‹ Histoire de FranceChapitre 126 sur 142 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

cl suivant la France, lo soi-disant ofHcc communiqué à la Russie ne serait qu’une pièce fabriquée • par la diplomatie anglaise. Sans avoir rinlenlion de se renvoyer de véritables offenses, on laisse échapper des paroles qui peuvent être prises pour telles. En Russie, par exemple, H. de Romanzôf, en déclarant que l'alliance des deux grands empires était une des belles conceptions de Napoléon, disait : « S’il la détruit, il ne la remplacera pas, » tandis que nous aurons, nous, une fiche de conn solation dans l’alliance de l’Angleterre. » La prévoyance qui a ainsi une fiche de consolation en perspective, ne rcssemble-l-clie pas un peu à la menace ?

Cependant, au milieu de beaucoup d’apparences fAcbcuscs, voilà que tout d’un coup, par une coïncidence assez extraordinaire , des deux côtés on semble vouloir de bonne foi arriver à une prompte conciliation. Cette phase heureuse a lieu dans le mois de novembre. Le 19 de ce mois , le duc de Rassano écrit au général Laurislon : u L’affaire » d’Oldenbourg est peu de chose; je vous le dis pour » vous seul : les intérêts du commerce et du sys- M tème continental sont tout. » Ce peu de mots renrerme l’expression d’une politique sensée. Ainsi c’est aux grands intérêts du commerce et du système continental que s’attache essenlielleineut Napoléon. Puisqu’il écarte les vaines susceptibilités que la question d’OIdcnlxturg a fait naître, on peut en inférer qu’il sent le besoin de donner sur celle affaire une satisfaction raisonnable à la Russie.

Juslemenlà la même époque, l’empereur Alexandre disait 2 au général Laurislon qu’il allait envoyer à Paris M. de Nesselrode, qui pourrait terminer l’affaire d’Oldenbourg , parce qu'il aurait toute la peusée. Pour préparer à ce rôle nouveau M. de Nesselrode, jusqu’alors agent très-subalterne, Alexandre venait de le nommer secrétaire du cabinet.

Le langage russe, il est vrai, n’était pas le même à Paris ; mais si le prince Kurakin parlait encore autrement, il agissait d’après des instructions anterieures. » Pourquoi disait-il au ministère fran- • çais, ne pas traiter l’affaire d’Oldenbourg passi- » veinent? Nous avons fait notre déclaration, vous » avez le territoire ; restons-cn là. » Le duc de Bassano répondait que si le manifeste de la Russie concernant le duché d'Oldenbourg n’était point effacé par un arrangement quelconque, la France ne pour-

' Telle avait été la note fameuse dont nous avons parlé précédemment, qui, selon les journaux anglais, avait été transmise de Pctcrsboiirg aux États-Unis, par l’envoyé amérirain, M. Adams, comme une cummuuicaliuu faite A la Russie par le gouvcrnenicnt français. Or, celle

I rait être rassurée, et l’Europe ne sortirait point de l’état d’anxiété où l’avait jetée une démarche faite I avec tant d'éclat. Pour le prouver, il énumérait les . funestes conséquences produites par la protestation ; russe, apercevant partout des traces de la fatale influence que celte publication avait exercée sur les gouvernements et sur les peuples; il citait particulièrement la Prusse pour exemple : « La Prusse » a rappelé ses anciens soldats; elle a levé des re- » crues ; elle les a déguisées sous l’apparence de » travailleurs employés à la forliflcation de scs pla- » ces, fortifications nouvelles, camps retranchés, » à Pillau , à Colberg , à Spandau et en Silésie ; » tous armements qui étaient une violation de la » convention du 8 septembre 1808.» (D’après celte convention, les forces de la Prusse ne devaient pas excéder quarante-deux mille hommes, et, de son propre aveu, elle avait cent mille hommes à sa disposition.) V L’empereur Napoléon n’a pu tolérer » ces armements, attendu que la Prusse, n’armant » pas de concert avec la France, armait nécessaircn ment contre elle. » La cessation en a été exigée par la France et promise par le roi ; mais, » mala gré ses promesses, la Prusse n’a pas désarmé, et a l’on ne sait ce que cela veut dire... a De là, nécessite pour la France d’être attentive, nécessité de mouvements de troupes pour tenir la Prusse en respect, cl entre autres l’envoi d’une division de cuirassiers à Erfurl. Tout se complique, et c’est par la faute de la Russie : «•' L'éclat qu’elle a fait a a été l’origine de la crise dans laquelle se trouve a l’Europe. Cet étal ne peut cesser qu’en donnant » des pouvoirs de part et d’autre pour rétablir la » France et la Russie dans leurs anciens rapports. Il et pour tranquilliser sur tous les points... * I.e duc de Bassano, en transmcllanlau général Laurislon ces détails de son entretien avec le prince Kura- : kilt, finissait sa lettre par dire que le désir de l’Ëm- ^ pcrcur était de terminer, cet hiver, ses différends . avec la Russie. Ainsi, à en juger par les déclarations sifitullanécs faites à Paris et à Pélersbourg dans le j mois de novembre 1811, déclarations plus nettes,

I plus précises que toutes celles qui avaient précédé, nous devons croire que l'empereur Napoléon cl l’empereur Alexandre ont tous deux, cette fois, une sincère volonté de mettre un terme à leurs débats. ! Comment arrivera-t-il que ces heureuses disposi- J lions demeurent sans résultat? Beaucoup de causes : y contribueront, cl ces causes ne se lieront pas

I origine attribuée à la publication d'une note im.nginnire j avait été hautement désavouée par M. Adams, aussitôt I que le bruit en était parvenu à sa cuiinaissnnce. j ’ Lettre du général Laiiristou, du 18 novembre.

; ’ Lettre du duc de Bassano, du t7 novembre.

POUTIQDK EXTÉRIEURE.

loutes à des intérêts dignes d'entrer en jea dans une telle occurrence. Du côté de U Rassie, l'amour* propre y tiendra une grande place; amour*propre de l'empereur Alexandre, qui craindra de paraître montrer trop d'empressement; amour-propre de H. de Romaniof, qui ne se plaira point à Toir diriger par un autre une affaire qu'il aimerait mieux se réserver i lui-niéme. I>a distinction d’un nouveau litre accordé i M. de Nesseirode, et le choix de cet agent pour une mission de celle importance, étaient peu agréables au chancelier, et il dissimulait mal riiumeur qu'il en ressentait.

l’eu de jours après avoir parlé de la mission de M. de Nesseirode, comme devant avoir pour objet unique d’arranger les affaires d’Oldenbourg, l’emfiercurdit au général I.auriston que cet agent serait aussi autoriséi traiter les autres questions ou séparément ou ensemble. ■ Si l’on peut faire quelque N chose à l’égard du duché de Varsovie , tant n mieux I » disait ce prince. S’il n'y a rien à faire, il en prendra son parti, be comte de Romanxof était plus exigeant. Comme Alexandre, il voulait ditarfHér; mais il désirait que ce fût par suite d’un arrangement au sujet de la Pulogne, tel que la réunion * ab»otu9 du duché au royaume de Saxe.

Tandis que ces paroles plus nu moins accommodantes s’échangeaient entre la France et la Russie, le ministre d’Angleterre à Constantinople, M. Liston, qu'avaient suivi dans celte résidence plusieurs oflicicrs anglais d’état-major, s’entremettait pour accélérer la paix entre les Russes et les Turcs. L’un de ces nfliciers, Robert Wilson, s’était rendu dans ce dessein au camp du grand visir. A la même époque, arrivaient à l’élersbourg un ministre et un consul du Brésil. Aux yeux de la France , ces missions pouvaient avoir quelque clit>se de suspect, d'autant plus que le ministre brésilien, M. Bucera, n'arrivait pas de Rio-Jaiiciro, mais venait de passer dix-huit mois a Londres. I«a Russie, voulant répondre aux procédés du Brésil par un envoi correspondant et d’abord par celui d'un consul, fil demander en France des passeports afin d'assurer le libre passage de cet agent. Celle demande souleva une question délicate, celle de la nature des rapports qui pouvaient, en droit, exister entre la Russie et le Brésil. La question fut l’objet d’un examen sérieux dans un rapport * soumis à l'Empereur, et le ministère français posa comme conclusion que la Russie avait tort de se considérer comme étant en paix avec la maison

' Leltre du général LaorUlon, du 97 novembre.

* Rapport en date du <4 décembre.

* Lettre du due de Baaaano au prince Kurakio , en date du 19 décembre.

de Bragance; qu’à Tilsitl rinteolion de l’alliance avait été de fermer i l’Angleterre le Brésil aussi bien que le Portugal. En conséquence de ce rapport, le duc de Bassano fit connaître au prince Kurakin que l’empereur Napoléon « se refuserait *

• à toute démarche qui pourrait être regardée

■ comme une renonciation au traité de Tilsilt, rc> n nonciation dont il résulterait que toutes les sti- » pulations de railiance qui sont favorables i ta

■ Russie auraient été exécutées et lui auraient

• procuré tous les avantages qu’elle en avait allen-

■ dus, tandis que toutes les clauses favorables i

• la France se trouveraient successivement rap- » portées. » discussion ne finit pas là. Le prince Kurakin ayant objecté qu’à Tilsilt la France s'était engagée à faire cause commune contre la Porte ottomane, et que cependant il existait un chargé d'affaires français à Constantinople, Ü lui fut répliqué que cette stipulation du traité de Tilsilt avait été formcMeinent révoquée par la convention d’Erfurt, dont l'article 10 portait que l'empereur Napoléon ne prendrait aucune part à la guerre, et qu'il se bornerait au contraire à employer set bons offices auprès de la Porte ottomane.

Du moment que l’empereur Alexandre avait déclaré son intention d'envoyer à Paris M. de Nesseirode, il était naturel que l'ambassadeur de Napoléon pressât le départ de ce plénipotentiaire, l/amour-propre en décidait autrement, u Nessel- » rode partira sous peu de jours, disait l'empereur * » Alexandre; mais j'attends un courrier de l'ar- >• niée. L'envoyer avant, ce serait faire des avances » et montrer de la faiblesse. Si je conclus la paix > avec les Turcs, je ferai vers l'Empereur les pre- « miers pas. ■ Dix jours après celte conversation, l'ambassadeur témoignant que, d’après l’avis donné en France de la mission de H. de Nesseirode, on s’étonnerait i Paris de ne pas le voir arriver, Alexandre objecta qu’il fallait bien préparer les instructions dont il voulait le munir, et, à cette occasion, il ajouta : n Quand je vois les préparatifs ^ » de la France, puis-je croire qu’on veuille séricun sement 1a paix? » La réponse toute simple du général Lauriston fut encore que les troupes françaises étaient à cinquante ou soixante journées de marche de la frontière russe, tandis que les troupes russes bordaient la frontière du duché de Varsovie. De plus, le duc de Bassano avait encore récemment protesté au prince Kurakin que l’empereur Napoléon ne commencerait pat ta guerre. « Enlen-

4 Lettre du général LaurUion, en date du 1«* décembre.

* Leltre du général Lauriaton, en date du 11 décembre.

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