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CHAPITRE XXXII

En cc sens , M. de Pradt a mérité le môme rc- | proche; it n'est pas moins coupable que son prédécesseur.

Cc dernier, pour donner à son gouvernement une juste idée de l'esprit qui animait toute la population du duché de Varsovie, avait même, en plusieurs circonstances , parlé du vif intérêt que prenaient les femmes aux questions politiques aux- 1 quelles pouvait se lier l’avenir de la Pologne. Vers la fin de 1811, la princesse Czartoriska, épouse du vieux prince qui, en 1764, avait été le concurrent de Stanislas Poniatowski au trOnc, étant venue faire un séjour de quelques mois à Varsovie, le ministre de France crut devoir rendre compte de quelques-unes de ses conversations avec cette princesse, et faire mention en même temps des dispositions des dames polonaises en général. « S'il est » un pays, écrivait-il où les femmes ne doivent n pas être négligées en cc qui tient à l'opinion ,

» c’est assurément celui-ci, et on ne peut voir » qu’avec plaisir la direction généreuse de leurs « sentiments sur cc qui touche l’amour-propre « national et l’indépendance de leur patrie. C’est » vraiment une chose noble en soi, que cette espèce n d’audace avec laquelle les femmes, regardant la » guerre comme le seul moyen de salut pour leur » pays, osent en provoquer la prochaine explosion.

X La princesse Czartoriska a trop vécu, elle a passé n par trop d’épreuves pour qu’on puisse lui sup- X poser les brillantes illusions qui flattent des ima- X ginations plus jeunes et moins expérimentées;

>1 mais les réflexions et les calculs d’une raison X mûrie par l’âge et par le spectacle des révolu- X lions donnent les mômes couleurs à scs raison- X nements, ou du moins à son langage. Plusieurs

' I.cltrc lie M. Bignon au ministre des relations exléricnres, en d.ite du 17 octobre 1811.

’ Notamment en 1792 et 1794. Le dernier surtout fut marqué par tous les genres de dévastation auxquels peuvent se porter les hordes armées d'une nation sauvage. I.orsquc, plus tard, la princesse Czartoriska revint â Pulavy, dont la propriété était rendue, non au prince son mari ni â elle, mais à leurs hls appelés et retenus comme otages à Pétersboiirg, en arrivant à son château vers la nuit, elle aperçut de loin au uiilieii de la cour un monticule dont elle ne pouvait s'expliquer l’existcnec. ' Cc tertre avait été forme par l'amas confus de tous les meubles et elfets accumulés, dans cette demeure antique, par de nombreuses générations, et augmentés, .ivec autant de goût que de magnificence, par le dernier possesseur. I.C.S Russes avaient entassé pèle-méir, après les avoir déchirés ou brisés, des tapis de l'Orient, des tentures du plus haut prix, des tableaux des écides italienne et namandc, des bronzes, des vases d'albàire, des statues de marbre, îles porcelaines de la Chine et du Japon, des collections de gravures, des livres en grand

X fois 1.1 princesse Czartoriska a vu .son château de X Pulavy 2 livré au pillage; il est tout simple de i> faire des vœux pour un ordre de choses qui pré- X vienne le retour de pareils événements. Un nou- X veau pillage est encore attendu : en cas d’une n rupture, on reg.mle comme possible que les n Russes, qui n’ont qu’un pas à faire, envahissent n momentanément le duché, mais on juge aussi X qtic cc premier avantage de quelques jours de X marche disparaîtrait bientôt, et c’est du grand X choc, qui suivrait imméiiiatemcnt, que l’on aime X à voir sortir un Étal puissant, dont les limites, X mieux défendues, donneraient aux habitants la n jouissance assurée de leurs biens, et une garantie X qui jusqu’à présent, n’a jamais existé. Tel est n le sens des conversations de la princesse avec K moi.... X Ivcs mômes sentiments, mais avec une plus grande chaleur d'expression , éclataient chez toutes les femmes de la haute société. Peut-être s’y mélait-il des pensées ambitieuses, peut-être au désir de voir renaître un royaume de Pologne se joignait-il un espoir secret de prendre place auprès du trône qui serait rétabli, et d’avoir de nouveau à Varsovie une cour capable de rivaliser de splendeur avec les autres grandes cours de l’Europe; mais dans cette ambition même il y avait encore du patriotisme cl de la générosité. Plusieurs autres lellres du ministre de France montrent dans les dames polonaises ce sentiment de patriotisme porté jusqu’à l’exaltation. «< La guerre*, écrivait-il, n’a X plus rien qui effraye; personne ne calcule les X dangers. Dans les cercles, l’occupation des soi- X rées est de faire de la charpie. Les dames se par- X tagcntics régiments pour lesquels chacune d’elles X doit fournir le linge cl les bandages nécessaires

nombre (sauf la partie la plus soignée tie la bibliothèque envoyée â Pétersboiirg), des instniineuls de physique, des globes, des télescopes, des harpes, des clavecins, avec des portes, des fenêtres, des chambranles, des lits, des ustensiles de cuisine, enfin tout cc qu'il y a de plus précieux, de plus riche, de plus rare avec les objets les plus coiuinuiis ou du luuiiis cuuiparativcuient d'une iiisigiiifiautc valeur. Souvent les natiuus civilisées ont eu il souffrir, de la part des peuples barbares, de rudes outrages, mais peut-être n’existc-t-il pas un autre exemple où la barbarie ait mis autant de raffinement dans ses insultes à la civilisation. Pulavy, restauré à grands frais, et redevenu, au prix des plus grands sacrifices, la digne habitation de la plus illustre famille de Pologne, est en ce moment frappé de confiscation par l'empereur Nicolas. Son propriétaire actuel , le noble et généreux prince Adam Czarloriski, vit en France dans la plus modeste I position, partageant, avec ses compatriotes malheureux, i la dernière obole qui lui reste.

^ Lettre de M. Bignon au ministre des relations exté- I rieures, du 11 mars 1812.

POUTIQOE EXTÉaiEÜRE.

a aux blessés. » A Varsovie, eu effet, les femmes les plus disUuguécs ayant sous le drapeau leurs maris, leurs fils, leurs frères, chaque régiment était représenté dans une ou plusieurs grandes familles. Ce n*élait pas seulement des généraux , des colonels, des ofliciers qu'on s'y occupait, on voulait qu’il n’y eût pas un soldat qui n’cùt dans son sac le petit attirail qui peut, sur le champ même de bataille, suffire au premier pansement d’une blessure, t^endant les quatre 4 cinq mois qui précédèrent la guerre. '^aus toutes les maisons t on trouvait^une table ronde autour de laquelle des mains délicates, accônlumées à de tous autres travaux, préparaient, d'après des modèles donnés par les hommes de l'art, des bandes de diverses fornioa pour les plaies diverses faites par le sabre ou par les armes à feu. Dans ce tableau de femmes élé> gantes devenues sœurs de charité, il y a quelque chose d’attendrissant et de terrible, quelque chose de cruel pour ainsi dire, mais de céleste tout ensemble. Je ne sais si, dans notre état actuel de société, cet héroïsme d'épouses, de filles, de mères, faisant à l'amour de la patrie le sacrifice des plus douces affections, n’est pas plus digue de respect que le stoïcisme sauvage de ces Lacécfémunieiiiies tant vantées, qui, à force de combattre la nature, en avaient presque étouffé la voix.

Si jusqu'à prèscul nous ne nous sommes guère .occupé que des classes supérieures , c'est , il faut bien l'avouer, que U grande et la petite noblesse constituaient encore, même dans le duché, la véritable nation polonaise. La population des villes exceptée, et les villes étaient eu petit nombre, il D’existait presque point de classe moyenne qui répqndU i notre tiers état français. LcUc classe tei>dait à<ie former, à s’accroître; mais elle n'avait encore que bien peu de consistance. Cependant la situation morale et intellectuelle du pays, grâce au statut consUtnlionncl qu'il tenait de l'empereur Napoléon, s'élait singubèrement améliorée depuis 1 K07. Dès 1 701 , les courageux auteurs d'une révolution, qui malheurcusemeni n'eot qu'une courte duree, avaient jugé indispensable d'affermir l'iudèpcndance nationale sur l’instruction de toutes les classes d'habitants, et la constitution du 5 mai en avait posé le principe. Aussitôt après la création du duché, celle nécessite vivcinenl sentie devenait une obligation pour le gouvernement. Changé en homme libre, le serf polonais réclamait une instruction propre à le mettre en état de jouir de la liberté qui lui était rendue. Aussi un

' Nniaimneoi chez oesdamra la comieue StanUlaa Potocki, épouse du préaidcat du conarii, la duebeate de Wurteoibt-rg et la comU'ue Zamouka, toutes deux uées

décret du roi de Saxe avait-Uorgtliisé une direction spéciale d'instruction publique, en lui assignant des fonds et des revenus. On avait vu un homme de bien, le président du conseil des ministres, comte Stanislas Potocki, s'honorer du titre de directeur de cette institution et consacrer tousses soins à une si noble lâche. En peu de temps, plus de cinq cents petites écoles s'étaient élevées, indépendamment de celles qui existaient déjà. On conçoit quel aspect nouveau ces établissements eussent fait prendre à la population des campagnes. D'un autre cété, des proprietaires éclairés travaillaient à métamorphoser leurs serfs en mclaycrs ou en censitaires. Ce pouvait être un calcul d'iiilérél bien entendu; mais ce calcul n’en eût * pas moins produit un effet conforme aux intérêts de rhumanilé. Pour être digue de la liberté, il faut d'abord désapprendre la servitude , et sans doute la transformation de l'esclave en citoyen est nécessairement lente et graduée ; mais elle eût été plus prompte en Pologne que partout ailleurs. Le paysan polonais est vif, intelligent et brave. Nulle part peut-être, pas même en France, l'homme tire de la charrue ne prend plus vite la tenue et lesbabitudes militaires. Ailleurs le métier de soldat, en pliant les caractères i l'obéissance passive jcpréparc trop souvent des iustruinents au d^polisme. Pour le duché de Varsovie, le métier de soldat était un apprentissage de civilisation. Le Polonais qui en servant avec les troupes françaises, avait appris à comialtrc l'esprit d'égalité, reportait cct esprit dans son village, lorsqu'il y rentrait, ramené par la réforme ou par des blessures. Eufin le paysan, qui tant de fuis s'éuil soulevé à la voix d'une noblesse dont on le disait la propriété, pouvait-il maintenant ne pas répondre avoc empressement à l'appel de chefs qui ne sont plus ses maîtres, mais scs frères, pour aller reconquérir une Pologne aous les ordres de rbomuie dans lequel, depuis quiaae ans, il voyait un libérateur, sous les ordres de Napoléon? Il est donc vrai, les classes iurérieuret comme les Classes élevées attendaient avec impatience le niomcnl de combattre pour l'affranciussement de leur pays.

Un fait remarquable, mais aujourd'hui presque ignoré, qui signala les derniersjours de 18M, concourut à incUre au jour ce qu’il y avait, dans le duché de Varsovie, d'elcmciits propres à constituer la liberté intérieure, comme d'ardeur et d'éncrgic pour assurer l'indépendance au dehors ; ce fut une grande scène de gouvernement représen-

priocesset Czarloritks, la corateuc Cbodktewicz, les princesses Domiuiqae et Louise RaUziwiU et autres {ler- 5UUUCS de la prcoiiêrc distmclion.

Diùiî - f’rd by Cio

ŒAPITRE XXXÏI.

LiUr, exécutée en présence d'une conslUulion restrictive, par la seule puissance des mœurs d'un autre temps, modifiées toutefois et accommodées aux convenances de l'époque présente. La convocation d'une Diète à Varsovie pour le 8 décembre prit le caractère d'un grave événement aux yeux de l'observateur, ami de la liberté des peuples. A la vérité, les sessions de la Dicte ne duraient qu’une quinzaine de jours, et leur marche, soumise à des règles étroites, ne laissait guère place à de grands orages; mais il était toujours intéressant de voir, dans un petit État, entoure par les trois monarchies les plus absolues du continent, une réunion de représentants électifs, nommés parla noblesse cl par les communes, élever la voix contre les vices de l'administration, traduire les ministres à son tribunal, ne voler l'impét que sous la condition de certaines réformes , et forcer cnlln son gouvernement de donner satisfaction à ses plaintes. C'était rbumine que l'on accuse d’avoir étouffé toute liberté en Europe, qui, entre Ikriin, Vieiioc cl Pétersbuurg,availalnsi élevé une tribune ! A la vérité, outre qu’il était stipulé , par Tarticle 19 du traité de TilsiU, que les constitutions qui régiraient le duché deVarsovie, seraient de naturcàse concilier avec la tranquillité des États voisins, l'Empereur, qui prenait en France tant de précautions contre l'esprit démocratique, n'eùt pas été disposé à lui laisser, dans ce nouvel État, un trop dangereux essor. Par le statut constitutionnel qui déterminait l’organisation de la Diète, il avait renferme presque tous les pouvoirs dans trois commissions que nommait la chambre des nonces en n'accordant le droit de prendre la parole qu'aux membres seuls de ces commissions. D'après cette règle, la discussion, on du moins la plaidoirie se concentrait entre les quinze membres dont les commissions étaient composées, et les conseillers d'État, qui siégeaient de droit dans la chambre pour y défcmlrc les propositions du gouvernement; ruais en vain l'empereur Napoléon avait voulu réduire les fonctions de la chambre à un vole silencieux que les membres seuls des commissions auraient droit de rompre, l'esprit du gouverncmcol représentatif se fit jour à travers ces entraves, au moyen d'un subterfuge assez ingénieux. Tant que le maréchal ^ de la Diète présidait la séance, l'ordre prescrit par le statut constitutionnel s'observait avec fidélité ; mais, dès qu'il déclarait la séance levée, une seconde séance

' De 1807 à 1809, la chanilire des nonces avait été C(»mposce de cent membres, savoir, aoixaiite noncca iKk.uniés par la oohlease et quarante députés nommés P ir 1rs rnmmiinrt. {.'acquisition de quarante nouveaux <li-partcinenis, faite par la {kiix de Vienne, ayant exigé

commençait, on, il est vrai, on ne prenait pas de délibérations définitives, mais où l’assemblée se dédommageait largement du mutisme auquel la constitution l'avait condamnée. Ces secondes séances en l'absence du president légal offraient d'autant plus de chaleur et de tumulte même, que les premières avaient forcément offert plus de calme et de tranquillité. Alors toutes les passions étaient en jeu ; alors éclataient les accusations, les invectives, justes ou injustes, contre les ministres. Quand un peuple a recouvre un bien dont il a été privé longtemps, il est difficile qu'il n'en pousse pas l'usage jusqu'à l'abus; il lui faut presque de la licence pour qu'il croie avoir repris possession de la liberté. Aussi , dans les secondes sc'auecs , il ne manquait guère que rinterreiilion du sabre pour compléter la ressemblance avec les Diètes d'autrefois. ministère mit en questiou si, après la levée des séances par le maréchal, on ne devrait pas exiger que la salle fut évacuée. Le roi de Saxe, plus prudent que ses conseillers, fut d'avis qu'en laissant à l'ardeur des nonces le moyen de s'évaporer, on atténuerait leur violence et on les rendrait plus traitables. Il avait raison, et l'événement le prouva; mais les ministres étaient moins accommodants, et se montraient profondément blessés de la censure que l'on se permettait sur leur administration. Ils regardaient presque comme des traîtres, comme des hommes vendus à la Russie, les nonces ou députés qui leur reprochaient ou de l'incapacité ou de la négligence. Au milieu de ces luttes animées, le nom de l’Empereur était invoqué par les deux partis pour l'attaque comme pour la défense. « Que • dirait l'empereur Napoléon, s'écriait l'un des » ennemis du ministère, s'il voyait cet État, créé M par ses victoires, en proie aux désordres d'une 1 administration dévorante, livré an pillage le plus N odieux , et privé par là des ressources iiccessai- H res pour seconder un jour, bientôt peut-être, le » fondateur de notre existence dans les efforts que » peut exiger notre cause commune! au Comment,

N répliquait un ministre, voulez-vous que l'empea rcur Napoléon vous juge, si, sous prétexte d'abus » exagérés par la malveillance, vous refusez les a moyens d'ciilretenir cette armée sur laquelle il » compte cl en qui repose peut-être notre avea nir ? a Des deux côtés on était de bonne foi ; les intentions étaient reipeciivement loyales et pures. Des deux côtés on cherchait l’appui particulier du

ime aiigmrntalion proporitunocllc, le nombre (oui de nonces ei «ie üéputéa avait été porté à renl aoixanic.

• Ce prèaident était le comte dr Sollyrk dont le fiU. général <fartilk*rtc, est mainienam réfugié en France.

[1811] ■ POLITIOÜE EXTÉIUELUIK.

mhiisirc de France. Celui-ci pensa que son devoir lut commandait une parfaite neutralité, et que , s'il avait à prendre un rôle actif, ce devait être celui (le cctnciiiateur. Les membres do l'opposition 1 lui exprimaient le désir que le principe de leur conduite ne fût pas mal jugé par l'Empereur, qui, disaient-ils, ne pouvait pas les blAiner d'avoir fait usage d'une liberté dont il leur avait rendu l'exercice. An fond, s'ils avaient été sévères, leur sévérité était juste. L'agitation de la Dicte ne produisait d'aiReurs aucun inconvénient ni au dedgns ni au dehors. La hardiesse du langage employé par les nonces constatait à i'iit^ricur la réalité de l'indépendance que le pays avait reconquise, et devenait un objet d’ènvie pour les provinces polonaises soumises à la Russie et à l'Autriche. Les vieux Polonais de ces diverses provinces retrouvaient, dans ces orages de la Diète, une image affaiblie de leur ancienne turbulence, regrettant, suivant l'usage des peuples opprimés, jusqu'à cette indiscipline de leurs confédérations, qui avait tant contribué a fa- • voriser le triomphe de leurs oppresseurs.

L’époque de la session de la Diète fut pour Varsovie celle d'une prodigieuse activité. Tous les noms historiques de l'ancienne Pologne s’y trouvaient rassemblés , et la maison du ministre de France était naturellement leur rendez-vous général. De la Lithuanie cl de la Wolhynie d’illustres personnages accouraient en grand nombre dans le duché, les uns seulement pour y respirer, du moins quelques jours, l'air de la liberté, et y puiser des espérances, les autres avec la résolution de s'associer au sort du nouvel État, au risque de compromettre leur fortune et celle de leurs familles. En télé de ces généreux patriotes , on remarquait , pour la Lithuanie, le prince Alexandre Sapieba, cl le plus riche propriétaire de céUe province , le prince Dominique Radriwiil; pour la Wolhynie, le prince Eustacbe Eangi^ko , chef de la branche cadette de Cgarébriski, et, pour les deux contrées, beaucoup d'autres notables personnes, telles que les comtes Chodkiewiex, Potocki, Rzizewtki, etc., dont les biens étaient, en tout ou en partie, situés sur le territoire russe. Il faut donc le reconnaître comme un fait constant, le ministre de France n'avait point eu à donner au duché une impulsion

* Je ne saU si des lors je ne portais pas en moi le germe de l'esprit qui depuis, en France, m'a placé sur les bancs dePopposiiion pendant vingt années, mats j'avoue qu'à Varsovie, malgré mon atiacbemcnt pour quelques-uns des ministres et surtout pour le prince Poniatowski, je trouvais les plaintes de leurs advci'uires foudccs et leurs demandes Icgiiimcs.

' Tous les mémoires du temps ont eilé le mot d'iiii de

guerrière; il avait bien plutôt à modérer cl à retenir les élans spontanés; mais il n'élailquc véridique lorsqu'il disait à son gouvurnement qu'un frémissement de guerre agitait tout le sol de l'ancienne l'olugnc. Jamais en cfTel il n'a existé un peuple qui ail invoqué la guerre avec autant d'unanimité et d'enthousiasme. Pour le duché de Varsovie. le repos semble être la continuation d'uno existence équivoque et contestée. La guerre est le seul moyen d'en sortir; c'est dans la guerre, dans les résultats présumés de la guerre, que chaque passion, chaque intérêt plus ou moins pur, eipc-< rent trouver ce qu'ils désirent : tout Polonais noble ou non noble, hommes et femmes, une patrie; les militaires, une patrie et de U gloire; l’ambition, de la grandeur pour l'Étal avec des boiineurs pour clle-mémc; les femmes, avec une patrie, on nouveau genre d’existence, une royauté à poste ûxe, une cour brillante qui leur rende leur ancien ascendant. Sans cesse le mot de |>atrie ^ est dans la bouebe de tous, comme il est dans leur cœur» l^s sentiments des Polonais sont çeux d'Ulysse redemandant aux dieux le rocher stérile d'ilbaque. C’est à redevenir eux-mémes, à dépouiller un /)om étranger, à recouvrer un nom qui leur tttther,. que tendent tous leurs vœux. Indignés d'élrq Autrichiens, Prussiens, Russes et même Saxons, ils sont impatients de s'entendre de nouveau appejer Polonais

A toutes les conditions morales qu'offrait la po> pulalion du duché pour avoir droit à de mcilteurcs destinées, il manquait une condition materielle, bien importante dans nos temps nvodernes, un état de finances qui répondit aux efforts militaires dont le pays était capable. A ce sujet le boa roi de Saxe disait un jour au ministre de France : u II croit ici » des soldats à vue d'œil, U y croit jusqu'à des for- M tercsscs ; c^est dommage que l'argent n'y croisse » pus de même.» La plaie profonde du pays éloit effectivement la péouric du trésor. Soit économie mal entendue, soit crainte d'afficher la volonté de la guerre, l’cmpcrcur Napoléon n'accordait pas de subsides directs au duché. I.es seuls secours qu'il lui donnait se bornaient à cinq à six millions versés dans un emprunt ouvert à Paris par te roi de Saxe, emprunt qui, vu l’incertitude des temps,

DOS Boldau qui, dans les cbemios fangeux de Piilluak, étourdi par lei acclamaiîons patriotique» de» PoloDais, •'ér.ria : «II» appellent cela une patrie ! • Le mot est gai, mai» dè» loogtemp» Sénèque y a répondu : • L'iyênt ail

• Ithaca tua taxa tic projtcrat , qutiuwiJmaHum Àga-

• Memnon ad Mgeenorum nohilea muro». Aemo enitn

• patriam gui'o magna amut, aed qttia aua. •

* «Niitl» nejani Trojc incrntur mania?» A'iryi'/e.

CHAPITRK XXXII.

ne pouvait guère avoir de succès. En retraçant l'état général des soulTrances du duché, H. de Fradt s'est plu à représenter les grands seigneurs polonais comme obérés tous indistinctement, comme gènes et endettes à un tel point que Varsovie n'olTrait que le spectacle de la misère I.â, comme dans tout ce qu'il dit, le tableau est chargé, et l'exagé* ration passe toutes les bornes. Au reste, quoique la disette de fonds fût un très-grand mal, ce n'est pas là ce qui, au munieiit du besoin, affaiblira la part de concours que le duché aurait pu |K>rter dans la guerre de Russie. M. de Praül va ici audevant de reproches auxquels il n'échappera pas. Assurément il n'a point eu sur les événements de la guerre et sur les destinées de l’einiKrcur Napoléon la plénitude d'action malfaisante dont il s'est vanté; mais on reconnaîtra plus lard que, dans sa courte mission à Varsovie, rinflucnce résultant du caractère diplomatique dont il était revêtu a cependant produit, pour la Pologne et pour la franco, de très-funestes résultats.

Dans tout le cours de 1811, tandis que dans le duché on rêvait une Pologne reconstituée par la France, le bruit s'était soutenu que, de son côté, l'empereur Alexandre sc proposait de reconstruire une Pologne indépendante sous sa prulecUon ; et, dans les derniers mois, on ajoutait que provisoirement U allait rendre au grand-duché de Lithuanie SOS anciennes formes d'adininistraliou, ses grandes charges et ses hautes dignités. On désignait meme les hommes qu’il devait en investir. Ces bruits avaient évidcmiiienl pour objet d'cmpécher les Polonais des provinces russes de s'associer à la cause du duché de Varsovie. Tel était pareillement |

• Il en donne poor preuve que, priidant ton séjour dans celte ville, il o'a pas reçu une seule iuvtialion. M. de Prsdi s'est mépris ou n'a pas voulu voir les choses telles qu'elles existaient. Beanroup de graiHles maisons étaient tenues sur un pied très-brülaoi, et les inviiaiions n'a* I

le but de diverses publications faites dans le Courrier lithuanien, imprimé à Wilna. Cejoarnal avait reproduit ^ un long édit de Catherine II, daté de 1781S, SMf /es droits et pritiléges de la noblesse russe. Parmi ces privilèges, le plus important consiste en ce qu'on ne peut ôter à un noble sa propriété ou la vie sans jugement. Outre que l'on sait assez comment les promesses du gouvernement sont respectées en Russie , il est assez étrange qu'en 1811 on fil valoir en Lithuanie, comme un précieux privilège de noblesse, ce qui dans le duché de Varsovie était le droit commun pour le dernier des habitants. On ne peut guère voir là qu'un appel à l'égoïsme le plus méprisable et le plus honteux. Une telle disposiliun écrite dans un édit , comme faveur exclusive pour la noblesse, montre à quel degré d'avilissement se trouve rejetée l'immcn&Uc de la population qui n'est pas noble, t^luelques mois plus lard, la même gazette de Uiina publiait un ukase par lequel l'cmpcrour Alexandre remerciait les Cosaques de leur belle conduite dans la guerre de 1807. L’ukase, adressé dans le mois U'aoùt à sa destination, avait été pour les Cosaques un avis de sc préparer à de nouvelles campagnes. Sa publication en Lithuanie dans le mois de décembre était une menace de dévastation |>our les |>ays où ils auraient à combattre. Ainsi, tandis que rien ne semble encore détiniüvemcnl résolu de la part des empereurs de France et de Russie, tandis que leurs cummunicaliuiis continuent dans les formes les plus pacifiques, des deux cètés les amies se préparent, et ce n'csl pas en Russie qu'on est le plus scrupuleux sur le choix des armes.

vaieni pn» manqué à son prédécesseur. S'il enaèléaiitremeoi pmir lu!, c'eae par des rAianns dom le dciail serait déplacé irt, mais qui. il Faut le dire, tenaient à u p<T- •onnr.ei aulirmcni à la situation de Fortune des habiiaois.

* Haas ton ouiaérodu ^juillet.

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