CHAPITRE IV
AFFAIEES EXTÉRIEURES.
Conlr^Mo de la conduite de Napol^n envers Pie Vil et de sa condtiiie avec les Bouriwni d*Espa{(ne. » Mourcinenis de Iruupe» françaises vers l’Espagne. — Contribution oxiraonlioaire imposée au Poriug.il. -—Enqiiêfe de Napoléon sur les dispositions du peuple espagnol. — Disposilioos des miisscs favorables i PEmp^Teur. — Tendance de N.ipoléon i envahir tes provinces de TÊbre.— Mélani'C fatal d’une ambition de Famille à une ambition d’ûtléréis fratteais. — Aneietiaes prétentions de la France sur la Catalogne et la Navarre. — Aloiifs allégués pour justifier l’entrée des Francak en Espagne. Simulation d’un accord préalable de la part du prince de la Paix. — Commiiniratinns actives entre Paris et Madrid. — Préparatifs de départ piuir le prince de la Paix et même pour le roi. — Eruiis du départ de la cour pour le Mexique. — Proclamation du roi pour démentir ces bruits. — Émeute à Aranjuez contre le prince de la Paix. — Agitation dans le même sefts A Madrid.— Alulicaiioo de Charles IV.— Arrcsiaiioo du prince de la Paix. — Démarche de Ferdinand VH auprès de Napoléon. — Proiesuiinn de Charles IV contre In violence qui a causé son abdication. — Convention négociée entre la France et le prince de la Paix, immédialeniern avant les évcuementsd’Araiijuex. — Entrée des Français A Madrid sous les ordres de Mural, grandduc de Berg. — Entrée du nouveau roi Ferdinand dans celte capitale. —Protection acconlée au vieux roi par te grand-iluc de Berg. — Conseil donné A Fcnlinand d’aller au-devant de l'Empereur. ■ — Vaux des Espagnols pour l’arrivée tle Napoléon A Madrid. — Communications des vieux souverains avec le grand duc de Berg. — Accusations dirigées par la reine contre son fils.
Trois années d’cflbrts infruclueux pour faire entrer Pic VU dans le syslcmc de la France n'ont conduit l’Empereur qu'à l’occupation d’une {Mrlie des ÉUU romains. Biyonnc va nous le montrer plus résolu et plus expéditif à l'égard de la maisou d’E.<ipagDc. Pourquoi cette dilTércncc? Sans contredit la nature particulière de la souverai- ^ iictè codésinstique et surtout le souvenir que l’Empereur conserve du voyage du saint-pcrc en France pour son couronnement lai ont commande une ccrlaine modération; mais une autre cause a aussi influé sur sa conduite. Outre la dignité du suprême puntifical, il y a dans la personne de Pie Vn une élévation., une énergie de résistance qui fait honorer rhohiiiie, lors tnême que la iKililitliic s'irrite contre le prince souverain. Plus que personne, Napoléon, soit seiitimciit, suit calcul, aime à s'associer aux hommages que l’opinion publique rend à la vertu. Dans la campagne de Prusse, tandis qu’il chasse >lc Casscl l'élecleur de Hesse, déconsidéré en Allcmagno par son avarice, il prodigue les plus grands témoignages d’égards à l’électeur de Saxe, prince chéri de scs peuples cl respecte par les étrangers. De cet électeur U fait
un roi, cl, loin de le dcpouHIcr de ses Étals , il lui en donne de nouveaux, proclamant avec éclat qu’il s'enurgucillil de raiiiiliéde ce prince comme de sa plus belle conquête. Plaçons, en iinaginalion , le roi <le Saxo à Madrid. Sup])osons des (roubles dans sa famille, et Napoléon invoqué comme médiateur; jamais celui-ci ne songerait à le déln’mcr. Ce n’est pas tout à fait sans raison que la philosophie chrétienne regarde les Cyrus et les Alexandre comme les instruments des vengeances célestes : ces hommes extraordinaires n’opèrent de si grandes révolutions que là où les fautes des gouverneuiciils les ont rcmiucs faciles : cl où furent-elles jamais aussi bien préparées qu'en Espagne? Chez le roi Charles, at>Atardisscment murai et engouement : aveugle pour l'ancien amant de sa femme, devenu le mailrc de tous deux; chez la reine, une dépra- ; valioii vieillie qui a desséché en elle tous les sonlimentsde la nmteniitc; rhex le prince des Asturies, ' Pabscncc de toute vertu pUitôl que la fonre d’aucun vice, mais une faiblesse capable d'nl>éir à tous les mauvais conseils, et une lâcheté qui ne balance pas ensuite à en sacriller les auteurs. Telle est, ainsi qu’on a pu le rceoimallre , la royauté espagnole
AFFAIRÏS* EXTÉRIEURES.
^ dans' son présent et dans sô^ avenir. Auprès de ' celle royale nullile, à cùlè de celte espèce de crétinisme dynastique, le prince de In Paix est pres- ^tfquc un être sublime, c'est un huninie ordinaire. «Pour qui a bien observé cet intérieur de la cour d'Espagne, les faits dont nous serons bientôt té- ^ moins s’expliquent iiaturcllcmcnt; les événements de Bayonne sont presque racontés d'avance.
Taudis qu'un premier corps français pénétrait ,en Portugal, un second s'était rassemble à Fayonne 'Vsous le nom de deuxième corps d'obserxalion de ^la Gironde. Ce corps de vingt quatre mille hommes, à peu près, était entré en Espagne à la fln de novembre 1807. En janvier 1808, le quartier général du commandant en chef, le général Dupont, était établi à Valladolid, eUa direction de quelques détachements envoyés vers Salamanque, semblait promettre un prêchait^ renfort à l’armée de Por-
tugal.
^ Presqnécn même tempsaussi, se formait un troi- • ' *9Îèmc corps d’armée de vingt-cinq mille hommes d’infanterie, et de près de trois mille hommes de ^ jcavaleric, sous le nom de corps d’observation des côtes de l’Océan. Le commandant en chef de ce . corps était le maréchal Moncey qui avait combatln ' * " ‘ avec honnenr en^Espagne dans les guerres de la » république. %
^ Enfui, un quatrième corps, mais beanc^f^otns érable, s’organisait sous les ordres du gé-
comme corps
•d’obScrtnl^ieytlQatétul^S-Orienlales, n’était que de huit à dix mille houiiucs d’infanterie et de quinze à dix-huit cents de cavalerie.
^s formations d'années ,divejrsi presque à l'inau de la France et de t%it. de légioi
ckii titulaire, soit à^es. princes nouveaux de son choix. Na pol^Qi^l^ procédé ainsi à Vienne, en « 180iî, à Berlin, ^^806, et les traités de paix lui, avaient assuré le payement d’une portion de la coiitrihution de guerre non encore acquittée par , le pays. Ce fut une de ses méprises d’appliquer,, quelquefois à faux, dans des contrées diFérerites, des mesures qu’il .avait pu prendre avec succès, eiw Allemagne, dans les caïupagnes de 1805 et Î806. ^
Ce n’est pas en Portugal seulement que la contri- ; bulion extraordinaire, imposée à ce royauitic, fit * * une fâcheuse impression. La nouvelle qui s’en ré- * ’ pandit en Espagne, fut une des causes qui refroi;^ dirent le plus l’enthousiasme d’une grande partie de la population pour l’Empereur.* «
Si Napoléon s’est trompé sur le caractère de la nation espagnole, ce n’est pas faute d’avoir fait.c^ qui dépendait de lui pour se procurer des informalions sûres et précises. Le 20 janvier, il dcmaïulail v, encore à son, ambassadeur de l’éclairer sur l’effet qu’avait produit l’arrestation du prince des Asturies, non seulement à Madrid, mais dans toute l’Espagne. Il voulait connaître à fond l’esprit de la .,y ' cour, celui de l’armée, celui de la nation tout entière. y
Il avait surtout à cœuj^dc savoir ce qu’on pensait de ^ * * l’angincnlation du nombre des troupes françaises. ^
<1 Le gouvernement en prend-il de l’ombrage? I^a *
» nation s’en aiarme-t-elle ou s’en réjouil-cllc? b 'Le gouvernement alors était inquiet, la nation ne l'était pas. Le partage du Portugal ne s’opérait pas aussi promptement que l’aurait désiré le prince de la Paix. Tandis que ce prince réclamait I<t te exécution des articles qui lui promettaient
*fl^(rièmd cor troupes iùliénil
s, de çadrcA prôv||Ioifib^êf3.
ft^iEéntcèrdâlIlIâcs" 'envers^égiments restés rils dé nouvéllc levée. Le [qe t^t entier formé de iliUines.Ua'étail pas une
* 1i’éuMènretédirectelnctatdrd.dit « ,Dc Milan, où l'avaient appelé les affaires de ritolic, il avait suivi celles de Portugal et d’Espagne. C’était do Milan qu’il avait imposé au Portugal uuc contribution extraordinaire de cent * millions
Ûpt f hi %ÔQvérainelé des Algarycs, on lui recommandait
le secret sur ces dispositions ; on lui objectait que la conquête n’était pas achevée ni l’ordre suffi-
étre destinas qu’aja^éfcnlfe, 'sammentaffcrini, etqn’il fallait pour quelque temps
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itribution trop forte pour pouvoir être payée, et il le savait bien, mais dont il jetait |Ja demande en avant, pour en faire plus lard une . condition en cas de remise du royaume soit à l’an-
' Ujnc fut perçu que cinq .’t six millions.
encore, que: l'autorilc sur tout ce royaume restât concentré: dans une seule main. Ces raisons lui^ paraissaient peu solides; les lenteurs do gouverneincnl français étaient, à s«*s yeux, de mauvais augure, et ce n’clait pas .sans inquiétude que, dan.s^ le môme inomcut , il voyait arriver sur le terri- , ‘toire espagnol plus de troupes que n'en portail la dernière convention. » * "* > i
A celte époque, au contraire, le pcup1e|Aqiagnol mettait sa principalc.espérancc dans l’Empc- ^ rcur. Il se flattait que Napoléon sc déclarerait en faveur du prince des Asturies, et, dans les premiers ' moments de l'expédition de Portugal, non-seulement on ne s'était pas effrayé du passage des trou-^. ^ pes françaises qui sc rendaient h cette destination; on ne s'inquiétait même pas d'en voir augnicntcr- Ic'nombrc en Espagne. Sur le faux bruit qu’un *régiineiil français devait passer à peu de, distance