fonds et la main de l'Empereur, fut suffisant pour ranimer le mouvement manufacturiel et entretenir son activité. I.a revente des marchandises achetées ainsi rendit, à peu de chose prés, ce qu'elles avaient coûté. On ne saurait trop approuver un genre de secours aussi simple, aussi salutaire et aussi peu dispendieux. Quoique parmi les |)ersonncs qui réchiinaictit l’appui du gouvernement il y en eût dont la situation gênée tenait à leurs propres fautes plus qu'aux effets du système coiilinenlal , l’Empereur ne sc refusait pas à les soutenir lorsqu'il jugeait possible d’empêcher leur ruine. S’il n'y réussit pas toujours, il diminua du moins le nombre des faillites. Les sacrillccs qu’il faisait dans ce dessein étaient encore sages et bien entendus. La somirie totale avancée au commerce pour colle année s’éleva au-dessus de dix-huit millions; elle fut prise sur le domaine extraordinaire. Les recouvrements se firent avec oniro et avec succès; répondant il en resta encore une parliearriéréc au 31 mars 1814. Ainsi toutes les branches du service public, (nus les intérêts de l’État, et même les intérêts privés, auxquels le sort des gouvernements est si étroitement lié, étaient l’objet constant, journalier, des soins et de la sollicitude de l'Empc* reur.

Sa surveillance si assidue sur les choses s’étendait non moins altenlivemcnl sur les hommes. .Von content d’adresser à chacun de ses ministres des centaines de lettres sur les affaires de leurs départements respectifs, il leur en écrivait beaucoup aussi pour leur signaler des fonctionnaires incapables, ou négligents, ou pervers. Quelquefois même sa vue se portail sur les relations de stvciétc qu’ontrelcnaieiit les agents publics, cl il n'hésitait pas à leur interdire celtes qu'il ne croyait pas convenir à ses intérêts. On a beaucoup reproché à l'Empereur scs sévérités envers madame de SUcl,

’ (.«'MihnIii 17 irpicmbre.

AFFAIRES INTÉRIEURES

et nous en avons d^jà parlé ailleurs. En 1811, il faisait défendre au préfet du Léman de voir cette dame, qui se trouvait alors à sa terre de Coppet. Malgré tout l'intérét que doit inspirer une femme en état de guerre avec le plus puissant des princes, nous ne saurions guère en celte circonstance blAnicr l'Empereur, lorsqu'il allègue pour motif de la défense æ faire au préfet , que le devoir de cct administrateur est de s'étudier à rendre Genève ‘ toute française. Il semble qu'il est bien permis à l'Empereur de vouloir qu'on soit Français en France.

En rapportant des extraits de lettres de l'Empereur sur des objets d'administration, nous n'avons voulu prouver qu'un fait, c'est que sans cesse au milieu de ses nombreuses occupations d'un autre onire, toujours des pensées d'utilité publique le poursuivaient et le portaient à réveiller, à stimuler le zèle de ses ministres. A l'égard des affaires intérieures, les citations que nous avons faites sont en quelque sorte, malgré rimportance des objets, en dehors du véritable travail de Napoléon sur cette classe si considérable des intérêts publics; nous ne pouvons mieux constater ce qu'il y donnait de soins, de méditations et de temps, qu'en faisant connaître comment, pour l'hiver de 1811, il avait réglé les jours cl les heures qu'il voulait y consacrer. U Je tiendrai, écrivait-il à M. de Montalivcl^, M un conseil de l'intérieur pendant chaque semaine » des mois de novembre, décembre, janvier et fé-

vricr, ce qui fera quatorze conseils. On commeiii> ccra par y traiter les objets relatifs au commerce Il et aux manufactures. On traitera ensuite et suc- II cessivcmcnl des différentes branches de votre » ministère. Trois con.scils pourront être consacrés Il aux affaires des ponts et chaussées et aux trait vaux publics; trois conseils, placés à quinze jours Il d'intervalle, aux budgets de la ville de Paris et » des villes qui ont plus d'un million de revenu; n deux conseils, placés aussi à quinze jours d'inter- Il vallc, aux travaux des eaux minérales, des pri- » sons, des maisons de mendicité; un conseil, aux » dettes des départements et aux budgets des cen- II tintes variables et fixes. Enfin d'autres conseils n seront employés aux changements dans les pré- » feelures et sous- préfectures, et dans les mairies » dos bonnes villes; aux affaires de la librairie, » de riiistruclion publique, des sciences et arts, et » autres objets de votre département. Je vous prie Il de me faire un rapport sur la distribution et l'or- » dre des matières qui devront être traitées dans Il ces conseils... » Ici l'Empereur fait quelques re-

marques sur la partie financière des divers services, et il ajoute : « Après avoir considéré le compte de Il chaque administration, on en considérera la légis- » lation,et on proposera les changements convena- M blés pour marcher vers le perfictionnemcnt de n chaque partie. » G'est ainsi qu'en des conseils périodiques, destinés au ministère de l'intérieur, se réglaient toutes les alfaires de ce déparlemcnt. Les lettres nombreuses de l'Empereur au ministre n'étaient qu'un aiguillon pour faire exécuter les résolutions prises ou préparer les éléments de résolutions à prendre; chacun des autres ministres avait pareillement scs jours de conseil cl sa distribution de travail. Pour l'Empereur, tous les jours étaient remplis, et, plus que tout autre prince, il a eu droit de dire que jamais il n'avait perdu sa journée. Si l'on peut pardonner à un monarque, nous ne disons pas d'exercer le pouvoir royal, car c'est son devoir, mais de gouverner et quelquefois d'administrer lui-même, c'est sans contredit lorsqu'il s'y consacre tout entier avec un si infatigable dévouement.

Dans les longues séances employées à l'examen des affaires de l'intérieur, l'Empereur avait été à portée de reconnaître qu'il était diflicilc à un seul homme de suflire à un pareil fardeau. Aussi , dès le mois de juin de cette année, arrêtait-il la formation d'un ministère du commerce et des manufactures, mais il ne créait encore que la place; ce ne fut qu'en 1812 qu'il désigna un ministre; et il en informa aussitôt M. de Moiitalivcl. u J'ai nommé, H lui écrivit-il à la place de ministre des manu- >• factures et du commerce, créée depuis le mois » de juin dernier. L'immense étendue de l'empire, n la complication de ses relations dans l'intérieur, » m'ont fait sentir l'impossibilité qu'un ministre n puisse gérer tant de parties différentes. » L'Empereur, après s'étre livré à une longue énumération des devoirs d'un ministre de l'intérieur, comme s'il craignait que la susceptibilité de M. de Montalivet ne s'offensât de la perte de quelques-unes de scs attributions, a soin de lui annoncer qu'il va lui en rendre d'autres qui lui appartiennent, cl que , dans les derniers temps, la section de l'intérieur du conseil d'Etat a mal à propos envahies. «Je suis,

I » cunlinue-t-il, satisfait de vos services; vous con- I i> naissez parfaitement toutes les parties de votre ■ n ministère, et, en créant un ministère des nianui » factures, je vous ai mis à même de me rendre i> encore mieux les services que me garantissent : •• votre expérience cl votre attachement à ma perj » sonne, n Cette lettre, ainsi que beaucoup d'au-

' l.eilro du 21 février.

’ l.cllre du 15 novembre.

’ Lcitrcdu IGJanvier 1812.

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