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POLITIQUE EXTÉRIEURE

qui l’unissait à Sa Majesté l’empereur d'Autriche. Le ministre français l'informait en même temps que, pour parvenir à ce but, il était autorisé à ouvrir avec lui des conférences.

La situation de la Prusse avec la France semblait à peu près la même. Les alarmes de cette puissance ayant été atténuées par une déclaration du duc de Bassano, portant que l’Empereur, pour s’expliquer avec le roi, n'attendait qu’une réponse de Pétersbourg aux ouvertures faites au prince Kurakin , le roi s’était empressé d’en témoigner sa satisfaction par une lettre directe à l’Empereur, dans laquelle, en avouant scs inquiétudes, il en exposait les causes : « Les grands préparatifs de » guerre autour de moi disait-il, tant de la part i> de la Russie que de la part de la France, votre » silence, sire, le retard mis à la restitution de Glu- » gau, pouvaient-ils, j’en appelle à vous-méme, me » laisser tout à fait tranquille? Pouvais-Je , sans B déroger à mes devoirs et à mon honneur, rester » seul dans une passivité honteuse? » Ce prince ajoutait que les mesures prises par lui étaient défensives et éventuelles; qu'elles se bornaient à mettre scs forteresses en bon état, que son armée ne dépassait pas le nombre fixé par le traité de 1808 ; que maintenant, se reposant sur la parole de l’Empereur, il allait suspendre tout ce qu'il avait résolu pour l’augmentation de scs forces, et il finissait en exprimant le désir de voir fixer scs rapports avec la France sur une base sUrc et solide. Cette lettre fut bien accueillie par l’Empereur. Le duc de Bassano écrivit aussitôt au comte de Saint-3Iarsan,que d’après ce langage du roi, il devait s’abstenir des démarches vives qu’il avait reçu ordre de faire sur les armements prussiens. Il annonçait à cet envoyé que l’Empereur, partant pour la Hollande, ne pouvait pas faire au roi une réponse immédiate, mais que provisoirement il fallait entretenir le cabinet prussien dans des sentiments qui lui fissent regarder comme un bienfait les dispositions de l’alliance qu’il y aurait incessamment possibilité de conclure.

Des instructions furent en eOel adressées, dans le mois d’octobre, à M. de Saint-Marsan, avec des pouvoirs pour négocier un traité d'alliance; mais, en Prusse, malgré toute la bonne volonté du roi que nous croyons sincère, les préparatifs et les travaux, dont la France avait demandé la suspension, ne cessaient pas complètement. Le ministère assu- : rait bien que les ordres étaient donnés et reçus, | mais il ne pouvait répondre qu'ils fussent exécutés.

' Lettre du roi de Pruue à l'Empereur , eu date du 12 septembre.

’ l.eitrc de l'Empereur datée <lc Dusseldorf, le 5 novnnlire.

Les doctrines du Tugendbund, qui seront un jour un mobile d’action contre la France, et un moyen de salut pour la Prusse, étaient alors un élément d’indiscipline et de désobéissance intérieure. Si les armements avaient cessé à Spatidau et dans quelques autres places, oti les continuait dans la place et dans l’arrondissement de Colbcrg, qui étaient sous le commandement du général Bluchcr. L’Empereur ayant acquis la certitude du fait par le rapport d’un agent sùr qui s’était rendu sur les lieux, montra beaucoup d’humeur du rôle de 'dupe qu'avait joué son envoyé à Berlin, M. de Saint-.Marsan, et annonça l’intention de le destituer, ce que pourtant il ne fit pas. Il chargea le ministre des relations extérieures d’exprimer son mécontentement à l’agent prussien, M. le général Krusemark, sur ce qui se passait à Colbcrg et dans le voisinage de celte forteresse où l'on réunissait des troupes et do l’artillerie. Le ministre devait faire sentir à l’envoyé du roi « que cette politique était fausse et i> misérable; que c’était l’ancien ^ système remis » en usage; que la Prusse, en voulant le suivre, i> SC perdrait et se perdrait sans inspirer d'estime, » tandis qu’en s’alliant franchement avec la Russie n ou toute autre puissance qu’elle supposerait dci> voir faire la guerre à la France, ce serait du n moins avec honneur; que si, après le traité que » négociait M. de Saint-Marsan, on continuait à n mettre en contradiction les paroles avec les faits, n le traité ne signifierait rien , cl la Prusse serait » sans système, n Dix jours plus tard, l'Empereur répétait encore que les procédés de la Prusse lui semblaient inexplicables , scs arinenicnts redoublant d'activité, au moment même où elle annonçait son désarmement, « en sorte qu'il ne savait *

» plus ce que cela voulait dire. » Après le langage ferme tenu par M. de Krusemark. il fallut bien en Prusse se décider, sinon à destituer le général Bluchcr, du moins à le mander à Berlin, pour y rendre compte de sa conduite , et pour soustraire à son influence personnelle le pays où il commandait ; mais il en coûtait beaucoup au chancelier, baron d’ilardcnbcrg, d’élrc réduit à user de rigueur envers des hommes qui, comme ce générai, pouvaient, dans une hypothèse donnée, rendre de grands services. La méfiance réciproque de la France et de la Prusse à la Un de 1811, déjà si bien constatée par tout ce qui précède, est peinte à merveille dans un mot du chancelier : « L’alliance » conclue disait-il, en cas de guerre, je nie soti-

* Leiire du 12 novembre.

t l.ciirc de M. de Saint-Marsan, en date du 29 novembre.

CHAFITIIE XXXU.

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■ mel5 à loal ce qire&ige l'Empereur, je lui livre » mon pays toul entier; mais, avant la signature R pouvons>nous «Mrc tout à Tait sans crainte?» M. d'HanIcnl)erg aurait pu ajouter ce que l'am- Imssadeur hollandais, Van Bevenirig, disait à de Lionne, ministre de Louis XIV : » J'ignore ce que » le roi veut ; je considère ce qu'il |)eut. » Pour un monarque do premier ordre, pouvoir inipunéincnt ’ usurper est une tentation si dangereuse! et d'ailleurs la Prusse, i cette époque, étant cernée par un réseau de troupes françaises, la crainte était, jus- | qu’i un certain point permise, quoiqu’elle ne fut i pas fondco. L’Ktiiperciir n’avait pas eu, un seul jour, la volonté de détruire ce qui restait de la monarchie de Frédéric II; mais le ministère prus- | sien ne pouvant se dissimuler qu’il ne s'était pas \ conduit d'une manière propre à inspirer au gou- ^ vernement français une véritable confiance, se trouvait par là disposé à croire qu’il ii'y avait pas ' de danger auquel il ne pùt s'attendre.

Par les difficultés que la cour de Prusse rencontrait chez une partie de sa population, au niomenl où elle voulait s'allier à la France, l'cmperrur Napoléon eût pu juger que, dès cette époque, il y avait dans le momie politique autre chose que des cabinets, et que maîtriser les cours et les gouvernements, ce n’élait pas élre maître des peuples, t^cl avis lui arrivait de beaucoup de points différents, mais par malheur il ne voulait pas l'entendre. [ l)e Stockholm, M. Alquier lui avait transmis un propos remarquable, attribué à l'empereur Alexandre. Après un brillant éloge du génie militaire de Napoléon, ce prince avait dit à l'emoyé de Suède :

■ En cas de guerre, j'aurai sur lui un avantage sur » lequel il ne peut compter, c'est d'ètrc assuré de » la tranquillité des |>ays que je laisserais derrière

R moi Si l’empereur Napoléon éprouvait des

R revers, toute rAilcinagne courrait aux armes N pour s’opposer à sa relrailc ou à l’arrivée des R renforts. » D'autres renseignements du même genre parvenaient de divers côtés à rKm|>crcur, et même de la part des hommes qui devaient le moins douter de sa fortune. Si précédemment nous nous sommes montré un peu sévère envers le roi de Wcslphalic, nous nous faisons aujourd'hui un devoir de rendre justice à la courageuse franchise avec laquelle ce prince présenta à l'Empereur, sous son vrai jour, l’état réel de l'Allemagne. Voici les principaux passages d'une lettre que Jérôme écrivit à son frère au commencement du mois de décembre: V J'ignore, sire, sous quels traits ^ vos » généraux et vos agents vous peignent la situa-

' «Illeri'bra peccaodi maxima, apea inipiioiialia. • ('iefrom.

R tion des esprits en Allemagne. S’ils parlent à » Votre Majesté de soumission, de tranquillité et R de faiblesse, ils l’abusent et la trompent. La fer- R mentatiori est au plus haut degré , les plus folles R espérances sont entretenues et caressées avec en- R thousiasme , on te propote Vesemple de t'Eepagne, n et, si la guerre vient à éclater, toutes les coutrées M situées entre le Rhin et rO<ler seront le foyer R d'une vaste et active insurreclioii.

R La cause puissante de ces mouvements n’eat R pas seulement la haine contre les Français et R l'impatience du joug étranger; elle existe plus R forlemenl encore dans le malheur des temps, R dans la ruine d(Ttoutes les classes, dans la sur- R charge des iniposilions, contributions de guerre, R entretien de troupes, passage de soldats et vexa- R tionsdelouslesgenrcsconlinuellemcnl répétées. R Le désespoir des peuples qui n'ont plus rien à » perdre, parce qu'on leur a tout enlevé, est à re- R douter.

» Ce ii’eit |MS seulement en Weslphalie et dans R les pays soumis à la France qu’cclalera cet incen- R die, mais aussi chez tous les somerains delà » confédération du Rhin. Ils seront eux-mêmes les R premières victimes de leurs sujets, s’ils ne par- R lagent pas leurs violences. Je le répète à Votre » Majesté, je souhaite avec ardeur qu'elle ouvre R les yeux sur cet état de choses, et qu'elle le » juge avec toute la supériorité de son esprit pour R prendre les mesures et les précautions qu'elle

R croira convenables Les peuples sont in-

» diiïêrciils aux hautes combinaisons de la poli- R tique ; ils ne sentent que le mal présent qui les R pres.se r

L'Eiiipcretir ne donna pas à celte lettre de Jérôme toute l'aUenlion qu’elle méritait; il supposa que rinquiéloüe de son frère se rapportait parlicuiièrenient à ses propres États et à son armée. An lieu de lui savoir gré de scs informalion.s et d’en tenir compte, en les renvoyant au ministre des relations extérieures, il disait à ce ministre : « Si les troupes » du roi ne sont pas sûres, à qui la faute? l.e roi R lève trop de troupes et fait trop de dépenses. » Sur ce point l'Empereur avait raison ; mais de son côté le roi de Westphalie avait fait preuve d'uo zèle éclaire et digne d’éloges, en présentant à son frère un tableau lldèle, bien que peu agréable, de la situation murale de rAllemagne.

Sans être résolu à la guerre, l’Empereur agissait en homme qui ne voulait pas être pris au dépourvu. Ainsi, pour cette chance, il faisait engager les princes de la confédération du Rhin « à remonter leur

* Lcm-e du roi de Westphalie à l'Empereur, en date du 5 dêceiiihi e.

POLITIQUE EXTI^RIEÜRE.

» cavalerie • et à préparer leur contingent. » La même précaution s’étendait à tout, et, pour mon compte , j'en eus une preuve personnelle, le duc de Uassano ayant été chargé de me prévenir que, <1 si la guerre avait lieu, l'inteution de l’Empereur Il était de m’attacher ^ à son quartier général, n Toutefois l’Empereur cherchait à éviter toute démonstration extérieure qui pùl présenter la guerre comme certaine ou seulement comme probable. Résolu de> lever la conscription, il voulait bien laisser croire que c’était un acte tout naturel de réciprocité; mais il ne voulait point que l’on supposât à celte mesure un motif déterminé cl spécial. * Comme il s’attendait à voir bientôt à Paris II. de * Nesseirode dont la mission lui était annoncée, il désira que le sénatus-consulte relatif à la conscrip- < tion fut rendu auparavant, « aün, disait-il qu’on » ne pût pas l’attribuer à l’arrivée de ce négocia-

' Il teur. » 'i , »

Après avoir bien constaté le point précis de* la silualiüfi relative de toutes les grandes puissances, nous avons à compléter ce tableau en faisant apparaître, pour un moment du moins, sur la scène politique un Etat peu considérable en sa forme actuelle , mais dans lequel la Russie s’obstine à voir le germe d’une résurrection qui l’effraye, le noyau d'une recomposition nouvelle de la Pologne. En fondant le duché de Varsovie, l’empereur Napoléon avait fait un acte de politique bien entendu dans le choix du souverain donné à ce pays. Outre que le roi de Saxe était de tous les princes régnants le plus respectable, le plus inoffensif, le moins fait pour causer de l'ombrage aux autres gouvernements , il devait aussi mieux que tout autre convenir aux Polonais, puisqu’il avait été appelé au trône par eux-mémes en 1791, et qu’il était le seul prince en Europe qui pùl leur parler leur langue. Cependant il restait , dans ce choix si sage en apparence, un vice radical que rien ne pouvait détruire, c’était que „.déJà*posscsseur d’une autre principauté, le nouveau duc, Gxé dans sa capitale, se trouvait hors d’état de résider à yarsovie. Dès ^ lors il n’était pour scs sujets nouveaux qu’un étranger, qu’un Allemand, et toutes ses vertus, auxquelles d’ailleurs ils rendaient justice, n’effaçaient pointa leurs yeux cette tache originelle. De là chez eux un penchant général à regarder la situation présente comme provisoire, et à invoquer un changement qui leur donnât une existence séparée et complète. Tandis qu’à Varsovie on s’afflige de n’èlre qu’une dépendance d’un pays voisiir, à l’é-

tersbourg, comme nous l’avons vu, on aperçoit

■ Lellre de TEmpcrcur au duc de Bassano, en date du 10 décembre.

une menace dans' le degré de consistance qu’a obtenu le duché, et on ne se tranquilliserait qu’en le fajsant au moins réduire au simple état de province saxonne. Si l’incorporation à la France de la principauté d’Oldenbourg est le prétexte qui a conduit l'orgueil russe à des démonstrations belliqueuses, la crainte, affectée ou réelle, que lui inspire le duché, est le motif le plus efficace de ces armements. Vainement Napoléon a offert de signer : H Je ne ferai rien pour rétablir le royaume I* de Pologne, » l'empereur Alexandre Veut qu’il signe : « Le royaume de Pologne ne sera jamais n rétabli, n De la part de Napoléon, ce serait dire qu'il s’engage à en empêcher le rétablissement; ce mot si lâche, il ne le dira pas; mais de ce refus faut-il conclure que le projet de refaire un royaume de Pologne entre aujourd'hui comme objet principal dans ses préparatifs? Non; au moment de se trouver aux prises avec l’empereur Alexandre, déserteur du système continental. Napoléon, en s’appuyant sur le concours des Polonais, a sans doute le désir de beaucoup faire en leur faveur; mais ce n’est point spécialement pour eux qu’il entreprendra une guerre, et la Pologne n’est point ici sa dupe ; il ne la trompe pas, il ne cherche pas à la tromper; il ne lui donne pas de promesses qu’il ne veuille point remplir; il ne lui dit point qu'il va combattre pour elle; il l’appelle à combattre avec lui un ennemi commun, et, pour les Polonais comme pour lui -même, il abandonne l’avenir au sort des armes. Les Polonais ne s’y méprennent pas; ils conçoivent à merveille que le premier intérêt pour Napoléon est celui de la France; mais, en même temps ils jugent que la reconstruction d’une forte barrière contre la Russie est conforme à cet intérêt, et ils espèrent que l’Empereur, s’il ne peut leur rendre les provinces envahies par l’Autriche, devra du moins trouver un grand avantage à ériger le duché ,de Varsovie en un royaume grossi de -toutes les provinces polonaises qu’il re-* prendra sur l’empire russe. Telles étaient les pen- ' séos répandues dans le duché au moment où j’y j arrivais au commencement de 1811. Elles y pri- I renl de jour en jour plus de consistance. Le soin I que l’Empereur mettait à faire accélérer les forlilications des places de Modlin, de Zamosc cl de Thorn, tandis que la Russie établissait de pareilles i ligues de fortiiication sur son territoire, les niou- 1 vements perpétuels de troupes sur les deux frontières, tout enfin annonçant aux habitants du du- : ché la possibilité d'un choc prochain entre la Russie ' et la France, cette population ardente, avide d’in-

* Lettre an duc de Bassano. en date du 20, décembre,

I ’ Lettre au duc de Bassano, en date du 10 décembre.

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