‹ Histoire de FranceChapitre 129 sur 142 · I81IJ · texte numérisé non relu

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dépendance , accontuméc h croire que rien n’esl impossible à Napoléon dont elle a [>arlagc la gloire sur tant de champs de bataille, ne royait dans la guerre que des chances henreuscs, un triomphe iiifailiihlc et la renaissance de la patrie polonaise. Ces dispositions s'accordaient trop bien avec les intérêts éventuels de la France, pour que son ministre à Varsovie cherchit à les comt>attre ou seulement a les afTaiblir, mais il devait en modérer l'essor et en prévenir les écarts. Tel était son devoir : il l'a fidèlement rempli.

Cependant un pamphlet * fameux, A l'aide d'une citation Irniiquéc et de quelques mots dénatures avec adresse, a présente cet agent comme un fomentatcur de la guerre de Russie. La lâche de l'histoire étant de faire briller partout la vérité et de dissiper le mensonge, si l'historien a été personnellement en butte à d'injustes outrages, pourquoi n'aurait-il pas le droit de se faire justice â luimême, ou plut/it de mettre scs lecteurs en mesure de la lui rendre? O droit, il est fondé surtout à l'exercer sans scrupule, lorsqu'il n'a pas à se défendre seul, mais à défendre avec lui bien d'autres personnages, et même tout un peuple, enveloppés dans une large diffamation. C/n homme a'eaf rvnconiré ^ qui , nommé ambassadeur par Napoléon, s'est fait le plus violent détracteur du prince dont il tenait son mandat, de la nation auprès de laquelle il a été envoyé, de son prédécesseur et de son successeur, qui malheureusement étaient une même personne, du ministre dos relations extérieures avec lequel U correspondait, des maréchaux, généraux ou fonctionnaires civils, enfin de tous les hommes avec lesquels il avait eu des rapports, sans en excepter ses secrétaires d'ambassade. Et quel a été son but dans toutes ces attaques? d'élever

' L'bisioire de l'ambaMade de M. de Pradi dena le duché de Varaovie. Ce pam|dilel fut publié en préacace et aoua lea auapicea dea arméca ëiraugcrea , maitrcMCs du lerriiotrc Fran^*aia co 1S15. Déplorable choix du momvni!

* M. de Pradt n'eat plua. Par aa raort aeule ma haine ae aérait évanouie, ai déa longicinpt elle n'cilt été éteinte. Arrivé nioi-méme A un Age avancé, prèa de le auivre dana la tombe, je puia parier de aoo injuatice aaoa aigreur et aana colère. Peu d'annéca aprèa aon odicuae pubhcatioo, M. de Pradt, envera qui je n'avaia eu que de booa procédéa, honteux de aa propre conduite A mon égard, cherchait A ae rapprocher de moi avec uqe telle peraévèrauce que. malgré met cffi»ria pour révîter, il m'avait fallu entendre de sa bouche la plus complète des palinodies, et mon Ame peu vîodiraiiTe n'avait pas couaervé contre lui le moindre ressentiment. Quelques semainea encore avant son décès, après un dîner rhe< M. de Talkjraod, noua causions et noua diaaertions ensemble i-oiume St rhisioire de ranihaiaade n'eût jamais existé. «

sur la ruine de tant de réputalioni un piédestal à la sienne, un monument h son propre gétiie. Sa manie est de se croire l'auteur des grands événements auxquels il a assisté. Napoléon tombe, c'est lui qui l'a renversé; les Bourbons remootciil sur le trône, c'est lui qui a fait la restauration ; et ces litres à la gloire, si c'est là de la gloire, U publie des ouvrages pour se les <iéccrner à lui-même. On m'oxeusera de devancer ici le temps. Ce n'est qu'en 1812 que M. de Pradt sera envoyé à Varsovie ; mais comme c'est sur ma conduite, dès 1811, que portent ses accusations contre moi J'ai dù parler de lui avant l'époque où j'aurai à le suivre dans sa carrière comme représentant de l'Empereur. En ce moment, c'est du libcUiste seulement que je m'occupe, et je le ferai sans passion. Rien qu'on puisse reprochera M. de Pradt de méchantes aclioBS, je ne crois pas que ce fut un méchant homme. Toutes ses fautes, ses bévues, ses calomnies, tout le mal qu'il a fait, et il en a fait plus qu'on ne pense, tous scs torts enfin mo paraissent avoir leur source dans un seul défaut, une vanité inouïe, un amour-propre sans bornes; v.inité niaise, amour-propre qui d'un homme d'esprit faisait un insensé, troublait sa raison, cl le poussait i des actes dont il est impossible qu'U n'ait pas rougi quand l’accès de sa fièvre était calmé.

A l'égard de l'empereur Napoléon, que sont les injures de M. de Pradt? Une honte éternelle pour H. de Pradt, honte que depuis il a voulu vainement effacer par vingt apothéoses de Napoléon. Pour les braves Polonais et pour moi, qui ne sommes pas placés si haut, accusés dans un livre qui subsiste, il faut qu'un livre, qui aura aussi sa durée, contienne notre défense, k 1)c Thou le père, B disait le cardinal de Richqlicu, m'a mis dans son

* On demandera pent'^lre pourquoi j'ai laissé si looglemps Ica iojurt-s de M. de Pradt sans réponse. C'éUil par respect pour nioi-méme, pour ne pas donner au publie le spectacle d'un honteux pngilat cotre deux hommes qui avaient servi sous le même drapeau. C'élait dans la conBance qu’en apprenant en France A me conoaiire, OD apprécierait A leur juste valeur les imputations dont j'avais été l'objet. Cette confiaoce n'a point été déçue. L'estime, les suffrages vingt fois renouvelés de mes concitoyens m'ont glorieusement vengé ! J'avoue avec franebise que je me sens honoré, A mes propres yeux, de ma conduite A cet égard ; et celte circonstance n'est pas la seule où j'aie eu le courage du silrncc. üne autre Fois encore j'ai bravé les fAebciises inlerprétalions auxquelles le silence de ma part pouvait donner lieu. Ce silence, je le romps aujourd'hui en ce qui concerne M. de Pradt; je le romprai bientôt aussi A propos du prétendu serrr/qiie mes advi rsaires politiques m'ont sommé plus d'une Fois de révéler. Cette révélation bien simple trouvera tout nalurellvmcnl ss place dans le récit des événenieuts de 18 13.

Digifecü-l

POLITIQOE EXTÉRIEURE.

» son histoire ; je mettrai son fîls dans la mienne. » Ma vengeance sera moins cruelle', mais ne sera pas I moins sûre. I.c récit seul dos faits dans toute leur

I esaclilude sera pour les Polonais et pour moi la

! meilleure justification. ^ *

\ ^ Â Dieu ne plaise que je mette la moindre impor-

tance à relever celles des accusations de M.de Pradt qui portent sur mon esprit ou mon style ; mais les mots ici tiennent aux choses mêmes, cl c'est en mutilant Une de mes dépêches qu’il y découvre une phrase dans le sens de laquelle il veut voir un grief sérieux, et dont il rend l’expression ridicule i en la séparant de ce qui la suit et de ce qui la pré-

cède. La correspondance remise par un agent diplomatique à son successeur est entre les mains de celui-ci un dépôt qu’il doit respecter, car elle est la propriété du gouvernement; mais que penser du dépositaire infidèle qui, de plus, dans la violai ‘ tion du secret confié à sa foi, va chercher des élé-

ments de diffamation ^ ou recueillir quelques traits I hasardés ^ pour en faire un sujet de plaisanterie

j et de sarcasme ?'Tel a été envers moi le procédé

I de M. de Pradt. ^

Dans les derniers mois de 1811, on croyaitgéné- I râlement à Varsovie que le cabinet de Pétersbourg

' était décidé à la guerre, mais qu’en méinc temps

il feraU tons ses efforts pour que la France parût I avoir pris l’initiative de l’agression. Les généraux

polonais commandant sur la frontière écrivaient au ministère du duché : » Nous sommes à bout ’ » portant avec les Russes; nous nous visons du

» malin an soir. » Chaque jour, le prince Poniatowski me tenait le même, langage ; il me répétait à tout moment : •( Vous avez beau faire, vous avez » beau dire-, la Russie amorcera si souvent , clic ! n TOUS couchera si sduvenl en joue qu’à la fin vous

» serez obligée de||ir» feu. n C’est ce jeu de mots encadré dans une de mes lettres que M. de Pradt a saisi pour me représenter tout à la fois comme un fomcntaleur de la guerre et comme un bel esprit du plus bas étage ; mais, on rapportant ce mot, si gravement qualifié, il s’est>bien gardé défaire mention du reste de la meme dépêche qui eût donné un éclatant démenti à ses odieuses interpré- , tâtions. En effet, à propos des avis qui annonçaient

I l’arrivée d’un grand nombre de trôupcs russes en

I , ' A propos (le M. de Pradt et de moi, il peut paraître

! étrange de voir citer Ciréron et Antoioc; mais s’il y a

’ rimuu-nsiié entre les personnes , il y a parité dans les

’ rirronsiances : voici dans quels termes Cicéron repro-

f ^cliait à Antoine d’avoir cbercLé, dans scs lettres, des

I griefs contre lui ; u At eliatn litleras recüacil homo et

» humanitatU expers et cita communie iÿnarus. Quis A enim umiuam, qui paulum modo l/onorum consuetudi-f nem nouetj liltcraa, offenaiono aliqud interpositdf pro-

Samogitic, je disais : u Avant tout, nous avons â » nous assurer de rcxacliludc de ces renscigne- II ments. Jusqu’à présent je n’y crois pas. » En les supposant vrais, je trouvais « qu’il n’y avait eu là » rien que de naturel, dans un moment surtout où

l'on parlait de l’augmentation de ta gamixon de » Danlsig, où métne divers bruits envoyaient de n ce côté la ditision du général Friant. Les géné- M raux russes, portait la même lettre, sont, comme » nous le sommes ici, dans un étal d'anxiété per- » pétucllc ; ils ne se fient pas plus à nous que nous » ne nous fions à eux, » et, de cette défiance réciproque je tirais l’augure que, <■ selon l’usage du » nouveau siècle, on se trouverait engagé sans a trop savoir comment. » Il faut toujours remarquer que les raisonnements dont j’étais l’organe , et qui tendaient à démontrer rimmincnce d’Uno rupture, n’étaient pas les miens. Aussi ma lettre se terminait de la manière suivante : « Ces con- » jccturcs, qui se répètent sans cesse autour de a moi, ne semblent pas tout à fait sans fondement, a Je les combats, comme je le dois, par l’expresa sion réitérée des sentiments pacifiques de l’Ema pereur. » Ainsi tout ce que le ministre d&France expose (lans cette dépêche, ce sont les conjeotureà qui se répètent autour de lui. Que lui preserhrait son mandai? d’être l’œil de son gouverifement, de voir pour lui, d’être pour lui un écho fidèle, do .rendre exactement à Paris ce qu’il entendait en Pologne, et c’est ce qu’il a fait. Au reste, H. de Pradt, aussi léger dans ses écrits que dans ses discours, ne s’aperçoit pas que, tout en se livrant à des accusations irréfléchies, il les détruit lui-même par des aveux contradictoires que lui commande, presque à son insu, la force de la vérité, k Sur deux )■ cent quatre dépêches dont se compose * la cor- ■> rcspondancc de mon prédécesseur, plus de cent Il sont les monomenls des excitations et des espé- » rances des Polonais. » Voilà donc le crime de son prédécesseur !'Celai-ci a informé son gouver-' nemenl des eepérancee qu’on lui exprimait, des excitations qu’on"employait auprès de lui ! Mais ces excitations , ■ ces espérances , les rapporter, cst-cc les avoir fait naître? Écrire à Paris que les Polonais espèrenria guerre, qu’ils appellent la guerre de

tous leurs vœux, est-ce donc là fomenter la guerre?

* tulil t «*ct cependant les leUres de Cicéron n’étaient

pas un dépôt entre les mains d’Antoine I ^

* Comme Antoine s’était moqué de quelques jeux de mots échappés k Cicéron, celui-ci disait : • Quam multa » soient esse in littoris, quer, prultUa si sint,^ inepta esse

• rideantur?» ^

* Lettre de M. Bignon au ministre des relations cxlé-

. rieurcs,’ en date du 22 novembre J8I1. ^ .*•

*♦ Ilisloirc de l’ambassade, p. 07. » * »

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