CHAPITRE IV
de Madrid, une foule immense s’étnit portée à plusieurs lieues de celle capitale, tant on éiail axidc de voir quelques-uns de ces lioniines dont la renommée raconlail tant de merreilics. On eût voulu que riimpcrcur vliil à Madrid cl qu’il y parlât en maître^ on ne voyait que lui qui fût ra|>al)lc de tirer Charles IV de son incurable aveuglement; aussi on l'invoquailcomme une providence, comme la seule providence sur la terre qui ptU sauver l'Espagne, c'est-à-dire, dans le langage populaire, l'arracher à la domination exécrée du prince de* la Paix. ■> >
Si l’Empereur u’igiiorait pas la haine qu’on portail/lu favori, d’un autre côté le prince des Asturies ne lui inspirait pas une grande conliancc cl n’en méritait assurément pas davantage. D’ailleurs, en fait de pouvoir, l’Eiiqiereur avait un grand respect pour l’ordre hiérarchique établi, quand sa politique .n’en ordonnait pas autrement, et, dans cette circonstance, son opinion n’était pas arretée encore sur le parti qui devrait lui être le plus avantageux.
Certes, lorsque nous arriverons aux scènes de Ilayonnc, nous serons loin d’excuser ce qu’elles oOTrironldc condamnable, mais ce qui a fait le plus lie mal à la France, ce n’est ni l'alHlicatiuii facile du roi Charles IV, ni l'abdication forcée de Ferdinand VII, c’est une pensée dont l’Empereur eût *)K>ursnivi l’acconiplisscment sous le règne des Bourltons , s’il les eut inainlenus sur le trône , cl qu’il conservera , même sous la royauté de sa création, m.allieurcuscmcnt pour elle et pour lui, quoiqu'après avoir paru y renoncer formellement
tre elle, n’en a été empêché quérir des événements inouts, sqr le renouvellement desquels un ne peut |>as toqjonrs coiupter? La pensée impériale que nous examinons ici pourrait ne pas nous^ blesser vivement en clle-mémé; elle nous blesse* parce qu’elle ne vient pas seule, pure et exenip^ de mélange. • ^ ^
Il y avait pour l’Empereur deux partis^ jusqu’F, un certain point autorisés par ce genre de politique qui s’appuie sur la force , c’était ou de placer un^ membre de sa famille sur le trône d’E$|)ngnc , ou de maintenir les Bourbons sur ce trône, en se fâi-« saut céder par eux les provinces de l’Èbrc eu échange du l’urlugal. Sans contredit, en morale, chacun de ces partis, même pris isolément, serait encore répréhensible. Le principal tort de l'Empereur est dans leur comulatioti. Lorsque, (lar les traités de Bayonne , il promettra de respecter l'iiilêgralité de la monarchie, s’il n’a pas la volonté de détruire à l’instant même celte intégralité, il en nourrira secrètement l’espérance , persuadé que les circonstances ultérieures lui fourniruiil l'uceasion cl le prétexte de la réaliser. En réunissant à la France, par traité ou autrement, les provinces de rfebre, la politique de l’Empereur serait encore une politique nationale. Elle va cesser de l’étrc , lorsqu’il mêlera une ambition de famille à celte ambition du pays; lorsque, de la puissance du pays, il fera un inslruineiil pour son ambition de famille. Dans tous les cas, il eût mieux valu pour lui et pour la France, qu’au lieu de faire occuper, par un doses frères , un trône de plus , il avouât hautement^ et exécutât sans détour une usurpation {Kirtiellc de
dans la dernière de ces circonstances. Cette peu- | territoire qui aurait eu, pour juslilicalion, un inséc sera en lui constante, opiniâtre, c’est de réunir . térêl purement français, â la France les provinces de la rive gauche de l’È
brc. Que le roi d’Espagne se nomme Charles, Ferdinand ou Joseph, ridée principale de l'Empereur sera celte réunion. Le reste ne sera qu'accessoirc.
Ce que nous blâmons ici dans celle idée de Napoléon , ce n'est pas de vouloir abattre la barrière des Pyrénccs. En 1808, on n'en est plus à la question des frontières naturelles. Dès longtemps les coalitions européennes ont obligé la France à les dépasser et â prendre pied chez ses ennemis. Du côté de l’Italie, elle a gardé le Piémont. Sur le Hhin, elle est niailresso de Kchl, de Casscl et de Wcscl. Puisqu’elle a dû, pour sa sûreté, tenir dans scs naains les clefs du rilalie et de l’Allcmagno, pourquoi ne prendrait-elle pas la même précaution â l’égard du gouvernement espagnol, surtout après que ce gouvernement, qui a voulu se tourner con-
' Ed soi, le HU ainé do Ch.'iricniagne so rendit maître de la Catalogne. Jusqu’en 1 tH3, on data, dans celte pro-
I Au reste, le changement de dynastie en Espagne 1 n’a point été, comme on l'a prétendu, l’offel d’unêj résolution anterieure, invariablement arretée; il ; a été la suite d’accidents auxquels la France était I étrangère , la suite de l’alTairc de l'Escurial, de rémeule d’Aranjucz, et cntin de l'inexplicable imprudence qui a réuni â Bayonne toute la maison d'Es- I pagne.
; Pcnl-élro aux projets de l’Empereur sur les pro-' vinces de l’Èbrc se mélail-il encore , dans son es- I prit, une prcleution pareille â celle qu’il cherchait à faire revivre en Italie, en se portant successeur de Charlemagne. En Espagne aussi, il aurait â ressai- 1 sir, sinon riiérilagc de Charlemagne, du moins I celui des successeurs de ce prince. C’est à un de i ses fils > que remonte la domination française en I Catalogne, domination sonveul inlcrroiiipuc, mais
‘ vince, les actes publies de raniice du règne du roi de
AFFAIRES EXUÉRIEURES.
îrcnouvèlée encore dans le dix-se^tièmc siècle ’ Nous dévoilons dès aujourd'hui les vues de l'Er porciir à l’égard des provinces de l’Èhre, parce ' qu’elles vont influer sur sa manière de procéder jen Espagne, (l’est parce qu’il met un grand prix à * s’étahlir spéciaicnieiit en Catalogue, que, peu déli- ‘cat sur le choix des moyens, il fait introduire furli- 4 veinent scs troupes à Figuières, à fiarcelunuc, dans le fort de Montjoui, à Sainl'Sébastjen et à Pami>clunc. Là , ce sont des commandants déhonnaires' qui, dans la crainte de se compromeUre, ouvrent ' d’eux -mêmes les portes des rortcrcsscs conficcs à leur garde ; ici , ce sont des ofliciers ioattentifs et négligents qui se laissent enlever leurs postes par surprise ; ailleurs c’est un mélange d'adresse et d'appareil de force^ déployé à propos,* qui tonterois, sans coup férir, fait passer le commandement des mains des Espagnols dans les mains des Fran- Ç(US. . ^ ^ *
■ Pour expliquer, aux yeux de l’Europe, ce grand ‘ ^ mouvement de troupes vers l'Espagne, l’Empereur avait eu soin, dés les premiers jours du mois 'de janvier, de faire jeter’en avant, dans les rapports de ses ministres publiés par IcA/otii/eur, une éiioii- . riation de faits qui semblaient appeler une prompte ’■ ’ surveillance sur les diverses parties du littoral es-^ ^ pagnol. Ainsi, en demandant au sénat une levée ^ de quatre-vingt mille conscrits sur l'anncc 1809, èt en lui exposant les motifs de la guerre contre le ' Portugal, le ministre des relations extérieures représentait les eûtes espagnoles comme menacées sur ' plusieurs points par l’Angleterre. >Jj’Espagnc di- H sait le ministre, a eu des craintes pour Cadix; elle » en a eu pour (kuta : c’est vers celle, partie du monde que les Aoglai.s paraissent vouloir diriger .ic leurs expéditions secrètes. Ils ont débarqué bean- 'f ed^w^jt^pes à Gibraltar; ils ont rappelé de ce K cote telles été chassées du Levant, èt
n une partie ^el||llàqà’ils avaient accumulées en '*'« Sicile. Leu^.^mèrbs sur les eûtes d’Espagne deviennent plu^ vigilantes; ils scmhicnt vouloir SC venger sur ce rdyàunic.dcs^ revers qu’ils ont i> éprouves dans scs colonies. Toute la presqu’île *» mérite donc de fixer parficulièrèménit l’attention ‘ >1 de Votre Jlajesié. n A la suite de cc'fappoVl, le > ministre engageait rKinpercur à prendre lc.s mesures que requéraient les circonstances et que sa
V. ’ bi 1641 , les Catalans révoltés sons lo minisière da eardinaIdDIivarès proclamèrcDt le roi ^de France comie (le Darce1onne.l!.es Français restèrvui maiirvs(ie la(3alalognc jusqu’en 1052. Plus tard encore, en 108!) et 1095, les Catalans, toujours en lutte pour la défense de leur liberté eonire la cour de Madrid, manifestèrent le désir de SC replacer sous la doiiiiiiatiun française.
d’avance, cl
• . * iéter. Par ^
étaient suInsàRmeqRKrertiéé % rançais- purent occuper, par * ‘ * ruse, des places qu’ils n'auraîenl pas voulu atUi- **. * quer de vive force, le gouvcrncincnl espagnol ne ^ i dut en accuser que sa propre imprévoyance. ' ^
La nouvelle de celte occupation causa naturcllè^' ment à la cour de Madrid une vive anxiété. 11 ^
avait pour le prince de la Paix qu’une manière de v ' -6 dissimuler l’affront fait au roi, c’était de laisser- 1**. * supposer l’existence d’un concert préalable dont * l’cxécuiion seulement aurait été plus prompte * qu’on ne s'v était attendu. Il cul soin de dire à*: quelques ngenis diplomatiques que tout ce qui se passait avait lieu d’accord entre les' deux puissaii- * ces, et, même avec i’amhassadcur Bcauharnais, if • affecta d’exprimer le regret qp'on eût devancé fa réception de scs ordres, «qui, en effet, disait-il,
1k K avaient dù arriver vingt-qunlro heures après. i> ” (kpendaut 'l'Empereur faisait prévenir le goiivernemciil espagnol que le' grand -duc de Berg allait se rendre à Yiltoriâ pour prendre le coinmandement de l’armée; on annonçait aus.si qu’il était possible que rEinpcrcur 'fil lui-méiuc un voyage en Espagne pour .iiis|>ccler ses trouas.
Des courriers successifs apportaient ^ de France d’importantes corainanicalioiis. M. do Vandeol^,
.secrétaire de rambass.idc française, M. tlç Tour-^ “ non, officier d’ordonnance de l'Empereur, et M. Yszquierdo, confident du prince do la Paix.' ^ étaient, dans un court intervalle, arrives à Madrid.
Ce dernier, après avoir eu de longues conférences avec’lc roi et le favori, à Madrid et à Araiijuez, * était reparti pour Paris au boubde quelques jours Tout porte n croire que dès lors l’Empereur, soit dans sc« lettres au roi, soit dans les paroles portées par Tszqnierdo, fit prcsscnlji' ses vues sur les provinecs de PÈbre, moyennant un dédommagement ^ dans le Portugal ; car l'ambassadeur Reauhariiais . . dil dans une dépêche du 11 mars : «L’idée d’uù'’^ i> déipembrenienmnarouche fès Espagnols^ c’est n ce qu’il faut prendre cif ^nshlératiou. » Ce coti- ’ . seil élait le plus sage que pouvait donner cet aiii-
bassadeur. Malheureusement on n’en tint ancuii * compte. , ^
Depuis le voyage d’Yszquicrdo, un malaise visible règne à la cour. Malgré tous scs efforts pour
Le* droits.de la France surda N.ivarrc auraient éié ^ encore plu* faciles à éwblir. ^ ^ -s '
’ DcuxièiucrapporldcM.deChampagnycndalcdiite * * janvier IfKfll. ,
' ’ Dan* le inui* de février cl au comiucucement du nmis de mars. ^
' I.e 11 mars. ^
CIIAPIT
paratiru calme , lo favori est évidemment découle- I Umt eo #e ftéçjpilàwl da^fe3|fc d|i3a' nanoé. Dans Madrid, on s’entrelicnl publiquement inontronV léi phu gnaèâ égaiÜi pSSTUi
de sou départ prochain que doit précéder celui de mudenioiscllc Tudo, conUesse de Castclficll, sa maîtresse, et de scs enfants. Des sommes considérables sont , dit-on , expédiées sur l'Andalousie et sur le Forrol. Des caisses nombreuses renfermant des objets de grande valeur, ont été acheminées dans diverses directions. On désigne même des banquiers qui 5c sont mis en roule pour aller, sur dilTércnts points, veiller à la sûreté de ces envois. Fiiliii, le 14 mars, on parle tout haut du dé|vart inéinc du roi et de la reine que le prince de la Paix voudrait emmoner au Mexique. On s'inquiète pour le prince des Asturies qui sera nécessairement entraîné à la suite du roi, dépourvu, comme il l'est, du tout inuyen j)our se soustraire à celte violence. Cos bruits sont cnnfîrmés par des préparatifs qui se font de toutes parts. Les troupes qui forment la maison du roi ont ordre de se tenir prêtes à marcher au premier signal. Tantôt on annonce que le roi se refuse à quitter rEsjSagnc, tantôt qu'tl y a ronseiiti, et en effet, il semble qu'il s'est laissé amener à celte déterininaliuii. A Madrid, a Aranjuuz, l'agilalion est portée au plus haut point; clic s’augiiicnlu encore sur la nouvelle que le général Solaiio, à la télé des troupes rappelées de Portugal, se dirige vers rAiidalousie, pour protéger la route que la cour doit suivre. Le conseil de Castille a fait, mais en vain, des représontations au roi pour le retenir. Telle était la sitnaüun des choses le 15 mars au soir. Le projet d'éniigralion était réel; il pouvait irétrc pas mal entendu, mcine pour la tnaison royale à qui resteraient toujours les chances de ravenir; il était surtout bien conçu pour le prince de la Paix. En Europe, ce prince touchailnu terme de son règne; il aurait à recommciirer un nouveau régne en Amerique. Le 16, Charles IV, suit qu'il eût changé d'avis. S4>il qu'il ne voulût qu’amuser ropinion, fait parvenir à Madrid une proclamation par laquelle le bruit de son départ est formellement démenti ; mais, à Aranjuez, un ne croit pas à ces assurances. Les rumeurs qui agitent ks habitants uni gagné les campagnes voisines. De toutes parts un afllue dans cette résidence; les masses se pressent, s’échaulTcnt et s'irritent pr le contact de leur exaspération commune; enliii, dans la nuit (tu 17 au 18, une émeute affreuse éclate, dirigée uniquement contre k prince généralissime. Aa milieu des imprécations contre lui, on entend des , cris red<»ublés de «Vive le roi! vire le prince des , » Asturies! vive la faniille royale! nous ne voulons » ps qu'ils parlent. « Malgré la violence de leur cmprtcinenl, les hommes même ks plus exaltés, toujours respectueux pour le sang de leurs rois,
princ^ke son épouse; la ramàneotaQ cbâleaji du roi avec aa' fille, rêérvant toute leor colère pour le prince seul qu'ils no noimneul plus que Godo!. En vain, le frère du généralissime, don * Diego Godoï, colonel des gardes espagnoles, a . voulu d'aboni opposer quelque résistance; bientôt ses propres troupes se sont tournées contre leur chef. Gardes espgiioles, gardes wallonnes , gardes du corps, tous oublient leur vieille obéissance, méconnaissent la voix de quelques ufliciers fidèles et SC rangent du côté du peuple. Furieux de ne pas trouver l'objet de sa colère , le peuple là reporte sur tout ce qui tombe sous sa main. Meublés, glaces, vases précieux, tout est brisé, tout est mis en pièces, et, comme il arrive presque toujours quand ks passions sont vivement excitées, on détruit, on ne pille |>as.
Durant celte explosion du courroux populaire, l'ambassadeur de France, qui était arrivé la veille à Aranjuez, s'ëlait rendu auprès du roi. Ce prince et la reine, peu occupés d'eux-roémes, ne songeaient qu'à la cruelle position de l'homme « qui les » avait servis si fidèlcmeul depuis vingt années, m Le roi dit à M. de fieauharnais qu'il allait en écrire à l'Empereur. 18, à sept heures du malin, un décret royal fut expédié à Madrid pour y prévenir le contre coup des mouvements d'Aranjucz, en faisant connaître que ces mouvements, causes par la cr.iinte du départ du rot, n'avaicnl point d'objet . et que la tranquillité était entièrement rétablie.
Un autre décret, signé à midi le même jour, annonça que Sa Majesté voulait désormais commanj der en personne ses armées et ses escadres. Elle donnait, en coiiséqucrice, au prince delà Paix, la démission de scs fonctions de généralissime et de celles de grand amiral, avec permission pour lui de se retirer où il le jugerait convenable. On sc ! figurerait dintcikmcnl les éclats de la joie générale I à Madrid. On dirait d'un peuple d'esclaves qui brise sa chaîne; mais, dans une situation si nou- I veik, cette population, jusqu'alors si soumise, ne I sait en quoique sorte où sc prendre; elle tourne ses yeux vers la France : en ce moment un enthousiasme frénétique accueillerait à Madrid les Français et snrtout l'Empereur. Cetlo disposition des esprits ne dura pas longtemps.
Le 19 mars, Madrid éprouve la même secousse qu'Aranjuoz. Toute la population de celte c.ipitale est sur les places et dans les nies; on poursuit les partisans du prince de la Paix, on dévaste leurs maisons; on en brise, on en brûle ks meubles.
IjCS palais du prince ne sont sauvés qn'à l'aide d'une inscription portant qu'fU retiennent aw roi.
AFFAIRES EXTÉRIEURES
Parluut rcicniisscnl les cris forcenés; « Meure Co- » (loi et vive le prince des Asturies ! » Tandis que la capitale soulevée semble demander un nouveau maître, le roi répond à ce vœu cl même le devance. Dans son intérieur, quelques personnes favorables à son fds veulent se faire auprès du jeune prince un mérite d’avoir avancé l'iieurc de son règne; elles parlent d’abdication, cl l’insinuation est accueillie aussitôt. On sortait par là de la plus pénible des situations. D’ailleurs le prince de la Paix était tout |H)ur le roi et pour la reine. S’il n’est plus rien, sépare d’eux, Charles IV, de son côté, sans le favori, ne se sent plus guère la force d'être roi. Il abdique à Âranjuez, et Ferdinand Vil est aussitôt proclamé. Cevàllos , prompt à s’éloigner de"' l’homnic auquel il doit sa fortune, devient ministre de Ferdinand ; il se hâte de notifier à l’ambassadeur de France l'abdication du père et l’avénement du fils.
I.a renonciation au pouvoir royal est un acte qui, pour avoir de là valeur, réclame des formalités solennelles comme garanties de sa spontanéité. Assurément les abdications de Charics-Qnint et de Philippe V ont un autre caractère que celle de Charles IV. D’un autre côté, l’élévation d’un (ils Sur le trône d’où son père vient de descendre, porte avec elle un préjugé défavorable, surtout lorsque le nouveau roi encourt le soupçon de n’avoir pas 'été étranger aux agitations de la multitude. C’est ad beau texte de déclamations très-morales à ex- ■fploitcr au profit de la politique. L’empereur Napoléon ne le négligera pas.‘^
' Cependant le prince de la Paix, que l’on croyait bien loin d’Aranjucz, était caché dans un appariement de son hôtel, où il fut découvert au bout de trente-huit heures. Les gardes du corps curent beaucoup de peine à l’arracher aux mauvais traitements ‘d’une foule menaçante qui se précipitait sur lui, cl on n’apaisa les cris qui demandaient sa tête qu’en promettaiit au nom du roi que la justice prononcerait surion sort. Le prince des Asturies, envoyé par son père afin de pourvoir à la sûreté de ' Godoï, contribua en ciïet à le soustraire aux fureurs de la multitude. Si l’on en croit l’ambassadeur Reanharnais, Ferdinand, généreuxdans scs paroles comme dans sa .conduite, aurait dit au prisonnier : « Vous m'avez fait beaucoup de mal; je suis heu- » reux de pouvoir vous sauver. » Le récit *de la reine est plus simple , et nous sommes portés à y croire. Suivant elle, les seules paroles adressées [far son fils au prince de la Paix auraient été : u Jo fe pardonne la vie. n >< Êtes-vous déjà roi? » lui ‘'aurait demandé celui-ci : '<■ Non, pas encore, mais i< je le scraibicn vite. » Ce langage moins sentimental nous parait beaucoup plus dans le caractère et
dans le style de la famille que la phrase composée de l’ambassadeur.
En montant sur le trône par suite d’une sédition, le prince des Asturies comprit aisément que ce trône serait bien peu assuré, s’il n’était soutenu ’ par l’assentiment de l’empereur Napoléon. Le 20 mars il écrivit à l’Empereur : » La santé de mon • » auguste père dépérissait... la divine Providence n m’ayant donc appelé au gouvernement de mes » peuples, mon premier soin est d’en informer » Votre Majesté... » C’est toujours la divine Providence qui, dans le style du plus fort, couronne les usurpateurs. « Les sentiments d'estime et d’-admii> ration que je nourris pour V. M. 1. et R.' seront » un sûr garant de l’inviolabililé avec, laquelle je ’i tâ(dierai de resserrer l’alliance intime qui subsiste » si heureusement entre les .deux empires, en fai- » sant tous les (dTorls qui scronl^cn mon pouvoir n pour coopérer aux vastes plans que V. M. aura » conçus contre l’ennemi commun. » r
Trois grands d’Espagne furent nommés ponr porter à l’empereur Nlpoléon cette ncilificaliun du. ravéncmcntdc Ferdinand VU; ce furent le duc de prias, le duc de .Mcdina-Ccli(:t le comte de Fernand Nunez.
Les abdications faites sous l’influence des tempêtes politiques sont gcnéralemont suivies de regrets, des que la tempête a cessé. Le 21 mars, Charles IV protestait contre sou abdication, mais la force avait passé dans les mains de son fils, et la protestation ne reçut que plus tard de la publicilév Dans la lettre par laquelle Charles IV communiqua cette protestation a l'Empereur, ce n'élail ni la santé du roi, ni la Providence qui l’avait porté à déposer la couronne. « Je n’ai déclaré, disait ce » prince, m’en démettre en faveur de mon fils que » par la force des circonstances, cl lorsque le bruit » des armes et les clameurs d’une garde insui'géc Il me faisaient assez connaître qu’il fallait choisir Il entre la vie cl la mort, qui aurait été suivie du Il celle de la reine. J’ai été forcé d’abdiquer; mais, n rassuré aujourd’hui , él plein de eonfianec dans » la magnanimité et le génie du grand hoinmc qui Il s’est' toujours montré mon ami, j|ai pris la ré- M solution de me remettre en tout ce qu’il voudra » bien disposer de nous, de mon sort, de celui du Il la reine cl du prince de la Paix. »
Les évéïicmcnts étaient déjà au point où nous les voyons en Espagne, lorsqu’à Paris on délibérait encore sur des données qui n’existaient plus. Dix a douze jours après ces événements, il arriva an gouvernement espagnol une lettre d’Yszquierdo,(latce du 24 mars, lettre qui ne parvint pas aux mains de celui auquel elle était adressée. Cette lettre fait connaître la siluafion embarrassée des rapports des
CHAriTIlE IV.
deux pays. Parti do Madrid le 1 1 mars, Yszquierdo, à son arrivée A Paris, était aussitôt entré dans de nouvelles conférences avec le général Duroc et le prince de Bénévcnl Le but de ces conrércnces était de régler et de terminer à l'amiable les différeiids existants entre les deux puissances. Voici quelles étaient les bases proposées par le gouvernement français. Kn les faisant connaître au prince de la Paix, Yszquierdo y joignait les observations qu'il avait faites sur chacune de ces propositions.
La première base était la liberté de commcrr« pour les Français et pour les Espagnols dans leurs colonies respectives. Cette prérogative devait être exclusivement accordée A la France. Sur celte demande, Yszquierdo avait objecté que l'ouverture des colonies espagnoles au commerce français équivalait A un partage de territoire. Il y voyait d'ailleurs l'inconvénient d'apporter de nouveaux obstacles à la conclusion de la paix avec l’Anglc- Icrrc.
L’objet de la seconde proposition était plus scabreux encore , c’était une tession de territoire. Dans riiypollièse de la possession du Portugal par la France, il faudrait une route militaire A travers l'Espagne , ce qui amènerait de nombreuses difliciiltés. Un préviendrait ces dillicultés par la remise du Portugal A la cour de Madrid qui, en échange, donnerait un équivalent dans les provinces espagnoles contiguës à l'empire français. C'est ici que ic dissentiment éclate avec le plus de vivacité. Yszquierdo rappelle, ausitjct du Portugal, les précédentes conventions qu’à Paris on semble oublier. Il repousse l'acquisition de ce pays par l'Espagne comme lui offrant peu d'avantage, et insinue qu'on pourrait l’ériger en un royaume d'ibérie pour le donner suit au jeune roi d'Étrurie, soit à tout autre infant d'Espagne. Quant A la cession <lc provinces espagnoles à la France, il en rejette l'idée comme inadmissible : u Pour moi, a-t-il dit, jamais je ne ’• signerai la cession de' la N*avarre je ne veux » pas être en exécration à mes compatriotes. »
La troisième base mise en avant est d'une haute et large signification; elle est ainsi conçue: «On M devra régler définitivement la succession au n trône d'Espagne. <• Ici les éclaircissements sont incomplets. Comment y a-t-il lieu à régler cette succession ? Le prince des Asturies n'est-il pas, de droit, l'héritier de la totalité de la monarchie espa-
gnole? S’agirait-il, par hasard, de transférer au prince de la Paix une portion de cette monarchie? on doit le supposer d'après quelques paroles du négociateur espagnol un p(?u obscures pour nous , mais qui, pour le prince de la Paix, n'eussent pas dù l’étre. « .Sur le fait de la succession, j'ai exposé,
» écrit le négociateur, tout ce que le roi m'avait n ordonné de dire de sa part, et je crois être par- , » venu à détruire toutee le» calotnnies inventées I) par des malintentionnés de ce pays qui sont par- » venus à corrompre l’opinion publique. » Il est évident que ces calomnies dont il est question concernent le prince de la Paix; car, s'il s'agissait du prince des Asturies, ce n'est pas Yszquierdo qui eut mis un grand soin A les combattre. Au reste , une foule de circonstances constatent que 1c prince du la Paix aspirait à une autre souveraineté que celle qui lui avait été promise dans les Algarves.' C'était un ambitieux dont le caractère était loin d'avoir une portée égale à ses prétentions, et qui , par degrés, s’était placé entre le trône et l'échafaud. Le premier lui échappera, et il sera heureux d'échapper A l'autre.
Les articles suivants mis en discussion sont d'une nature beaucoup moins grave. Ils portent sur l'alliance A conclure, sur le titre d'empereur que doit prendre notre roi, dit Yszquierdo, et qui ne fera pas difficulté, comme aussi sur le mariage, affaire entendue, mais qui devra être l'objet d'un arrangement particulier.
Ce qu’il y a de plus facile et de plus saillant A saisir dans ces négociations, c’est que, sans preudre d'engagements très-précis avec le prince de la Paix, les agents impériaux le nourrissaient d'illusions que probablement on t ieudrait peu à réaliser, si les circonstances ne l'exigeaient pas ; mais ce qu’il importe de remarquer surtout, c’est l’intention déjà manifestée par l’Empereur, de réunir à ta France les provinces espagnoles situées au nord de l'Èbre.
Tandis qu’à Paris on posait, connue texte d'un règlement ultérieur, 1a succession A la couronne d’Espagne, le prince tics Asturies se liAlait de pren- * dre possession de celte couronne, grâce aux mouvements qui l’avaient délivré de tout obstacle et de toute concurrence. Ce]>cndant, A la première nouvelle de l’émeute d’Aranjuez, le grand-duc de Berg s’était mis en marche avec un corps d'année pour
’ Dans on temps où il était de mode d'exagérer les torts et les blutes de l’Empereur, sous la resUiiiration, on a dit Cl répété dans une foule d'ouvrages que, si M. de Tal- Icyrnud était toiiitté dans la disgrâce de Napoléon, c’était pour avoir désapprouve l'expédition d'Espagne. Quoique, en 1808, M«de Tallcyrand ne fût plus ministre des
affaires étrangères, on voit qu'il continuait A être initié ‘ aux questions les plus délicates et qu’il n’avait uullcracnt ; renoncé A prendre part à ce qui occupait rEmperciir.
' * Apparemment, jusqu'alors on n’avait parlé que de la
^ Navarre ; mais ce n'était pas à la Navarre seule que se , Itornaient les prétentions de l'Empereur.
AFF A I ft ES KXÏÉR ! El U ES .
Vadriti. Il y <!'Uit arrivé le 25 mars le premier accueil fait à nus Inmpes avait été favorable et amical. D’après les senlimeiils personnels do l'anibassadeur Ueauharnais. dont on connaissait le penchant pour le ]>rince4les Asturies, on se persuadait que tels èlaient aussi ceux de rEtnpcreur et de ses ^'énému\. Üii ne larda pas à être détrompé.
, Le lendemain 24, lu nouveau roi fit son entrée dans sa capitale, au milieu des acclamations de la joie publique;, mais les Français reslùrctit etrangers à ces déinoDSlralions, Sans y comprendre Charles IV, qui était encore à Aranjuez, il y avait en quelque sorte dans Madrid deux souverains, Ferdinand VU et le grand-duc de Berg. Les ministres de Russie cl d’Autriche se iircnl présenter à ti>u.s deux. I^s agents diplomatiques accrédités à Madrid voyaient avec plaisir le changement de règne, dans la persuasion que la chute du prince de la Paix aflccterait sensiblement, dans un temps plus ou moins éloigné, l*joflucnce française sur je cabinet espagnol. I.vs sounii^ions actuelles de Ferdinand envers la France étaient généralement regardées comme une concession A la nécessité des temps. Le grand-duc de Rcrg, lorsque M. de Strogonuf, ministre de Russie, lui fut présenté, lui ayant demandé par quel hasard il s'était rendu la veille à la cour : « Pour compUoienter le nouveau I* roi, » lui répondit ce ministre. » Vous aviez dune » déjà de nouvelles lettres de créance? « répliqua ,.cn souriant le grand-duc. O langage du général eu chef français à M. de Strogonof explique la conduite que lui-méme il crut devoir tenir. Ses instrucliuns lui avaient éventuellement tracé sa marche à Pégard du roi Charles IV, du prince des Asturies et du prince de la Paix. Arrivé à Madrid, il ne trouve plus ni prince des Asturies ni prince de la Paix, cl Charles IV n’est plus roi. (^)uc doit-il faire? Allcndre de nouveaux ordres; mais en attendant, c'est un devoir pour lui de veiller à la sûreté d'un prince allié de Na|)oIéon. il juge avec raison qn'îl répondra aux intentions de l’Empereur en protégeant ce prince délnRié par une révolte, en le prcdégeanl contre les malheurs auxquels peuvent l'exposer ou les agitations du peuple ou les calculs de la nouvelle cour. Le grand-duc de Kerg s'est donc empressé de placer le roi Charles et la
' f>e« écrivains, qui ne tiennent compte ni (1rs date* ni des diftiaiiees, disent que l'Empereur, ayant appris Ict événemciiis d'Aranjuez, ordonna an grand-duc de Ûei^ de marcher rapidement sur Madrid. Or les événements d'Aratijiirr. sont du 17, et t* grand-dMC était à M.idrid le 3ô; si donc le grand-diir de Berg, en marrhant sur ! Madrid , ol^iaiait A un ordre de l'Empemir, cet onirc ! était nécessairement antérieur aux évéoemenis d'Aran- ; juez. Il ne restait plus qu'à dire que res é>énemcnts I
reine sous la gartic des troupes françaises, et par là il empêche l'exècuiiuii du projet que leur a aiinoticé leur fils Ferdinand de les reléguer .à Ratlajoz, prtijct auquel les supplications de sa mère n’ont pu le faire renoncer.
L'ambassadeur Reanharnais imita la réserve du grand-duc, et, malgré ses h<ms rapports avec Ferdinand, il ne le vit que comme homme privé. Il lui donna le conseil, qu’il croyait le plus sage pour lui, d'aller présculer le prince des Aaiun'ei à l’Empereur. w C’est aussi mon projet , » fut la réponse du prince, La ré^ervo du grand-duc de Berg et de l’ambassadinir avait été bien cnlemluc. Une autre conduite leur eût attiré un blâme inévitable. Le ministre des rel.'iliuns extérieures lémuiguail 2 à l’ambassadeur qu'un avait trop bonne opinion do lui pour croire qu’il eût pris aucune détertninaliun sur un évHiemcnt amené par uns émeute. » L’Km- » pcrcur, ajoutait 'il, désire qu’on n'altenic pas » aux jours du prince de la Faix... II abhorre le » sang e4 les vengeances populaires. Un trône en- » sanglante serait celui qu’il voudrait le muiiis Il reconnaître, n
Tandis que l’Empereur datait encore de Paris scs onircs à scs agents en Espagne, la nouvelle de son arrivée immédiate à Madrid y occupait tous les e.^prils et dans toutes les classes. Dés le 2'i iiiar&, Ccvallos, au nom de Ferdinand, avait prié le grandduc de lui en faire cunnallre l’instant, afin que le roi pùl coinpliincnler Sa .Majesté à son entrée dans sa capitale. La |Mipulation tout entière aurait voulu en hâter le moment, dans l'espoir que rEmporcor prendrait le jeune roi sous sa protection, qu’il l’éclairerait de scs conseils et l’entourerait de sages ministres. Telle était rim|>atjence générale qu’un jour, sur un bruit vague que Napoléon approchait, une foule immense se porta hors des murs de la ville. A cette époque, rEs|)agnc ne demandait qu’à lui devoir son bonheur. Cest une calamité pour lui-méme qu’il n’ait pas entendu et bien interprète ce vœu de la nation espagnole. La situation était imprévue. Scs idées avaient porté sur d’autres bases.
Tout ce qui pouvait être agréable aux Français était alors saisi avec empressement à .Madrid. C’est par suite de cette disposition générale que le guu-
éiAienU'nuvrage de la France. C’est ce qu’ont Faim-nains anlriirt de mémoires, sans remarquer qu’ils sc ronlredisem en avaarani, d’une part, que c’est rKuipereur qui a voulu Faire émigrer la maison d'Kspagnc, et, (fautre part, qur c’est lui qui a soulevé le petiple pour empêcher l’émigration !
* Lettre de M. de Cbampagny à M. de Be.vuharnais. du 29 mars 18t)8.
CHAMTllE IV.
verncmcnt espagnol lit rciiieUrc au graiiü-duc de Berg l’épée de François 1«. Le règne si court de Napoléon rendait ainsi à la France tous les trophées enlevés sur elle dans une longue suite de siècles. Cette remise eut lieu avec une certaine pompe, dans le double but, pour les conseillers de Ferdinand , de manirester avec éclat l'alTection de ce prince pour la France, et de faire croire à l’intime accord des deux cabinets. Cet accord était «
loin d’exister en elTet. Le grand-duc de Berg, lie dès longtemps par des rapports particuliers avec le prince de la Paix, n’était nullement favorable à la cause de Ferdinand. D'ailleurs Napoléon lui avait ordonné d’user de bons procédés envers le roi Charles IV, la reine et le prince de la Paix, et de leur rendre les mêmes honneurs qu’autrefois. Cet ordre était trop conforme aux sentiments personnels du grand-duc pour qu'il ne le remplit pas avec exactitude.
Le prince de la Paix, détenu d’abord au bourg de Pinto, sous la surveillance d’un fort détachement de gardes du corps et de troupes de ligne, avait été ensuite conduit au château de Villa- Viciosa. Le** danger de sa position occupait exclusivement le roi^Charlcs IV et la reine, et formait l’objet de leurs réclamations journalières auprès du grandduc de Berg. L’intermédiaire de leurs communications avec lui était la reine d’Élruric leur lillc, que le grand-duc voyait chaque jour à Madrid. Cette princesse, dépossédée de la Toscane en vertu du traité du 27 octobre, attendait en Espagne le dédommageiiient promis ù son fîls en Portugal, dédommagement qu’on ne songeait plus guère à loi donner. Au milieu des troubles de sa famille, seule elle était restée attachée à scs parents. Les deux jeunes princes frères de Ferdinand, don f'.arlos et don Francesco, ainsi que l’infant don Antonio, son oncle, avaient, en haine du favori dont le joug leur pesait depuis si longtemps, pris parti pour la royauté nouvelle. S’il était naturel que les vieux souverains, expression par laquelle on désignait le roi Charles IV et la reine, s’inquiétassent des dangers que pouvait courir un homme qui avait été vingt ans leur ami et leur premier ministre, la correspondance à laquelle sa détention donna lieu n’en est pas moins un dé|)lorablc témoignage de la faiblesse d’esprit du roi et du peu d’élévation du caractère de la reine. Bien de plus adligeant que cette correspondance dans laquelle le malheur se montre sans dignité et la royauté sans aucun respect pour clle-inémc. Assurément
' C*e*t li le style de la reine Louise, fille et feiiinir d'un HoiirlMtn.
’ l.elli'c du ’id mars.
un ne saurait blâmer la reine d£ s’effrayer à l'idée de la possibilité dn jugement et du supplice d’un homme pour qui toujours elle doit conserver une ancieiineaffcctioii; on conçoit que, pour l’arracher des mains de ses ennemis, elle demande comme une grâce que l’Empereur permette au roi Charles, à elle-niômc et au imuvre prince de la l’aix, d’aller finir tranquillement leurs jours dans quelque lieu retiré, convenable à la santé du roi; on conçoit que, pour intéresser le grand-duc et l’Empereur au salut du pauvre prince, elle vante sans cesse le dévouement de celui-ei à l’Empereur et au grand-duc; mais ce qu’on ne saurait excuser, c’est que, pour s.iuvcr un ancien amant, elle se fasse la délatrice de son fils, et non pas seulement dans un premier aceès d’effroi, mais dans dix lettres différentes. Tantôt elle dit : « .Mon fils est d’un très- )i mauvais cœur; son caractère est sanglant >; il » ii’a jamais aimé son père ni moi; » tantôt, parlant de pistolets chargés pour tuer le prince de la l’aix dans sa prison, clic ajoute : « C’est un ordre Il donné sûrement par mon fils... ils vont lui couper v
» la tète et ensuite à moi; ils le disent » Ici
elle accuse F'erdinand d’avoir <■ tramé la conspi- I* ration d’Aranjuez pour détrôner son jièrc. » L.i elle demande que l’Empereur les envoie tous trois hors de l’F.S|>agnc, le roi, elle et le pauvre prince de la l’aix, « car en Espagne ils ne sont nullement en sûreté. » Mais c’est peu de présenter Ferdinand coniine un fils coupable et rebelle, ces torts donies^ tiques ne regardent en quelque sorte que sa famille ; elle a soin aussi de lui imputer des dispositions auxquelles la France ne puisse être indifférente :
<i .Mon fils est ennemi des Français dit-elle; je >1 crains qu’il ne fasse quelque attentat contre eux. » Dans une autre lettre : u Mon fils Ferdinand .
:i quand il est venu ici, a parlé avec mépris ^ des I) troupes françaises, ce qui prouve qu’il ne les <> aime pas. » Ailleurs : n Le crime du prince de la « Paix est d’etre dévoué à l’Empereur,. car mon
'I fils ne l’est pas malgré ce qu’il a mis dans la
it gazette d’hier. C’est la crainte de l’Empereur qui » le fait parler ainsi. » Dans cette étrange correspondance, la reine qualifie assez durement les amis du nouveau roi , tels que le chanoine EscoVquiz qu’elle appelle << un méchant hypocrite de » prêtre, Il et l’infant don Antonio, oncle de Ferdinand, qui, dit-elle, est u très-limité en talent cl en i> esprit, et de plus très-cruel *. » Nous n’examinerons point ce qu'il peut y avoir de fondé dans les paroles de la reine en ce qui concerne le prince
’ Leiirc du 8 .ivril.
A l'égard de l’esprit et du talent, le peuple espagnol, selon .M. de Torréno, portail, dés 1808, sur cet infant
AFFAIRES FJITÉRIEURES.
(1rs Asturies, mais la plus rdcheuse vérité qui résulte (le tous les rails, c'est que, si Ferdinand n’était pas un bon flis, la reine n'était pas une meilleure mère.
A la première nouvelle des événements d'Aranjucz, l’Empereur avait envoyé en Espagne un de scs aides de camp, le général Savary, pour visiter le vieux roi, prendre connaissance de la famille royale et en rendre un compte détaillé. Peu de
le même juRCinenl que la reine. Quant k la cruauté de ce prince, (|iii alors n’était pas connue, tout le monde, en 1814, a pensé comme celte princesse, en voyant l’a-
; jours après, dans la crainte trop fondée que les affaires de la France en Espagne ne reçussent une mauvaise direction, l’Empereur avait aussi fait partir, pour servir de conseiller et, en quelque sorte, de tuteur au grand-duc, M. Delaforét, ancien agent diplomatique, qui avait été plusieurs années ministre de France à Berlin. Presque en même temps M. de Beauharnais fut rappelé.
I chamement barbare qu’il a montré contre les patriotes ■ proscrits.
CIIAI'ITRE V.